12 août 2018

588ème semaine politique: Macron, et le choc de l'été

 

 

 Où l'on découvre que l'été n'est pas si calme.



BOOMERANG
Une poignée de bénévoles mus par l'envie de démonter les Fake News laissent fuiter quelques informations détonantes: "En investiguant un peu plus , on remarque une forte part de personnes qui ont tweeté plus de 300 fois en une semaine. Cette part a écrit 1 767 682 tweets (44% des tweets !) Parmi ceux-ci, correspondance de 27 % avec l'écosystème russophile" balance l'un des auteurs. La Macronista toute entière pousse un "ouf" rageur de soulagement  - ils l'avaient bien dit ! L'affaire Benalla était un montage grossier d'une alliance rouge-brune pro-poutinienne ! Et Boum, L'un des dirigeants d'En Marche tweete son plaisir. Le ministre Griveaux relaye ces fuites. L'ancien porte-flingue de Sarkofrance, Frédéric Lefebvre, écrit même au Sénat pour réclamer une commission d'enquête pour "faire la lumière sur cette manipulation d'ampleur".

La presse relaye, relaye, relaye.

A tort, puisque tout est bidon.

L'affaire leur revient à tous comme un boomerang. D'abord l'étude est enfin publiée dans son intégralité. Patatras... l'influence russophile était un mythe. La supercherie fait long feu. Mieux encore, on découvre un fichier qui recense, numérote puis classe environ 5 000 personnes. Tout juste deux mois après la mise en œuvre de la RGPD qui impose de demander le consentement des fichés, cela fait tâche.

Le sous-secrétaire d'Etat au numérique, au doux surnom de "Copier/coller" tant il répète avec exactitude les éléments de langage de l'Elysée, préfère supprimer son compte Twitter le temps des vacances.

Ne riez pas.
 "Le mot "russophile" est "ultracompliqué à expliquer, sans doute un mauvais terme. Ça fait penser à une organisation, un complot. On l'a appris à nos dépens", reconnaît Alexandre Alaphilippe. "A partir de là on a été accusés de dire que les bots russes avaient créé l'affaire Benalla, et – parce qu'on avait été financés par Twitter – que c'était lié aux suppressions de comptes et qu'on avait donné nos fichiers à Twitter." L'ONG a en effet reçu 125.000 dollars de Twitter, qui avait gagné de l'argent sur des campagnes de désinformation sponsorisées et décidé d'en redistribuer une partie à des organisations qui combattaient cette désinformation." Source: l'Obs.
Les auteurs de l'étude bidon s'excusent, se défendent. Mais les macronistes ne trouvent rien à redire, bien au contraire. Ficher les gens grâce à ceux qu'ils disent et publient sur les réseaux sociaux, c'est "normal".

N'est-ce pas le moins surprenant ? Cette supercherie révèle la faible importance de la protection des données personnelles chez certains, mais surtout l'ampleur du stress que l'affaire Benalla a généré dans les sphères macronistes.


MISES EN SCÈNE
Mardi 7 août, le jeune monarque sort de son fort estival saluer les manants qui font le siège de son entrée. Caméras et photographes sont là, évidemment. Elles captent ce moment précieux où le petit Maxime, 8 ans, qui "chante la Marseillaise 10 fois par jour et rêve de rencontrer Emmanuel Macron", s'extasie de bonheur quand il le rencontre. L'émotion n'est pas feinte, la mise en scène est totale. Un "journaliste" d'Europe1 raconte tout fier comment il a organisé la rencontre à la demande du conseiller presse de l’Élysée. La presse n'est pas aux ordres, n'est-ce pas ? Elle sert les plats. 

Le couple passe des vacances "discrètes". L'absence de transparence surprend. Le jeune monarque se cache. On nous avait promis, pour justifier les 300 000 euros de rénovation du palais de Brégançon, que le lieu serait "l’Élysée d’été." Un Elysée bien au repos. Finalement, "ce sont des vacances privées"... Ah bon...  Mais du coup, camarade président, tu rembourses les frais ou pas ? 

Jeudi 9 août, quatre jours de silence sur les réseaux sociaux, puis soudain il se réveille et publie un court message sur le "droit à l'erreur" des usagers de la Fonction publique. Il a bien raison. Après la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires à l'issue du quinquennat, on espère ques les usagers auront "droit à l'erreur"... 


Vendredi 10 août, mise en scène encore. "Emmanuel Macron toujours en action" commente BFM TV le soir. Qu'a-t-il fait ? Il a décroché son téléphone pour appeler Vladimir Poutine à propos du cinéaste dissident Oleg Sentsov qui est en train de mourir de sa grève de la faim en prison en Russie. Le prisonnier "ne s'est plaint de rien", commentent les autorités russes. Macron a pourtant rencontré Poutine pendant de longs moments, deux heures de match final en Russie, le 15 juillet dernier, alors que la pétition pour le dissident battait son plein. Pourquoi donc n'a-t-il rien dit à Poutine à ce moment là ?

Mais à ce moment précis-là, Jupiter ne voulait pas "polluer" son "moment" footballistique. Oleg Sentsov méritait moins que quelques selfies avec les gagnants de la Coupe du Monde.

Les ministres ne sont pas en reste. Voici un reportage dans Paris Match sur le ministre Griveaux, photographié en short en train de "déconnecter". Un autre sur Gérard Collomb "qui a pris le train pour aller en vacances à Agen". Ou encore Jean-Michel Blanquer qui fait une tournée provinciale de centres de loisirs, accompagné de ce qu'il faut de journalistes locaux, il "se passionne pour les activités en plein air". Il se passionne moins pour le fiasco Parcoursup.

Quelque 66 000 bacheliers n'ont toujours aucune affectation pour la rentrée prochaine, à deux semaines de la reprise scolaire.

66 000.

Le fiasco de Blanquer est assez incroyable. Aussi incroyable que le silence qui l'entoure, la complaisance qui l’accompagne. Il y a un an, presque jour pour jour, le gouvernement fraichement nommé accusait l'ancien système, APB, de tous les maux. Le tirage au sort pour les quelques milliers de bacheliers sans affectation en août avait achevé l'ancien régime. Dès décembre, le nouveau ministre présentait un nouveau logiciel, quelques centaines de milliers d'euros, peut-être un million ou plus, pour développer la précipitation une nouvelle application baptisée Parcoursup. La belle affaire ! "De grands changements vont arriver parce qu'ils sont indispensables." déclarait-il, triomphant, en septembre. Vraiment ? Et il ajoutait: "L'esprit dans lequel ce sera fait c'est surtout de mieux orienter, mieux répartir chacun, tenir compte aussi des besoins exprimés".

L'arnaque fut belle, le fiasco total. L'application, truffée de bugs, exigeait des futurs bacheliers autant de lettres de motivation que d'établissements, et aucune hiérarchie dans les voeux ce qui signifiait que les établissement, à quelques exceptions près, avaient donc un choix de sélection des élèves démultiplié à un niveau inédit. Un mois avant le bac, Parcoursup délivre ses premiers résultats pour 800 000 élèves. A peine la moitié obtiennent une réponse favorable, l'autre moitié est déboutée. Parcoursup impose aussi un délai de réponse décroissant à fur et à mesure que des places se libèrent. Deux mois plus tard, environ 150 000 élèves sont sortis du jeu, éjectés ou découragés. A deux semaines des premières rentrées scolaires, 66 000 bacheliers sont sans affectation.

Mais Jean-Michel Blanquer parade en tee-shirt, en chemise avec ou sans cravate, dans les centres de loisirs de France, devant journalistes et caméras régionales.
"Quand on ne répond pas à un seul vœu, on est considéré comme "inactif" et viré de la plateforme. Faire ça, c’est extrêmement efficace : une personne de virée, c’est dix places de gagnées." Louis Boyard, UNL, cité par Regards.
 Blanquer est responsable de ce fiasco. Il a aussi lancé une réforme élitiste du bac, et une autre du bac professionnel (-15% d'enseignement des mathématiques et des sciences humaines) qui s'apparente à une ghettoïsation inavouée. 

Blanquer choisir ses priorités. L'interdiction des portables au collège et au lycée en fait visiblement partie. Il a même trouvé le temps d'écrire (de faire écrire ?) un livre - "Construisons ensemble l'école de la confiance", éditions Odile Jacob.

Qui a dit qu'être ministre était un job à temps plein ?

AFFAIRISME
Alexandre Kohler
Alexandre Benalla est en vacances forcées. Le Canard Enchaîné révèle que le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, a menti sous serment quand il déclara à la commission d'enquête sénatoriale qu'il ne connaissait pas le responsable de sécurité du président. Il publie un gentil mot de remerciement adressé par le préfet au jeune protégé de Jupiter - "merci pour la magnifique photo-souvenir !" On est heureux pour lui, on aimerait voir cette photo.

Silence dans les rangs. Les officiels du gouvernement sont tous en congés, sauf Agnès Buzyn (santé) qui suit les statistiques de morts pour cause de canicule comme le lait sur le feu et Jean-Michel Blanquer qui fait le beau.

Alexis Kohler, secrétaire général de l'Elysée, est un homme curieux. Il ne sait pas combien d'employés élyséens sous sa direction possèdent une arme à feu. Il a "oublié" aussi de faire signer des déclarations d'intérêts à TOUS les membres de la Présidence. Sacré tête en l'air ! En revanche, il a le sens de la famille.

Déjà sous le coup d'une enquête préliminaire du parquet pour un soupçon de favoritisme avant son accession à l'Elysée, voici qu'il fallait l'objet d'une seconde plainte de l'association Anticor pour "prise illégale d’intérêts": "Mediapart a révélé que M. Kohler avait, en qualité de représentant de l’Agence des participations de l’État, siégé au conseil de surveillance du du Grand Port Maritime du Havre", sans révéler ses liens familiaux avec l’armateur MSC, dont il a d'ailleurs été  ensuite directeur financier de la filiale croisières.

Favoriser sa famille sur le dos des intérêts de l'Etat ?

Quelle belle accusation !

A l'Elysée, on s'inquiète. 

C'est normal.


ÉCHEC
La croissance s'essouffle... déjà ? 

"Difficultés passagères" commente Macron à ses ministres (*).  Il faut croire que la précarisation de l'emploi salarié par les Ordonnances Travail de l'été 2017,  la baisse des APL et des remboursements de soin, le relèvement de la CSG pour tous ont découragé la demande. La politique de l'offre est encore une fois, à ce stade, un échec: l'amélioration du patrimoine et du pouvoir d'achat des 1% les plus riches renforce l'épargne et les placements, pas l'investissement. Et les employeurs, "libérés de la peur d'embaucher", ne se sont pas rués pour créer des emplois. Pire, l'inflation repart.

Au second trimestre, l'emploi intérimaire s'affaisse, le signe pourrait être inquiétant car l'évolution de l'intérim est l'un de ces premiers symptômes. Très sobrement, le quotidien des affaires Les Echos explique que les créations d'emplois sont insuffisantes pour résorber le chômage. On sourit: les créations nettes d'emploi salarié privé fléchissent ! 31 000 créations nettes d'emploi après +46 000 au trimestre précédent. Où est passé l'enthousiasme patronal?  Quelque 6,7 millions de personnes sont inscrites à Pôle emploi, dont moins de la moitié sont indemnisées. Le nombre de sans-emploi (catégorie A) est reparti à la hausse, à 3,44 millions (+01%), surtout chez les femmes (%0,5%) et les jeunes (+1,9%).

L'une des rares mesures économiques de l'été est un cadeau. Noël en août, merci Macron, merci patron.

Macron aime le foot. L'affaire Benalla a ruiné les éventuels bénéfices de la victoire française lors de la Coupe du Monde de football. Mais Macron aime le foot et le sport en général. Il vient d'ailleurs de faire un joli cadeau à tous nos sportifs (et leurs entraineurs) millionnaires: ils auront le bénéfice fiscal du "droit à l'image" en vigueur dans les arts et lettres, cinéma, mode et autres terrains culturels. En d'autres termes, une partie de leurs revenus sera désormais exonérés de l'essentiel des cotisations sociales et de l'impôt sur le revenu.  Le patron de Ligue de football professionnel est R.A.V.I: "ce dispositif législatif donne à nos clubs non seulement des moyens supplémentaires pour les conserver, mais aussi plus de chances d'attirer de grandes stars étrangères".

Vive le foot ! Vive le sport !

Nos sportifs les plus riches, déjà riches, paieront donc proportionnellement moins d'impôts que la populace qui les applaudit.

Merci Macron, merci patron.

Autre choc, belle nouvelle, la multinationale de l'agrochimie MONSANTO est condamnée aux Etats-Unis  à 289 millions de dollars de dommages et intérêts en faveur d'un jardinier de 47 ans en phase terminale de cancer. En cause, l'utilisation deux ans durant du RoundUp -  49 euros le demi-litre chez Amazon. un pesticide au glyphosate, classé « cancérigène probable » depuis 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le même glyphosate que le gouvernement français a décidé de laisser en libre circulation trois années encore en France.

Rappelons-nous ce que déclarait Emmanuel Macron il y a quelques mois à propos du glyphosate:

"Il y aura un point de rendez-vous et si les choses n’avancent pas dans trois ans, on passera par la loi."
On attend un procès.

Nicolas Hulot, ministre de l'environnement, ne sait plus quoi dire. On oublierait presque qu'il est ministre: "Il faudrait maintenant que l’on passe à une autre échelle. Nous devons mener tous ensemble une guerre pour réduire les molécules les plus dangereuses, sans attendre la démonstration absolue de leur dangerosité. " pérore-t-il...  "Appliquons enfin le principe de précaution".

Sans rire ?

"Les multinationales ne sont puissantes que parce que nous sommes faibles. Est-ce qu’un jour nous comprendrons que Monsento-Bayer n’a pas d’autre objectif que de mettre en coupe réglée les ressources alimentaires de la planète ?" continue-t-il sur les ondes. Mais qui est donc "ministre de la Transition écologique et solidaire" ?








Ami macroniste, reste ici.






(*) cité par le Canard Enchainé du 9 août 2018.