14 décembre 2019

Ce 1% des plus riches qui conchie la réalité - 657ème semaine politique

 

 

Ils ne représentent que le 1% des Français les plus riches, mais ils ont pourtant réponse à tout, et surtout beaucoup de leçons à donner aux gens. Ils ont convaincu une cohorte de les suivre, et ils tentent de résigner ou d'effrayer le reste du pays. 

Cette présidence des riches subit pourtant son premier échec politique majeur avec ce fiasco de la réforme des retraites. 

 

Le 1%

Un aristocrate, héritier d'une riche famille et désormais président du syndicats des patrons, conseille aux pauvres de "travailler plus longtemps" s'ils veulent toucher une retraite d'au moins 1000 euros. Cet homme fait partie du 1% des Français les plus riches, de cette "première cordée" si chère à Macron et si coûteuse pour le pays.

Un éditocrate, chaque jour, plusieurs fois par jour, explique combien les retraités sont des "enfants gâtés", qu'il faut travailler plus, qu'il faut cesser de se plaindre car il y a plus pauvre ailleurs. Cet homme qui a libre antenne sur la première chaîne d'informations du pays fait partie du 1% des Français les plus riches de France. Il donne ses leçons à la France d'en bas, les 99 autres pourcents. Parfois, il s'embrouille dans ses arguments.

Un autre éditocrate, chaque jour dans les colonnes du premier quotidien économique du pays, chaque matin sur la première radio du pays, dans la tranche la plus écoutée du pays, applaudit ce "projet Retraites" qui "tient la route". Et il fustige les syndicats qui seraient "de mauvaise foi en parlant de casse sociale". Cet homme fait partie du 1% des Français les plus riches.

Un autre encore, salarié de radio publique et propagandiste macroniste, se plaint du cette "nouvelle journée de galère pour tous les autres" et du "mythe" de la "grève générale entretenu par certains journalistes." Cet homme fait partie du 1% des Français les plus riches.

Le chef d'orchestre de la réforme des retraites depuis bientôt deux ans a été promu sous-ministre en charge du dossier début octobre. Ce fut l'occasion de découvrir qu'il était payé 5400 euros par mois par un groupe d'influence et de réflexion des mutuelles et assurances privées. Jean-Paul Delevoye a aussi cumulé des fonctions bénévoles à une fondation SNCF et ... à l'Institut de formation de la profession de l'assurance.. Travailler pour le privé qui bénéficiera des effets de cette réforme de retraites, le conflit d'intérêt est manifeste et grotesque.  Cet homme fait partie du 1% des Français les plus riches. Une caissière prise en flagrant délit de conserver des coupons de réductions serait licenciée. Il est ministre, il sera épargné.

Ce 1% de riches voulait réduire urgemment le coût des retraites. Il y a urgence à rembourser les 3 milliards perdus avec lma suppression de l'ISF, les milliard et demi perdu avec la Flat Tax, les 40 milliards du CICE.  Il y a urgence "faire en sorte que cette réforme devienne au plus vite irréversible."

Le régime est à peine en déficit à cause d'un manque d'activité (et donc de cotisations) et d'exonérations faramineuses accordées aux grandes entreprises et aux grandes fortunes. Mais il faut "agir vite". Pour une autre urgence, réelle celle-là, le réchauffement climatique, le gouvernement est moins pressé. Il vient de faire voter l'interdiction des plastiques jetables... d'ici 2040. Des milliers de kilomètres carrés de plastiques asphyxient la Méditerranée voisine mais il faudra attendre encore 20 ans.

"Pas de retraite, pas de planète" est l'un des autres slogans des grévistes.

Depuis l'étranger, Macron se résigne à commenter sa réforme de réduction des retraites. Encore un peu de novlangue écœurante: "nous le faisons parce que la France en a besoin, et que les générations futures en ont besoin pour recréer la confiance dans le système de retraite et une plus grande justice grâce à un système universel."  Cette "plus grande justice" consistera à réduire le niveau des pensions d'environ 30% pour les enseignants. On attend avec impatience les simulateurs de pensions promis par Macron.

La promesse non tenue

Un président parle de "refondation", il renomme "Grands Débats" de longs monologues filmés et diffusés à la télévision pendant des heures. Il prétend créer "l'Etat Providence du XXIème siècle", "réformer le système pour le préserver". Son premier ministre s'abrite derrière le Conseil National de la  Résistance. Ses supporteurs rappellent que parfois ils "viennent de gauche". Ces gens-là n'ont pas de respect pour les références historiques et politique qu'ils empruntent. Leur réforme des retraites est "universelle", c'est-à-dire qu'elle entendait mettre sur un pied d'égalité les riches et les pauvres, les cadres sup et les ouvriers. Ces deux-là font aussi partie du 1% le plus riche.

Comme l'explique Frédéric Lordon, leur novlangue paisible et positive pour habiller les régressions successives qu'ils imposent au pays (répression policière, réduction du droit d'asile, recul des droits des chômeurs, quasi-gel des prestations sociales, privatisation du rail, protection des multinationales numériques, réduction de la représentation des salariés et maintenant la réduction des retraites) est un abus de langage systématique: "à ce niveau, dévoyer les mots, c'est conchier les choses."

Ce clan a été surpris par l'ampleur des grèves et des manifestations. A l'exception d'une majorité relative de soutiens chez celles et ceux qui ne sont pas concernés par la réduction des retraites qu'il propose, Macron est désavoué dans toutes les enquêtes sondagières. Cette semaine, le clan est parvenu à s'aliéner la direction de la CFDT (d'autres sections de la CFDT sont depuis longtemps à fond dans le mouvement).

En avril 2019, il y a une éternité, Macron devant une presse filtrée et triée, promettait de ne pas toucher à l'âge de départ à la retraite. Il a menti.
"Est-ce qu'il faut reculer l'âge légal qui est aujourd'hui de 62 ans ?
Je ne crois pas. Je ne crois pas pour deux raisons. La première, elle est un peu directe, c'est que je me suis engagé à ne pas le faire. Je pense que c'est mieux sur un sujet important de faire ce qu'on a dit."
Macron, conférence de presse, 25 avril 2019.
Le 10 décembre, Edouard Philippe dévoile que l'âge de départ à la retraite à taux plein sera reculé à 64 ans. Les retraites entamées avant cet âge seront pénalisées d'un malus tout au long du reste de la vie. La presse officielle est amnésique, personne ou presque ne rappelle la promesse exactement inverse du jeun monarque moins de 8 mois auparavant. Pour habiller ce reniement, la novlangue, encore la novlangue: on parlera d'âge pivot, c'est plus technique.

La France paralysée par des grèves et une colère sociale qui s'étend, le clan des riches est effrayé. L'impréparation et l'amateurisme de cette Présidence des riches va pourrir Noël. La réforme des retraites, même si elle passe grâce au soutien de ces centaines de députés godillots qui votent sans savoir quoi ni pourquoi, est un échec politique. Un ministre venu de la droite se désavoue en réclamant l'inverse de ce qu'il demandait deux mois plus tôt (Bruno Le Maire aimerait qu'on ne parle plus du financement des retraites). Un autre venu de la gauche ne comprend pas que cette égalité de traitement entre privilégiés et défavorisés choque syndicats et opposition de gauche. Macron promet un "simulateur" pour que chacun puisse calculer sa retraite à venir.

Une première version publiée par un syndicat enseignant avec les paramètres de la réforme provoque de tels émois que le projet est vite abandonné: le calcul des retraites sur l'ensemble de la carrière plutôt que les meilleures années devrait réduire de 30% des pensions. Au gouvernement, on panique. Blanquer promet vite un régime spécial.

La réforme Macron des retraites visait à réduire le coût des retraites socialisées. Tout le reste n'est que diversion. 

Des régimes spéciaux vont (heureusement) subsister. Macron vient de concéder le maintien de celui des policiers. Et de proposer des distinctions de régime en fonction des générations. Et de convenir que la pénibilité existe.

Sa réforme est financière, elle est dans la continuité d'un mouvement général de réduction du poids des contributions des plus riches au motif que "les dépenses publiques sont trop élevées" et que "le monde change". Avec Macron, la France, pays riche et l'un des plus généreux en dividendes, est appelée à s'aligner sur des pays moins disant.


La répression préventive est une réalité

Ces sbires les plus convaincus continuent leur "traque aux cheminots". Le cheminot du rail public est l'incarnation du mal absolu pour tous les gouvernements conservateurs. Il sert de bouc-émissaire facile pour cacher de plus gros privilèges. Les chaînes d'information multiplient les reportages sur les difficultés à circuler, les bousculades, les inquiétudes des commerces en détresse. L'éditocratie sert les plats sur cette réduction nécessaire des retraites. Rares sont celles et ceux qui expliquent l'arnaque, la diversion. Le 1% des plus riches est épargné des commentaires. On oublie d'analyser, on joue sur les peurs.

A celles et ceux qui ne le soutiennent pas, Macron propose la résignation ou la répression. Plus d'un an après la révolte des Gilets Jaunes, quelques médias peu suspects de gauchisme radical s'emparent pourtant enfin des violences policières. Le Monde publie coup sur coup des enquêtes détestables pour le pouvoir macroniste sur l'instrumentalisation de la violence policière, et l'encouragement aux bavures.  On décrit les dents fracassés, les mains arrachés, les yeux exorbités par les tirs de grenades ciblés vers les visages.

"A peine sorti de son domicile ce jeudi, il a été contrôlé, interpelé, entravé, enfermé, placé en garde à vue, auditionné, déféré puis jugé. En 31 heures, il a pu explorer la chaîne police-justice et constater à quoi tenait sa liberté de manifester. Qu’avait-il à se reprocher ? Rien mais fort heureusement, il existe le fameux et bien commode délit de participation à un groupement en vue de la préparation de violences, de destructions ou de dégradations"
(lire la suite sur Lundi Matin)

La police se cagoule comme une milice. La justice exonère les responsables de mutilations. On ne manifeste plus librement en France quand on déplait profondément au pouvoir. 25 journalistes ont été blessés. Un syndicat d'officiers de police a publiquement ciblé 4 journalistes.