Chroniques (politiques)
Blog politique gauchisant d'un antisarkozyste à la retraite mais atterré. Du 6 mai 2007 au 17 juin 2012, ce blog s'appelait SARKOFRANCE
Les Prédateurs: le système Sarkozy à travers l'affaire Tapie
le
19.6.13
Le tournis nous reprend. Ils se sont littéralement servis. Leur chef fait mine de prendre un air pincé comme s'il découvrait la chose. Quelques proches dénoncent une chasse à l'homme. Il s'agit pourtant de dévoiler la vérité, fut-elle au prix d'une carrière politique.
Eric Woerth, l'ancien ministre du Budget de Sarkofrance, s'indigne: "je pense qu'un système anti-Sarkozy est en train de s'organiser. (...) Là dessus, c'est quelque chose qui me choque profondément. Les membres du gouvernement devraient faire très attention quand ils parlent de l'ancien Président, de l'ancien gouvernement..." Il a la mémoire courte: "Quand une affaire est devant la Justice, laissons la Justice, encore une fois sereinement, avec indépendance, dire les choses..." Quand le scandale Bettencourt éclata, au cours de l'été 2010, le gouvernement auquel il appartenait consacra toute son énergie à freiner les révélations. Un procureur conciliant, fidèle ami du chef de Sarkofrance, avait été dédié à étouffer l'affaire. Des journalistes trop curieux furent même écoutés clandestinement.
Trois ans plus tard, Eric Woert espère que l'affaire Bettencourt, finalement dépaysée à Bordeaux en 2011, sera à nouveau transféré ailleurs. Le juge Gentil est trop méchant. Sept avocats, dont ceux de Sarkozy et Woerth, ont réclamé son désaisissement. D'après Mediapart, le procureur de Bordeaux a récusé leurs arguments.
L'inquiétude de ce proche de Nicolas Sarkozy est réelle. L'affaire Tapie se dévoile jour après jour. Elle donne le tournis. Dans son édition du 18 juin, Le Monde publie ses dernières révélations. Elles sont signées par Gérard Davet et Fabrice Lhomme. L'arbitrage qui procura 403 millions d'euros bruts à Bernard Tapie dans son litige avec le Crédit Lyonnais était "pipé" écrivent les deux hommes.
1. L'un des juges n'était pas indépendant. Sa nomination a été suggérée par l'avocat de Bernard Tapie dont il était un proche. La relation entre Maurice Lantourne, avocat de Bernard Tapie, et Pierre Estoup, qui sera l'un des trois arbitres nommés pour juger le litige est désormais prouvée. Elle a été cachée. Même Christine Lagarde s'en est étonnée. Pierre Estoup connaissait également très bien Bernard Tapie : les enquêteurs ont trouvé les numéros de téléphone de l'arbitre dans l'agenda de Tapie, tout comme une dédicace de l'homme d'affaire à l'ancien juge datant de 1998: "votre soutien a changé le cours de mon existence". Dix ans avant d'être nommé arbitre, Estoup avait donc laissé grande trace dans la mémoire de Tapie. Il facturait même des honoraires de conseil à l'avocat de Tapie de l'époque. Pire, il a même conseillé Tapie ... dans son litige contre le Crédit Lyonnais !
2. La décision de recourir à l'arbitrage privé fut "politique" et "initiée à l'Elysée par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant". Un autre ex-conseiller, François Pérol, est aussi visé, mais il dément. "La police a identifié trois niveaux d'intervention : la décision est politique, initiée à l'Elysée par Claude Guéant et Nicolas Sarkozy. Deux architectes sont désignés, Stéphane Richard, directeur du cabinet de Mme Lagarde, et Jean-François Rocchi, patron du CDR, l'organisme chargé de gérer le passif du Crédit lyonnais, tous deux mis en examen. Et deux maîtres d'oeuvre gèrent l'arbitrage : Me Maurice Lantourne, le conseil de M. Tapie, et M. Estoup."
3. Estoup, l'ami de Tapie, a bien manoeuvré, écrivent les journalistes. Des courriers saisis par la police, on retient comment l'arbitre Estoup s'est employé à éviter tout recours de l'Etat contre la décision favorable à l'homme d'affaires. Il tient aussi la plume davantage que ses deux autres collègues arbitres, "neutralisés" par des honoraires confortables (près de 400.000 euros chacun). Ces derniers ont confirmé à la police qu'Estoup avait été celui qui avait écrit la plupart des actes de cette procédure.
4. Christine Lagarde, dont le Monde a publié un édifiant courrier manuscrit de soutien à Nicolas Sarkozy, s'est "défaussée" sur son ancien directeur de cabinet Stéphane Richard. Devant les membres de la Cour de Justice de la République, elle a confié: "M. Richard paraissait très favorable à l'arbitrage." Pire, elle a affirmé qu'un courrier capital, , donnant instruction au président de l'EPFR, la structure chapeautant le CDR, d'accepter l'arbitrage, a été "rédigé à son insu".
5. Nicolas Sarkozy est désormais le principal suspect. Quand il était ministre, Bernard Tapie lui avait chiffré ses prétentions. Entre mi-2007 et fin 2008, il s'est rendu 22 fois à l'Elysée, dont 4 fois pour des têtes à têtes avec Sarkozy lui-même. "M. Sarkozy est désormais ouvertement soupçonné d'avoir, depuis au moins 2004, oeuvré en faveur d'une solution profitable à M. Tapie" écrivent les deux journalistes. Une fois l'arbitrage lancé puis décidé, ses proches ont multiplié les interventions pour décourager les opposants et les critiques.
Revenons à l'inquiétude de nos proches de Sarkofrance. Eric Woerth, comme Henri Guaino, fustigent ces attaques qu'ils estiment "orientées". Xavier Bertrand, interrogé par France Inter mardi 18 juin, avait la grimace aux lèvres quand il fallait commenter l'affaire. François Fillon préfère prendre encore davantage ses distances avec l'ancien monarque - et de fustiger la ligne buissonnienne qui sied encore tant parmi les partisans de la Droite forte.
Reconnaissons-le, il y a bien un système anti-Sarkozy qui se construit à fur et à mesure des découvertes inouïes que nos juges réalisent. Dévoiler et comprendre l'ampleur de Sarkofrance nécessite une approche systémique.
Quitte à en avoir le tournis.
Après Capital, Hollande se prend Barroso, autre vestige néo-réac.
le
18.6.13
Hollande file au G8, Lough Erne en Irlande du Nord. Une mauvaise interview prête à José-Manuel Barroso d'avoir traité la France de réactionnaire. L'époque est ainsi faite que les plus chauds partisans de la Réaction libérale puissent ainsi qualifier les rares supporteurs d'une régulation solidaire.
La veille, François Hollande est sur M6, invité de l'émission Capital. L'audience n'est pas au rendez-vous. Le discours est pédagogue mais convenu. On n'apprend pas grand chose. Hollande fait dans la répétition pédagogique. Les soutiens connaissent. Les critiques aussi. Le président confirme qu'il préfère l'allongement de la durée de cotisations, et rien d'autres, pour rétablir les retraites.
Son propos est noyé dans d'ineffables reportages sur la France évidemment flemmarde, nos voisins allemands notoirement formidables, notre Sécurité sociale forcément trop chère. Un instant, on se souvient que la chaîne est la filiale d'un groupe allemand. La couverture de l'actualité par l'émission est surprenante. On nous afflige du sort d'une mère de famille frappée de 1.000 euros d'impôt en plus à cause du durcissement du quotient familial, une famille à 80.000 euros annuels, apprendra-t-on le lendemain. La scénographie est nulle, l'analyse médiatique sans recul ni profondeur. Il y a des mots tabous qu'on n'entendra jamais - précarité, pauvreté, crise écologique.
Lundi, Hollande s'envole. Le G8 l'attend. Formidable... Il y aura José-Manuel Barroso, peut-être. Plus tard. Le gars a des choses à dire.
Serait-ce une erreur de transcription ? Evidemment non. Dans un entretien à l'International Herald Tribune, Barroso s'agace de la récente (maigre) victoire de la délégation française vendredi dernier: "c'est cette partie de l'agenda anti-globalisation que je considère complètement réactionnaire." expliqua-t-il à propos de l'exception culturelle défendue par Paris. "Certains se disent de gauche, mais ils sont en fait culturellement extrêmement réactionnaires". Il est énervé, mauvais perdant.
Nicole Bricq, ministre du commerce extérieure, était parvenue à obtenir de ses collègues européens la sortie de la culture, de l'audiovisuel, du cinéma et d'internet des grandes négociations commerciales avec les Etats-Unis. Barroso est agacé puisqu'il s'agissait de l'un des derniers secteurs où les Etats-Uns ont des intérêts immenses et la France une protection encore solide.
"Je ne veux pas croire que le président de la Commission européenne ait pu tenir des propos sur la France qui seraient ainsi formulés, pas même sur les artistes qui se seraient exprimés"En arrivant en Irlande, un chouette paradis fiscal comme Barroso les aime, le président français rappelle donc quelques faits à ce président non élu de la Commission européenne: "La meilleure preuve, c’est que les chefs d’État et de gouvernement ont accepté, via leurs ministres, que la question des services audiovisuels soit écartée de la négociation. (...) Et ce que je demande au président Barroso, c’est maintenant de mettre en œuvre le mandat qui a été décidé par les négociateurs au niveau des gouvernements."
François Hollande, 17 juin 2013.
Le sieur Barroso a bien sûr d'autres chevaux de bataille: le gigantesque espionnage américain - le programme PRISM - dévoilé par un ancien agent plus geek que la moyenne qui s'est réfugié à Hong-Kong, le gêne un peu. Le Super-Commissaire s'affirme aussi contre les positions de l'administration Obama quand il défend les programmes d'austérité au sein de l'Union... Sur cette dernière question, essentielle en Europe, la Commission est de plus en plus isolée.
On comprend pourquoi Barroso est énervé. Le FMI dirigé par la Sarko-fan Christine Lagarde fustige désormais publiquement la mauvaise réaction européenne à la crise. Barack Obama se fait de plus en critique contre une Europe malade de l'austérité. En Europe, ça grince aussi. La récente fermeture autoritaire de toutes les télévisions publiques grecques a choqué. L'exception culturelle grecque est inverse de la Française.
Y-a-t-il un changement de climat en Europe ? On dirait que la cause du protectionnisme "léger" gagne quelques voix, n'en déplaise au vestige Barroso. D'ailleurs, une belle centaine de mesures protectionnistes ont été adoptées depuis un an par des Etats-membres ... du G20 ! "Le champion de ces entraves au commerce a été le Brésil (18), suivi de l'Inde (15) et de l'Argentine (10)" relève le Monde. Que ces pays émergents savent protéger les leurs !
L'intégration européenne est un combat qui décourage quand elle est animée par des Barroso.
Christine Lagarde à Nicolas Sarkozy: "Utilise-moi."
le
17.6.13
Dans son édition du 18 juin, Le Monde publie une lettre de Christine Lagarde à Nicolas Sarkozy, non datée et manuscrite. D'après le quotidien, elle aurait été saisie lors d'une perquisition au domicile parisien de la directrice du FMI le 20 mars dernier.
"Cher Nicolas, très brièvement et respectueusement,
"1) Je suis à tes côtés pour te servir et servir tes projets pour la France.
2) J'ai fait de mon mieux et j'ai pu échouer périodiquement. Je t'en demande pardon.
3) Je n'ai pas d'ambitions politiques personnelles et je n'ai pas le désir de devenir une ambitieuse servile comme nombre de ceux qui t'entourent dont la loyauté est parfois récente et parfois peu durable.
4) Utilise-moi pendant le temps qui te convient et convient à ton action et à ton casting.
5) Si tu m'utilises, j'ai besoin de toi comme guide et comme soutien : sans guide, je risque d'être inefficace, sans soutien je risque d'être peu crédible.
Avec mon immense admiration. Christine L. "Ce courrier est sorti de son contexte: on ne sait pas s'il s'inscrivait dans une démarche particulière, s'il suivait des échanges entre Christine L. et Nicolas S. Rappelons aussi que Lagarde a longtemps travaillé outre-atlantique. Le ton y est plus direct dans les échanges professionnels.
Mais ce courrier reste une caricature. Voici la Vème République illustrée - le centralisme personnel, la dérive monarchique qui se loge jusque dans les comportements politiques. Ce courrier est presque surprenant par sa franchise et par ce qu'il ne contient pas: le propos n'est qu'utilitaire. Christine Lagarde n'évoque pas le sens de son propre engagement. Elle balance avec mépris contre ses "rivaux" au sein de sa famille politique.
Elle fait "don" de sa personne à la cause d'un Sarkozy qui pourtant n'a rien d'un de Gaulle. On comprend évidemment que Christine L. n'a aucun désaccord politique majeur avec son ancien patron. Mais on retient surtout qu'elle attend autre chose qu'une récompense politique: un poste au FMI peut-être ?
"L’allégeance au président de la République et la fidélité aveugle à sa personne font partie du système" s'indigne Michel Soudais chez Politis. "Serpillère, pour vous servir..." complète notre consoeur Cycee.
Pantouflage organisé, ajoutons-nous.
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