13 juillet 2007

La 10ème semaine de la Sarkofrance : le mythe du travail

Nous poursuivons, jour après jour, semaine après semaine, notre (modeste) travail de vigilance sur l'action du Président Sarkozy.
Cet homme est protéiforme. C'est ce qui le rend séducteur, et, à titre personnel, profondément inquiétant.
La caricature de ses actions et comportements n'aide pas au débat, ni même l'opposition;
Sarkozy a le mérite de se poser en première ligne, d'impulser la mise en place rapide de quelques-unes de ses promesses de campagne, et d'expliquer en permanence où il entend aller.
Cette 10ème semaine de la Sarkofrance nous a fourni son lot d'exemples : un déplacement européen pour plaider la cause des déficits français auprès des ministres européens des Finances; un autre au Maghreb ;une lettre de mission à Hortefeux lui enjoignant de lancer rapidement l'immigration économique choisie; une autre, plus longue, à Christine Lagarde, sa Ministre des Finances et de l'Emploi ; un premier "paquet fiscal" adopté par l'Assemblée; et la poursuite du déminage de l'opposition.

Mais cette 10ème semaine est également représentative des mythes du Sarkozysme:
  • Pour paraphraser Patrick Weil, Nicolas Sarkozy est d'abord un président d'inspiration libérale qui veut gérer le pays comme on gérait le Gosplan dans les années 1950 en Union soviétique. Il veut contrôler la Banque Centrale Européenne; il s'affranchit des critères de gestion budgétaire de l'Union; il préfère creuser le déficit public de quelques 20 milliards d'euros par an, alors que la dette des administrations publiques a progresser de 34M€ au dernier trimestre! Ses objectifs réaffirmés cette semaine en matière d'immigration nous rappellent un passé honteux.
  • Deuxième mythe à l'épreuve de la réalité, Nicolas Sarkozy fait preuve non pas de compétence mais d'impréparation : après la TVA sociale, il demande à sa Ministre de "réfléchir" à la taxe professionnelle en matière fiscale (cf. taxe professionnelle, TVA sociale, RSA), et judiciaire. Il n'a pas de réponse sur le déficit de la Sécurité Sociale.
  • Troisième mythe du Sarkozysme, la concertation. Nicolas Sarkozy rencontre beaucoup, dialogue souvent, accueille (ou débauche) certains. Mais rien ne le fait dévier de son programme. Quand un député centriste propose un amendement pour remonter le bouclier fiscal de 39% à 50% (en excluant CSG et CRDS), il se fait insulter par Jean-François Copé (le "Ministre-de-la dette-du-gouvernement-Villepin") et Nicolas Sarkozy réaffirme sa promesse de campagne dans une lettre au Ministre.
Enfin, les premières transgressions par rapport à son programme apparaissent :
Il avait promis une "sécurité sociale professionnelle" très précise :"Une personne licenciée pour des raisons économiques ne perdra pas son contrat de travail: celui-ci sera transféré au service public de l’emploi qui lui garantira 90% de sa rémunération antérieure aussi longtemps que nécessaire, pour suivre une formation qualifiante, trouver un nouvel emploi, essayer un nouveau métier." Il n'en est plus question dans la lettre de mission à Mme Lagarde, pourtant très précise sur d'autres sujets.
Il avait promis de supprimer "la taxe professionnelle qui pénalise jusqu'à la caricature les investissements les plus productifs et les plus innovants." Il n'est plus question que d'initier une "réflexion."

En fait, Sarkozy semble précis et inflexible (pour l'instant) sur les promesses aux plus riches (bouclier fiscal; ISF), aux employeurs (service minimum des transports); à l'électorat sécuritaire (projet Dati et Hortefeux). Il devient plus flou quand il s'agit des plus fragiles.
Nicolas Sarkozy est peut être passe d'actualiser la lutte des classes "à l'insu de son plein gré". Bonne nouvelle ?

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