15 décembre 2018

606ème semaine politique: pourquoi il faut haïr Macron, le superhéros des riches.

Jupiter parle. Il parait brisé. Il se relevera sans doute, à moins qu'on ne le destitue.


Jupiter parle
On a failli oublier ce million d'euros englouti dans la décoration "volontaire" du Palais, décidée sans crier gare par le couple monarchique, moquette, dorure, et vaisselle, le couple Emmanuel 1er et dame Brigitte avait ses urgences que la finance publique et le bon sens politique ignorent. Mais depuis la mi-novembre, les deux tremblent. Pour les manifestations parisiennes du 8 décembre, le Canard Enchaîné relate comment Manu 1er s'est barricadé à l'Elysée, en faisant sécuriser un large périmètre jusqu'à l'immense place de la Concorde incluse. Il faut dire qu'il avait la trouille. Qu'une trentaine de gueux énervés tapotent son véhicule officiel au Puy-en-Velay début décembre l'a secoué.

Macron ne comprend pas qu'on le hait. Des psychologues sont appelés à la rescousse dans les tribunes de presse pour expliquer que "la haine, c'est mal". C'est vrai, la haine est toujours dangereuse. Mais Emmanuel Macron, ses sbires et ses supporteurs font mine d'ignorer le problème: il ne s'agit pas de "refaire le match" de 2017 comme le cadre sup Griveaux le répète à chaque fois. Il s'agit de comprendre le malentendu de 2017. En 2007 comme en 2012, les vainqueurs des élections présidentielles l'ont emporté sur la base d'alliances politiques assumées ou pas - Sarkozy qui tend la main au FN avec sa proposition d'entre-deux-tours de ministère de l'identité nationale; Hollande qui rassemble la gauche contre Sarko cinq ans plus tard sur la promesse de lutter contre la finance. Macron a emporté la premiere place du premier tour de justesse sur un programme flou. Il l'a emporté au second tour sur un chantage contre le FN, pas sur son programme.

Et pourtant une fois élu, il a déroulé son programme, jusque dans des détails que personne ne connaissait, pas même ses supporteurs. 18 mois plus tard, c'est le drame, et pour cause. La majorité des électeurs de 2017, populaire et fragilisée, n'a pas voté pour cette présidence des riches.

"Vous avez déchiré le contrat social. Vous déchirez la France. Depuis votre entrée à l’Elysée, vous menez une politique injuste, si manifestement injuste : comment le corps social n’en serait pas heurté, violenté ?" François Ruffin à Emmanuel Macron, novembre 2018.

Macron n'a rien compris.

Il se croit en mission.



Quand lundi soir, Jupiter s'exprime devant 21 millions de téléspectateurs, la voix presque tremblante et le regard posé, pour expliquer aux Français qu'il les a "compris", on est frappé.

Frappé par la posture d'abord. Macron semble proche de la lévitation, il est sur-maquillé comme pour masquer la fatigue. Il fixe un prompteur fixé légèrement au dessus de l'axe de la caméra, ce qui le place légèrement hors cadre. Curieusement, il a les deux mains posées les doigts écartés devant lui sur la table comme s'il voulait parler aux esprits.



Frappé par le propos ensuite. Macron a eu peur, certes. Mais pas assez. Il lâche un peu, trop peu, trop tard: 
  • L'augmentation du "salaire minimal" de 100 euros par mois est une arnarque: le SMIC n'augmentera qu'avec l'inflation, sans coup de pouce, au 1er janvier prochain. La revalorisation annoncée est le cumul des baisses de cotisations salariales en place depuis octobre et des hausses de 20 euros chacune de la prime d'activité, déjà prévues pour 2019 à 2021 (qui est financée par ailleurs par la hausse de la CSG). Le SMIC serait une "trappe" explique Muriel Pénicaud. Elle a eu gain de cause, et les journalistes qui se moquent d'elle parce qu'elle expliquait juste avant l'intervention présidentielle que le SMIC ne serait pas revalorisé sont des benêts (écoutez l'excellente explication de Bruno Donnet sur France inter). La quasi-totalité des prestations sociales reste gelées. Par exemple, les aides au logement seront amputées d'une coupe de 800 millions d'euros en 2019, puis 1,5 milliard d'euros en 2020, une baisse historique.
  • Les retraites entre 1200 et 2000 euros mensuels seront épargnées de la hausse de la CSG. Là aussi, l'arnaque est dans le détail: le seuil d'exonération se calcule par foyer et non par individu.
  • La défiscalisation intégrale des heures supplémentaires dès janvier 2019 est de la démagogie sarkozyste: cela fera du bien à celles et ceux qui pourront trimer plus, et découragera les embauches. Effet d'aubaine garanti, comme en 2007. Cette seule mesure devrait coûter la moitié des "cadeaux sociaux" annoncés ce soir-là, soit environ 4,5 milliards d'euros. 
  • La "prime de 1000 euros en fin d'année" est un autre faux cadeau. Macron laisse aux employeurs le choix de la verser. Il promet simplement de défiscaliser cette prime exceptionnelle. Et l'Etat-employeur ne donnera pas le bon exemple - le gel du point d'indice des fonctionnaires est évidemment gelé.



Le monologue présidentiel est à peine terminé que l'ex-socialiste Olivier Dussopt, devenu valet de la contre-révolution conservatrice macroniste, s'empresse de lâcher à la presse que ces efforts inattendus couteront "8 à 10 milliards d'euros". En coulisses, Edouard Philippe souffre et souffle. Il était hostile à ces "cadeaux", tout comme Bruno Le Maire, autre parangon de la rigueur bruxelloise.

Quel pognon de dingue ! Taisez-vous les pauvres ! 


On est ensuite frappé par ce formidable angle mort, volontairement mort dans le discours macroniste: Macron oublie la fracture fiscale. Tout juste ment-il en justifiant la suppression de l'ISF par les prétendus effets bénéfiques qu'elle aura sur l'économie. Du mouvement des Gilets Jaunes, il ne retient que la crise du pouvoir d'achat, il fait mine de comprendre que le "ruissellement" se fait attendre et qu'il suffit de l'anticiper par quelques oboles. Mais il récuse tout rétablissement de l'ISF, ni rééquilibrage de l'impôt. Il se tait également sur le doublement de l'inefficace CICE - 40 milliards d'euros d'exonérations de cotisations sociales, alors que les évaluations d'impact du dispositif depuis 2014 ont révélé son inefficacité à favoriser l'emploi - 400 000 euros par an par emploi "préservé", y compris en faveur de multinationales qui expatrient leurs bénéfices !

Maintien de la flat Tax, maintien de la suppression de l’ISF au motif d’un argument répété de « ruissèlement »; maintien des suppressions de 50 000 postes de fonctionnaires , gel des retraites et de la quasi-totalité des minima sociaux, arnaque sur le SMIC, et, last but not least la défiscalisation des heures supplémentaires en mode Sarko qui avait tant coûté à l’économie en embauches. Qui dit mieux ?

On est toujours frappé par les mensonges. Non, les Smicards ne gagneront pas de 100 euros de plus chaque mois à compter du 1er janvier. Macron augmente la prime d'activité, une prestation sociale financée par les impôts: demander aux pauvres de se payer leurs cadeaux, elle n'est pas belle, l'arnaque ? Pire, les services de Bercy identifient en parallèle des économies supplémentaires sur le budget public. Comment financer les cadeaux de Macron ? Où faudra-t-il couper, s'interroge le Monde dans son édition du weekend suivant. A-t-on vu pareille interrogation en couverture lors du doublement du CICE ou de la suppression de l'ISF ? Non.

On est frappé enfin par la révélation, au sens premier du terme. Macron révèle qui sont ses vrais soutiens et les faux opposants: à droite, Laurent Wauquiez annonce qu'il renonce à soutenir les Gilets Jaunes. Guillaume Peltier, l'ex-facho de la Touraine devenu vice-président de LR, frôle l'orgasme le soir même. En coulisses, on apprend que dimanche Emmanuel Macron est allé prendre conseil auprès de Nicolas Sarkozy. D'ailleurs, autre oubli, la démocratisation de notre régime présidentiel est remplacée par l'organisation "d'un grand débat", avec plusieurs thèmes dont l'immigration et l'identité nationale, ça ne vous rappelle rien ?

Macron ressort l'identité nationale
Le quatrième thème du débat annoncé fait en effet bondir les associations humanitaires, et grincer quelques dents jusque chez le sage Édouard Philippe: l'immigration. Macron déraille-t-il ? Non. Il suit une ligne politique qui a déjà donné le Code de la Honte, le rejet de l'Aquarius, le harcèlement des aidants aux migrants.

Macron singe Sarko. C'est odieux, contre-productif, et cela abaisse la République.

"Je veux aussi que nous mettions d’accord la nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde, que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter." Emmanuel Macron, 11 décembre 2018.

"Sur l’immigration, ce n’est plus possible" Nicolas Sarkozy, 21 mai 2014

« A force d’abandon, nous avons fini par ne plus savoir qui nous étions » Nicolas Sarkozy, novembre 2009.

"Je me réjouis qu'il y ait des réflexions de comptoir, ça fait partie de l'identité nationale." Eric Besson, décembre 2009.

Qui dit mieux ?

Emmanuel Macron a révélé ses vrais soutiens, sa véritable trouille, sa courte vue, et sa vision de classe.

On n'en attendait pas davantage.

Merci patron.

La révélation est aussi et surtout médiatique. Une grappe d'éditocrates emboite le pas, aux ordres et surtout par conviction, elle surgit en soutien du monarque. Jusque là, les mêmes n'osaient râler trop bruyamment contre ces Gilets Jaunes, mélange de trouille de classe et de suivisme opportuniste. Mais Macron a parlé et ils recouvrent leurs réflexes de classe. Des "journalistes" qui n'ont du journalisme que l'abattement fiscal, enjoignent à des travailleurs pauvres de cesser leur raffut. Des éditocrates payés 20 ou 25 000 euros mensuels donnent leur leçon de démocratie à des Smicards. Cette fracture est édifiante.

Le plus illustratif est certainement Jean-Michel Aphatie: "Le ton, le contenu, les propositions: a réussi l’intervention qu’il ne pouvait pas manquer. S’il y a un acte V des il faudra en expliquer sérieusement la raison." Et il poursuit, et il mitraille.

Le chantage terroriste
Mercredi, la France suspend son actualité: un terroriste islamiste tue au hasard 3 personnes, en blesse gravement 8 autres, au marché de Noël de Strasbourg. Le chantage est double et immédiat. Cette attaque vise à faire peur, elle échoue. Mais elle est rapidement utilisée par quelques macronistes officiels qui aussitôt réclament aux Gilets Jaunes de taire leur mouvement. Sur les plateaux, des journalistes martèlent aussi l'argument imparable et odieux: à cause des Gilets Jaunes, la police a été insuffisamment mobilisée sur le front du terrorisme.

Un attentat ?! Taisez-vous les pauvres ! 

Les mêmes odieux n'ont pas servi cette soupe infâme quand Jupiter mobilise des milliers de policiers et gendarmes pour sécuriser ses fastes, ses sommets inutiles, ses convocations parlementaires ou diplomatiques à Versailles. Les mêmes odieux justifient l'argument terroriste: il faudrait taire la démocratie au motif de la lutte contre le terrorisme. Osez critiquer cette démagogie qui fait le jeu des terroristes, et l'on vous traitera de complotiste.

A l'Assemblée nationale, il y eut un moment exemplaire de courtoisie républicaine: Mélenchon adresse le soutien des élus insoumis au gouvernement dans sa lutte contre le terrorisme. Il prévient qu'il ne faut pas donner raison à ces terroristes et interrompre les débats contradictoires. Il accepte d'avance que la motion de censure déposée à l’encontre du gouvernement, avec le soutien des élus socialistes et communistes, peut être décalée à cause des circonstances exceptionnelles. Et Édouard Philippe lui répond son accord plein et entier. Ce moment de courtoisie républicaine est applaudi d'une ovation quasi-générale.

Merci Edouard Philippe, tu mérites mieux que tes soutiens.




Mais pour les Aphatie et autres soutiers de la Présidence des Riches, cela ne va pas. Aphatie justement répète sur son micro radiophonique: "Par simple décence, il ne faut pas que les 'gilets jaunes' manifestent samedi."


Samedi, le ton médiatique a changé. Assez vite, on souligne "l'essoufflement" du mouvement. La semaine précédente, les forces de sécurité ont arrêté préventivement 3000 personnes (278 seulement ont fini chez un juge). Qui ne serait pas découragé ? La police use et abuse du délit de "groupement violent". Il suffit de quelques casseurs à proximité, et hop ! L'affaire est jouée.


 Vingt-quatre journalistes et photographes ont porté plainte contre la police pour des tirs de flash-ball qui défigurent, des arrestations sommaires, des coups et blessures. Si les mêmes faits s'étaient déroulé au Vénézuela, la Macronista toute entière aurait sans doute brailler et défiler entre Neuilly et Passy.

Il est pourtant trop tôt pour tirer des conclusions. Cette semaine, le gouvernement a montré qu'il avait eu peur, très peur. Et qu'il pouvait céder. Il a aussi révélé a vacuité de son discours. La facture de cette présidence des riches pour le pays est lourde, très lourde. Le site Bastamag le résume simplement: "En 2019, 40 milliards seront versés aux entreprises au titre du « crédit d’impôt compétitivité emploi » et en allègement de cotisations. Chaque salarié devrait voir son pouvoir d’achat légèrement augmenter, sans que son salaire ne progresse. Mais en arrière-plan, ce sont l’ensemble des protections sociales et des services publics qui risquent de s’effondrer, faute de financements. Alors que le gouvernement prépare une énième réforme des retraites et de l’assurance-chômage."

On sait déjà que les "réformes" des 18 premiers mois ont planté la croissance en donnant plus et trop à celles et ceux qui ont déjà beaucoup, tout en précarisant le plus grand nombre. C'est d'autant plus dommageable qu'une récession mondiale s'annonce pour l'an prochain. Macron, 10 ans après Sarko, commet les mêmes erreurs que son mentor.



Ami(e) macroniste, où es-tu ?