dimanche 29 janvier 2012

Justice: quand Sarkozy avoue à quoi servent vraiment les jurés citoyens.

Le problème des voeux présidentiels à quelques semaines d'un scrutin également présidentiel est que l'exercice tourne rapidement au bilan. Même quand le principal intéressé s'y refuse.

Jeudi 26 janvier, le Monarque est allé à Dijon, délivrer ses voeux au monde de la justice dans l'enceinte de Cour d'appel de Dijon. Le choix du lieu n'était pas anodin. Ce tribunal est l'un des deux qui expérimente l'introduction de jurés populaires depuis le 1er janvier 2012. C'était l'une des dernières « réformes » de Nicolas Sarkozy.

Depuis 2007, la justice a beaucoup souffert. Et pourtant, ce jeudi, Nicolas Sarkozy osa se féliciter de son action.

Jurés populaires, la défense...
A Dijon, Nicolas Sarkozy voulait donc évoquer « l'ouverture progressive de la justice à la participation des citoyens ». La totalité de son discours de voeux fut consacrée à la chose, une micro-réforme, une de plus, qu'il s'évertue à sur-vendre comme s'il avait révolutionné l'institution.

Rappelons le paradoxe: la justice manque déjà de moyens, mais la voici davantage engorgée avec des procédures plus longues et des jurés populaires dans les tribunaux correctionnels et les jugements de libération conditionnelle. Faute d'argent, le dispositif ne fut déployé que dans ... deux tribunaux (Dijon et Toulouse), une « expérimentation » nous a-t-on dit pour masquer la pénurie. « La présence de citoyens implique inévitablement un allongement des délais d'audience » reconnaîtra-t-il plus tard. Mais il a la parade: « C'est pourquoi, avec le Garde des Sceaux, nous avons voulu limiter cette participation au jugement des violences les plus graves, afin de ne pas surcharger la justice correctionnelle

« Est-il inutile de vouloir refonder le lien de confiance entre les Français et leur justice ? Qui oserait dire que cette question ne se pose pas, que tout va bien ? que les magistrats ne s'interrogent pas sur leur métier et que les citoyens ne s'interrogent pas sur leur justice ? » s'est-il exclamé. Personne ne dit le contraire.

Mais qui oserait dire que Nicolas Sarkozy a suffisamment oeuvré pour améliorer l'institution judiciaire depuis 2007 ? Il se félicite, comme son Garde des Sceaux Michel Mercier, d'une progression de 19% du budget de l'institution depuis 2007, soit 1,1 milliard d'euros. En fait, cette « progression », spectaculaire en période de crise, est due aux constructions de prison. Si l'on retranche ces investissements immobiliers (respectivement 889 millions d'euros en 2007, et 1,86 milliard pour 2012, le budget de fonctionnement de la justice n'a progressé que d'un maigre 2% en 5 ans !

... et l'artifice
Il y avait une autre avancée démocratique à portée de mains de Nicolas Sarkozy: en mars 2007, juste avant son élection, le parlement avait voté l'introduction de la collégialité de l'instruction. Pour de simples et misérables raisons d'économies, le gouvernement Sarkozy recula à deux reprises l'entrée en vigueur de cette réforme, née du traumatisme de l'affaire Outreau: au 1er janvier 2011 puis au 1er janvier ... 2014.

D'Outreau et de cet enterrement de première classe de la réforme, il ne fut point question ce jeudi dans l'allocution du Monarque. Non, ce dernier préféra être lyrique sur ses jurés populaires:
« Cette évolution ne fait que poursuivre le mouvement de démocratisation de la justice engagé dès l'avènement de la République dans notre pays. Depuis plus de deux siècles, les Français participent au jugement des infractions les plus graves que sont les crimes, en siégeant dans les jurys des cours d'assises. » 
Au passage, il livra quelques idées sur les « questions essentielles » que pose la justice pénale, selon lui. Puisqu'il est si proche des Français à force de déplacements de terrain toutes les semaines, il connaît leurs attentes: «Que dit le peuple français ? Il demande une plus grande sévérité ». Vraiment ? L'échec sarkozyen en matière de lutte contre l'insécurité méritait meilleure analyse que cette attaque sournoise contre un prétendu laxisme de la justice.

La manoeuvre était trop évidente: « Vous le savez tous ici, le verdict d'un jury citoyen est incontestablement marqué d'un sceau qui inspire le plus profond respect à nos concitoyens.  ». Et oui, tout était dit, avoué. Introduire des jurés citoyens le plus largement possible dans les jugements correctionnels ne visaient à mieux rendre la justice, mais à s'épargner toute contestation des décisions de cette dernière. Plutôt que de renforcer l'institution de moyens humains (juges, greffiers, etc), le Monarque avait trouvé sa diversion et nous l'avouait ce jeudi.

Période électorale oblige, Nicolas Sarkozy voulait aussi câliner une institution qu'il avait soigneusement, régulièrement, en public et en coulisses maltraité: « Je l'ai dit à de nombreuses reprises, je veux le répéter devant vous avec force, les magistrats sont des femmes et des hommes compétents, travailleurs, honnêtes. Ils ont toute ma confiance, ma considération et mon estime ». On se souvient de ses nombreuses prises à partie de magistrats ou de tribunaux.

Il s'étendit peu sur l'indépendance de la justice. « On me disait : plutôt que de créer les citoyens assesseurs, préoccupez-vous de donner plus d'indépendance à la justice. » Et d'ajouter : « La justice est totalement et complètement indépendante, j'ai veillé à ce qu'il en soit ainsi. La révision constitutionnelle de 2008 a donné une autonomie totale au Conseil supérieur de la magistrature. » On s'est pincé. On s'est souvenu de ces instructions judiciaires freinées voire bloquées par le sommet de l'Etat: Karachi, Bettencourt, Woerth, les biens mal acquis...
« Je suis le chef de l'État qui a mis un terme à soixante-cinq années de présidence, par le président de la République, de l'instance la plus importante de la magistrature ! »
On s'est encore pincé.

Il y a moins de 2 mois, début décembre, 126 des 163 procureurs que comptent le pays ont signé un appel sans précédent. Ils réclamaient, en « urgence », « la restauration de l’image de leur fonction, gravement altérée auprès de nos concitoyens par le soupçon de leur dépendance à l’égard du pouvoir exécutif.» Que se passait-il ? La quasi-totalité des procureurs du pays, sauf l'ami du Président - Philippe Courroye - se plaignaient des « moyens très insuffisants mis à la disposition des parquets pour l’exercice de leurs missions, dont le périmètre n’a cessé de croître ». Ils réclamaient « la mise à niveau de leur statut, par un renforcement des pouvoirs du Conseil supérieur de la magistrature pour leur nomination et le contrôle de l’exercice de leurs fonctions, afin de répondre aux nécessités d’une justice impartiale, et de permettre d’établir la confiance des citoyens. » Tiens donc... Ces procureurs, dont Nicolas Sarkozy s'enorgueillissait, ce jeudi à Dijon, de leur avoir donner toute l'indépendance nécessaire, se plaignaient justement de leur manque d'indépendance.

Nicolas Sarkozy n'eut pas un mot en revanche sur les vraies polémiques du moment, cette quarantaine d'autres scandales de la République irréprochable...

Il lui restait aussi à promettre 20.000 places de prison supplémentaires: « Il faut dire les choses comme elles sont, la France a besoin de 80 000 places de détention. Avec aujourd'hui 68 000 détenus et 60 000 places, l'institution ne peut pas fonctionner normalement et la création de ces 20 000 places de détention supplémentaires est une priorité ». Les prisons sont surpeuplées. Les peines plancher, votées dans l'urgence et l'euphorie de l'été 2007 n'ont fait qu'aggraver la situation.

Nicolas Sarkozy le découvre bien tard, à 85 jours de la fin de son mandat...

Ce jeudi, l'exercice d'autosatisfaction tourna à vide.


samedi 28 janvier 2012

247ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy, candidat ébranlé, président figurant

Son grand retour sera dimanche. Point de meeting comme François Hollande, il a réquisitionné - pardon - invité 6 chaînes de télévision dans la salle des fêtes du Palais dimanche soir à 20h15. Il espère s'imposer dans 12 à 15 millions de foyers et faire oublier cette terrible semaine.

Nicolas Sarkozy a été ébranlé, les plus lucides de ses partisans doutent. Et deux tiers des militants UMP ne sont même pas allés voter le projet du parti.

Le « candidat présumé » est-il en passe de rater sa campagne ?

Président figurant.
Cette semaine, l'activité présidentielle de Nicolas Sarkozy fut très modeste. Il a fait de la figuration.

Mardi, il était à Marseille, pour les voeux à la Culture. Il tacla Hollande sans le nommer, comme à son habitude. Mercredi, Angela Merkel fit sensation au forum de Davos, ce rendez-vous des riches en Suisse. La chancelière « triple A » réclama davantage d'union européenne, du vrai fédéralisme. Nicolas Sarkozy ne réagit pas. Il préfère la « convergence entre Etats », mais il ne joue plus dans la même cour.

Jeudi, ces voeux à la Justice n'étaient qu'un exercice d'auto-satisfaction sur l'introduction de jurés citoyens dans deux tribunaux. Le Monarque occulta l'appel des procureurs en décembre dernier à plus d'indépendance, l'engorgement de la justice et les affaires en cours.

Jeudi, il recevait le président de Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara. Il paraît que Carla Bruni avait mis les petits plats dans les grands pour accueillir ses hôtes au Palais. Le Monde fut plus sérieux en s'attardant sur Julien Civange, ce curieux conseiller occulte de l'épouse du chef de l'Etat qui a récupéré quelques centaines de milliers d'euros du Fond Mondial contre le Sida. Ce dernier, justement, a perdu son directeur général, ébranlé par le scandale qu'avait révélé Marianne.

Vendredi, Nicolas Sarkozy recouvrait à nouveau son costume de président. Son collègue afghan Hamid Karzaï eut droit à tous les honneurs. Sarko est un peu un George Bush de remplacement. La dégradation brutale de la situation militaire - avec la mort de 4 nouveaux soldats cette semaine - l'a forcé à accélérer le retrait des troupes françaises avant la fin de 2013. Les troupes françaises quitteront même la région de Kapisa dès le mois de mars.
La surprise Hollande
Dimanche 22 janvier, François Hollande avait réussi son premier meeting de campagne, au Bourget, près de Paris. Nicolas Sarkozy était loin, en Guyane. Il continuait sa tournée des voeux, cette fois-ci pour l'Outre-Mer. A Cayenne, il avait calé une intervention publique au moment même où le candidat socialiste devait s'exprimer. Mais l'attention médiatique était à Paris. Hollande surprit son monde en annonçant de multiples propositions. A l'UMP, on fut secoué. La cellule Riposte avait été prise de court. Les premières réponses, dimanche soir, étaient consternantes, contradictoires ou anachroniques. Certaines avaient été préparées à l'avance.

De ce dimanche, on retint deux images. François Hollande galvanisant les 25.000 participants de son meeting. Nicolas Sarkozy, grimaçant de chaleur sur une pirogue au milieu du fleuve Maroni, avec Claude Guéant et Nathalie Kosciusko-Morizet.

A l'Elysée comme à l'UMP, la semaine fut rude. Sonnée par le succès médiatique du meeting au Bourget de François Hollande, l'équipe présidentielle a tenté de se refaire le moral en distribuant quelque 6 millions de tracts de défense du bilan de son Monarque. Mais le jour même, de fausses confidences du Monarque sabordèrent l'opération de reconquête: Nicolas Sarkozy évoquait la possibilité d'un échec en mai prochain. « En cas d'échec, j'arrête la politique. Oui, c'est une certitude. » Les propos avaient été recueillis le samedi précédent, lors d'une soirée « off » avec les rares journalistes qui l'accompagnaient en Guyane. Le journal le Monde, qui venait de briser ce faux tabou du « off », se rattrapa trois jours plus tard. Vendredi, on apprenait que Nicolas Sarkozy regrettait beaucoup de choses de ce mandat qu'il espère prolongeable. Sans surprise, il regrette ... ce que les Français n'aiment pas, ce qui a choqué dans son comportement. Le courage version Sarkozy consiste à nous ré-itérer le traditionnel « j'ai changé » tous les 5 ans...

A l'UMP, on misait ensuite beaucoup sur la présentation détaillée et chiffrée du programme du candidat Hollande jeudi matin. La cellule Riposte animée par Brice Hortefeux avait même publié son « programme caché », un tissu de mensonges grossiers qui scandalisa quelques journalistes. Mais la riposte sarkozyenne fut là encore ratée. Les sbires du Monarque avaient grillé leurs cartouches. A force de crier au scandale, d'attaquer sans connaître, de fustiger sans savoir, comment pouvaient -ils être encore crédibles ou audibles ?

Le soir, Nicolas Sarkozy avait envoyé Alain Juppé guerroyer contre le candidat socialiste sur le plateau de l'émission « Des paroles et des actes », sur France 2. François Hollande moqua l'absence de Sarkozy, un candidat absent qu'il ne nomme donc plus. Et Juppé, « Le meilleur d'entre nous » comme disait Jacques Chirac, s'est fait croquer tout cru. Il termina ses 40 minutes de confrontation télévisuelle agacé, cassant et fracassé.

Valérie Pécresse dénonça la fin du modèle social français car le candidat voulait augmenter les impôts des plus riches. Bruno Le Maire dénonça la suffisance, Juppé l'arrogance. Laurent Wauquiez était occupé à sauver l'usine Lejaby de sa circonscription, qui avait fermé voici 10 jours. « Wauquiez ? On ne l'avait jamais vu ici ! » s'interrogèrent les ouvrières.

Candidat tricheur.
Dimanche, Nicolas Sarkozy a convoqué 6 chaînes de télévision (TF1, France 2, iTélé, BFM-TV, LCP) pour simultanément l'interroger sur les « mesures structurelles et fortes », le plan « sans précédent » qu'il nous promet depuis son second discours de Toulon le 1er décembre dernier. Henri Guaino, son conseiller spécial, a prévenu: « c'est le Président, pas le candidat, qui s'exprime ». Ben voyons... Même le CSA n'est plus dupe. L'autorité a précisé que le temps de parole de Sarkozy serait décompté quand il interviendra en tant que « candidat présumé ». Ses conseillers ont bien précisé qu'il n'annoncerait pas sa candidature, ce serait faire preuve d'inquiétude et déstabilisant le « socle électoral ».

Les mesures ont été préparées avec ses deux experts ès opinion, l'ex-directeur de Minute Patrick Buisson et l'ex-sondeur Pierre Giacometti. Ce sera « le grand soir », promet Charles Jaigu, l'accrédité du Figaro à l'Elysée. « c'est la première fois qu'un chef de l'État pousse les feux de la réforme jusqu'à l'extrême fin de son mandat. » C'est surtout la première fois qu'un un chef de l'État tente de rattraper cinq ans d'agitation inefficace dans les cinq semaines de fin de mandat. On nous promet une hausse de deux points de la TVA pour alléger de quelques centimes les cotisations patronales et la fin de la durée hebdomadaire de travail (et donc des heures supplémentaires).

A l'UMP, les deux tiers des militants ne se sont pas déplacés pour voter le projet présidentiel. Le conseil politique s'est quand même réuni samedi pour faire croire à la mobilisation.

Ce dimanche, Nicolas Sarkozy joue gros. L'avenir de sa campagne et son propre destin.

Ami sarkozyste, ne pars pas !



vendredi 27 janvier 2012

Nicolas Sarkozy seul face à Hollande

C'est une drôle de campagne que celle de Nicolas Sarkozy. A peine élu, il demandait à être jugé à l'issue de son mandat. Celle-ci arrive, et le voici emballé par une fausse agitation après 18 mois d'immobilisme incroyable à l'égard des urgences du pays. Tout juste fut-il contraint de se montrer sur quelques scènes européennes face à la nouvelle crise financière européenne et française.

Il fait campagne, mais sans le dire. Il s'énerve, mais tâtonne. Il stresse ou inquiète les autres, mais ne change rien.

Jeudi 26 janvier, il avait envoyé « le-meilleur-d'entre-eux», le rigoureux Alain Juppé, débattre face à François Hollande. Le résultat fut détestable. 

Sarkozy candidat hésitant
Il serait faux de considérer que l'actualité internationale l'occupe à temps plein.

Au contraire, il est même étrangement absent. La perte du Triple A chez Standard and Poor's l'a même éjecté de la scène européenne. Certes, il assistera à un micro-sommet à trois, lundi à Bruxelles, avec l'italien Mario Monti et Angela Merkel. Mais le Monarque ne fait désormais plus que de la figuration. Mercredi à Davos, on n'a entendu qu'Angela Merkel réclamer davantage de fédéralisme européen. Cette dernière position est loin de faire sourire Nicolas Sarkozy. Il grimace en silence, lui qui préfère parler de « convergence » entre Etats. La chancelière « triple A » s'offrit même le luxe d'une interview dans 6 journaux européens (Le Monde, Süddeutsche Zeitung, The Guardian, La Stampa, El Pais et Gazeta Wyborcza).

Depuis début janvier, Nicolas Sarkozy ne s'épargne aucune cérémonie de voeux un peu partout en France. A chaque fois, l'intervention est brève - les discours n'excèdent pas 40 minutes pour les plus longs -, mais le déplacement mobilise l'Elysée tout entier. A chaque fois, Nicolas Sarkozy préfère tacler l'une ou l'autre des propositions du candidat Hollande. Ses véritables annonces pour l'année sont rares, et pour cause. Son horizon politique s'arrête en mai prochain. Tant qu'il n'avoue pas sa candidature, impossible de revendiquer quoique ce soit au-delà.

Dimanche, il a mobilisé pas moins de 6 chaînes de télévision pour de « grandes annonces ». N'est-il pas déjà fatigué de ces moments à répétition qu'il nous promet « décisifs », qu'il s'agisse de sommets étrangers ou élyséens, d'interventions ou d'annonces ?

Pris à partie par quelques députés de l'opposition, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel s'est résolu à décompter au moins partiellement le temps de parole de Nicolas Sarkozy lors de sa prestation de dimanche, dans deux cas de figure s'il cause de son bilan ou ou des « mesures d’un possible programme ».

Le candidat Sarkozy a même réactivé sa page Facebook. Il espère que les quelque 600.000 fans seront autant d'électeurs. Depuis quelques jours, il multiplie les messages, rédigés par d'autres, sur sa page « personnelle ». Il veut « reconquérir la toile », s'amuse un journaliste.

L'UMP matraque dans le vide
Certains citoyens, par un biais encore inexpliqué, ont reçu un spam dans leur boîte aux lettre, un courriel de Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP. Ce courriel, adressé à des destinataires non militants ni sympathisants de l'UMP, a été envoyé en masse, « jusqu'à 30% des Français connectés » précisait France Info, qui révélait le scoop mercredi dernier. Copé ne s'embarrassait pas: « En tant qu'électrice, vous êtes amenée à recevoir des courriers de partis politiques dont ceux de l'UMP ».

Mardi déjà, quelque 6 millions de tracts avaient été livrés et distribués pour défendre le bilan du Monarque. Les faux états d'âme de ce dernier avaient ruiné l'effet escompté.

Il a demandé à son fidèle Guéant de mobiliser les forces de l'ordre au « premier quadrimestre  2012 ». Le député socialiste Jean-Jacques Urvoas a ainsi publié sur son blog une note interne de la Direction générale de la gendarmerie datée du 19 janvier dernier qui enjoint les troupes à se montrer: « conformément aux orientations données par le ministre de l'intérieur, (...) il convient désormais, et ce jusqu'à la fin du mois d'avril 2012, de valoriser nos actions en externe en matière de lutte contre les personnes, les cambriolages, les incivilités ». La délinquance violente progresse depuis 2002. Mais les consignes, à moins de 3 mois du scrutin présidentiel, deviennent bizarrement plus orientée à l'égard des forces de l'ordre.

Cette manoeuvre est grossière et indigne.

Ses sbires racontent toujours n'importe quoi
C'est la mauvaise foi en action. Mercredi 25 janvier au matin, Laurent Wauquiez accusait François Hollande de mauvaise gestion en Corrèze, dont il préside le conseil général: « François Hollande a augmenté en Corrèze les impôts de la Corrèze cette année de 12 %! ». Le ministre de l'enseignement supérieur, toujours très discret sur l'objet même de son boulot, omettait de préciser que la Corrèze était déjà surendetté avant 2008 et le changement de majorité départementale.

Mercredi, la cellule Riposte de l'UMP faisait encore plus fort: elle publiait le « programme caché de François Hollande », un florilège de 30 propositions dont l'essentiel figuraient... dans le programme d'autres candidats ou d'autres documents sans rapport avec le programme ni les déclarations du candidat ou, pire, étaient totalement inventées. Les journalistes Guillaume Launay et Cédric Mathiot de Libération, sur leur blog Desintox, n'en revenaient toujours pas: « Les trente points listés sur ce tract trouvent leur matière dans  le procès d'intention, l'amalgame ou le mensonge pur et simple.  Eviter de débattre du projet de l'adversaire pour s'échiner à débiner un fantasme de projet : le degré zéro de la politique.» Ils n'avaient trouvé qu'une mesure (sur trente !) correctement énoncée.

Jeudi, la présentation par François Hollande de ses 60 propositions fut l'occasion d'une nouvelle salve de n'importe quoi. La ministre du Budget accusa: « C'est un projet qui met le modèle social en péril, la crédibilité de la France en péril et qui menace les Français ». Pourquoi ? Parce que le candidat a promis de réduire les avantages fiscaux ou sociaux des plus fortunés en période de crise ... Pourtant en charge du budget, elle refusa de commenter les hypothèses de croissance du candidat socialiste qui sont plus prudentes que celles du gouvernement. Ses deux attaques furet concentrées et sans preuve ni chiffrage contre la « réforme de la réforme » des retraites et les dépenses publiques. Elle accusa Hollande d'aggravé de 5 milliards d'euros le déficit des retraites si on autorisait ceux qui avaient commencé à bosser avant 18 ans mais cotisé 41 ans et demi à partir en retraite. Elle ajouta 15 milliards d'euros de déficit supplémentaires si la retraite à 60 ans s'ouvrait aussi à celles et ceux ayant cotisé 41 ans depuis 19 ou 20 ans...  En quelques phrases et quelques bourses, Valérie Pécresse venait de confirmer la profonde injustice de la réforme Sarkozy: celles et ceux qui ont commencé à travailler et cotiser avant 20 ans supporteraient l'essentiel de la réforme Sarkozy.

Jeudi soir sur France 2, Nicolas Sarkozy avait envoyé son ministre des affaires étrangères Alain Juppé, débattre avec François Hollande. Ce satané candidat socialiste venu de nulle part a dissous l'ancien premier ministre de Jacques Chirac.

Le « meilleur d'entre eux » s'est agacé, énervé devant la précision du candidat socialiste.

Fichtre!

La prochaine fois, Nicolas Sarkozy devra y aller tout seul.

Quelle ignominie.