31 décembre 2007

34ème semaine de Sarkofrance : la rupture n'est pas là


"J'ai changé" disait-il il y a près d'un an. C'était le 14 janvier 2007, à la Porte de Versailles. Nicolas Sarkozy mettait en scène un homme devenu calme grâce aux souffrances personnelles de la vie. Il nous expliquait la rupture, jusque dans les symboles. Arrivé au pouvoir, la rupture n'est pas là où il l'a promise. Que mes amis sarkozystes me pardonnent si je leur dit que je ne suis pas surpris. Nous ne sommes pas surpris - puisque les blogueurs vigilants sont désormais plus nombreux que les Umpistes. La rupture est en surface. Elle est rarement dans les décisions politiques. En 7 mois, Sarkozy a peu rompu avec le passé.

Rupture des symboles ?
Sarkozy n'a pas le ridicule de Giscard. Mais il nous fait regretter le grand De Gaulle, le sphinx Mitterrand et même l'immobile Chirac. Sur le terrain de l'image, Nicolas Sarkozy a montré qu'il n'avait pas changé, et c'est bien cela la rupture. Il aime le fric, le clinquant, le mauvais goût. Il s'habille comme Tom Cruise dans Top Gun, fait du footing comme Poutine mais sans la musculature (une de ses conseillers pourrait il lui dire de préférer le vélo d'appartement, c'est aussi efficace et moins ridicule). Il préfère Disneyland aux musées pour montrer sa nouvelle pépée (excusez nous Carla, mais la découverte de vos précédentes conquêtes ne me laisse pas le choix du qualificatif). C'est le Président Bling Bling par excellence, ray-ban, jet, et yacht et pépée (il a même ordonné quelques sondages pour vérifier comment les Français prenaient sa nouvelle idylle). Nos amis allemands sont sidérés, jusqu'à Angela Merkel.
Nicolas Sarkozy se contente sans doute d'assumer ce que ces prédécesseurs faisaient en cachette. Guy Birenbaum y revient largement dans l'un de ses récents billets: les frais de bouche du couple Chirac à la Mairie de Paris, Mazarine Pingeot, les écoutes téléphoniques de François Mitterrand, chaque présidence a eu son lot d'images nauséabondes. Parlons plutôt du fonds, puisque le blogueur de droite (?) ou du centre (?) Authueil m'y invite :

Rupture de méthode ?
En surface, Sarkozy a accéléré le rythme des annonces, des décisions, des concertations. Il pourrait faire croire qu'il a enfin réussi à accélérer le rythme de l'action politique. En fait, il a rapidement agi sur les symboles, comme Giscard et Mitterrand avant lui. Rien de neuf. Dans les premiers mois suivant son élection en 1981, Mitterrand avait fait abolir la peine de mort, nationalisé une partie de l'économie, instauré les 39 heures et la 5ème semaine de congés payés. 25 ans plus tard, Sarkozy a fait voter un bouclier fiscal à 50%, des peines planchers et la défiscalisation des heures supplémentaires.

Immobilisme de l'action
Paradoxalement, ses premières actions ne touchent aucun des maux structurels du pays qui se sont dégagés pendant la campagne présidentielle: pouvoir d'achat, déficit public, endettement public, réforme écologique, réforme du code du travail. Sur ces 5 sujets clés, mes amis sarkozystes reconnaissent qu'il n'a .... que peu décidé !! Au contraire, il préfère contredire ses promesses de campagnes en lançant des concertations (dénommées "Grenelles") - démarche curieuse et limitée. Il aurait pu annuler les 35 heures, il préfère bricoler par petites touches quite à complexifier une législation du travail; il aurait pu remettre à plat les retraites, il a préféré ignorer que le départ à la retraite était un outil de modernisation de certaines entreprises (ex: la SNCF depuis 1950) ou que la défiscalisation accrue des revenus du travail ne ferait qu'aggraver le déficit des régimes de retraites. Il promet environnement, et il n'est pas capable de prononcer un moratoire sur les OGM et préfère vendre des centrales nucléaires à tire-larigot. Il aurait pu agir sur les conditions pénitentiaires, il supprime les subventions à l'Observatoire International des Prisons.

Rupture éthique
En fait, la vraie rupture est éthique. Sarkozy a attaqué certains principes fondamentaux de notre système politique : l'enfermement à vie d'un délinquant sexuel ayant purgé sa peine attaque le principe de rédemption; les tests ADN pour justifier d'une filiation
et l'immigration choisie, symbolisée par une carte de "bon immigré" crééent une discrimination - inefficace - qui rappelle la France de Pétain, la disparition institutionnelle du Premier Ministre accroit la monarchisation du régime aux détriments du débat parlementaire. La mainmise médiatique du Président nous pousse vers une berlusconisation évidente. Sarkozy promettait d'"agir plutôt que de durer", il fait tout l'inverse en muselant l'opposition. Il parvient même, mal conseillé par Henri Guaino, à passer pour un raciste en Afrique. Même sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, il a créé le doute par des déclarations inutiles et douteuses.

Nous aurions pu parler des promesses non tenues - de l'international où les droits de l'homme sont oubliés au profit du commerce, comme "avant", aux comptes publics largement dégradés par des décisions idéologiques hâtives.

"Compétence plutôt que connivence ?" disait le candidat Nicolas.

Bien sûr.


13 commentaires:

  1. C'est rare quand je ne suis pas en accord avec vous (la preuve vous etes en lien sur mon site) mais la déstructuration, à un bon rythme : tendance à la reconcentration des services de l’Etat, assujettissement de la justice, dépénalisation du droit des affaires, recodification du code du travail pour alléger les droits des salariés, déverrouillage les 35h, remise en cause progressive de la couverture sociale (franchise médicale et projet de bouclier sanitaire pour ne plus prendre en charge à 100% les maladies les plus invalidantes), mutualisation des risques et privatisation des profits, déshabiller Paul pour habiller Jacques : 15 milliards de cadeaux fiscaux par an aux plus riches qui accentuent les déficits sociaux et poursuite de la précarisation, par la dégradation du niveau de vie, etc…. bientôt, à nouveau, révision des dispositifs des retraites et annulation de la défiscalisation des HS, voir même annulation des HS car la durée du travail sera allongée
    cordialement

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  2. @jps : je vous ai mis en lien.
    Mon expression n'est peut être pas claire. Sarkozy pratique, selon moi, une politique de droite ultra-classique et usée, idéologique et ancienne, qui ne présente aucune "rupture" avec ce que la droite fait habituellement depuis 1 siècle.
    sur l'ampleur des destructions sociales, je suis mille fois d'accord avec vous. mille excuses pour la confusion.

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  3. http://www.profencampagne.com/

    Un blog à découvrir...

    Merci

    Christophe

    PS: bravo pour ton combat!

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  4. je suis entierement d'accord je suis moi meme invalide suite a un accident vasculaire cerebrale qui m'est arrive a pres 38 années de travail sans jamaéis m'etre beaucoup arreter , et je n'aurais ma retraite que ds 2 ans au vu de la pension d'invalisite que je touche je ne sais meme pas comment je vais pouvoir me soigner parceque je suis au dessus du plafond , je ne peut plus changer mes lunettes bien que mes yeux soient atteints pour les gens ds mon cas il ne reste qu'a crever qd je pense que des ouvriers ont votés sarko ça me rend fou .

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  5. je suis entierement d'accord je suis moi meme invalide suite a un accident vasculaire cerebrale qui m'est arrive a pres 38 années de travail sans jamaéis m'etre beaucoup arreter , et je n'aurais ma retraite que ds 2 ans au vu de la pension d'invalisite que je touche je ne sais meme pas comment je vais pouvoir me soigner parceque je suis au dessus du plafond , je ne peut plus changer mes lunettes bien que mes yeux soient atteints pour les gens ds mon cas il ne reste qu'a crever qd je pense que des ouvriers ont votés sarko ça me rend fou .

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  6. faut arreter l'amateurisme 30sec, "le principe de rédemption", ca n'existe pas, le régime rpésidentiel estreconnu par les livres de droit constitutionnel, rien de dictatorial la dedans.

    j'ai pas envie de continuer, ca en vaut pas la peine

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  7. @Anonyme : le principe de rédemption est un principe de notre justice depuis ... les Lumières/ Plus proche de nous, je vous à lire Foucaut et son Surveiller et Punir. On punit pour que le coupable se rachète, paye, ou change son comportement. Quand un condamné a purgé sa peine, le refaire passer en jugement (alors qu'il n'a rien fait), ou, pire, en expertise médicale pour l'enfermer à vie est une erreur inefficace et une rupture dans nos principes : il faudrait le dire avant.

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  8. donc vous le dites vous meme: ce n'est pas un principe (qui est une vérité) mais un concept ou une théorie (c'est à dire une idée).
    Vous travestissez donc les mots.

    par ailleurs, la rédemption est d'obédience cléricale, véritable fondement des dogmes chrétiens.

    faiblesses, faiblesses...

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  9. @Anonyme : mille excuses si je suis pas aussi calé que vous en vocabulaire. je veux simplement dire que notre justice est fondée sur des idées, depuis longtemps, qui font partie de notre pacte social et humaniste. Ce pacte a déjà été rompu dans le passé (par exemple, sous Pétain, ou pendant la guerre d'Algérie).

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  10. vous passez votre temps a vous excuser apres vos articles.

    Le justice n'est pas fondée sur un pacte social et humaniste. Ca, c'est du vocabulaire socialiste, ce qui ne représente qu'une partie de la population. La justice n'est pas la voix de certains.

    attention, je ne critique pas ces valeurs (là n'est pas le débat)

    Je trouve juste qu'il y a (encore) dans ce commentaire une méconnaissance du sujet, cette fois concernant la justice.

    En effet celle ci, matériellement parlant, n'a pas été concue pour
    le plus faible mais pour tous.

    IL FAUT ARRETER CETTE SACRALISATION DE LA JUSTICE, qui passe par une subjectivisation mal placée. ELLE EST AVANT TOUT OBJECTIVE, et c'est cette objectivité qui protege les uns et les autres: qui leur garantit des droits, des libertés, des devoirs.

    Bien entendu, à terme, elle défend le plus faible, puisqu'il est celui qui a le plus besoin de protection normative. C'est un schéma très simple mais assurément efficace. Il est aisé de savoir que "derriere toute utopie, la terreur est en marche".

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  11. et j'oubliais: il est un peu réducteur de résumer à des connaissances de vocabulaire mon avis.

    cette simple définition, c'est de la rhétotique; qui, me semble t-il, brise votre raisonnement.

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  12. @Anonyme : je suis d'accord avec vous quand vous écrivez "La justice est avant tout objective". A un bémol près : la justice est d'abord un jugement (culpabilité), puis une sanction. Ce dont il est question ici, c'est la nature de la sanction. La réforme Dati voulait laisser la possibilité à l'institution judiciaire (par recours à une expertise médicale) le soin de décider si la peine purgée devait être prolongée. C'est une rupture dans notre droit actuel où un condamné doit connaître l'exactitude de sa sanction quand il est jugé. ^Dati a d'ailleurs dû changer ce point. la réforme modifiée prévoit donc la possibilité de "peines + enfermement psychiatrique à vie". A titre personnel ET subjectif, je considère que l'enfermement à vie, fusse-t-il psychiatrique, est une peine de mort déguisée.
    L'espace dévolu à ces zones de commentaires étant insuffisant, je vais en reparler dans un billet prochain.

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  13. le justice n'est "jugement puis sanction" que dans le cas du contentieux pénal.et encore. De toute façon l'application d'une norme reste un exercice objectif, qui ne trouve une subjectivité que dans sa pratique (et de manière très souple), insuffisamment pour qu'on puisse prétendre à "un pacte social et humaniste"...

    L'enfermement à durée indéterminée (et non à vie), sur avis d'un collège de médecins/spécialistes puis sous l'autorité d'une décision juridictionnelle, provocant une rétention dans un centre spécialisé, tendrait plus à une peine de sureté qu'à un emprisonnement à vie/peine de mort...

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