27 août 2016

486ème semaine politique: La burkinisation du débat politique français

 

Le premier fait campagne, le second vient de se déclarer candidat. Donald Trump tente de rattraper son retard sondagier, Nicolas Sarkozy a confirmé un secret de Polichinelle, sa candidature à la prochaine présidentielle. A bien des égards, les deux sont des jumeaux, des inquiétants symptômes d'une période démocratique malade. L'affaire du Burkini, cette combinaison qui met en valeur les formes mais cache la chair, ridiculise la France, affaiblit la démocratie et échauffe les esprits.

On a les hommes (et femmes) et les débats politiques que l'on mérite.


Le virus 
La campagne présidentielle est un virus, un concours d'ego qui se marrie à merveille avec l'hystérisation médiatique 2.0 dont souffre le monde aujourd'hui.

Lundi 22 août, Nicolas Sarkozy annonce d'un court message électronique sa candidature à l'élection présidentielle. Il zappe la primaire de son propre parti, dont il était encore président. Sarko est comme cela. Les règles sont surtout pour les autres. Sa déclaration est simple, elle pointe vers un énième livre, dont le titre est donc un slogan de campagne: "tout pour la France". Le tweet qui accompagne cette annonce mérite plus d'un détour: "ce livre est un point de départ", écrit-il faussement sobre.


Ce livre est un point d'arrivée, l'aveu d'un énième mensonge quand l'ex-Président des Riches, licencié par les Français, déclarait au soir du 6 mai 2012 qu'il abandonnait la politique.

La candidature de Nicolas Sarkozy est une non-nouvelle, une fausse information. Elle génère une fatigue immense, et un immense soulagement. Tout a déjà été écrit. On connait le bonhomme. Lui seul ne sait pas que son bilan est un boulet. Malgré l'âge, Nicolas Sarkozy reste aussi agité qu'il regorge de promesses. Sa campagne 2017 singe celle de 2007: il "veut", il "promet", il "assure". Et il fait rire aussi. Comme lorsqu'il explique: "On m'a fait beaucoup de reproches mais pas de mentir". Il a déjà oublié l'abécédaire de tous ses mensonges du précédent quinquennat, une liste interminable de promesses non te,ues et autres fausses déclarations. Sarkozy en campagne, c'est Noël tous les jours, même l'été sous temps de canicule. Ainsi, explique-t-il, les impôts baisseront dès l'été 2017, les charges sociales seront supprimées sur les emplois familiaux, l'imposition des successions "jusqu'à 400 000 euros" supprimées également. Et Sarkozy promet le rétablissement du service militaire pour les jeunes sans emploi ni formation. La conscription pour les pauvres et les exclus, on n'y avait pas pensé !

Sarko en campagne, c'est d'abord un spectacle. Il attire la lumière par son comportement, pas par ses idées. C'est une bête de scène, un clown aussi vulgaire que l'époque. Aux Etats-Unis, Trump fait aussi le show. Un éditorialiste, ancien du New-York Times, lui promet victoire contre la terne Hillary Clinton. Car Trump incarne l'époque, un temps où la trash-TV - les Kardashians, "Real Housewives of Orange County", "Naked and Afraid." et autre Survivor - attire des millions de voyeuristes du petit écran. Trump est un homme de son temps, aussi vulgaire, bling-bling, violent, imprécis et dangereux que son temps.

Sarkozy est notre Trump national. Marié 3 fois, Bling-Bling décomplexé, cycliste du dimanche sur les hauteurs d'un voisinage de milliardaires dans le Sud, volontairement outrancier dans son expression, il tente d'incarner une époque appauvrie.

Comme Trump, Sarkozy peut gagner.

Le candidat des Riches est de retour. Il est toujours furibard, buissonnien, "identitaire" comme aux pires heures de 2011-2012. Il promet de supprimer le regroupement familial "tant que l'Europe n'aura pas de vraies frontières". Rares sont ceux qui relèvent cette grossièreté. L'Europe n'aurait plus de frontières, ben voyons ! Les dizaines de milliers de clandestins morts noyés de peur d'échapper au contrôles aux frontières ne comptent sans doute pas pour l'ancien monarque.

Ses slogans de bistrot sont ignobles.

Sur Instagram, Carla Bruni s'écrit "Aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe."

Elle peut.

A gauche, le virus présidentiel frappe encore. L'épidémie emporte Arnaud Montebourg. L'ancien ministre du Redressement productif de 2012 devenu directeur chez Habitat rejoint la cohorte des Duflot, Hamon, Macron et autres prétendants à l'Eurovision de la Vème République. Dans les colonnes de Libération, Duflot explique qu'il faut bien se porter candidat puisque les électeurs de Hollande ne se déplacent plus.

Cette comédie du pouvoir peut donner quelque chose, puisque Hollande a accepté de s'y plier. Mais la Présidentielle, aux Etats-Unis comme en France, apparaît comme un piège pour la démocratie.

Jeu de cons
Cette semaine, nous, Français, pouvions surtout avoir honte.

Immensément honte.

Une succession de clichés pris à Nice tétanise le simple citoyen. On y voit quatre policiers municipaux s'approcher d'une femme voilée qui dormait, ou semblait dormir, sur une plage de galets de la ville au milieu des plagistes. Et elle d'obtempérer et de retirer son voile devant ses voisins dénudés.

La honte pouvait être grande. Cette femme, allongée et ostensiblement voilée au milieu de plagistes à moitié nus, quelques jours après une interdiction municipale ostensiblement médiatisée, jouait évidemment d'une provocation facile. Ces quatre policiers tombent dans le piège. Cette poignée de clichés fera le tour du monde islamiste comme l'une des meilleures (fausses) preuves de l'oppression que subiraient les musulmans en France. C'est un jeu de cons, une tragédie politique, une bêtise sans nom.

L'interdiction elle-même d'une tenue qui par ailleurs révolte les salafistes et autres islamistes suscite le malaise. La verbalisation d'une musulmane sur la plage achève le débat. Et la prochaine fois, que fait-on ? Quelle sera la prochaine outrance ? La France pays des droits de l'homme est moquée, raillée, rabaissée. "Après l'interdiction du voile intégral, des foulards dans les écoles et les règles concernant la longueur de la jupe des élèves, l'éternel problème de la France avec la tenue vestimentaire des femmes musulmanes a pris son tournant le plus burlesque avec une nouvelle controverse sur le "'burkini'" écrit le New-York Times.

Une certaine gauche hurle si fort à la discrimination qu'elle en vient à justifier la provocation  de ces exhibitions voilées impromptues. Le burkini n'est pas une tenue comme une autre, faudrait-il le rappeler ? Un responsable socialiste des Alpes Maritimes trouve les mots justes quand il dénonce les "dérives intégristes" mais aussi les outrances sécuritaires. L'ancien ministre Pierre Joxe complète: "la laïcité agressive de certains envers l'islam correspond à un racisme déguisé."

La droite furibarde hurle à l'inverse. Nicolas Sarkozy réclame une loi d'interdiction du burkini, sans rire, ni honte. Jean-François Copé le suit de peu. La burkinisation du débat politique français est en marche. Toujours à Nice, la police municipale fait de l'excès de zèle: jeudi, elle extirpe d'une piscine municipale une femme vêtue d'un paréo. A quand le nudisme obligatoire ?

Montrez vos chairs, mesdames, sinon on risque de vous suspecter d'islamisme ! "Cette affaire est littéralement grotesque, le débat est surréaliste" explique Clémentine Autain. Trump aux Etats-Unis, Sarkozy en France, le spectacle politique a les clowns que l'on mérite.

Grotesque, cette saga n'en finit plus.

Vendredi, le Conseil d'Etat, au nom du peuple français, met un terme provisoire à ces interdictions municipales. C'est sans compter Manuel Valls. On attend d’un premier ministre du fond et de l’apaisement. Mais Valls n’est sans doute pas premier ministre. Aussitôt la décision connue, il décide de "relancer" la ba-balle estivale. "Cette ordonnance du Conseil d’Etat n’épuise pas le débat" écrit-il sur sa page Facebook dès vendredi au soir. Idiot utile du retour du sarkozysme, Manuel Valls épuise.



Ami(e) citoyen(e), ne tombe pas dans ces pièges.