26 août 2007

La 16ème semaine de la Sarkofrance : Président irresponsable



La rentrée s'annonçait chaude. La presse pointait (enfin ?) les difficultés qui attendaient un Président revenu bronzé de son repos américain: les derniers chiffres de la croissance ont achevé de convaincre les indécis que les prévisions annuelles du gouvernement ne tiendront pas. La crise boursière venue des Etats Unis met à mal le choc de confiance que Nicolas Sarkozy. Le Conseil Constitutionnel censure l'une des mesures phare du gouvernement. L'opposition attendait ce retour de vacances pour (enfin) interroger Cécilia Sarkozy sur l'affaire Libyenne qui a agité les commentaires politiques de l'été. Le tout premier sondage révèlait que les Français ne sont pas dupes sur leur pouvoir d'achat. L'échec (provisoire ?) de la politique d'expulsions était reconnu à demi-mot par Horfeteux.
Bref, une actualité chargée.

Fidèle à sa stratégie, Sarkozy a dévié notre attention collective. Il a ressorti la Victime de sa boîte à outils politiques : "seules comptent les victimes." La semaine fut encadrée par deux déclarations "chocs" : lundi, une annonce devant les caméras demandant enfermement à vie et castration chimique pour les délinquants sexuels. Vendredi, une autre annonce exigeant que les fous soient désormais jugés.

Sa défense des victimes est très sélective : pas d'intervention publique sur le perron de l'Elysée quand un enfant russe de 12 ans tombe du 4ème étage pour fuir la police venu l'arrêter avec ses parents. Pourtant le Président a reçu le père de ce jeune français victime d'injures racistes par son professeur.

Certaines victimes n'existent même plus en Sarkofrance : celles de la précarité. Deux bloggeurs influents ont lancé le sujet (merci Eric, merci Dagrouik).

D'où vient donc ce sentiment que les victimes sont négligées en France ? Il y a deux raisons. La première est que le Président a ainsi l'un des meilleurs outils de proximité avec les citoyens. Froncer les sourcils, hausser le ton, lancer un ou deux anathèmes, devant une situation intolérable, c'est toujours payant. Chacun peut se trouver victime de quelque chose.

Deuxième raison, les critiques sont plus difficiles : comment dénier au père du petit Enis le droit à réparation ?

Cette démarche aurait (peut être) un sens si elle s'accompagnait de deux éléments fondamentaux : du débat et des moyens.

Il n'y a pas de débat en Sarkofrance. Quand on critique les franchises médicales, on nous rétorque: "qui osera dire qu'il n'a pas 4 euros pour payer la lutte contre Alzheimer ?". Quand on critique les déclarations irresponsables d'un Président sur la déliquance sexuelle, sa Ministre de la Justice s'emporte. "Ceux qui ne sont pas avec moi sont contre moi, contre les victimes, contre les Français" semble nous dire Sarkozy à chacune de ses interventions. Pourtant, nos échanges avec Aurélien de l'association Delphine-Cendrine, qui milite pour une modification des conséquences de l'irresponsabilité pénale, montrent que l'échange peut être fructueux.

Il n'y a pas de moyens non plus. La loi ne coûte rien. Elle permet d'évacuer la question des moyens; elle donne le sentiment que quelquechose a été fait. Une victime ? Une loi.

« Il ne suffit pas de voter des lois, souvent dans la précipitation, encore faut-il les appliquer » (source). Selon un rapport du Sénat sur le contrôle de l’application des lois promulguées au cours de l’année parlementaire 2004-2005, six mois après la promulgation de la loi, un texte réglementaire sur six n’a toujours pas été publié....Contrairement à une idée reçue, les majorités de droite pondent largement davantage de lois et ordonnance que les majorités de gauche (Mauroy/Fabius 1981-1986 : 376 ; Chirac 1986-1988 : 120 en 2 ans; Rocard/Cresson/Bérégovoy 1989-1993 : 315; Balladur/Juppé 1993-1997 : 340; Jospin 1997-2001 : 272 ; Raffarin/Villepin 2002-2006 : 421 !!). Et le programme de rentrée du gouvernement n'arrangera rien.

Sur des sujets aussi graves, qui questionnent notre éthique personnelle et collective, l'instrumentalisation des victimes et la vindicte sont inquiétantes de la part d'un Président.

L'agitation cachait l'immobilisme.
Depuis quelques jours, elle révèle une certaine forme d'irresponsabilité.

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