Il paraît qu'il a une machine de guerre. Elle est grippée. Nicolas Sarkozy s'est pourtant largement déployé mardi 21 février: visite surprise à Rungis pour tacler Le Pen, petit-déjeuner à l'Elysée pour rassurer, un déplacement dans un usine puis dans un village dévastée par la tempête.
Bref, ce mardi, le Monarque voulait occuper le terrain.
Il nous avait promis une « Blitzkrieg », une curieuse expression propagée par ses communicants.
Depuis jeudi dernier, la mayonnaise sarkozyenne ne prenait pas.
Cela sonnait faux, parfois stupide, souvent improbable.
Derrière Le Pen
La polémique a bien pris, et le projet est enterré. Jean-Louis Borloo ne pourra pas prendre la place d'Antoine Frérot à la tête de Véolia. Mais Nicolas Sarkozy était passé à autre chose. Il s'est presque moqué de l'affaire, agacé: « j'apprends que Borloo est au cœur de la Sarkozie, qu'il est mon ami intime. C'est la bonne nouvelle du jour! » (dixit Nathalie Schuck du Parisien)
Ce fut une surprise. Il s'est pointé vers 4 heures du matin à Rungis. Le déplacement n'avait pas été annoncé au programme officiel, mais le Président des Riches avait embarqué une flopée de journalistes avec lui. Il tenait à développer son image de candidat du peuple: « j'adore cet endroit. Ici, on fait un carton! ». Les récents sondages sont toujours mauvais, malgré sa « Blitzkrieg » depuis mercredi dernier. L'électorat était volatile, surtout chez Sarkozy.
Il y avait surtout urgence. Marine Le Pen avait lancé un improbable polémique sur la viande halal en Ile-de-France. Et le candidat des Riches est très attentif à chiper ce qu'il peut de l'électorat frontiste.
En mai 2008 déjà, il s'était livré à l'exercice, à Rungis. A l'époque, Carla Bruni-Sarkozy l'avait accompagné. Cette fois-ci, elle est restée dormir. «Carla voulait venir mais avec la petite, ce n'était pas possible» a confié son « mari ». A Rungis, le plus grand marché de produits frais d'Europe, le président-candidat a serré beaucoup de mains, bu un café noir, rencontre
é quelques bouchers pour mieux fustiger la récente outrance de Marine Le Pen: «La polémique n'a pas lieu d'être. On consomme chaque année en Ile-de-France 200 000 tonnes de viande et il y a 2,5% de viande casher et halal ». Un employé, interrogé par BFM-TV, commenta sobrement: « Faudra qu'il nous propose du nouveau vraiment nouveau ».
Le « QG de démonstration »
Quelques heures plus tard, il n'était déjà plus à son « QG de démonstration » de la rue de la Convention, mais à l'Elysée, pour son traditionnel petit-déjeuner des responsables de la « majorité ».
Il voulait rassurer sur ses déclarations du weekend. A Marseille, il avait pourtant confié qu'il envisageait une part de proportionnelle dans le scrutin législatif « de l'ordre de 10%»... Quel revirement !
A l'UMP, les députés n'aiment pas trop la perspective d'une introduction d'une dose de proportionnelle dans les les prochaines élections. On est aussi un peu tendu, l'entrée en campagne n'a eut quasiment aucun effet sur les sondages de premier et de second tour : « Quand j'ai parlé de cela, ce n'était pas pour les élections à venir. Ceux qui évoquent l'hypothèse d'un changement pour les prochaines élections ne sont pas autorisés à le faire, c'est une stupidité ».
Sarkothon en Charente
Ensuite, il a pris le TGV pour la Charente-maritime. Il redécouvre le train. Cela fait plus « peuple » que le jet privé, comme la semaine dernière à Annecy. En Charente, il voulait faire d'une pierre deux coups. Rencontrer la « France des usines » et les malheureux de Xynthia.
Sur place, il eut donc un mot, à distance, l'air grave et sérieux, pour les employés d'Arcelor-Mittal à Florange: «Je ne veux pas que Florange meure. Bien sûr il y a la crise, moins de
demande d'acier, mais on fera tout pour que Florange rouvre ». A 60 jours du scrutin, Nicolas Sarkozy fera tout pour être réélu. On aurait adoré l'entendre faire la même déclaration devant ce délégué CGT de Florange qui, les larmes aux yeux, criait aux caméras: « on a la rage ! »
A Florange, une grosse centaine de salariés d'une intersyndicale CFDT, CGT, FO et CFE-CGC avaient décidé de devenir le «cauchemar» du candidat Sarkozy. Depuis lundi, ils occupaient les bureaux de la direction de l'usine d'Arcelormittal. Le groupe indien avait fermé « temporairement » l'établissement.
La déclaration du Monarque n'avait séduit personne. Les réactions ont fusé: « Mais qu'est-ce qu'il croit Sarko? Que Florange se rallume comme un four
de pizza? » ou encore: « Nous, ce qu'on lui demande,
ce n'est pas qu'il parle avec les dirigeants d'ArcelorMittal, mais qu'il
téléphone directement à Lakshmi Mittal pour qu'il arrête de détruire notre outil de
travail ».
Depuis 2007, la France a perdu 900 usines et à nouveau 100.000 emplois industriels.
Sarkozy a bien rencontré des ouvriers, mais pas ceux de Florange. Il avait préféré Alstom à Aytré. Une trouille de dernière minute, sans doute. Il a quand même déjeuné à la cantine de l'entreprise avec les salariés de l'entreprise. Il eut quelques phrases bizarres, debout sur une estrade, à propos de la prise de participation de l'Etat dans Alstom: « Preuve que ça va mieux, l’Etat a pu revendre les actions en faisant des bénéfices ».
Mais il n'eut pas un mot pour commenter les 4 millions d'euros de stock-options du PDG de l'entreprise.
Candidat fictif ?
Depuis jeudi dernier, le Monarque joue au candidat du peuple. Ses communicants avaient rodé la scénographie. Sarkozy accepte des caméras plus proches, il marche même dans la rue (dans le XVème arrondissement, n'exagérons rien), il sourit aux passants, il donne de l'accolade. Ses photographes officiels nous donnent des clichés de sa vie quasi-quotidienne: « Sarkozy au travail », « Sarkozy à la cantine », « Sarkozy dans la rue », etc. De temps à autre, à la télévision, on apercevait l'habituelle cohorte des inévitables gardes du corps planqués aux alentours.
Cette mise en scène était ridicule. On savait bien que les exigences de protection d'un président l'empêchaient à cette proximité. Pourquoi se forcer à une telle mascarade ? Faut-il prendre l'électrice et l'électeur pour des abrutis ?
Mercredi soir, Nicolas Sarkozy sera sur France 2. David Pujadas s'est personnellement rendu au QG de démonstration. Allait-il chercher les questions ou les réponses ? On espère que le candidat sortant exposera son programme.
Il serait temps.
Il ne reste que 60 jours.
SARKOFRANCE
mercredi 22 février 2012
mardi 21 février 2012
Véolia, Twitter: comment Sarkozy rate son entrée en campagne.
Faut-il qu'il soit mauvais pour agir ainsi !
Dimanche, on apprenait qu'un complot se préparait au conseil d'administration de Véolia. Ces pratiques sont parfois courantes dans les coulisses des grands groupes. Mais la surprise vint du nom de l'un des protagonistes: Jean-Louis Borloo, qui hésite encore à dévoiler son soutien au candidat sortant, était pressenti pour prendre la tête de Véolia grâce à l'entregent d'un proche du Monarque.
A quelques jours du scrutin présidentiel, voici Nicolas Sarkozy à nouveau pris les doigts dans le pot de confiture du conflit d'intérêts.
Autre affaire, plus stupide encore: l'équipe Web de Sarkozy n'a rien trouvé de mieux à faire que de faire censurer divers comptes Twitter d'opposition.
Quelle drôle d'idée !
Président ... de Véolia ?
Début janvier, Nicolas Sarkozy s'était brutalement souvenu que nommer des proches à la veille d'un scrutin présidentiel faisait tâche. Depuis 2002 au ministère de l'intérieur, puis 2007 à l'Elysée, Sarkozy avait eu le temps et l'agilité pour placer ou soutenir un nombre incroyable de proches au coeur de l'appareil d'Etat.
Le 10 janvier dernier, lors de ses voeux aux parlementaires, le Monarque promit donc un « gel » des nominations à la tête des établissements publics jusqu'à l'élection. « Les trois derniers mois ne sont pas propices à des nominations, quel que soit par ailleurs ce que sera le jugement des Français ». On avait adoré l'expression. Sur la période récente, on ne comptait plus les pantouflages publics ou privés. Pour Xavier Musca, son secrétaire général, l'annonce tombait mal. On murmurait qu'il aurait du remplacer le président de la Caisse des Dépôts et Consignations, dont le mandat arrivait prochainement à échéance. L'établissement public restera donc sans président jusqu'à l'été.
Lundi, le scandale « Borloo à Veolia » avait pris de l'ampleur. Les révélations du quotidien Les Echos, que l'on ne soupçonnera pas d'antisarkozysme primaire, et de Libération, avaient profondément énervé dans l'équipe Sarkozy.
Jean-Louis Borloo a d'abord confirmé, lundi matin, être chassé par deux groupes industriels qui ne sont pas Véolia; et avoir eu des contacts avec des administrateurs de Véolia. Puis, un peu plus tard dans la journée, il change de version, et dément avoir d'autres envies que politiques. Et la directrice de communication du candidat sortant, Nathalie Kosciusko-Morizet a eu la défense très maladroite. Elle a confirmé que Nicolas Sarkozy et Henri Proglio n'avaient pas discuté devant elle de la nomination de Borloo à la tête de Véolia... « J'étais dans l'avion, il n'y a pas eu d'aparté et il n'y a pas eu de discussion sur ce sujet. Donc, ça, c'est faux ». Quelle défense ! On se souvient combien Borloo et elle étaient en froid...
Cédric Pietralunga, pour le Monde, décrypté le putsch d'Henri Proglio à Véolia. Ce dernier est resté administrateur de l'entreprise dont il a quitté la présidence quand Nicolas Sarkozy le nomma à la tête d'EDF. A l'époque, il avait voulu cumuler les deux casquettes (et les deux rémunérations) mais la chose fit scandale et il dut y renoncer.
Ces derniers jours, Henri Proglio s'est donc démené pour assurer la destitution de l'actuel PDG, Antoine Frérôt. Les Echos affirment que « Jean-Louis Borloo a rencontré trois administrateurs de Veolia la semaine dernière ». Le Monde cite une source « proche de l'affaire » mais anonyme: « L'unique objectif de Proglio est d'installer Jean-Louis Borloo à la tête de Veolia ».
#sarkocensure
Autre placement, autre piston, sans grand impact sur la campagne ni les foules. Christine Boutin a été reçu lundi matin par Nicolas Sarkozy à son siège de campagne. Elle était heureuse. Le candidat sortant lui a promis un nouveau strapontin, un « poste d'influence» dans l'équipe « rapprochée » du candidat. On était rassuré pour elle. La présidente du Parti Chrétien-Démocrate ne précisa pas si le poste était rémunéré.
Sur le Net, les équipes de #NS2012 semblent aussi commettre bourdes sur bourdes. Le scandale des comptes Twitter censurés depuis jeudi a pris de l'ampleur: ce ne sont pas seulement des comptes d'imposteurs, mais aussi des comptes parodiques ou critiques qui ont été automatiquement censurés à la demande de l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy. Nicolas Princen, le conseiller élyséen pour le Net, avait confirmé sur iTélé la suppression des comptes qui portaient à confusion.
Qui a bien pu penser que cette censure serait-il ? Connaissant la réactivité des réseaux sociaux, il n'y avait pas meilleur moyen de saborder l'entrée en campagne du candidat sortant sur le Web !
Reposons la question qui nous taraude depuis quelques semaines: qui Sarkozy devrait-il virer de son équipe de campagne ?
Et les autres ?
Il y avait d'autres développements, plus judiciaires ceux-là, qui affectaient le président sortant.
La semaine dernière, le parquet général de Paris avait requis l'annulation de la mise en examen du procureur de Nanterre Philippe Courroye. Ce dernier est poursuivi pouravoir demandé l'accès aux factures détaillées des téléphones de deux journalistes du Monde en 2010. Le procureur avait dénoncé un acharnement et des mensonges.
Le patron de l'IGS a contredit les propos du procureur Philippe Courroye. Interrogé jeudi 16 février, comme témoin assisté, Claude Bard a ainsi confirmé aux deux juges qui instruisent l'affaire des fadettes, que « le parquet de Nanterre aurait bien demandé le contenu des SMS échangés entre Jacques Follorou, un journaliste du quotidien, et Isabelle Prévost-Desprez, la présidente de la 15ème chambre, chargée d'un supplément d'information dans l'affaire Bettencourt et dont l'inimitié avec le procureur est de notoriété publique.»
Bard a même précisé, avec moultes détails, les différentes requêtes de Philippe Courroye. Le coup est dur. La thèse de l'espionnage illégal sort renforcée de ce nouvel épisode.
Couacs, bourdes et scandales... lundi soir, la question se posait: Nicolas Sarkozy a-t-il raté son entrée en campagne ? Un premier sondage semblait le confirmer, tout comme l'analyse bien refroidie de quelques éditorialistes classés à droite.
Ami sarkozyste, ne pars pas.
Dimanche, on apprenait qu'un complot se préparait au conseil d'administration de Véolia. Ces pratiques sont parfois courantes dans les coulisses des grands groupes. Mais la surprise vint du nom de l'un des protagonistes: Jean-Louis Borloo, qui hésite encore à dévoiler son soutien au candidat sortant, était pressenti pour prendre la tête de Véolia grâce à l'entregent d'un proche du Monarque.
A quelques jours du scrutin présidentiel, voici Nicolas Sarkozy à nouveau pris les doigts dans le pot de confiture du conflit d'intérêts.
Autre affaire, plus stupide encore: l'équipe Web de Sarkozy n'a rien trouvé de mieux à faire que de faire censurer divers comptes Twitter d'opposition.
Quelle drôle d'idée !
Président ... de Véolia ?
Début janvier, Nicolas Sarkozy s'était brutalement souvenu que nommer des proches à la veille d'un scrutin présidentiel faisait tâche. Depuis 2002 au ministère de l'intérieur, puis 2007 à l'Elysée, Sarkozy avait eu le temps et l'agilité pour placer ou soutenir un nombre incroyable de proches au coeur de l'appareil d'Etat.
Le 10 janvier dernier, lors de ses voeux aux parlementaires, le Monarque promit donc un « gel » des nominations à la tête des établissements publics jusqu'à l'élection. « Les trois derniers mois ne sont pas propices à des nominations, quel que soit par ailleurs ce que sera le jugement des Français ». On avait adoré l'expression. Sur la période récente, on ne comptait plus les pantouflages publics ou privés. Pour Xavier Musca, son secrétaire général, l'annonce tombait mal. On murmurait qu'il aurait du remplacer le président de la Caisse des Dépôts et Consignations, dont le mandat arrivait prochainement à échéance. L'établissement public restera donc sans président jusqu'à l'été.
Lundi, le scandale « Borloo à Veolia » avait pris de l'ampleur. Les révélations du quotidien Les Echos, que l'on ne soupçonnera pas d'antisarkozysme primaire, et de Libération, avaient profondément énervé dans l'équipe Sarkozy.
Jean-Louis Borloo a d'abord confirmé, lundi matin, être chassé par deux groupes industriels qui ne sont pas Véolia; et avoir eu des contacts avec des administrateurs de Véolia. Puis, un peu plus tard dans la journée, il change de version, et dément avoir d'autres envies que politiques. Et la directrice de communication du candidat sortant, Nathalie Kosciusko-Morizet a eu la défense très maladroite. Elle a confirmé que Nicolas Sarkozy et Henri Proglio n'avaient pas discuté devant elle de la nomination de Borloo à la tête de Véolia... « J'étais dans l'avion, il n'y a pas eu d'aparté et il n'y a pas eu de discussion sur ce sujet. Donc, ça, c'est faux ». Quelle défense ! On se souvient combien Borloo et elle étaient en froid...
Cédric Pietralunga, pour le Monde, décrypté le putsch d'Henri Proglio à Véolia. Ce dernier est resté administrateur de l'entreprise dont il a quitté la présidence quand Nicolas Sarkozy le nomma à la tête d'EDF. A l'époque, il avait voulu cumuler les deux casquettes (et les deux rémunérations) mais la chose fit scandale et il dut y renoncer.
Ces derniers jours, Henri Proglio s'est donc démené pour assurer la destitution de l'actuel PDG, Antoine Frérôt. Les Echos affirment que « Jean-Louis Borloo a rencontré trois administrateurs de Veolia la semaine dernière ». Le Monde cite une source « proche de l'affaire » mais anonyme: « L'unique objectif de Proglio est d'installer Jean-Louis Borloo à la tête de Veolia ».
#sarkocensure
Autre placement, autre piston, sans grand impact sur la campagne ni les foules. Christine Boutin a été reçu lundi matin par Nicolas Sarkozy à son siège de campagne. Elle était heureuse. Le candidat sortant lui a promis un nouveau strapontin, un « poste d'influence» dans l'équipe « rapprochée » du candidat. On était rassuré pour elle. La présidente du Parti Chrétien-Démocrate ne précisa pas si le poste était rémunéré.
Sur le Net, les équipes de #NS2012 semblent aussi commettre bourdes sur bourdes. Le scandale des comptes Twitter censurés depuis jeudi a pris de l'ampleur: ce ne sont pas seulement des comptes d'imposteurs, mais aussi des comptes parodiques ou critiques qui ont été automatiquement censurés à la demande de l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy. Nicolas Princen, le conseiller élyséen pour le Net, avait confirmé sur iTélé la suppression des comptes qui portaient à confusion.
Qui a bien pu penser que cette censure serait-il ? Connaissant la réactivité des réseaux sociaux, il n'y avait pas meilleur moyen de saborder l'entrée en campagne du candidat sortant sur le Web !
Reposons la question qui nous taraude depuis quelques semaines: qui Sarkozy devrait-il virer de son équipe de campagne ?
Et les autres ?
Il y avait d'autres développements, plus judiciaires ceux-là, qui affectaient le président sortant.
La semaine dernière, le parquet général de Paris avait requis l'annulation de la mise en examen du procureur de Nanterre Philippe Courroye. Ce dernier est poursuivi pouravoir demandé l'accès aux factures détaillées des téléphones de deux journalistes du Monde en 2010. Le procureur avait dénoncé un acharnement et des mensonges.
Le patron de l'IGS a contredit les propos du procureur Philippe Courroye. Interrogé jeudi 16 février, comme témoin assisté, Claude Bard a ainsi confirmé aux deux juges qui instruisent l'affaire des fadettes, que « le parquet de Nanterre aurait bien demandé le contenu des SMS échangés entre Jacques Follorou, un journaliste du quotidien, et Isabelle Prévost-Desprez, la présidente de la 15ème chambre, chargée d'un supplément d'information dans l'affaire Bettencourt et dont l'inimitié avec le procureur est de notoriété publique.»
Bard a même précisé, avec moultes détails, les différentes requêtes de Philippe Courroye. Le coup est dur. La thèse de l'espionnage illégal sort renforcée de ce nouvel épisode.
Couacs, bourdes et scandales... lundi soir, la question se posait: Nicolas Sarkozy a-t-il raté son entrée en campagne ? Un premier sondage semblait le confirmer, tout comme l'analyse bien refroidie de quelques éditorialistes classés à droite.
Ami sarkozyste, ne pars pas.
lundi 20 février 2012
Sarkozy: le grand cirque du candidat du peuple du Fouquet's
La mise en scène d'une fausse entrée en campagne n'était pas terminée. Ce weekend, nous eûmes l'inauguration du faux siège de campagne, puis un meeting que l'on avait prédit énorme.
On retint que Nicolas Sarkozy devenu candidat était encore plus lassant. On connaissait déjà ses discours, ses attaques, ses répliques. C'était normal. cela faisait déjà bientôt deux ans qu'il faisait campagne dans son costume de président.
Les arguments n'avaient pas changé, sauf l'agressivité désormais explicite, si explicite.
Sarkoshow
Samedi, il serait venu « à pied » de son domicile, la maison de Carla Bruni-Sarkozy, à son nouveau siège de campagne. On l'a vu marcher sur le pont Mirabeau. L'argument de campagne était absurde. Carla Bruni habite Villa Montmorency, dans le XVIème arrondissement de Paris. C'est près de la porte d'Auteuil. Le quartier est fermé par une barrière avec vigiles. Les voisins de la dame sont tous des ultra-riches. Pour rejoindre le 18 rue de la Convention, Nicolas Sarkozy avait 2,6 kilomètres à parcourir. Il était évident qu'il était venu en voiture présidentielle qui l'avait déposé à l'écart des journalistes pour lui laisser la possibilité de se faire photographier marchant sur le pont Mirabeau.
Dimanche, on découvrait la musique de campagne de Nicolas Sarkozy, un truc dramatique, idéal pour un film de guerre de série B. Il avait pris un compositeur de musique de séries TV. La musique avait été enregistrée ... en Bulgarie. Qui parlait de produire Français ?
Son siège de campagne fut photographié dans tous les sens. Le Parisien avait obtenu une exclusivité. On y voyait des meubles « sobres » et design dignes du Conrad Shop, une boîte à cigares Bugatti, des livres d'art, des gros posters à la gloire du Monarque. Le lieu était plus petit que le QG de François Hollande.
Le vrai QG de campagne était à l'Elysée.
Le XVème arrondissement, nous expliqua Franck Louvrier, était un quartier de « classes moyennes ». On s'était pincé pour ne pas rire. Comme le rappelait mon confrère Erwan Gaucher, « la fameuse classe moyenne de Nicolas Sarkozy gagne moins de 3 200€ par mois, mais réussit l'exploit de vivre dans le 15ème ».
Depuis jeudi, quatre comptes twitter parodiques et anti-sarkozystes furent éliminés, effacés, effacés. Une curieuse censure très gouvernementale.
Dimanche, Claude Allègre, l'ancien ministre socialiste rallié à Nicolas Sarkozy en 2007, annonça son énième ralliement à Nicolas Sarkozy. Quelle surprise !
Sarkothon
Dimanche en début d'après-midi, le candidat sortant était en meeting « provincial » à Marseille. Il y avait 10.000 participants dans le hall 1 du Parc Chanot. Il fallait une invitation officielle pour y entrer. Le meeting jouxtait le Salon de l'érotisme. Jean-Claude Gaudin, le maire du coin, introduisit l'intervention.
Il semblait déjà mauvais perdant. Dans une curieuse diatribe, il a mélangé ses échecs (la progression du chômage, de l'endettement, etc) avec ses propres décisions. « En France, c'est vrai, il y a plus de chômeurs; c'est vrai, on ne peut plus prendre sa retraite à 60 ans; c'est vrai, il va falloir travailler plus longtemps. Mais ces décisions, je les assume ! »
A Marseille, le candidat sortant continuait surtout dans l'agressivité pour une campagne qu'il avait pourtant promis « heureuse ». Il reprit l'invective, testée grandeur nature à Annecy.Il qualifia ainsi François Hollande de malhonnête («Où est la vérité quand on dit tout et son contraire, quand on fait semblant d'être Thatcher à Londres, et Mitterrand à Paris») et de menteur voire de lâche. En coulisses, Copé précisa à un journaliste: « Le courage, voilà un mot que vous n'entendrez jamais à propos de François Hollande ». Quelle hauteur !
De son propre bilan, Sarkozy a voulu retenir sa prétendue résistance dans la crise, oubliant qu'il n'y était pour pas grand chose. « La vérité, c’est que la France n’a pas été emportée. L’État n’a pas fait faillite. Les salaires et les pensions n’ont pas baissé.» La vérité ? Il lui manquait quelques statistiques.
Il crut bon d'expliquer son slogan de campagne, si ridiculisé depuis mercredi dernier. « Une France faible ne peut protéger les Français » Sans rire ? « Durant les périodes les plus noires, le malheur est venu de ce que la France n'avait pas été assez forte ». Sarkozy se voulait de Gaulle... Toujours sans rire. La crise financière puis économique était comme l'invasion nazie en 1940. «Sur la crise depuis 2008, la France a résisté, la France a tenu, les Français ont fait face. Nous avons échappé à une catastrophe».
Il n'y avait rien de nouveau, aucune surprise. Ses arguments avaient été sans cesse rabâchés depuis déjà deux ans, et pourtant, Nicolas Sarkozy lisait son texte. On s'ennuyait.
« Travailler davantage, c'est la seule façon de préserver notre niveau de vie ». C'était l'homme aux 5 millions de chômeurs qui disait cela.
Seule proposition de la journée, l'introduction à la marge d'une dose de proportionnelle...
« Je suis attaché, cher Jean-François, au scrutin uninominal à deux tours (...). Mais il me semble qu'on pourrait corriger à la marge ce mode de scrutin, pour que tous les grands courants puissent être représentés». Une promesse qu'il avait déjà faite ... en 2007: « Je m’engage, si je suis élu, à réunir toutes les forces politiques et à discuter avec elles de la possibilité d’introduire un peu de proportionnelle au Sénat ou à l’Assemblée Nationale sans créer le risque d’une instabilité qui serait désastreuse.» avait-il déclaré... le 29 avril 2007. François Bayrou, à qui s'adressait le clin d'oeil proportionnel, ne fut pas dupe.
« La France a besoin de vous » a-t-il lancé. C'était lui, surtout lui, qui avait besoin de la France. Le président sortant appelait à l'aide. «Je voudrais vous dire simplement mes chers amis que la France a besoin de vous. Ce pays c'est le nôtre, ce pays nous l'aimons, ce pays c'est nous tous. Je vous demande une chose, ici à Marseille: aidez-moi! Aidez-moi à réussir pour la France! Aidez-moi à rassembler le peuple de France!». Sarkozy, sur ce coup, s'inspirait de de Gaulle, encore une fois, comme le remarqua Guy Birenbaum. Le 22 avril 1961, le général sortait déjà le même argument, mais contre les putchistes d'Alger: « Françaises, Français, voyez où risque d’aller la France, par rapport à ce qu’elle était en train de redevenir. Françaises, Français ! Aidez-moi ! » Il s'adressait à la télévision, après une tentative de coup d'Etat.
Nicolas Sarkozy se croyait-il menacé d'un putsch ? Avait-il confondu l'élection présidentielle avec un coup d'Etat ?
Au bout de 45 minutes, c'était fini. C'était tout. Nicolas Sarkozy semblait fatigué.
« C'était très émouvant, c'était merveilleux » a conclu Carla Bruni-Sarkozy.
Merveilleux.
En fin de journée, dimanche soir, on apprenait l'existence d'un accord entre Henri Proglio, le patron d'EDF et ancien président de Véolia, et Nicolas Sarkozy. Antoine Frérot, le PDG de Veolia, allait être débarqué de Véolia, et remplacé par Jean-Louis Borloo. En contrepartie, Nicolas Sarkozy s'attendait à un soutien public de son ancien ministre.
Rien que ça.
La République irréprochable en action....
Merveilleux.
On retint que Nicolas Sarkozy devenu candidat était encore plus lassant. On connaissait déjà ses discours, ses attaques, ses répliques. C'était normal. cela faisait déjà bientôt deux ans qu'il faisait campagne dans son costume de président.
Les arguments n'avaient pas changé, sauf l'agressivité désormais explicite, si explicite.
Sarkoshow
Samedi, il serait venu « à pied » de son domicile, la maison de Carla Bruni-Sarkozy, à son nouveau siège de campagne. On l'a vu marcher sur le pont Mirabeau. L'argument de campagne était absurde. Carla Bruni habite Villa Montmorency, dans le XVIème arrondissement de Paris. C'est près de la porte d'Auteuil. Le quartier est fermé par une barrière avec vigiles. Les voisins de la dame sont tous des ultra-riches. Pour rejoindre le 18 rue de la Convention, Nicolas Sarkozy avait 2,6 kilomètres à parcourir. Il était évident qu'il était venu en voiture présidentielle qui l'avait déposé à l'écart des journalistes pour lui laisser la possibilité de se faire photographier marchant sur le pont Mirabeau.
Dimanche, on découvrait la musique de campagne de Nicolas Sarkozy, un truc dramatique, idéal pour un film de guerre de série B. Il avait pris un compositeur de musique de séries TV. La musique avait été enregistrée ... en Bulgarie. Qui parlait de produire Français ?
Son siège de campagne fut photographié dans tous les sens. Le Parisien avait obtenu une exclusivité. On y voyait des meubles « sobres » et design dignes du Conrad Shop, une boîte à cigares Bugatti, des livres d'art, des gros posters à la gloire du Monarque. Le lieu était plus petit que le QG de François Hollande.
Le vrai QG de campagne était à l'Elysée.
Le XVème arrondissement, nous expliqua Franck Louvrier, était un quartier de « classes moyennes ». On s'était pincé pour ne pas rire. Comme le rappelait mon confrère Erwan Gaucher, « la fameuse classe moyenne de Nicolas Sarkozy gagne moins de 3 200€ par mois, mais réussit l'exploit de vivre dans le 15ème ».
Depuis jeudi, quatre comptes twitter parodiques et anti-sarkozystes furent éliminés, effacés, effacés. Une curieuse censure très gouvernementale.
Dimanche, Claude Allègre, l'ancien ministre socialiste rallié à Nicolas Sarkozy en 2007, annonça son énième ralliement à Nicolas Sarkozy. Quelle surprise !
Sarkothon
Dimanche en début d'après-midi, le candidat sortant était en meeting « provincial » à Marseille. Il y avait 10.000 participants dans le hall 1 du Parc Chanot. Il fallait une invitation officielle pour y entrer. Le meeting jouxtait le Salon de l'érotisme. Jean-Claude Gaudin, le maire du coin, introduisit l'intervention.
« Mes chers amis, aujourd'hui je suis venu vous parler de la France. On ne parle pas assez de la France. Comme si c'était démodé de parler de la France. »Son début de discours ressemblait à celui de janvier 2007. «Je suis venu parler de la France. Jeune, j'ai aimé la France sans le savoir, beaucoup dans ma famille venaient de loin. J'ai aimé le ciel, le son des mots, des chansons, des musiques, des livres, des villes, une façon tellement française de planter les arbres au bord des routes». Cela sonnait faux. Depuis 2007, il y a eu 5 ans de traque aux sans-papiers jusque dans les écoles, un débat sur l'identité nationale, une France conspuée à l'ONU et au Conseil de l'Europe après la chasse aux Roms en août 2010, l'indignation de l'Eglise.
Il semblait déjà mauvais perdant. Dans une curieuse diatribe, il a mélangé ses échecs (la progression du chômage, de l'endettement, etc) avec ses propres décisions. « En France, c'est vrai, il y a plus de chômeurs; c'est vrai, on ne peut plus prendre sa retraite à 60 ans; c'est vrai, il va falloir travailler plus longtemps. Mais ces décisions, je les assume ! »
A Marseille, le candidat sortant continuait surtout dans l'agressivité pour une campagne qu'il avait pourtant promis « heureuse ». Il reprit l'invective, testée grandeur nature à Annecy.Il qualifia ainsi François Hollande de malhonnête («Où est la vérité quand on dit tout et son contraire, quand on fait semblant d'être Thatcher à Londres, et Mitterrand à Paris») et de menteur voire de lâche. En coulisses, Copé précisa à un journaliste: « Le courage, voilà un mot que vous n'entendrez jamais à propos de François Hollande ». Quelle hauteur !
De son propre bilan, Sarkozy a voulu retenir sa prétendue résistance dans la crise, oubliant qu'il n'y était pour pas grand chose. « La vérité, c’est que la France n’a pas été emportée. L’État n’a pas fait faillite. Les salaires et les pensions n’ont pas baissé.» La vérité ? Il lui manquait quelques statistiques.
Il crut bon d'expliquer son slogan de campagne, si ridiculisé depuis mercredi dernier. « Une France faible ne peut protéger les Français » Sans rire ? « Durant les périodes les plus noires, le malheur est venu de ce que la France n'avait pas été assez forte ». Sarkozy se voulait de Gaulle... Toujours sans rire. La crise financière puis économique était comme l'invasion nazie en 1940. «Sur la crise depuis 2008, la France a résisté, la France a tenu, les Français ont fait face. Nous avons échappé à une catastrophe».
Il n'y avait rien de nouveau, aucune surprise. Ses arguments avaient été sans cesse rabâchés depuis déjà deux ans, et pourtant, Nicolas Sarkozy lisait son texte. On s'ennuyait.
« Travailler davantage, c'est la seule façon de préserver notre niveau de vie ». C'était l'homme aux 5 millions de chômeurs qui disait cela.
Seule proposition de la journée, l'introduction à la marge d'une dose de proportionnelle...
« Je suis attaché, cher Jean-François, au scrutin uninominal à deux tours (...). Mais il me semble qu'on pourrait corriger à la marge ce mode de scrutin, pour que tous les grands courants puissent être représentés». Une promesse qu'il avait déjà faite ... en 2007: « Je m’engage, si je suis élu, à réunir toutes les forces politiques et à discuter avec elles de la possibilité d’introduire un peu de proportionnelle au Sénat ou à l’Assemblée Nationale sans créer le risque d’une instabilité qui serait désastreuse.» avait-il déclaré... le 29 avril 2007. François Bayrou, à qui s'adressait le clin d'oeil proportionnel, ne fut pas dupe.
« La France a besoin de vous » a-t-il lancé. C'était lui, surtout lui, qui avait besoin de la France. Le président sortant appelait à l'aide. «Je voudrais vous dire simplement mes chers amis que la France a besoin de vous. Ce pays c'est le nôtre, ce pays nous l'aimons, ce pays c'est nous tous. Je vous demande une chose, ici à Marseille: aidez-moi! Aidez-moi à réussir pour la France! Aidez-moi à rassembler le peuple de France!». Sarkozy, sur ce coup, s'inspirait de de Gaulle, encore une fois, comme le remarqua Guy Birenbaum. Le 22 avril 1961, le général sortait déjà le même argument, mais contre les putchistes d'Alger: « Françaises, Français, voyez où risque d’aller la France, par rapport à ce qu’elle était en train de redevenir. Françaises, Français ! Aidez-moi ! » Il s'adressait à la télévision, après une tentative de coup d'Etat.
Nicolas Sarkozy se croyait-il menacé d'un putsch ? Avait-il confondu l'élection présidentielle avec un coup d'Etat ?
Au bout de 45 minutes, c'était fini. C'était tout. Nicolas Sarkozy semblait fatigué.
« C'était très émouvant, c'était merveilleux » a conclu Carla Bruni-Sarkozy.
Merveilleux.
En fin de journée, dimanche soir, on apprenait l'existence d'un accord entre Henri Proglio, le patron d'EDF et ancien président de Véolia, et Nicolas Sarkozy. Antoine Frérot, le PDG de Veolia, allait être débarqué de Véolia, et remplacé par Jean-Louis Borloo. En contrepartie, Nicolas Sarkozy s'attendait à un soutien public de son ancien ministre.
Rien que ça.
La République irréprochable en action....
Merveilleux.
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