3 décembre 2016

500ème semaine politique: contre Valls/Fillon/LePen, la guerre des clones aura-t-elle lieu ?

 

 

Un cap a été franchi. Hollande a joué la normalité jusqu'au bout. Valls piaffe d'impatience, Fillon laboure, Le Pen savoure.


La dernière victoire de Hollande
Un François en chasse un autre. Fillon débute sa première semaine de candidat de la droite, mais Hollande lui chipe la vedette pour un dernier coup d'éclat. Jeudi 1er décembre, dans un mini-studio près de l'Elysée, fond bleu ciel et ton cafardeux, François Hollande dresse un bilan flatteur et partiel de son quinquennat pour terminer sur cette phrase:
"Face aux épreuves, j’ai pu avoir une capacité inépuisable de résistance devant l’adversité. Mais le pouvoir, l’exercice du pouvoir, les lieux du pouvoir et les rites du pouvoir ne m’ont jamais fait perdre ma lucidité, ni sur moi-même, ni sur la situation, car je dois agir. Aujourd’hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle.
Aussi, j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle, au renouvellement donc de mon mandat."
Patatras !  Hollande renonce ! Sur les réseaux sociaux et ailleurs, stupeur et consternation chez les proches et les derniers fidèles.


Pourtant, Hollande aura été normal jusqu'au bout. Car c'est bien la décision la plus normale, la plus lucide que les circonstances imposaient. Hollande renonce à un second mandat le jour même de l'entrée en vigueur de l'assouplissement du licenciement économique, l'une des mesures phares de la loi El Khomri.

Le calendrier crée des symboles qui sont plus que des coïncidences.

Après un dîner en famille, il s'envole pour les Emirats arabes unis. "Libéré d'un fardeau" (Le Monde), "soulagé" (Le Parisien), Hollande est devenu un objet de curiosité politique inédit sous la Vème République. Même Arnold Schwartzeneger l'a félicité. Gaspard Gantzer, le trop jeune conseiller ès communication fait mine de découvrir le renoncement le jour même. Il est surpris en flagrant délit de confessions "off" au pied de l'Elysée par une caméra de France 2. Il s'énerve. Le Monde venait de lui consacrer un portrait élogieux.

Ce renoncement est aussi la dernière victoire politique de Hollande contre Sarkozy. Le premier avait promis de se présenter si les résultats étaient là, il a tenté, il a échoué. Il se retire sans s'accrocher ni perturber. Le second a trahi sa promesse d'arrêter la politique, s'est remis en selle, a tout tenté, même l'ignoble, pour dézinguer les rivaux de son camp; a fait campagne à l'extrême droite pour conquérir une candidature. Et s'est fait jeter dès le premier tour de la primaire de la droite.

Hollande part avec des honneurs. 

Sarkozy part se cacher.

Les trois gauches
L'après-Hollande commence. Un paysage curieux à gauche, si éclaté qu'on doit le rassembler au-delà des egos pour comprendre sa signification politique.

Au centre, ou plutôt à droite, les faux vrais-faux fidèles du hollandisme finissant, les plus responsables à défaut d'être les plus solidaires de la politique de ce quinquennat: Valls qui a sabordé une candidature Hollande de l'intérieur; Macron qui a conçu la trahison libérale de l'année 2013 et la trahison politique de l'été 2016; et quelques gentils inconnus qui profitent d'une primaire socialiste pour tenter de redorer leur notoriété personnelle - Jean-Luc Benhammias (qui ?) et François de Rugy (qui ?!?). Une fraction large du Parti radical valoisien s'apprête à suivre Macron, comme Jean d'Arthuis dès le soir de la victoire de Fillon. Même François Bayrou se tate, incapable de rejoindre l'ultra-libéral et ultra-conservateur Fillon.

Plus à gauche, voici une foule de frondeurs socialistes. Ils sont en rupture de banc depuis la mi-mandat, mais ils n'ont pas suffisamment divorcé pour quitter le navire socialiste en dérive. On dira qu'ils sont en état de séparation de fait avec le Hollandisme présidentiel, mais sans oser franchir le Rubicon de la vraie rupture. Montebourg, Hamon, Filoche, ou Lienemam, sont telles Bayrou à droite: ils râlent contre leur taulier pour exister davantage. C'est pourtant leur moment de vérité. Celui où ils pourraient enfin suivre leurs idées plutôt qu'un appareil.

A gauche enfin, plus en colère, et dès les premiers jours, moins énervée mais tout aussi déterminés que les premiers jours, Mélenchon domine; sa France insoumise est désormais soutenue par le PCF. Et il est même devenu la coqueluche des sondages à gauche. Sur YouTube, sa chaîne de videos pédagogiques et politiques frôle déjà les 100 000 abonnés. Ajoutons quelques trublions trotskystes (Artaud, Poutou) qui font le folklore de nos élections présidentielles depuis 5 décennies et, parfois, permettent à la gauche de rater le second tour de l'élection présidentielle.

Qui s'alliera avec qui ? C'est toute la question. Face à une droite désormais coalisée derrière le plus rétrograde des candidats qu'elle ait présentée depuis l'aube de la Vème République et une extrême droite qui a rompu avec son pétainisme originel pour embrasser le social-fascisme mussolinien, la gauche se présente divisée pour l'instant.

La Vème République présidentielle est maléfique. Elle agite les égos autour de ce fumeux concept anti-démocratique de la rencontre d'un homme avec le peuple qui conduit même l'écrivain Alexandre Jardin, le déçu Julien Dray ou le lunatique Jacques Cheminade à se présenter. Ne riez pas. Vous pouvez au contraire pleurer.

Trois gauches, dont les deux extrémités sont évidemment irréconciliables. Le sort de l'élection présidentielle à gauche se joue ici.

Combien de frondeurs assumeront leur rupture ?


Valls/Fillon/Le Pen, le spin-off de 2012
Au pied des collines d'Hollywood aux Etats-Unis, on appelle cela un "spin-off" pour désigner ces feuilletons qui prolongent une série originale sur la base d'un personnage. Dans l'esprit des producteurs et scénaristes américains, il s'agit de reproduire un succès, de capitaliser au maximum sur une vieille recette.  

En l'espace d'une semaine, la politique française s'est "spinoffiée" à vive allure. Et ce spin-off repose sur trois clones imparfaits: Marine, clone de Jean-Marie; Fillon, clone de Sarkozy; et bientôt Valls, clone de Hollande.

Nous avons déjà Marine Le Pen, clone islamophobe de son père. Marine Le Pen a gauchisé son discours pour diriger la colère vers la haine. Elle a remplacé le juif par le musulman. Elle transforme la laïcité en guerre de religion. Mais Le Pen reste Le Pen. L'entourage néfaste, le programme absurde, et mêmes des déboires de détournements de fonds publics. Marine Le Pen souffre encore à peine de sa propre affaire Bygmalion. L'enquête sur le savant montage de facturation du matériel de campagne par des sociétés d'amis aux candidats frontistes se poursuit. Après les législatives de 2012, voici que le dispositif a été reconduit pour les régionales de 2015. Il y a quelques jours, les enquêteurs ont découvert une surfacturation de près de 3 millions d'euros au profit d'une société créée en 2015 par un proche ami de Marine Le Pen, Axel Lustau. Or tous ces frais surfacturés furent ensuite remboursés par l'Etat.

Autre clone politique plus récent et tout aussi rance, François Fillon, l'ex-premier collaborateur d'un quinquennat entier et épuisant de Nicolas Sarkozy, a expulsé ses rivaux dans la primaire de droite. Avec une très large participation, près de 5 millions de Français, Alain Juppé s'est effondré comme certains le prédisaient déjà depuis longtemps.  

Nous faire croire qu'il y a là un renouveau est quelque chose d'aussi aberrant qu'irrespectueux. Fillon a fait la campagne de Sarkozy de 2007, en fut le premier ministre servile et docile durant 5 ans. Plus discret, il en partage pourtant les travers - l'utilisation des biens publics à des fins privés (comme ces allers et retours répétés en jets républicains pour retourner le weekend dans la Sarthe pourtant à 2 heures de train de la capitale); un certain goût pour le conseil rémunéré et le conflit d'intérêt (comme sa société de conseil et ses 17 000 euros mensuels qu'il a omis de déclarer sur le plateau de TF1 le lendemain de sa victoire). Fillon, député très jeune, n'a jamais travaillé dans une entreprise de sa vie. il a pourtant des idées très arrêtées sur le choc libéral dont la France aurait besoin. Comme Sarkozy, il sait s'entourer les seconds couteaux les plus conservateurs - Valérie Boyer, Hervé Novelli, Patrick Stefannini, Gérard Longuet, Frigide Barjot ou l'ex-MPF Bruno Retailleau.

Fillon est un clone politique caricatural de Sarkozy. D'ailleurs Bayrou ne s'y pas trompé. Dès le soir de la victoire de Fillon, François attaque François, Baryou ne rejoint pas Fillon. Le président du MOdem (kessako ?) s'inquiète à la télévision des projets mortifères du nouveau candidat de la droite catho-bourgeoise. "J'ai de l'amitié pour François Fillon depuis longtemps et je veux l'alternance. Le projet de Fillon est dangereux pour l'alternance. (...) C'est Robin des Bois à l'envers. Au lieu de prendre aux riches pour donner aux pauvres, il prend aux pauvres pour donner aux riches!"

"Robin des Bois à l'envers."

Exactement. 

Le président des Riches a son successeur.





Dernier clone bientôt, nous promet-on, Manuel Valls, le futur ex-premier ministre et ministre de l'intérieur de François Hollande s'apprête à concourir à son tour pour le poste suprême. Après le renoncement de Hollande, il respecte "un délai de décence" a confié un proche anonyme, avant d'annoncer sa candidature.

A 50 jours à peine de son premier tour, la primaire socialiste, que certains donnent acquise à Valls, intéresse peu. Samedi, le PS rassemble ses affidés quelque part dans Paris. Il attendait 5 000 personnes. A peine 2 500 participants se serrent porte de la Villette. Valls renonce à se pointer. Il peaufine son entrée en campagne. Sur l'estrade, Cosse, Le Roux et quelques autres fidèles braillent leur soutien à la politique passée du président Hollande.

Cette convention se tient le jour même de la trentième édition du Téléthon.

Décidément, le calendrier crée des symboles qui sont plus que des coïncidences.



Ami de gauche, choisis ton camp.