7 décembre 2019

Voici le régime spécial de la Macronie - 656ème semaine politique




La protestation sociale contre la réforme des retraites du gouvernement a marqué un coup. Le 5 décembre 2019, la mobilisation a réussi: un million de personnes dans les rues, les transports ferroviaires paralysés, un quart des avions cloués au sol, et des sondages officiels qui peinent à masquent l'ampleur du soutien au mouvement social.

Avant la grève du 5 décembre, Emmanuel Macron est “calme et déterminé” nous dit-on. Les médias dominants répètent les éléments de langage. Dimanche, les ministres se sont faits filmés en tenue décontractée dans la cour de Matignon. Mais ils ont peur. "Les modalités de la réforme seront décidées profession par profession" a confié Macron. Est-ce déjà le début de la fin ? Castaner s'empresse d'expliquer que les policiers conserveront leur régime spécial. La seule satsiafction du moment ? La cote de popularité de Macron bondit ... à l'extrême droite.

Mais la Macronie, terrorisée dans ses bureaux ou derrière ses claviers, attaque sur un double registre, et peu nouveau: on couine qu'il ne sert à rien de protester contre une réforme que l'on ne connaît pas. Et on fustige ensuite les "privilégiés des régimes spéciaux" (3 % des actifs) qui s'opposeraient à "un système universel, juste, transparent et fiable". Les cheminots sont la tête de turc favorite des macronistes, comme hier des sarkozystes.

Vraiment ?

Les Retraites chapeaux

La Macronie ne défend pas un système de retraite universel, au contraire. On parle peu du régime spécial de la retraite pour celles et ceux qui ont les moyens de mettre de l'argent de côté. En mai 2019, Macron a encore facilité l'épargne retraite privée, en simplifiant ses modalités et en améliorant les exonérations fiscales du PER: avec le PER, quelque 230 milliards d'euros ont été soustraits à l'impôt sur le revenu pour être placé en épargne retraite. En juillet 2019, malgré les polémiques sur les retraites exhorbitantes d'un grand patron, et alors même qu'il préparait cette réforme des retraites qui heurte des millions de français au nom d'une prétendu "universalité", Macron n'ose pas supprimer les retraites chapeaux, ni même les taxer davantage.

Le régime spécial de la Finance

La Macronie est responsable d'une formidable réforme fiscale... pour les riches. On a détaillé et répété à longueur de colonnes combien le clan au pouvoir a servi très bien et très tôt dans le quinquennat celles et ceux qui disposent de capitaux et des revenus qui en découlent. Le capital n'est plus taxé comme un patrimoine, alors justement que sa détention favorise la reproduction des inégalités, et l'évasion fiscale. Les revenus financiers sont moins taxés que les revenus du travail. La France détient le record des dividendes versés: "avec 51 milliards de dollars de dividendes, la France conforte sa place de meilleur rémunérateur d'actionnaires en Europe" expliquait une agence américaine l'été dernier;

La privatisation des retraites

En attaquant quelques régimes spéciaux, Macron cache la privatisation des retraites. Or qui peut se permettre un complément de retraites pour compenser l'affaissement du régime socialisé ? Six Français sur 10 ne détiennent même pas d'assurance vie (1 700 milliards d'euros). Pire, 13% des ménages seulement détiennent de l'épargne retraite (230 milliards de dépôts). Et sans surprise, moins d'un ouvrier ou d'un employé sur 10 a accès à ces placements, faute de revenu suffisant.

La baisse des pensions

Macron ne propose pas d'améliorer le niveau des pensions, ni de mieux financer la dépendance, il cherche à faire des économies de 8 à 20 milliards par an (suivant les scenarios). Il créé de l'incertitude sur le système publique: la valeur des points de retraites, initialement fixée à 0,55% (100 euros cotisés donneraient droit à 5,5 euros de retraite par an). Macron réduit aussi la retraite des femmes.

L'iniquité de la retraite par points.

Pour le plus grand nombre, Macron propose une retraite par point. Or une retraite par point est inégalitaire par essence: la valeur du point n'est pas la même pour toutes les générations, elle dépendra de la croissance économique au moment du départ à la retraite, et de l’espérance de vie moyenne de la classe d’âge. En cas de crise financière, la valeur du point pourra être diminué (c'est ce qui arrivé à la Suède il y a une décennie).

Mais le régime macroniste est spécial à bien d'autres égards. Il s'appuie sur une violence d'Etat, des caprices de Jupiter, des privilèges aux pollueurs, et une plus grande précarité pour les gens, salariés ou chômeurs.

Les caprices du monarque

Jupiter le premier ne donne pas le bon exemple. Ses caprices monarchiques coutent cher à l'Etat. Il a repris à son compte la bonne formule des riches, faire payer aux gens le coût de ses privilèges (une mécanique très justement détaillée par les sociologues Pinçon et Pinçon-Charlot): rénovation du Fort de Brégançon (avec piscine), rénovation des appartements de l'Elysée, achat pour un demi-million d'euros de vaisselle, utilisation du jet présidentiel pour des déplacements privés, etc.

La violence d'Etat

Le régime spécial macroniste s'appuie aussi sur la violence. Faute d'arguments pour défendre une réforme, il a libéré les forces sombres de la police. Il soutient les violents, il cache les bavures, il tait les mutilations de civils. Il décore les auteurs de bavure, il encourage leurs responsables. Dernière "anecdote" en date, une femme Gilet Jaune en fauteuil roulant, est condamnée à 2 mois de prison avec sursis et un an d'interdiction de manifester pour avoir empêché un camion à eau de la police.

Le régime des lobbies

Le régime spécial de la Macronie fait la part belle aux intérêts privés quand ils sont puissants. Le droit de polluer plus longtemps a été accordé à l'agro-industrie. Il s'en est fallu de peu pour que l'autorisation de l'huile de palme soit prolongée il y a 3 semaines par le biais d'un amendement nocturne. Macron soigne les chasseurs, les promoteurs immobiliers, les exploitants d'autoroutes ou d'aéroport (privatisation d'ADP).

Le droit de s'exploiter soi-même

Avec la loi sur les "mobilités", Macron protège les esclavagistes tels Deliveroo ou Uber de toute plainte pour fraude à la Sécu. Il s'agit de laisser promouvoir l'auto-entrepreunariat. Macron a réduit les droits des chômeurs, gelé le SMIC et les prestations sociales (sauf le minimum vieillesse, souci électoraliste oblige), pour pousser ces pauvres qui coûtent "un pognon de dingue" à travailler pour rien et sans filet. "Jamais le mal-emploi n’a été aussi élevé que ces quatre dernières années" explique l'Observatoire des inégalités. "Il touche désormais huit millions de personnes, un actif sur quatre. Le chômage diminue lentement depuis 2015, mais la précarité du travail augmente."

Les coups de rabots sur la Sécu

La France est mal notée pour l'espérance de vie en bonne santé. On part désormais à la retraite en moins état qu'avant. Macron aggrave la violence sociale. Il accroit la précarité des chômeurs précaires en reculant les droits au chômage. Il fragilise les services publics et les associations en supprimant les emplois aidés par milliers. Il réduit le budget des centres d'hébergement d'urgence.

La protection des grandes entreprises

Émerveillé par la grand capital, Macron a beaucoup fait pour les grandes entreprises: de jolis sommets aux frais des contribuables dans les palais de la République pour mettre en scène la "Start Up Nation", et un gigantesque cadeau de 40 milliards d'euros d'exonérations de cotisations sociales supplémentaires la première année de son mandat. Il a aussi protégé les grandes entreprises contre les lanceurs d'alerte, ces femmes et ces hommes qui prennent le risque d'une carrière pour dénoncer des fraudes, grâce à une loi sur le secret des affaires. Aux géants du numérique tels Google et Amazon ou Facebook, il a fait semblant de vouloir taxer le chiffre d'affaires.

La Macronie est l'incarnation actuelle du cynisme moderne, une politique qui maintient le régime des riches en nivelant vers le bas la situation des autres.


L'égalité, c'est pour les pauvres, pas pour les riches.


Ami castor, réveille-toi.