Hollande: le gouvernement des derniers 1000 jours.

 

Ce gouvernement n'a que 1000 jours devant lui. 

 

François Hollande s'en fiche des symboles. Il a tort, la politique n'est pas que de symboles, mais elle s'en nourrit. L'observer déclamer son discours de célébration de la Libération sur l'île de Sein, lundi 25 août sous une pluie battante, les lunettes ruisselantes, face caméra, fut une image pénible pour lui, drôle pour d'autres. 


Le lendemain, ce mardi, la composition du nouveau gouvernement comprenait quelques autres images détestables pour qui pensait, à tort et plein d'illusions, qu'un débat sur la politique économique était devenu indispensable.


Toute la journée durant, les "sachant", c'est-à-dire celles et surtout ceux qui commentent sans agir ni débattre, expliquaient sur toutes les ondes, y compris des services prétendument publics de radio-télévision, combien l'amélioration de la compétitivité de nos entreprises primait sur tout le reste. Hollande allait avoir la peau des "vrauchistes keynésiens". Rares étaient les voix discordantes, il fallait justifier pour Hollande n'avait pas le choix. Les plus lucides - il y en avait - relevaient le bordel politique dans lequel l'exécutif s'était mis. En revanche, jamais personne n'osa faire un quelconque reportage ni commentaire sur la pauvreté ou le versement de dividendes en juin dernier.

Ce 26 août, Hollande avait constitué avec Manuel Valls un gouvernement pour 1000 jours, pas un de plus.

1. La dissolution de l'Assemblée nationale est impossible, non pas techniquement, mais politiquement. Hollande est sûr de perdre. Il ne lui resterait que le subtil calcul de s'engager dans une dissolution pour espérer mieux rebondir en 2017 après deux années de droite au pouvoir. Ce raisonnement est pourtant absurde, pour au moins deux raisons. D'abord parce qu'en deux années, la droite pourra toujours se réfugier derrière l'argument du bilan calamiteux de Hollande. Ensuite parce que le Parti socialiste a déjà fait la preuve dans le passé de son incapacité à rebondir dans des délais aussi courts (remember 1995).

2. Hollande n'allait pas changer de ligne. Il a viré Montebourg parce que le divorce couvait. Hollande se rêve en Schröder à la française, l'homme qui pose les bases d'un plein emploi retrouvé au prix d'une pauvreté hors normes. Schröder a fini conseiller de Gazprom. L'Allemagne est un faux modèle, vrai parasite, dont la croissance sur le dos des autres et des siens a largement contribué à la crise ambiante.

3. Le gouvernement annoncé est sans surprise. Les partants sont partis. Comme d'anciens fidèles, ils restent courtois mais l'opposition est factuelle. Le casting de "ceux qui restent" est à peine surprenant. Ils sont même allés chercher un élu du Nord qui la veille raillait la crise de régime. On saluera la jeunesse sur quelques terrains moins polémiques à gauche - culture, éducation. En revanche, Hollande et Valls ont choisi Emmanuel Macron, un jeune surdoué de la méritocratie républicaine que d'aucuns à gauche résument trop facilement à son cursus professionnel dans la banque.  La nomination de Macron signifie surtout que la ligne politique ne bouge pas, ne change pas. Pire, Hollande fait ce qu'il a dit il y a 6 jours: accélérer pour aller plus vite, plus loin, vers le même mur.

Monsieur Laurent FABIUS
Ministre des affaires étrangères et du développement international
Madame Ségolène ROYAL
Ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie
Madame Najat VALLAUD-BELKACEM
Ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche
Madame Christiane TAUBIRA
Garde des Sceaux, Ministre de la justice
Monsieur Michel SAPIN
Ministre des finances et des comptes publics
Monsieur Jean-Yves LE DRIAN
Ministre de la défense
Madame Marisol TOURAINE
Ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes
Monsieur François REBSAMEN
Ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social
Monsieur Bernard CAZENEUVE
Ministre de l’intérieur
Monsieur Stéphane LE FOLL
Ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la forêt.
Porte-Parole du Gouvernement
Monsieur Emmanuel MACRON
Ministre de l’Economie, de l’industrie et du numérique
Madame Sylvia PINEL
Ministre du logement,   de l’égalité des territoires et de la ruralité
Madame Marylise LEBRANCHU
Ministre de la décentralisation et de la fonction publique
Madame Fleur PELLERIN
Ministre de la culture et de la communication
Monsieur Patrick KANNER
Ministre de la ville, de la jeunesse et des sports
Madame George PAU-LANGEVIN
Ministre des Outre-Mer
4. Manuel Valls est mal à l'aise. La ligne politique lui convient. Mais il avait le regard encore fuyant, mardi soir sur France 2. Sa crédibilité personnelle est en jeu. Il a été incapable de tenir une équipe gouvernementale pourtant resserrée en avril dernier aux strictes composantes internes du parti socialistes, à deux ou trois exceptions "radicales" de "gauche" près. En matière de "mouvement dynamique", une autre qualité vantée, Valls a réinventé l'agitation immobile, le "brassage de vent" médiatique cher à Nicolas Sarkozy. Bref, Valls se révèle finalement inefficace, enterré, mal-habile. Et il semble le réaliser lui-même.

5. La droite était en vrac, incapable de dénoncer le maintien d'une ligne si droitière au sommet de l'Elysée. Le fait d'armes du jour venait de Laurent Wauquiez qui osa le tweet ignoble, "sociétal" tendance néo-con et ultra-villériste: "@ChTaubira maintenue, l'ultra pro-gender @najatvb à l'Education. Un gouvernement entre tragi-comédie et provocation contre les familles". Et Christian Estrosi n'avait toujours pas compris que le ministre de l'économie, aussi banquier soit-il, ne dirigeait pas l'économie depuis Bercy.

6. Mardi soir, le premier ministre du plus court gouvernement de la Vème République était donc presque piteux sur le plateau de France 2. la chaîne, bonne fille, avait ensuite choisi de diffuser un reportage montrant combien Arnaud Montebourg le félon avait menti la veille dans son argumentation contre l'impasse économique. Puis Valls soigna ses arguments: "soutenir les entreprises" ("40 milliards d'euros!" s'exclama-t-il), "baisser les impots" (4 millions de foyers vont payer moins d'impôts en 2014), "réduire les déficits" ("50 milluards d'euros d'économies!").

Fais nous rêver, Manuel.

"Le problème est venu de la gauche elle-même" lança notre premier des ministres. Il n'a pas tort. Cette gauche implose sous nos yeux. Encore fallait-il reconnaître la responsabilité d'un président girouette qui a changé de ligne, par petites touches, avant la grande révélation de janvier dernier.

"Il y a toujours des politiques alternatives". La formule était drôle chez ce promoteur de TINA. Elle sera conservée.

Il y a "un projet qui nous dépasse, la France", plaida-t-il. Les commérations à répétition font mal au cerveau. Elles saturent l'esprit au point de provoquer ce genre de grandiloquence.

Dépassé par les évènements, Manuel Valls glissa qu'il solliciterait bien un vote de confiance de l'Assemblée, "en septembre ou en octobre". On a compris qu'il s'est prononcé trop vite. Les frondeurs ont quelques semaines pour se motiver, et prouver à cette équipe qu'il vaut mieux cesser de gouverner plutôt que de gouverner de travers.

A bon entendeur.


Hollande: le gouvernement primaire.

Arnaud Montebourg a fait vaciller le dispositif Hollande. On ne sait plus quand l'onde de choc a été réellement déclenchée, mais elle fut grande, forte et décisive.

Hollande et Valls se rabattent sur un gouvernement primaire. Une nouvelle équipe, rétrécie à ce qui ressemble à un gouvernement des plus primaires.


Cécile Duflot a jeté la première pierre, un pavé, un roc dans le jardin pourtant rangé de cette rentrée hollandaise. Le président venait d'expliquer comment il comptait accélérer dans la même direction qui pourtant déçoit et fait déserter ses soutiens. 

L'ex-ministre de  François Hollande a sans doute accéléré une prise de conscience. A l'Elysée, on n'avait pas vu ni perçu que le nouveau bouquin de Duflot serait si grave et violent.

Samedi, Montebourg puis, dimanche, Hamon, dénoncent une mauvaise politique qu'ils qualifient d'absurde. Valls prend la mouche. Lundi matin il est à l'Elysée pour obtenir de Hollande la fin de son premier gouvernement.

Manuel Valls a été incapable de conserver une équipe politiquement rétrécie plus de 147 jours, un sinistre record sous la Vème République. Valls chute dans les sondages. Finalement, pour Hollande, à quoi sert-il vraiment ? Accélérer la chute ? Le futur premier ministre travaille et s'enferme. Il lui faut trouver une nouvelle équipe avec quelques signes politiques dignes de ce nom. Il débauche Jean-Vincent Placé, l'écologiste trop content de trouver enfin un poste. Christiane Taubira devrait lâcher. Valls s'ouvre ... aux radicaux de gauche, la Vème république ressemble à la IVème de 1958.


C'est une crise de régime, nos médias ne croient pas si bien dire. Mais le régime ne se résume pas à Hollande.

La crise est celle de la Vème République. Un président peut nommer, changer, renouveler un gouvernement alors qu''objectivement tout concourt à prouver que la majorité n'est plus là, surtout au sein de son ex-majorité. La démocratie doit-elle s'aligner sur la ligne Valls - moins de 5% à la primaire socialiste de 2011 ? François Hollande défend sa ligne jusqu'au bout. Jusqu'à sa perte ?

Moment surréaliste. Hollande a fait comme si de rien n'était. Il a maintenu ses célébrations à l'île de Sein. Il parlait sous la pluie, une pluie battante, à l'île de Sein. Puis il était le soir à Paris pour le 70ème anniversaire de la Libération de Paris. Vers 23 heures, quelques dizaines de journalistes attendaient le retour de Hollande à l'Elysée.

Arnaud Montebourg a été surpris par la polémique, paraît-il. Montebourg assume le choc. Il a pourtant tout fait pour calmer le jeu. Lundi, sans attendre, il prévient qu'il reprend sa liberté: "je vais désormais chercher un travail". Le soir sur TF1, il ajoute: "Je crois que le désaccord est constitué, la séparation est à l'amiable". Benoit Hamon suit: "J'ai exprimé mon désaccord" complète-t-il sur France 2 en parallèle. Puis Aurélie Filippetti, ministre de la culture, qui publie carrément un courrier psychodramatique:"Il y a un devoir de solidarité, mais il y a aussi un devoir de responsabilité vis-à-vis de ceux qui ont fait ce que nous sommes." Lundi soir, on croit savoir que Christiane Taubira ne pourra rester. Sur les réseaux sociaux, on se moque de Jean-Vincent Placé, le sénateur écologiste qui ne comprenait pas la rancoeur de Duflot. Pour certains, la chasse aux places restaient une belle obsession.


Une grosse moitié des parlementaires socialistes seraient hostiles ou grognons contre la ligne officielle.

Qu'ils le prouvent dans les rangs de l'Assemblée.


Comment les vacances abiment la politique

Ils sont tous rentrés, mais quelle histoire !

Même quand les vacances sont courtes, bien plus courtes que pour le reste de nos concitoyens, les vacances de nos personnalités politiques peuvent être dangereuses pour l'image et l'action, la forme et le fond.

Les médias ont pris l'habitude de commenter et détailler qui par où. Une information a priori sans aucun intérêt mais qui fait pourtant partie des rituels désagréables de nos commentaires estivaux. 


Hollande, topless
Jacques Chirac, en son temps, avait été photographié de dos, et surtout zoomé sur l'entrejambe.
François Hollande a encore subi les affronts des paparazzi d'une presse trash-people suffisamment odieuse pour qu'on finisse par la commenter jusque dans ces colonnes. L'un de ces hebdomadaires humiliants l'a montré à demi-nu, dans une posture semi-affaissée si humiliante pour un chef d'Etat que d'autres confrères jusqu'au Figaro lui-même se sont indignés.  

François Hollande, dont on critique suffisamment la politique et les mauvaises postures de communication dans ces colonnes, est resté cependant un président normal. Cela se voit jusque dans ces clichés mal maîtrisés. Et c'est presque tant mieux. Il n'y a que quelques chantres dépassés de la droite furibarde ou d'un "napoléonisme" prétendument républicain pour penser que le Président de la République mérite d'être hors sol et au-dessus du commun des citoyens.

La rédactrice en chef de la "publication" en cause s'est justifiée ainsi. On croit rêver par tant de facilité.
« François Hollande n’est pas l’homme le plus sexy du monde et ce n’est pas de ma faute. Ce sont des photos de vacances banales, qui n’ont rien de dégradant, il n’est pas à quatre pattes par terre. Nous n’avons pas pris les photos les plus dures, il n’y a aucune mauvaise intention.
Notre vocation est de montrer tous les peoples tels qu’ils sont, sans traitement particulier. Quand on montre Britney Spears pas très glamour sur la plage, personne ne réagit. »

Morano topless
Les vacances font des dégâts également à droite. Nadine Morano, ancienne ministre échouée par défaut ou dérive au Parlement européen, n'a rien trouvé de mieux à dire pour se rappeler au souvenir médiatique qu'elle avait été choquée par la présence d'une femme voilée sur une plage. Sur sa page Facebook, d'accès public, on pouvait lire notamment ceci:
"Lorsqu’on choisit de venir en France, Etat de droit, laïc, on se doit de respecter notre culture et la liberté des femmes. Sinon, on va ailleurs !!"
Qu'elle le pense est une chose, qu'elle le dise en est une autre. Cela signifie qu'elle cherche comme d'autres à instrumentaliser l'islam pour sa misérable cause politique. Car il y a bien d'autres choses à dire sur les tenues de plage. Nadine Morano pratique-t-elle le topless ? Non ? C'est une nouvelle assurément scandaleuse pour certain(e)s lecteurs/trices de ces colonnes.

Quelques heures plus tard, le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll lui a rappelé combien ces indignations "féministes" étaient suffisamment hypocrites pour qu'elle taise l'absence de parité dans son propre parti.

La presse se meurt, paraît-il.

Certains devraient rendre les armes avant qu'on ne leur les retire. 

Valls, sans corrida
Le premier ministre, il y a quelque semaines, avait demandé à ses ministres ne pas assister ... à des corridas. La nouvelle, anecdotique, a pourtant été sur-relayée il y a 10 jours. De la presse trash-people (Closer, etc) à une plus officielle (le Figaro), ou plus thématique (30 millions d'amis), on ne savait plus  comment éviter l'étrange information.

Valls, pourtant, est un grand fan de corrida.

Pourquoi cette prudence soudaine ?



Fabius, sans vacances
Entre la guerre à Gaza et les assauts en Irak du Califat islamique contre les Kurdes, le ministre des affaires étrangères n'a pas chômé. Il y a quelques jours, tandis que quelques sous-ténors de l'UMP couinaient pour une intervention française en Irak, Fabius était ...à Erbil, en Irak, à 30 kilomètres du front.

Fabius faisait de la politique, mais certains opposants ne l'ont pas vu.


PARCE QU'IL FAUT EN RIRE