Il y a deux mois, quelques semaines, on nous disait encore que tout ou presque était réglé. Il n'en était rien. Un mini-sommet européen se tenait ce mercredi soir. Le menu était chargé, presque trop lourd. Comme si rien n'avait changé depuis deux ans. La Grèce menaçait de sombrer, l'Allemagne n'était plus aussi convaincue qu'il faille encore l'aider davantage. La spéculation reprenait.
Mercredi,
François Hollande n'a pas pris Air Sarko One. Le gigantesque avion
commandé par Sarkozy est resté au parking. Le président français a pris
le train, avec son homologue espagnol, pour rejoindre un sommet européen
informel.
L'Allemagne s'accroche à sa rigueur.
D'aucuns la qualifient d'austérité. Angela Merkel est apparue isolée sur cette ligne. Elle refuse encore les euro-obligations proposées par l'équipe Hollande. La chancelière pouvait se satisfaire d'emprunter à des taux historiquement bas: jeudi, l'Etat fédéral a emprunté 4,6 milliards d'euros à 2 ans à ... zéro. Le même jour,
la Bundesbank a déconseillé tout assouplissement des conditions
d'emprunts de la Grèce auprès de ses créanciers, y préférant même
l'arrêt du versement des aides européennes et internationales.
Même au sein de la CDU, la position de Merkel ne fait pas l'unanimité. Ainsi, Günther Oettinger, commissaire européen en charge de l'Energie, et ancien collègue d'Angela Merkel à la CDU, a appelé « toutes les parties à ne pas s'opposer par principe aux
euro-obligations», soutenues par la France.
Depuis mardi, les Bourses européennes ont été à nouveau secouées, par crainte d'une sortie de la Grèce de la zone euro. La monnaie européenne est tombée à moins de 1,26 dollar, revenant à son niveau de l'été
2010.
Le naufrage qui menace la Grèce menace l'euro.
La Grèce est sans gouvernement depuis bientôt un mois et l'échec à constituer une nouvelle majorité après les élections législatives du 6 mai dernier. Avant le sommet, quelques responsables de l'eurogroupe avaient suggéré aux gouvernements de la zone euro de préparer des plans de secours. Sauve qui peut ?
Nicolas Sarkozy nous avait habitué à des rencontres internationales
scénarisées comme des duels au soleil. Il aimait lancer des
ultimatums, à chaque fois, « on allait voir ce qu'on allait voir ». Le temps aidant, on avait compris qu'il brassait plus de vent avec ses bras qu'autre chose. De surcroît, l'ancien monarque comprenait peu la chose économique.
Depuis vendredi, François Hollande a montré sa différence. Puisse-t-elle tenir et être plus efficace que les ultimatums sarkozyens!
Face à la position allemande, le gouvernement français a d'abord voulu rassurer. Lundi, le tout nouveau ministre des finances et de l'économie Pierre Moscovici a rencontré préventivement son homologue allemand Wolfgang Schäuble. Pour mieux rappeler, même s'il y a désaccord sur la sortie de crise, la promesse de « ramener le déficit à 3 % en 2013, de présenter
une loi qui dira comment atteindre le retour à l’équilibre en 2017 ». Après les caricatures sarkozystes pendant la campagne, il fallait rassurer.
Ensuite, François Hollande voulait faire émerger le plus de solutions de croissance possibles. Mercredi à Bruxelles, Hollande promit d' «envoyer des signaux à la Grèce », des signaux de solidarité: « la zone euro doit montrer qu'elle est en mesure de soutenir la Grèce. » L'objectif était de « de mettre toutes les propositions de croissance sur la table ». Et d'ajouter: « ce qui pourrait être de bon augure, c'est que nous
mettions sur la table de ce Conseil tout ce que
nous pensons qui puisse relever le niveau de la croissance». Mercredi soir, après 9 heures de discussions, même Angela Merkel a du reconnaître qu'il ne fallait pas abandonner la Grèce hors de la zone euro.
Enfin, il s'agissait de constituer un front commun avec un maximum d'autres partenaires européens. La démarche a d'abord reçu l'assentiment d'Herman von Rompuy, le fade président de l'Union Européenne. Puis Hollande s'est attaché le soutien de l'Espagne, de l'Italie, et même du Royaume Uni. Lors d'une conférence de presse avec le premier ministre espagnol Rajoy, le président Hollande a prévenu: « la France et l'Espagne partagent l'idée qu'il faut mettre de la
liquidité dans le système financier européen et faire en sorte que
toutes les banques européennes puissent être consolidées. Le rôle de la Banque Centrale Européenne fera partie des discussions
des prochaines semaines, sur la croissance et les liquidités ». Et encore: « il ne peut pas y avoir simplement une
dimension budgétaire qui a été celle choisie à travers le traité que
vous connaissez (...) mais nous devons y ajouter un pacte de croissance
et aussi un engagement à moyen terme, les Européens doivent savoir où
l'Europe va, il doit y avoir une direction politique ».
Mercredi soir, la position française était à peine majoritaire. L eprochain sommet est pour le 28 juin, après les élections législatives grecques et françaises. Il n'y eut aucun communiqué de victoire, mais un simple état des lieux. Même le Figaro loua la « franchise apparente qui tranche avec celle de nombre de ses prédécesseurs » manifestée par François Hollande lors de sa conférence de presse. Ce dernier avait reconnu que l'Allemagne restait son plus fort opposant, et, concernant les euro-bonds qu'il défend, que « des pays sont totalement hostiles et que d'autres ne l'envisagent qu'à très long terme». «pour l'Allemagne, les eurobonds sont un point d'aboutissement ; pour nous Français, c'est un point de départ».
Jeudi, l'agence Moody's affirmait maintenir le Triple A français, quelques heures après que Jean-Marc Ayrault ait annoncé que le décret du retour de la retraite à 60 ans pour celles et ceux ayant cotisé leur 41 annuités entre 18 et 20 ans serait promulgué d'ici 3 semaines.
Un pied de nez supplémentaire à celles et ceux qui promettaient l'enfer financier à la France si François Hollande était élu.
SARKOFRANCE - Saison 2
La France d'Après
jeudi 24 mai 2012
Bettencourt: comment Sarkozy peut-il échapper à une convocation ?
Dans son édition datée du 24 mai 2012, le quotidien Le Monde a publié des extraits des procès verbaux de l'instruction du juge Gentil, à Bordeaux, relative aux délits d'abus de faiblesse et d'abus de confiance commis au préjudice de Liliane Bettencourt. Sont également détaillés les nombreux indices et témoignages des visites de l'ancien « candidat du peuple » au domicile de la milliardaire.
Il en ressort que Nicolas Sarkozy est directement visé. Si directement visé qu'on a peine à croire qu'il ne pourrait être convoqué voire mis en examen d'ici l'été.
Des dénégations...
Rappelez-vous ce court échange, le 12 juillet 2010. Nicolas Sarkozy est encore président, interrogé par David Pujudas à l'Elysée. Il avait hésité à faire cet entretien. Mais l'emballement du scandale Woerth/Bettencourt, après les publications d'enregistrements pirates de conversation au domicile de la milliardaire à la mi-juin, l'avait contraint à sortir de sa réserve. Ce 12 juillet, donc, David Pujadas lui demande pourquoi il n'a pas demandé l'ouverture d'une instruction judiciaire indépendante, et/ou autorisé la création d'une commission d'enquête parlementaire; le journaliste rappela aussi les témoignages recueillis ces dernières semaines sur un financement politique illégal. Sarkozy fut glacial et outré:
... au calendrier des versements
Les auteurs de l'article, les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, précisent: « Selon les procès-verbaux dont Le Monde a pris connaissance, le magistrat semble tenir pour acquis que M. Sarkozy a bénéficié, lors de sa campagne présidentielle de 2007, d'argent en espèces du couple Bettencourt. » Et les deux de préciser avec minutie le troublant calendrier des versements d'espèces de ce début d'année 2007.
Le 17 janvier 2007, l'ancienne comptable de Liliane Bettencourt retirait 50.000 euros en espèces sur instruction de Patrice de Maistre, l'ancien gestionnaire de fortune.
Le 18 janvier, Liliane Bettencourt les remettait à de Maistre.
Le 19 janvier, ce dernier rencontrait Eric Woerth à proximité du siège de campagne de Nicolas Sarkozy. Woerth était alors trésorier de la campagne du candidat Sarkozy.
Le 28 janvier 2007, Patrice de Maistre était à Genève.
Le 30 janvier 2007, il rencontrait l'avocat René Merkt, qui gère les comptes non déclarés du couple Bettencourt. Ce dernier a confirmé aux juges qu'il a fait envoyer 100.000 euros en espèce au domicile de Liliane Bettencourt, sur instruction du gestionnaire.
Le 5 février 2007, 100.000 euros en espèces étaient déposés chez Mme Bettencourt, en présence de M. de Maistre, entre 17 h 15 et 17 h 45. Selon le Monde, « les enquêteurs ont établi que les fonds étaient toujours livrés ainsi ».
Le 7 février 2007, nouveau rendez-vous entre Eric Woerth et Patrice de Maistre, toujours dans un café discret à proximité du QG de campagne. L'explication fournie par Woerth au juge est croustillante: « Il voulait évoquer l'importance du rôle des PME dans l'économie française ».
Le 8 février 2007, « l'étude Merkt à Genève reçoit un virement de 560 000 euros, sur un compte de Mme Bettencourt, la somme paraissant provenir d'un système de compensation ».
Le 24 février 2007, l'agenda de Mme Bettencourt mentionne une visite de « Monsieur Nicolas S ». Des visites de Nicolas Sarkozy ou d'un énigmatique Nicolas S au premier semestre 2007, il en est beaucoup question dans les déclarations de l'ancien personnel de la milliardaire auprès du juge: chauffeur, infirmière, comptable, femme de chambre, les témoignages directs ou indirects sont nombreux.
Le 26 avril 2007, Liliane Bettencourt se faisait remettre quelque 400.000 euros en espèces. Un besoin de liquide pressant, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2007. Le Monde cite le juge Gentil, après l'audition de Cnatla Trouvel, une ancienne secrétaire de Mme Bettencourt: « On pourrait en déduire qu'il y a bien eu un rendez-vous le 26 avril 2007 entre M. et Mme Bettencourt et Patrice de Maistre, un rendez-vous spécial, peut-être pour préparer une remise d'argent qui, dans ces conditions, aurait pu avoir lieu le dimanche 29 avril 2007, c'est-à-dire pendant la période des élections présidentielles.»
Tout au long de ses auditions, Eric Woerth a nié avoir reçu des espèces.
Au final, Nicolas Sarkozy est tellement visé qu'on se demande comment il pourrait échapper à une audition dans le cadre de cette instruction.
Celle-ci pourrait intervenir à compter du 15 juin prochain. Soit deux ans, jour pour jour, après le déclenchement de l'affaire.
Il était temps.
Lire aussi:
Il en ressort que Nicolas Sarkozy est directement visé. Si directement visé qu'on a peine à croire qu'il ne pourrait être convoqué voire mis en examen d'ici l'été.
Des dénégations...
Rappelez-vous ce court échange, le 12 juillet 2010. Nicolas Sarkozy est encore président, interrogé par David Pujudas à l'Elysée. Il avait hésité à faire cet entretien. Mais l'emballement du scandale Woerth/Bettencourt, après les publications d'enregistrements pirates de conversation au domicile de la milliardaire à la mi-juin, l'avait contraint à sortir de sa réserve. Ce 12 juillet, donc, David Pujadas lui demande pourquoi il n'a pas demandé l'ouverture d'une instruction judiciaire indépendante, et/ou autorisé la création d'une commission d'enquête parlementaire; le journaliste rappela aussi les témoignages recueillis ces dernières semaines sur un financement politique illégal. Sarkozy fut glacial et outré:
Sarkozy : «Monsieur Pujadas, est-ce qu'ils parlent de moi, ces gens ?»Comme pour mieux enfoncer le clou, l'ancien Monarque compléta: «Derrière tout ça, il y a des officines.» Dans son esprit, tout ceci n'était qu'un complot. L'ennemi avait été désigné, Mediapart et la presse dite de gauche. Les services secrets allaient espionner deux journalistes du Monde, pour débusquer les fuites de PV: un conseiller de la ministre Alliot-Marie, David Sénat, fut muté sur une mission à Cayenne. Coïncidence, il vienne d'être nommé ce 23 mai 2012 auprès du procureur de Melun, presque une réhabilitation.
Pujadas : «Non, Ils n'ont pas parlé de vous.»
Sarkozy : «Bon»
... au calendrier des versements
Les auteurs de l'article, les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, précisent: « Selon les procès-verbaux dont Le Monde a pris connaissance, le magistrat semble tenir pour acquis que M. Sarkozy a bénéficié, lors de sa campagne présidentielle de 2007, d'argent en espèces du couple Bettencourt. » Et les deux de préciser avec minutie le troublant calendrier des versements d'espèces de ce début d'année 2007.
Le 17 janvier 2007, l'ancienne comptable de Liliane Bettencourt retirait 50.000 euros en espèces sur instruction de Patrice de Maistre, l'ancien gestionnaire de fortune.
Le 18 janvier, Liliane Bettencourt les remettait à de Maistre.
Le 19 janvier, ce dernier rencontrait Eric Woerth à proximité du siège de campagne de Nicolas Sarkozy. Woerth était alors trésorier de la campagne du candidat Sarkozy.
Le 28 janvier 2007, Patrice de Maistre était à Genève.
Le 30 janvier 2007, il rencontrait l'avocat René Merkt, qui gère les comptes non déclarés du couple Bettencourt. Ce dernier a confirmé aux juges qu'il a fait envoyer 100.000 euros en espèce au domicile de Liliane Bettencourt, sur instruction du gestionnaire.
Le 5 février 2007, 100.000 euros en espèces étaient déposés chez Mme Bettencourt, en présence de M. de Maistre, entre 17 h 15 et 17 h 45. Selon le Monde, « les enquêteurs ont établi que les fonds étaient toujours livrés ainsi ».
Le 7 février 2007, nouveau rendez-vous entre Eric Woerth et Patrice de Maistre, toujours dans un café discret à proximité du QG de campagne. L'explication fournie par Woerth au juge est croustillante: « Il voulait évoquer l'importance du rôle des PME dans l'économie française ».
Le 8 février 2007, « l'étude Merkt à Genève reçoit un virement de 560 000 euros, sur un compte de Mme Bettencourt, la somme paraissant provenir d'un système de compensation ».
Le 24 février 2007, l'agenda de Mme Bettencourt mentionne une visite de « Monsieur Nicolas S ». Des visites de Nicolas Sarkozy ou d'un énigmatique Nicolas S au premier semestre 2007, il en est beaucoup question dans les déclarations de l'ancien personnel de la milliardaire auprès du juge: chauffeur, infirmière, comptable, femme de chambre, les témoignages directs ou indirects sont nombreux.
Le 26 avril 2007, Liliane Bettencourt se faisait remettre quelque 400.000 euros en espèces. Un besoin de liquide pressant, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2007. Le Monde cite le juge Gentil, après l'audition de Cnatla Trouvel, une ancienne secrétaire de Mme Bettencourt: « On pourrait en déduire qu'il y a bien eu un rendez-vous le 26 avril 2007 entre M. et Mme Bettencourt et Patrice de Maistre, un rendez-vous spécial, peut-être pour préparer une remise d'argent qui, dans ces conditions, aurait pu avoir lieu le dimanche 29 avril 2007, c'est-à-dire pendant la période des élections présidentielles.»
Tout au long de ses auditions, Eric Woerth a nié avoir reçu des espèces.
Au final, Nicolas Sarkozy est tellement visé qu'on se demande comment il pourrait échapper à une audition dans le cadre de cette instruction.
Celle-ci pourrait intervenir à compter du 15 juin prochain. Soit deux ans, jour pour jour, après le déclenchement de l'affaire.
Il était temps.
Lire aussi:
Bettencourt: le Sarkogate peut-il enfin démarrer ?
Bettencourt, Woerth et Sarko-gate
Sarkozy, Woerth, du conflit d'intérêt au financement illégal : faits et accusations.
Libellés :
justice,
politique,
polémique,
prison,
repentance,
sarkofrance,
Sarkozy
mercredi 23 mai 2012
Au G8, François Hollande désarçonne les critiques
Quand Nicolas Sarkozy revenait de l'un de ses G8 ou G20, il y avait toujours l'inévitable communiqué de victoire. A fur et à mesure de ces réunions, le monde vu de Sarkofrance avait été sauvé d'à peu près tout grâce à des décisions énergiques et rapides: régulation monétaire, suppression des paradis fiscaux, relance de la croissance, lutte contre le réchauffement climatique, etc. Nicolas Sarkozy était aussi ce capitaine-qui-tient-la-barre, soutenu par tous les plus grands de ce monde devenu si dangereux, de Barack Obama à Angela Merkel.
Evidemment, tout ceci était faux.
Il fallut attendre l'épreuve des faits et la pression électorale pour que l'ancien Monarque, bien tardivement, n'accepte quelque contrition. La crise était toujours là, tout comme la Finance et ses excès. Les paradis fiscaux n'avaient que changé de nom.
Pendant des mois, le rival François Hollande fut décrit comme un faible ou un trouillard, incapable de tenir le moindre meeting international ou à nos partenaires. Nicolas Sarkozy avait enjoint ses proches et supporteurs de mitrailler le rival socialiste d'attaques sur son caractère prétendument incompatible avec la fonction présidentielle. Bref, Hollande devait nous précipiter dans l'inaction et le ridicule.
Evidemment, tout ceci était faux.
Depuis vendredi dernier, c'est le choc. La France est encore là, elle n'a pas disparu. François Hollande ne fut ni raillé ni moqué, ni contesté ni accusé par ses homologues étrangers. Bien au contraire.
Le président Hollande a enchaîné les rencontres internationales: un premier G8 puis un sommet de l'OTAN. Deux rendez-vous calés sous l'ancienne présidence.
On se souvient, avec émotion et regret, du premier G8 de Nicolas Sarkozy en juin 2007, en Allemagne. Ce fut un show incroyable. Fraîchement élu, il se donna en spectacle, prolongeant la séquence Bling Bling entamée au Fouquet's quelques cinq semaines plus tôt. Devant ses nouveaux collègues Poutine et Bush, il multiplia les démonstrations affectives comme pour montrer qu'ils étaient déjà les meilleurs amis du monde. Devant les photographes, il posait Ray-Ban sur le nez, Rolex au poignet, et portable à l'oreille avec une ostentation presque gênante pour la fonction. Il y eut aussi cette drôle de séquence où Nicolas Sarkozy, hagard et souriant, bafouillait ses mots pour l'une de ses premières conférences de presse, à tel point que quelques médias le soupçonnèrent d'être ivre.
François Hollande, lui, est entré dans l'habit et le poste avec sérieux et nonchalance. Evidemment, ce G8, comme les autres, n'a pas résolu la crise mondiale.
Il n'y avait que Jean-François Copé et quelques sarkozystes purs jus pour croire que ces réunions bouleversent le monde. Le secrétaire désigné de l'UMP a dénoncé, un marché de dupes. Son argumentation restait creuse: « Qui va imaginer que la victoire au G8, si le mot victoire a un sens d'ailleurs, se résumait simplement à dire c'est génial, grande victoire pour la France, on les a tous convaincus d'être pour la croissance ? Quelle est la personne qui va vous dire qu'il ne faut pas plus de croissance, il n y a que les Verts qui disent qu'il faut de la décroissance. J'ai le sentiment d'un marché de dupes ». Copé fut tout autant agacé de la bonne entente affichée entre Obama et Hollande. Jusqu'à la dernière minute de son mandat, Sarkozy avait voulu nous faire croire qu'il détenait une sorte d'exclusivité des bonnes relations avec le président américain.
Devant l'OTAN, la réunion avait aussi un sacré enjeu. C'était la première fois que le président français allait exposer de vive voix sa promesse de campagne de retirer les troupes françaises combattantes d'Afghanistan avant la fin de cette année, soit 2.000 soldats sur 3.400. Son prédécesseur avait d'abord renforcé le contingent français en 2008, rompant une promesse de campagne de 2007; puis accepté de retirer notre contingent quand Barack Obama décida, enfin, de faire de même. Pendant la campagne, Sarkozy dénonçait l'irresponsabilité de la promesse de Hollande. A Washington ce dimanche, aucun alter-égo de François Hollande ni responsable de l'Alliance atlantique n'a paru choqué. Hollande n'a pas laissé de choix, mais a laissé ouvert la possibilité de financer une fraction de formation des forces de l'ordre afghanes.
Sur l'exigence de croissance comme la sortie d'Afghanistan, Hollande a réussi (provisoirement) son coup.
Pour juger de la réussite de ces premiers déplacements diplomatiques du président Hollande, on pouvait se rabattre sur la presse étrangère.
Comme le soulignait le journaliste et blogueur Stéphane Trano, pour Marianne2, « Hollande a pris de court le G8 » d'après la presse américaine. Le blog French Politics ajoutait: « Pour la presse américaine, le bilan de ce marathon diplomatique est plutôt positif. » Bloomberg loua la complicité rapidement établie entre Obama et Hollande; le New York Times, s'est félicité du « changement de ton » au G8 obtenu grâce à François Hollande: « Avant même de se montrer à Camp David face à Mme Merkel, MM Hollande et Obama avaient forgé une nouvelle alliance lors d'une pré-réunion à la Maison Blanche pour se concentrer sur la croissance.»
Un conseiller d'Obama, Ben Rhodes, s'est félicité: « Il semble que le Premier ministre (italien Mario) Monti et maintenant le président Hollande ont fait un bon début. Et je pense que cela a joué un grand rôle dans ce qui a été obtenu au G8.» Un autre a confié au Monde: « Il est clair que la France va être un bon ami et allié ». Pourtant, Obama semblait regretter Sarkozy avant le G8.
Le site Canadien LaPresse a noté que « pour la plupart, ses pairs ont tous vanté la qualité et même la chaleur de leur première rencontre avec le chef de l'Etat français. » Et d'ajouter: « Même ceux qui, pendant la campagne électorale présidentielle, lui avaient plus ou moins ouvertement préféré son rival Nicolas Sarkozy, comme le président américain ou le Premier ministre britannique David Cameron.»
En Allemagne, les commentateurs jugeaient que François Hollande était parvenu à imposer une nouvelle donne à l'OTAN, au grand dam d'Angela Merkel qui n'apprécia pas la volonté française de quitter prématurément l'Afghanistan. N'en déplaise à la chancelière, elle fut bien isolée. Le conservateur Süddeutsche Zeitung confirma que « François Hollande peut remplir sa promesse de campagne, mais il devra laisser des formateurs militaires en Afghanistan plus longtemps ». Hollande obtint l'accord de nos partenaires de l'OTAN: «nous avons veillé à ce que la position de la France soit pleinement respectée et appliquée et, en même temps, j'ai veillé à ce que nos alliés (en) comprennent bien le sens».
En Espagne, le quotidien ABC résumait ainsi les échanges sur la croissance: « Obama et Hollande s’allient en faveur de la croissance face à l’austère Merkel ». Au Royaume Uni, le Financial Times notait que : « David Cameron va tenter aujourd’hui de forger une alliance économique inattendue avec François Hollande en s’alignant sur le courant « pro-croissance » qui s’empare de l’Europe ». L'Independant relevait que le président français avait été le « grand vainqueur du G8 après seulement une semaine au gouvernement ».
Il fallait se pincer pour le croire. La prise de conscience avait-elle eu lieu ? A minima pouvait-on reconnaître que François Hollande avait réussi sa première séquence diplomatique.
Evidemment, tout ceci était faux.
Il fallut attendre l'épreuve des faits et la pression électorale pour que l'ancien Monarque, bien tardivement, n'accepte quelque contrition. La crise était toujours là, tout comme la Finance et ses excès. Les paradis fiscaux n'avaient que changé de nom.
Pendant des mois, le rival François Hollande fut décrit comme un faible ou un trouillard, incapable de tenir le moindre meeting international ou à nos partenaires. Nicolas Sarkozy avait enjoint ses proches et supporteurs de mitrailler le rival socialiste d'attaques sur son caractère prétendument incompatible avec la fonction présidentielle. Bref, Hollande devait nous précipiter dans l'inaction et le ridicule.
Evidemment, tout ceci était faux.
Depuis vendredi dernier, c'est le choc. La France est encore là, elle n'a pas disparu. François Hollande ne fut ni raillé ni moqué, ni contesté ni accusé par ses homologues étrangers. Bien au contraire.
Le président Hollande a enchaîné les rencontres internationales: un premier G8 puis un sommet de l'OTAN. Deux rendez-vous calés sous l'ancienne présidence.
On se souvient, avec émotion et regret, du premier G8 de Nicolas Sarkozy en juin 2007, en Allemagne. Ce fut un show incroyable. Fraîchement élu, il se donna en spectacle, prolongeant la séquence Bling Bling entamée au Fouquet's quelques cinq semaines plus tôt. Devant ses nouveaux collègues Poutine et Bush, il multiplia les démonstrations affectives comme pour montrer qu'ils étaient déjà les meilleurs amis du monde. Devant les photographes, il posait Ray-Ban sur le nez, Rolex au poignet, et portable à l'oreille avec une ostentation presque gênante pour la fonction. Il y eut aussi cette drôle de séquence où Nicolas Sarkozy, hagard et souriant, bafouillait ses mots pour l'une de ses premières conférences de presse, à tel point que quelques médias le soupçonnèrent d'être ivre.
François Hollande, lui, est entré dans l'habit et le poste avec sérieux et nonchalance. Evidemment, ce G8, comme les autres, n'a pas résolu la crise mondiale.
Il n'y avait que Jean-François Copé et quelques sarkozystes purs jus pour croire que ces réunions bouleversent le monde. Le secrétaire désigné de l'UMP a dénoncé, un marché de dupes. Son argumentation restait creuse: « Qui va imaginer que la victoire au G8, si le mot victoire a un sens d'ailleurs, se résumait simplement à dire c'est génial, grande victoire pour la France, on les a tous convaincus d'être pour la croissance ? Quelle est la personne qui va vous dire qu'il ne faut pas plus de croissance, il n y a que les Verts qui disent qu'il faut de la décroissance. J'ai le sentiment d'un marché de dupes ». Copé fut tout autant agacé de la bonne entente affichée entre Obama et Hollande. Jusqu'à la dernière minute de son mandat, Sarkozy avait voulu nous faire croire qu'il détenait une sorte d'exclusivité des bonnes relations avec le président américain.
Devant l'OTAN, la réunion avait aussi un sacré enjeu. C'était la première fois que le président français allait exposer de vive voix sa promesse de campagne de retirer les troupes françaises combattantes d'Afghanistan avant la fin de cette année, soit 2.000 soldats sur 3.400. Son prédécesseur avait d'abord renforcé le contingent français en 2008, rompant une promesse de campagne de 2007; puis accepté de retirer notre contingent quand Barack Obama décida, enfin, de faire de même. Pendant la campagne, Sarkozy dénonçait l'irresponsabilité de la promesse de Hollande. A Washington ce dimanche, aucun alter-égo de François Hollande ni responsable de l'Alliance atlantique n'a paru choqué. Hollande n'a pas laissé de choix, mais a laissé ouvert la possibilité de financer une fraction de formation des forces de l'ordre afghanes.
Sur l'exigence de croissance comme la sortie d'Afghanistan, Hollande a réussi (provisoirement) son coup.
Pour juger de la réussite de ces premiers déplacements diplomatiques du président Hollande, on pouvait se rabattre sur la presse étrangère.
Comme le soulignait le journaliste et blogueur Stéphane Trano, pour Marianne2, « Hollande a pris de court le G8 » d'après la presse américaine. Le blog French Politics ajoutait: « Pour la presse américaine, le bilan de ce marathon diplomatique est plutôt positif. » Bloomberg loua la complicité rapidement établie entre Obama et Hollande; le New York Times, s'est félicité du « changement de ton » au G8 obtenu grâce à François Hollande: « Avant même de se montrer à Camp David face à Mme Merkel, MM Hollande et Obama avaient forgé une nouvelle alliance lors d'une pré-réunion à la Maison Blanche pour se concentrer sur la croissance.»
Un conseiller d'Obama, Ben Rhodes, s'est félicité: « Il semble que le Premier ministre (italien Mario) Monti et maintenant le président Hollande ont fait un bon début. Et je pense que cela a joué un grand rôle dans ce qui a été obtenu au G8.» Un autre a confié au Monde: « Il est clair que la France va être un bon ami et allié ». Pourtant, Obama semblait regretter Sarkozy avant le G8.
Le site Canadien LaPresse a noté que « pour la plupart, ses pairs ont tous vanté la qualité et même la chaleur de leur première rencontre avec le chef de l'Etat français. » Et d'ajouter: « Même ceux qui, pendant la campagne électorale présidentielle, lui avaient plus ou moins ouvertement préféré son rival Nicolas Sarkozy, comme le président américain ou le Premier ministre britannique David Cameron.»
En Allemagne, les commentateurs jugeaient que François Hollande était parvenu à imposer une nouvelle donne à l'OTAN, au grand dam d'Angela Merkel qui n'apprécia pas la volonté française de quitter prématurément l'Afghanistan. N'en déplaise à la chancelière, elle fut bien isolée. Le conservateur Süddeutsche Zeitung confirma que « François Hollande peut remplir sa promesse de campagne, mais il devra laisser des formateurs militaires en Afghanistan plus longtemps ». Hollande obtint l'accord de nos partenaires de l'OTAN: «nous avons veillé à ce que la position de la France soit pleinement respectée et appliquée et, en même temps, j'ai veillé à ce que nos alliés (en) comprennent bien le sens».
En Espagne, le quotidien ABC résumait ainsi les échanges sur la croissance: « Obama et Hollande s’allient en faveur de la croissance face à l’austère Merkel ». Au Royaume Uni, le Financial Times notait que : « David Cameron va tenter aujourd’hui de forger une alliance économique inattendue avec François Hollande en s’alignant sur le courant « pro-croissance » qui s’empare de l’Europe ». L'Independant relevait que le président français avait été le « grand vainqueur du G8 après seulement une semaine au gouvernement ».
Il fallait se pincer pour le croire. La prise de conscience avait-elle eu lieu ? A minima pouvait-on reconnaître que François Hollande avait réussi sa première séquence diplomatique.
Libellés :
Hollande,
international,
sarkofrance,
Sarkozy
Inscription à :
Messages (Atom)


