21 janvier 2017

507ème semaine politique: la revanche politique de François Hollande


 

Où il est question des bonnes idées de cette primaire socialiste, de l'effacement du Parti socialiste, des gauches faussement irréconciliables, de l'agence de com' de Macron, de la jolie campagne de Jean-Luc Mélenchon ... et de la vengeance de François Hollande.


L'effacement du Parti socialiste
En 1971, dans un autre siècle, le Parti Socialiste naissait à Epinay. François Mitterrand, soutenu quelques poignées d'années plus tard par un jeune Jean-Luc Mélenchon, l'emportait dans l'union, une union qui devint celle de la gauche toute entière pour deux scrutins présidentiels au moins avant la victoire finale de 1981.
Marianne, juillet 2013

Depuis quelques semaines et le renoncement de François Hollande, il se murmure que le PS est en voie d'effacement politique. La formule fait la une du Monde un soir d'hiver.

Oui, le Parti socialiste est menacé de disparition. Ses thuriféraires se consoleront difficilement.

La primaire socialiste a réalisé 3 débats de premier tour avec une régularité à peine surprenante dans l'échec. L'audience n'est pas au rendez-vous. Coincée dans un mauvais planning spécialement organisé pour satisfaire un président sortant qui finalement s'est défilé, la primaire socialiste ressemble à un désastre.

Bien sûr, il y a eu des idées. On évitera de trop commenter les candidatures de témoignages, celles de Benhamias, de Rugy et Pinel qui n'avaient d'autre argument qu'une présence non-socialiste pour faire croire à une primaire de toute la gauche. Certes, les trois ont défendu des idées parfois originales et rafraîchissantes dans cette atmosphère politique asphyxiée par le politiquement correct néo-con: légalisation contrôlée du cannabis (tous sauf Valls), les travaux d'intérêt général en alternative à l'incarcération des jeunes (Benhamias), l'extinction des niches fiscales anti-écologistes et peine d'indignité nationale pour les évadés fiscaux (de Rugy), l'autorisation de la PMA et le droit de vote des étrangers (Pinel).

Les candidats principaux, tous d'anciens ministres de François Hollande, ont aussi déroulé leurs propositions avec l'énergie du condamné à mort. Vincent Peillon voulait jouer l'héritage d'Epinay, il maintient le CICE et la réduction des déficits publics encore de moitié (1,5% du PIB),  mais il veut abroger partiellement la loi El-Khomri (notamment "rétablir la hiérarchie des normes") et créer un service public des maisons de retraite. Arnaud Montebourg déroule 25 arguments clés dont les points phares sont un "protectionnisme européen", la non ratification du CETA et du TAFTA, une taxation exceptionnelle sur les profits bancaires (5 milliards), et l'abrogation pure et simple de la loi El Khomri.

Benoit Hamon, surprise de cette primaire et que d'aucuns le prédisent qualifié pour le second tour, théorise à juste titre sur la raréfaction du travail (avec une taxe sur les robots intelligents pour financer la Sécu) ou l'encadrement des rémunérations des dirigeants d'entreprise. Il propose aussi l'abrogation de la loi Travail, l'augmentation du SMIC et des minima sociaux de 10% et une mutualisation de la dette européenne. Pour le dernier et troisième débat, Hamon a été unanimement taclé par ses rivaux sur son idée de revenu universel. Une idée pas très éloignée de celle de Valls de "revenu décent".

La difficulté de ces deux révolutionnaires de la dernière heure est ... qu'ils n'ont finalement pas fait grand chose pour dérouter ou s'opposer aux dérives Valls/Hollande. Ils ont beau jeu maintenant d'afficher une liste de Noël de propositions parfois généreuses.

La revanche de Hollande
Manuel Valls, enfin, a raté cette pré-campagne. Dimanche, le second débat de la primaire vire à l'anti-Vallscisme. Mardi, il se fait gifler par un identitaire breton. Lequel est rapidement condamné à 3 mois de prison avec sursis. Jeudi, son meeting est perturbé. Monsieur 5% se fait encore et toujours reprocher son revirement sur le 49-3. Il croit qu'on votera pour lui parce qu'il a la crédibilité d'un ex-premier ministre de Hollande pendant les deux tiers du quinquennat. Ses girouettes à répétition, son incapacité à délivrer un quelconque résultat, et, surtout, son alignement libéral qui l'ont conduit à récupérer les pires des grosses ficelles sarkozystes (telle la défiscalisation des heures supp) ont achevé sa crédibilité.  Valls n'assume pas son bilan, braille "gauche gauche gauche" à chaque discours et promet qu'il a changé. Tant d'hypocrisie concentrée dans une si courte campagne devrait étourdir ses supporteurs. Valls tente de jouer comme Sarkozy en 2007, "ministre mais pas responsable" du quinquennat qui agonise.

Passons.

Lors du second débat, dimanche, Hollande s'affiche au théâtre. On entend l'agacement de Manuel Valls, le lendemain sur France inter. Puis quelques anonymes expliquent qu'Hollande soutiendra Macron.  Rien n'est moins sûr. Le jeune traître qui n'en finit pas de convaincre des foules dans ses meetings sans jamais parler du "projeeeeeet" se rapproche de Fillon. L'ancien banquier, social-libéral, n'a pour l'instant rien délivré si ce n'est d'avoir travaillé quatre années durant au service de François Hollande. Le soir du dernier débat de la primaire socialiste, il lance sur un ton aussi sérieux qu' empourpré une vaste campagne d'inscriptions sur internet pour identifier les futurs candidats à la députation.

Hollande devrait se réjouir de la catastrophe annoncée. La vengeance est un plat qui se mange froid. Malgré sa médiatisation, la primaire socialiste indiffère. Le vrai du suspense du scrutin de dimanche n'est pas l'identité des qualifiés pour le second tour, mais le score de la participation.

C'est triste comme un enterrement.

Le produit Macron.
Jeudi, Macron, le candidat des clics, lâche son dernier affront contre le PS. En ne dévoilant rien ou si peu de son "projeeeeeeeet", l'ancien ministre de l'économie de François Hollande attire une foule protéiforme qui veut défendre et supprimer les 35 heures, qui réclame le remboursement intégral des frais de lunettes mais veut réduire les dépenses sociales, qui applaudit à la solidarité et à l'auto-entreprenariat version Uber. Ne cherchez pas à comprendre. Macron est un produit. Cette salade niçoise est volontairement floue. Macron voulait d'abord dépasser, et de loin, le candidat socialiste dans les sondages, il a réussi.

En coulisses, l'affaire est différente. Nulle spontanéité. Le produit Macron est construite par les meilleurs experts. Officiellement, Macron affirme qu'il ne "sollicite pas" le soutien de Hollande. C'est mesquin. Sans Hollande, Macron ne serait rien. Mais en coulisses, il a réclamé à plusieurs reprises une audience au président de la République, qui lui a été refusée. La campagne de Macron n'a rien de spontanée. Elle est financée par des fonds qu'on connaîtra plus tard. Macron est allé chercher des souscripteurs à Londres notamment.

Pour publiciser sa vie privée, Macron travaille avec l'agence Bestimage. Cette dernière gère les multiples apparitions d' "Emmanuel et Brigitte" dans les magazines people. Entre ses rumeurs d'homosexualité cachée (pourquoi le cacher ?) et ses déclamations de spontanéité, Macron est si artificiel qu'il finit par faire rire.

Sa campagne est orchestrée par une agence de publicité, "Jésus et Gabriel". les auteurs des slogans  "Pour le clan" du whisky Clan Campbell , "Petites boîtes, grands moments" des sardines Parmentier,  "N'oublions pas le plaisir" des produits laitiers, ou même, de "Jésus Magazine", une ode papier à la "bouffe".
 "Macron est un game changer : il change les règles du jeu." Adrien Taquet, cofondateur de l'agence Jésus et Gabriel.

L'hiver, c'est froid
http://www.directmatin.fr/france/2017-01-16/meteo-fera-t-il-froid-cet-hiver-714176
On a fini par en rire: une vague de froid a provoqué une avalanche de reportages et commentaires sur cette évidence saisonnière: l'hiver, il fait froid. Puis c'est le retour de la grippe et de la gastro.

OMG! 

Plus grave, on se rappelle alors que les hôpitaux manquent de lits (11millions de vues en quelques jours pour ce témoignage d'une interne, Sabrina Aurora), que des sans-abris meurent dans la rue.; que des millions de Français trop pauvres et mal logés se chauffent peu ou pas. 

Sur les plateaux radio-télévisé, ministres de la Santé et du Logement s'acharnent à convaincre qu'elles ont pris leurs responsabilités. On se pince pour le croire. Plus surprenant encore, aucun des candidats de cette primaire socialiste hivernale n'ose rebondir sur le sujet du moment.

Sur les mêmes ondes, les soutiens du candidat Fillon répètent les mêmes éléments de langage quand on leur demande si la purge sociale promise par leur mentor n'est pas simplement insupportable pour le commun des Français: l'emploi plutôt que l'assistanat ! Derrière ces slogans creux de la droite saumon, si souvent assistée par de multiples niches fiscales et autres cumuls d'emplois, se cache un vrai projet: la politique sociale de François Fillon se résume à réduire le chômage à coups de mini-jobs et autres "simplifications" du droit du travail.

La gauche réconciliable
Toute la semaine, les commentateurs politiques s'exercent à décrire des gauches irréconciliables. C'est sans doute faux. A la lecture de ces programmes et déclarations d'intention, on est surpris. En cas d'échec à la primaire, ou de la primaire, une bonne moitié de ces candidats - Hamon et Montebourg en tête, devraient se précipiter pour soutenir Jean-Luc Mélenchon. Il a l'avantage sondagier, un programme différent mais davantage compatible que les éructations néo-cons d'Emmanuel Macron. Réduction du temps de travail, définanciarisation de l'économie, rupture européenne, il y a des convergences évidentes. Il suffirait qu'un Hamon ou un Montebourg réalisent enfin que le centre de gravité des luttes a changé d'ancrage.

On a beaucoup parlé de cette primaire socialiste: trois débats télévisés sur des chaînes nationales, dont deux en prime time, pour un collectif de candidats dont les sondages prédisent un score au premier tour de la présidentiel d'environ 10%. Osons une question: pourquoi donc le même temps d'antenne n'a-t-il pas été offert à Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et ... Marine Le Pen ? Imaginez l'impact politique de la retransmission télévisée complète d'un meeting de l'un de ces trois autres candidats qui, pourtant, caracolent devant les personnalités de cette primaire socialiste dans tous les sondages depuis quelques mois déjà ?

Le 19 janvier, Mélenchon est à Florange. Quelques brèves ici ou là, un micro-sujet pour nos médias télévisés. Il faut s'abimer et souffrir dans des talk-shows compromettants pour que les médias télévisés principaux s'intéressent à quelques propositions. A chacun de ses meetings, Mélenchon déroule un ou deux thèmes principaux. Il traite de la vie des gens. Après l'impôt universel (déjà en pratique pour les citoyens américains) puis la sécurité sociale intégrale, le voici sur l'emploi et la formation professionnelle. Les propositions sont écrites, détaillées, commentées, expliquées à longueur de meeting. A-t-on lu le Monde ou Libé y consacrer une page ?








Mise à jour, dimanche 22 janvier au soir. 

Cinq ans jour pour jour après le discours du Bourget de François Hollande, c'est un frondeur qui emporte le premier tour d'une primaire socialiste qui par ailleurs n'attire que moitié moins qu'il y a 5 ans. 

Benoit Hamon arrive en tête, Arnaud Montebourg se désiste en sa faveur. C'est la meilleur nouvelle de la semaine pour le rival Macron. La désignation probable de Hamon pour représenter le PS à la présidentielle est le signal d'une nouvelle ère, la fin du hollandisme/Vallscisme et, sans doute, du PS lui-même.

Valls a la défaite hargneuse. Il tente de caricaturer son opposant et ancien ministre. 

"Pour le deuxième tour de la primaire, rien n'est écrit. (...) Je suis heureux de me retrouver face à Benoît Hamon car une nouvelle campagne commence dès ce soir. Un choix très clair se présente désormais à nous et à vous, le choix entre la défaite assurée et la victoire possible, entre des promesses irréalisables et une gauche crédible qui assume les responsabilités du pays."