24 janvier 2008

Attali et les 40 casseurs


La commission Attali a rendu son rapport mercredi 23 janvier, et la polémique est déjà là : certaines mesures sont critiquées par la gauche, d'autres par la droite, d'autres encore par les deux. Le Président avait dit qu'il prendrait tout ("Ce que vous proposerez, nous le ferons"), le Parlement s'en offusque. Mais si l'essentiel n'était pas là ? La Commission Attali semble surtout avoir cassé un pan de démocratie de ce pays, ... et ruiner un peu plus la crédibnilité du programme présidentiel du candidat Sarkozy.

Jacques Attali a de bonnes raisons d'exiger une application intégrale.

Son rapport comporte 245 pages de mesures et propositions, fruit de 4 mois de débats d'experts. Qu'il plaide la cohérence de l'ensemble est légitime: «La seule chose qu'on peut faire avec lui, c'est le mettre en œuvre ou le mettre au placard», a-t-il ditLe rapport n'est pas à prendre par parties. On ne peut pas prendre que la partie droite (...) Si c'est le cas, ça se fera sans nous. La commission n'est pas là pour confirmer ou infirmer le programme du candidat».

Les parlementaires ont de bonnes raisons d'exiger un débat.
"N'ayez pas peur de prendre possession des débats" a déclaré François Fillon aux députés du groupe UMP réunis mercredi 23 janvier après midi. Pourtant, le doute quant aux intentions présidentielles est suffisamment fort pour que les députés haussent le temps depuis des jours déjà.

La majorité présidentielle a de bonnes raisons de critiquer le rapport.
La Commission Attali fait le constat qu'il faut libérer l'immigration, pour libérer la croissance. C'est une proposition totalement contradictoire avec les mesures Hortefeux. Nous en avons déjà parlé dans un précédent billet. Même le Président s'est permis, en direct, deux critiques : «Je ne crois pas que les Français sont prêts à renoncer à la légitimité historique des départements», (...) «Ce n'est pas une question de peur. C'est une question de priorité. (….) Dans un monde qui est devenu un village, cela coûte beaucoup plus cher de perdre son identité que d'accumuler des strates de collectivités» (source).

L'opposition a de bonnes raisons de critiquer le rapport.
Le rapport veut casser le droit social actuel, le financement redistributif de l'assurance sociale, le principe de précaution pour ne citer qu'eux. Sarkozy lui-même s'est dit opposé à l'abandon du principe de précaution: «Proposer sa suppression au motif qu'il bride l'action repose à mon sens sur une incompréhension», a ainsi déclaré le chef de l'Etat. Nous aurons l'occasion d'y revenir.

La démocratie aurait de bonnes raisons de s'inquiéter du rapport Attali.
Jacques Attali n'est pas en cause. Après tout, il fait ce qu'on lui demande. Mais Nicolas Sarkozy a joué (une fois de plus ?) les Machiavel. Il a voulu "créer" un débat, "rafraîchir" ses idées, "faire peur davantage pour avancer plus" ? "Je veux dire que j'adhère à l'essentiel de vos conclusions, si certains ont été effrayés par le contenu de vos propositions, moi je les trouve plutôt raisonnables dans l'essentiel" s'est il permis de dire à la remise du rapport.

Imaginez la séquence des évènements : (1) un candidat "compétent" fait campagne sur un programme économique "réfléchi", (2)Il est élu, (3) Il demande à des experts la marche à suivre, (4) Il exige de sa majorité d'appliquer leurs conclusions.

Cette démarche, d'un point de vue démocratique, est illégitime. Sarkozy a été élu pour appliquer un programme. Qu'il l'applique !

En quelque sorte, Attali et ses casseurs ont fait leur Grenelle de la croissance "entre eux". A l'abri des regards et du débat, pendant 4 mois, ils ont discuté entre gens savants. Attali et ses 44 experts revendiquent leur "liberté". Celle de gens sans précarité personnelle ni fragilité sociale. "Attali et les 40 casseurs" ont pensé pour nous, pauvres gens. Merci pour eux.

Un estimé confrère a pour devise de blog : "
S'il fallait connaître quelque chose en politique pour en parler, ça limiterait l'intérêt de la démocratie et les recettes des bistros.". C'est rappeler avec humour que nous sommes (étions ?) en démocratie. Chacun a le droit de vote. Cela s'appelle des élections. Elles ont eu lieu il y a moins d'un an. Président, rappelez-vous.

5 commentaires:

  1. Belle devise ! Je vais l'adopter.

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  2. @nicolas : je savais qu'elle te ferais plaisir...

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  3. Va-t-il vraiment servir à quelque chose? Comme tous ces grenelles et commissions ad hoc (sur l'adoption etc etc.... Apprendre l'économie en CM1... heu, c'est comme ca qu'on va affronter les futures crises économiques? C'est ridicule. Une fois de plus. Ecoutons les vrais économistes. Pas les conseillers du roi.

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  4. Personnellement,je me demande si ce n'est pas un piège d'Attali cette commission... Qu'on va enterrer au fond du tiroir à droite.

    Voyons le truc de loin: un mec UMP très à droite qui demande à l'éminence grise de Mitterand de lui faire un rapport sur comment relancer l'économie et qui juge ces même conseils raisonnables alors que dans ces conseils, il est dit qu'il faut relancer l'immigration. Un conseil à l'opposé des idées présidentielles...

    Le monde est fou...

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  5. Les sujets de la nouvelle France sarkozyste n'ont plus besoin de démocratie et de vote.
    Aprés avoir envié la dernière robe en pétales de fleurs tissées d'or de Carla Bruni, ils iront se confesser chez le curé et prierons intensément pendant que les "experts" régleront les problèmes qu'ils sont évidemment trop pauvres pour comprendre ...

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