SARKOFRANCE #03

Blog politique depuis 2007.

22 août 2015

433ème semaine politique: la rentrée positive de Hollande n'aura duré que 24 heures.

Il est revenu de vacances trop courtes. François Hollande voulait positiver. Vlam ! Un attentat déjoué, la crise chinoise et de nouvelles secousses politiques en Grèce le ramène à la réalité.

Vive la rentrée.



Positivisme

La France a évité un carnage, dans un train Amsterdam-Paris. Un homme armé d'une Kalachnikov a été maitrisé par trois Américains qui se trouvaient à bord, vers 17H45 vendredi 21 août. Le choix du train pour frapper ne doit rien au hasard.

Des milliers de Français prennent justement le train en cette veille de rentrée de vacances.
 

Pour Hollande, la rentrée est déjà un carnage. 

Les vacances furent courtes. Le gouvernement au complet s'était retrouvé deux jours avant en Conseil des ministres dans une indifférence publique polie. François Hollande, à peine bronzé, annonce qu'il veut des baisses d'impôts pour 2016,  et davantage d'écologie dans son programme. La campagne présidentielle est proche. Si les écologistes présentent un candidat, le candidat a peu de chances de se qualifier pour le second tour. La meilleure monnaie d'échanges avec les écolos serait l'adoption rapide du scrutin proportionnel mais pour l'instant, Hollande n'en est pas là.  Il veut "sur-positiver" pour tenter d'améliorer l'état des lieux de fin de mandat.

Hollande veut sur-positiver, mais la réalité est têtue. Bien sûr, on pouvait, on devait prendre pour quantité médiatique négligeable les agitations à propos de la Fête de la Rose à Frangis, organisée par les supporteurs d'Arnaud Montebourg. L'ancien ministre devenu directeur chez Habitat France, a invité un ancien collègue européen, Vanis Varoufakis, ex-ministre des finances grec du gouvernement Syriza. L'invitation agace les socialistes, y compris dans le coin.

Hollande voulait sur-positiver pour faire oublier cette crise porcine qui a pourri les vacances du ministre de l'agriculture; ou le départ, non encore remplacé, de son ministre du travail pour la mairie de Dijon. Ou même ces excitations médiatiques entretenues par la droite furibarde à propos des migrants partout en Europe. Hollande pouvait sur-positiver puisque l'extrême droite était encore coincée par les déboires familiaux des Le Pen. Le patriarche s'est d'ailleurs à nouveau fait exclure du mouvement frontiste cette semaine. La droite n'allait pas mieux. Si Alain Juppé travaillait ses propositions politiques, on retenait de l'UMP/Les Républicains la saisie des biens immobiliers du couple Balkany par la justice, et le retard pris par l'enquête pour corruption qui vise Nicolas Sarkozy.

Bref, Hollande voulait, et pouvait "sur-positiver". Mais sa rentrée positive  n'aura duré que quelques heures.

Son optimisme démonstratif était palpable lors de son premier déplacement de rentrée en Isère, avec Ségolène Royal. Un optimisme surprenant, comme si le président, pourtant bien informé, ne voyait plus la réalité notamment économique qui nous entoure. Hollande croit à une reprise qui ne vient pas - un maigre 1% de croissance peut être l'an prochain - alors que l'économie chinoise donne de graves signes de faiblesse. "La peur fait son retour sur les marchés financiers" titrent les Echos. Après le krach boursier chinois de juillet, le ralentissement économie du pays le plus peuplé du monde déprime les économies mondiales. Cette nouvelle catastrophe économique est un premier boulet, et pas des moindres, pour l'équipe élyséenne.

Ensuite, il y a la Grèce.

Secousses grecques

En Grèce, Alexis Tsipras a créé la surprise en démissionnant du gouvernement jeudi soir. Il a aussi fait frémir quelques créanciers européens.  Cette démission ouvre une nouvelle séquence incertaine. Tsipras démissionne parce qu'il assume avoir été contraint de dévier du mandat que les électeurs lui avaient donné en janvier dernier.

L'homme remet en jeu son mandat, après avoir échoué à renégocier la dette grecque. Sa majorité craque, un gros tiers de ses députés Syriza ne le soutiennent pas. Et 25 d'entre eux viennent même de rejoindre Unité Populaire pour le prochain scrutin. La Grèce vient de conclure un accord absurde, 86 milliards de prêts pour l'essentiel (80%) pour rembourser les précédents, adossé à un programme austéritaire qui ne réjouit que le gouvernement allemand et quelques eurocrates hors sol comme Pierre Moscovici.

Ce dernier a osé publié vendredi sur son blog, quelques minutes avant que l'actualité ne bascule dans la sidération avec l'attentat manqué du Thalys, un billet laudateur sur le programme de contre-réformes grecques: "les 10 raisons pour lesquelles le nouveau programme grec est une bonne nouvelle". Il faut le lire pour le croire.  Selon Moscovici, ce programme austéritaire va permettre de stabiliser les finances publiques grecques "de façon crédible, économiquement efficace et socialement juste", et de "booster" le marché de l'emploi grâce à la "modernisation" du code du travail . "Les privatisations vont aider à moderniser l'économie", écrit Moscovici. 50 milliards de cessions ont été imposées aux Grecs. En Grèce, les privatisations sont un dépeçage en règle du secteur public au profit d'entreprises étrangères: comme la concession des 14 aéroports régionaux à un consortium allemand, ou la vente du port du Pirée, troisième port mondial, à des Chinois.

La Grèce n'a pas fini de secouer l'Europe et son destin.

Bonne rentrée à toutes et tous.





20 août 2015

Tsipras, la leçon démocratique continue

Alexis Tsipras, premier ministre grec depuis le mois de janvier dernier, a annoncé sa démission le 20 août. Des élections anticipées auront lieu dans un mois, le 20 septembre.

Après sa tentative de renégociation contre les créanciers européens et internationaux, puis un référendum le 5 juillet dernier, et un accord qui s'apparente à un Diktat sous peine de faillite bancaire généralisée le 13 suivant, Alexis Tsipras aura fait preuve d'une intelligence démocratique que l'on peine à retrouver ailleurs en Europe, et notamment en France.

Tsipras démissionne parce qu'il pense qu'il pense qu'il n'a plus la majorité nécessaire et suffisante. Lors du vote du troisième accord avec l'Union européenne, et de son volet austéritaire, un tiers de sa majorité l'a abandonné, et il n'a du son salut qu'au soutien de son opposition. En France par exemple, la Vème République permet à François Hollande de passer en force avec l'artifice du 49-3 pour des lois sans majorité comme l'ineffable texte "Macron".

Tsipras démissionne parce qu'il sait, reconnait et assume avoir été contraint de dévier du mandat que les électeurs lui avaient donné en janvier dernier: "le mandat que j’ai reçu le 25 janvier a atteint ses limites". Quand avons-nous entendu cela en France depuis 40 ans ? Une seule fois, et le résultat fut funeste pour son auteur. En 1997, quand Jacques Chirac décida de dissoudre une assemblée trublionne. En France, le président Hollande a dévié de sa trajectoire initiale, personne même chez lui ne le conteste. Pourtant, il n'y eu aucune remise en jeu du mandat législatif.

Merci Alexis Tsipras.

15 août 2015

432ème semaine politique: les minions préparent leur rentrée !

Crédit illustration: DoZone Parody

Ils sont mignons, et c'est affreux.

 

Pour cette dernière semaine avant les premières rentrées politiques,  nos mignons de la République font encore parler d'eux. Mais n'imaginez pas que les vacances furent l'occasion d'aborder les sujets de fond. Nos mignons, et leurs commentateurs préférés, préfèrent parler tactiques et stratégie, alliances et croche-pattes. 

 

Bref, ils vivent dans un monde parallèle. 

C'est affreux.



En France, la politique fait peine à voir.

Comme nous sommes le 15 août, les chrétiens font parler d'eux. Pour le coup, ceux d'Orient sont en passe d'être exterminés par Daech. Même Jean-Luc Mélenchon rappelle combien les défendre est un combat laïc. Mais c'est bien la seule actualité politique sérieuse qui réveille un peu les esprits.

François Hollande est en vacances. Il laisse la place à Sarkozy pour une indécence médiatique, un mélange "people et politique" dont seul l'ancien monarque a le secret. Après son "interview-confession" dans l'hebdo de la droite furibarde Valeurs Actuelles début août, le voici en couverture de Paris Match avec son fameux maillot de bain jaune trop grand, enlacé avec Carla Bruni-Sarkozy. Le plus drôle est le montage évident et grossier qui permet à Sarkozy d'être aussi grand que son épouse Carla sur le sable blanc. La presse britannique s'en délecte. Les deux sont en vacances dans le domaine de Murtoli, en Corse, qui offre plage privée et quelques milliers d'hectares de terrain sauvage à ses clients, pour quelques 30.000 euros la semaine, au beau milieu d'un parc protégé. TRACFIN, l'organisme chargé de traquer le blanchiment d'argent sale, s'intéresse justement au propriétaire des lieux. Sarkozy a toujours un timing judiciaire parallèle à son timing politique.

L'opération médiatique a une autre visée, afficher la "jeunesse" de Sarkozy quand son principal rival Alain Juppé fête ses 70 ans ce 15 août.

Voici où en est la politique. 

L'ancien monarque fera campagne à droite, pour chiper la victoire aux primaires de l'UMP l'an prochain, tandis que Juppé, qualifié de "septuagénaire de gauche" par Sarko, qui publie un ouvrage programmatique en septembre, veut mordre l'électorat centriste prétendument déçu par Hollande. Avez vous entendu parler programmes, propositions ou même bilan de l'ancien quinquennat ? Non, et c'est bien normal. Au mieux, une presse alimente le procès des peurs identitaires

A Paris, la maire Anne Hidalgo accueille la ville de Tel Aviv à Paris Plages. Hidalgo fait mine d'ignorer la signification politique de cette opération estivale. Et cela déclenche des sarcasmes et des indignations chez quelques pro-palestiniens. La bêtise dépasse l'entendement quand on lit un député socialiste, Alexis Bachelay, comparer Tel Aviv à Pretoria. En vacances dans le Sud de la France, le premier ministre apporte son soutien à l'opération parisienne. Et il défend aussi les traditions taurines - la corrida catalane et la course camargaise -, "une belle habitude".

Son ministre de l'agriculture peine à éteindre l'agitation des éleveurs de porc.  Et les derniers chiffres de la croissance française, malgré une décennie bien libérale et une politique de l'offre très assumée depuis trois ans par l'équipe Hollande, sont encore une fois décevants. Pourtant, ne croyez pas qu'il y aura un quelconque changement de cap, Manuel Valls nous l'a assuré dès vendredi: "Les à-coups d’un trimestre sur l’autre n’ont pas grande signification économique". C'est nul, mais ne changeons rien.

Au coeur de l'été, d'autres mignons, de vrais poussins, parviennent à faire parler d'eux. L'été est aussi ce moment où l'actualité est suffisamment creuse pour qu'elle se compose d'évènements surprenants. Une quarantaine de députés de tous bords co-signent donc une tribune pour s'indigner du broyage des poussins . Il y a quelques semaines, le sarkozyste Frédéric Lefebvre avait déposé un projet de loi contre l'abandon des animaux de compagnie.  L'été, tout est possible.

Ailleurs en Europe, on débat du fond. 
Et la question du positionnement des forces de gauche se pose plus clairement.

Ainsi la Grèce parvient-elle à un accord avec ses créanciers européens et internationaux pour un troisième plan d'aide de 86 milliards d'euros. La presse conservatrice européenne se félicite du pragmatisme d'un Alexis Tsipras qui était décrit il y a 3 mois à peine comme un dangereux gauchiste révolutionnaire. Hollande félicite avec une formule assez curieuse: "c'est une preuve que l'Europe est capable d'avancer sur la base des principes de solidarité et de responsabilité. C'est aussi un aboutissement pour la Grèce qui a fait les efforts attendus, en votant ce troisième programme ce matin. (....) Cette étape décisive a pu être atteinte grâce à la détermination d'Alexis Tsipras qui s'est engagé sur la voie des réformes courageuses et dans le respect de ses principes de justice. La France sera à ses côtés."

Où est la solidarité européenne ? Evoque-t-on la solidarité quand une banque fait saisir des biens d'un foyer surendetté ? A Athènes, Tsipras a perdu le soutien de 49 de ses députés Syriza, soit un tiers de son effectif élu au parlement en janvier dernier. Dans Politis, un blogueur français se félicite d'une résistance qui "s'organise". Vraiment ? Mais où est la majorité politique de demain en Grèce ?

Comme souvent, il faut répéter qu'il est trop tôt pour juger d'une politique. La France a connu les mêmes déboires en 2012: la gauche mélenchoniste est tombée dans l'opposition au soir de la victoire contre Sarkozy, sans rien attendre. A-t-elle capitalisé ensuite sur la déception grandissante de l'électorat de gauche à l'encontre de Hollande ? Non. En Grèce, Tsipras fait face à des banques en faillite et un pays ruiné. Pour Tsipras, depuis le premier jour de sa victoire législative, la question des alliances politiques reste primordiale.

En Espagne, Podemos est confrontée au même questionnement stratégique. Dans les colonnes de Mediapart, un journaliste espagnol s'inquiète de "la dangereuse dérive de Podemos". Parce que le nouveau parti, victorieux aux élections municipales de mars dernier dans des communes symboliques comme Madrid ou Barcelone, s'allie avec d'autres plus centristes, Andrés Herrero s'inquiète: "la plupart de ces propositions loin de se développer, raffiner et concrétiser, se sont affadies, en même temps que Podemos dérivait vers le centre, modérant son discours pour élargir son électorat." Dans les sondages, Podemos serait grignoté sur sa gauche. Mais il est concurrencé sur sa droite par l'autre nouveauté politique qu'est Ciudadanos, quatrième force politique du pays dirigée par Albert Rivera. Ensemble, Podemos et Ciudadanos pèseraient près de 40% des intentions de vote.

Au Royaume Uni, Jeremy Corbyn est en passe de remporter la direction du Labour. Ce député, inconnu jusqu'alors, socialiste et antimonarchiste dans un pays ravagé par le libéralisme thatchériste puis blairiste, remporte tous les sondages de popularité au sein des militants du parti. La principale riposte de ses concurrents, notamment de Yvette Cooper, soutenue par Toby Blair et créditée de 8% dans les sondages (sic!), est qu'un positionnement "trop à gauche" ferait perdre les élections au Labour.
"Si Jeremy Corbyn l'emporte, cela ne signifiera pas une défaite comme en 1983 ou 2015. Cela entraînera une déroute, peut-être l'annihilation". Tony Blair
On oublierait presque que les Travaillistes viennent de se faire laminer par les Conservateurs aux précédentes élections législatives de mai dernier.  A quoi bon voter Labour si ces derniers pratiquent le même libéralisme que leurs concurrents conservateurs ?



Ami citoyen, reste en vacances si tu le peux.