mercredi 12 décembre 2007

Sarkozy: "j’ai été le candidat des droits de l’Homme"

Nicolas Sarkozy entretient une belle confusion sur la venue du Colonel Kadhafi, pour parer aux critiques : il la renouvelle dans les colonnes du Nouvel Observateur mercredi 12 décembre. La France devrait donc parler à Kadhafi, car c'est bon pour le commerce extérieur, et car il faut amener la Libye vers une plus grande respectabilité.

Quels sont les arguments ?

1. Le président français argue qu'il n'est pas le seul à se comporter ainsi ("Je vous rappelle que les chefs d’Etat et gouvernements du monde entier n’ont guère hésité à se rendre à Tripoli ces quinze dernières années : Romano Prodi, Tony Blair, Condoleeza Rice, Jacques Chirac.")

2. Kadhafi serait devenu respectable d'après Sarkozy: il a renoncé au nucléaire militaire et au terrorisme.

3. Il faudrait parler à tout le monde et ne pas ostraciser Kadhafi car cela n'inciterait pas les autres dictatures à bien se comporter ("Qu’est ce qu’on peut dire aux Iraniens sur la question nucléaire si l’on continue à ostraciser ceux qui font, telle la Libye, le chemin vers la respectabilité, si on ne discute pas, pied à pied certes, avec ceux qui font le chemin inverse. ")
Nicolas Sarkozy se permet même de justifier ainsi ses félicitations à Poutine pour les mêmes raisons. Poutine appréciera.
Surtout, la confusion est totale. Rares sont les critiques demandant un boycott total de la Libye. Si la venue du Colonel Kadhafi fait tant de bruit, c'est d'abord à cause de l'accueil en grande pompe de ce dictateur.

4. Célébrer le retour à la normale de Kadhafi une Journée des Droits de l'Homme est un beau symbole("si cette Journée servait justement à parler avec ceux qui ont à progresser sur les droits de l’Homme plutôt qu’à parler avec Bernard-Henri Lévy et les habitués du Café de Flore ?").
Commentaire: à chacun ses symboles...

5. Sarkozy se défend sur les droits de l'homme, avec à l'appui son combat pour Ingrid Bettencourt, les infirméières bulgares, et ... son refus de rendre à Abidjan "tant qu’il n’y aura pas de listes électorales et des élections libres."
Cet argument est sans doute l'un des meilleurs : Nicolas Sarkozy peut visiter des pays sans AUCUNE élection libre tel la Libye, le Gabon ou la Chine, ou avec élections douteuses tels la Russie. Mais pas la Côte d'Ivoire.

6. Sarkozy joue sur les mots: "Il ne s’agit pas d’une visite d’Etat. La première visite d’Etat sera réservée à Shimon Pérès au mois de mars. J’ajoute que Kadhafi n’est pas perçu dans le monde arabe comme un dictateur".

7. Sarkozy défend une politique de résultats, quelque soient les moyens : "Mais je sais que ce qu’on attend de moi sur les droits de l’Homme, comme sur les autres dossiers, ce sont des résultats". Et cela donne, par exemple, une argumentation curieuse: "On vient de me reprocher de m’être assis dans la même salle que Mugabe, Président du Zimbabwe. Mugabe est certes un dictateur. Mais à cause de lui, cela faisait sept ans qu’il n’y avait pas eu un sommet entre l’Europe et l’Afrique. C’est faire beaucoup d’honneur à Mugabe que d’accepter qu’il puisse bloquer à lui seul les discussions si importantes entre l’Europe et l’Afrique. "

8. Sarkozy est favorable à la prolifération du nucléaire civil : "Et on ne doit pas refuser le nucléaire civil aux pays qui respectent les règles"

Au passage, Nicolas Sarkozy se permet un mensonge: "La France a sauvé les infirmières parce que la France a pu parler sans concéder de contrepartie à Kadhafi"

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