8 juillet 2007

9ème semaine de la Sarkofrance : lettre à mes amis sarkozystes


Où comment résister à ses amis sarkozytes...

Depuis le 7 mai, sans doute comme une partie d'entre vous, j'aurai tout entendu sur Sarkozy, sa réussite et son activisme de la part de certains proches.
Florilège :
"Tu es borné." "Sarkozy n'est pas le grand méchant loup. Il s'est vraiment ouvert." "La guerre civile n'a pas eu lieu; la France est apaisée et rassemblée." "C'est normal que Sarkozy veuille contrôler l'application de son programme. Qu'il soit partout. Je crois à la compétence." "Enfin ça bouge, il va réformer!" et sa variante : "il y avait marre des protestataires professionnels, des syndicalistes de tout poil." "Tu ne trouves pas cela normal de punir les violeurs récidivistes?" "Regarde le PS, les Verts, le Modem, ils sont pitoyables; pas une idée, pas une proposition. On l'a échappé belle." ou "Ségolène était une nulle autoritaire, incompétente et de droite." "Les socialistes qui l'ont rejoint sont des justes. Ils ont compris qu'il fallait dépasser les clivages" ;"Nous allons te convaincre."
A la lecture de ces extraits, vous allez penser que je ne fréquente pas les bons endroits.
Pas sûr. Les amis sont les amis. Même quand ils se trompent.

Il est vrai qu'étant actif, blanc, plutôt aisé, salarié travaillant plus que 35H dans le privé, et avec un emprunt immobilier, j'ai visiblement tout à gagner des mesures annoncées.

Et bien, chers amis sarkozystes, la réalité est bien simple, même après 9 semaines de sarkofrance.
1. Je reste convaincu qu'il a tort sur l'essentiel.
2. Je reste inquiet parce que son comportement présidentiel vise à étouffer des opposants comme votre modeste serviteur.

1. Pourquoi Sarkozy a tort.
Sur les 2 sujets prioritaires, la solidarité du présent et la dette que nous laissons à nos enfants, Sarkozy applique son programme...et se trompe. Nous allons vers la ruine, mais sans filet.

En premier lieu, la solidarité est mise à mal : Sarkozy n'est pas libéral ni moderne. Il est conservateur, comme la bourgeoisie industrielle et les Maîtres des Forges du 19ème siècle (à ce titre, je suis à 100% d'accord avec le récent billet de Comité-de-salut-public) Il nous conduit vers un système très américain, qui laisse les riches s'envoler, donne la gratuité des premiers soins aux ultra-pauvres, et plonge la classe intermédiaire dans la précarité.
Ses allègements fiscaux, heureusement contestés dans son propre camp par quelques démocrates sociaux que le saut dans le vide social a perturbé, profitent principalement aux plus riches. Son attaque contre le droit de grève pour mieux réformer les retraites et la Sécurité Sociale laisse présager une dureté certaine pour les plus fragiles. Malgré l'inflation des services de base (loyers, transports, etc), le smic ne bénéficie d'aucun coup de pouce. Ses seules solutions aux problèmes de financement sont de taxer indifféremment les consommateurs (TVA sociale) et les malades.

En second lieu, il accroît la dette que laissons aux générations futures. Dette environnementale d'abord : son discours écolo reste un affichage. Nous le féliciterons tous, comme hier Jacques Chirac, de prononcer le mot "durable" au moins une fois par semaine. Il aura aussi permis de faire la différence entre la droite et la gauche sur ces sujets: penser (enfin) au réchauffement climatique de la planète, mais occulter TOUS les sujets d'action concrète qu'un gouvernement national ou européen maîtrise : les OGM, le nucléaire, les transports collectifs, l'agriculture bio. La droite aime l'écologie tant qu'elle ne dérange pas le système économique en place.
Dette financière ensuite : ses mesures fiscales ne sont pas financées. Comme Ronald Reagan en 1980-1984, Sarkozy nous fait le coup de la relance keynesienne conservatrice. Il a repoussé de 2 ans l'échéance de ramener la dette publique au niveau des critères européens (que n'a-t-on pas entendu sur le sujet contre la candidate socialiste!)

2. Pourquoi nous pouvons être inquiets.

Sa conception de la démocratie est un calvaire. Je crois d'abord son "ouverture" sincère ET politique. Ouverture sincère, car Kouchner est certainement efficace sur l'humanitaire; Jouyet est Européen convaincu; Lang adore le droit; Fadela Amara est un signe pour la banlieue; DSK sera ravi outre-atlantique. Mais ouverture politique, car plutôt que d'assumer seul avec son camp son programme (puis d'être jugé dans 5 ans) ou de négocier une "union nationale" sur certains sujets avec l'opposition, il préfère enfermer les individualités débauchées dans le strict cadre de son programme présidentiel.
Je crains ensuite son totalitarisme démocratique: il est surprenant qu'un Président aussi actif n'ait pas un mot sur les soubresauts qui agitent la presse. Il est pourtant capable d'inaugurer un tramway à Marseille, d'aller à l'enterrement de Jean-Claude Brialy et de recevoir Schwarzenegger... Il préfère envoyer ses ministres Albanel puis Lagarde (merci Sentinelle). Il est aussi troublant de voir comment il entend écraser toute concurrence interne à l'UMP; et "vider le centre gauche."
Je redoute enfin sa pratique du pouvoir : il se veut partout car responsable devant les Français. Alors qu'il propose une vraie réforme constitutionnelle qui nous place dans un système à l'allemande. Même aux Etats Unis les contre-pouvoirs sont plus nombreux. Et les députés (i.e. "Représentants") ne cumulent pas les mandats tandis que Sarkozy a fait du cumul des postes une marque de fabrique!

Et l'opposition dans tout ça ?
Elle se tait, se déchire ou se ranime. Ségolène va réviser avec ses troupes (merci de l'info, Dagrouik). Il n'y a pas un jour sans qu'un appel à la "rénovation" émanant du zoo socialiste ne noircisse les pages du Monde ou de Libération (d'accord avec Dagrouik d'Intox2007). François Bayrou reste sonné avec son quarterton de proches. L'extrême gauche s'est repliée sur le terrain. le PC sous-loue ses bureaux. Bref, comme hier "la droite la plus bête du monde," attendait son sauveur, j'attends celui ou celle qui fera le ménage.

Réveillez-vous !

Il y a déjà beaucoup à dire :
D'abord sur la démocratie irréprochable et les membres de son gouvernement: un inculpé (Santini), un soupçonné (Estrosi), une équipe anti-avortement et catholique intégriste (Boutin & Co), des incompétents notoires (Dati, Pécresse, Borloo).
Ensuite sur l'impréparation de certaines réformes pourtant fondamentales : comment financer ses réformes ? la TVA sociale ? L'autonomie des universités ?
Egalement sur les "fausses" ruptures, comme par exemple la troublante continuité de la Françafrique.
Enfin, des contre-propositions existent face aux mesures annoncées.
Deux exemples:
  • Sur la réforme Dati, la Justice manque de moyens, pas de loi. Il n'y a que Sarkozy pour penser que la gauche aime voir des récidivistes dans la rue.
  • Sur la loi Hortefeux, personne ne souligne qu'elle nous ramène à l'âge d'or de la colonisation: on choisit ses immigrés par métier, couleur et continent, en accord avec les branches professionnelles.
Bref, 9 semaines de Sarkofrance plus tard, la motivation est intacte. Je suis réconforté qu'elle le semble également chez certains confrères bloggeurs: Crise-dans-les-médias hurle aujourd'hui contre la pseudo-ouverture; Olivier Bonnet, comme d'autres, s'est penché sur la fameuse carte bleue irréprochable de ; Spectateur 2007-2012 revient sur l'execution judiciaire de Dominique de Villepin; Quiterie Delmas et The Benito Report se sont inquiétés des passerelles récentes entre Dailymontion et le gouvernement (après Tf1 et l'Elysée). Intox2007 critique et propose à plein régime. D'autres complètent le devoir de mémoire (par exemple sur le CNE récemment invalidé par la Justice, merci à MaFranceDeDemain). Mendès France vous fera sourire avec son "spécial comment se faire dévaucher par Sarkozy." La Pire Racaille questionne cette disparition du Premier Ministre.

Chaque jour, je découvre des initiatives individuelles (tel le JOURNAL DE BORD D'UNE FEMME DE GAUCHE DANS LA FRANCE SARKOZIENNE).

Réconfortant et motivant.

Chers amis sarkozystes, tenez bon.
Chers amis non-sarkozystes, regroupons-nous.

2 commentaires:

  1. Je me demandais pourquoi j'avais tant de liens venant d'ici... Merci. Je vis mon socialisme au jour le jour en priorité dans l'action associative. Etre socialiste c'est comme respirer pour moi, sauf que mes poumons me font un peu cracher en ce moment :-)
    Très heureuse aussi d'avoir découvert ton blog.

    RépondreSupprimer
  2. Il faut s'entre-aider et bravo pour ton blog...

    RépondreSupprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.