20 janvier 2008

La catastrophe des défiscalisations : la politique de la cigale

Nicolas Sarkozy en déplacement à Lens, "sur le thème des conditions de libération de la croissance", s'est félicité du succès du nouveau dispositif en faveur des heures supplémentaires en place depuis le 1er octobre: "Cinq millions de salariés bénéficient aujourd'hui de la défiscalisation des heures supplémentaires.. (...) C'est 5 milliards d'euros de pouvoir d'achat donnés en plus." Christine Lagarde, la ministre de l'Emploi et de l'Economie, en avait dressé un rapide bilan au sortir d'un récent Conseil des Ministres. Cette mesure repose sur un mensonge, et aggrave les comptes sociaux.

A Lens, Sarkozy essaie de convaincre et rappelle ses engagements de campagne : "Tout était organisé pour décourager de travailler plus pour gagner plus (...) .Le truc des 35 heures a conduit à ce qu'on ne discute plus d'augmentation de salaires depuis 6 ans (...) On a voulu libérer les possibilités de travailler." Grâce à cette défiscalisation, explique Nicolas Sarkozy, "Dans la feuille de paye, pour la partie du salaire audelà de 35h, il n'y a plus de soustractions". Et il ajoute : "c'est à vous de décider"
Notons au passage que c'est ... faux, l'employeur a le dernier mot. L'employeur décide des heures supplémentaires. Il décide aussi, dans les PME ne bénéficiant pas de participation, d'octroyer ou non une prime de 1 000 euros défiscalisée.
Il est surprenant que le Président éprouve le besoin de se répéter, quelques 8 mois après son élection. Il est dommage que les journalistes ne relèvent que rarement, 5 mois après la mise en place du dispositif, cette erreur de langage.

On excusera le Président et son gouvernement d'omettre de préciser que les heures supplémentaires défiscalisées ne bénéficient pas à tous, contrairement à la promesse de campagne. Elles ne concernent ni les cadres, ni les salariés payés au forfait, ni les travaux urgents , comme le précise le site du Ministère du Travail.

Le bilan provisoire de ces mesures permet d'évaluer leur coût social: en octobre, 40% des entreprises "versant leurs cotisations aux URSSAF sur une base mensuelle (115 000 sur 290 000) ont déclaré au titre du mois d’octobre 2007 une exonération relative à la loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat".

Ces heures supplémentaires ne sont pas plus nombreuses qu'avant. Bien au contraire. Le Figaro rappelait qu'il y avait 900 millions d'heures supplémentaires en France en 2006, soit 75 millions en moyenne par mois. En octobre, le gouvernement explique que 20 millions d'heures supplémentaires ont été exonérées de charges et d'impôt par le nouveau système. 20 millions contre 75 millions... En d'autres termes, le dispositif gouvernemental ne fait pas ... travailler plus.

Pire, le gouvernement estime à 75 millions d'euros le manque à gagner pour les comptes sociaux (retraites, assurance maladie, chômage, etc) sur le seul mois d'octobre ! On savait que le coût social annuel est prévu à 5 milliards d'euros.

"Mais, avons nous le choix ?" nous demande Nicolas Sarkozy. Dans son intervention à Lens, le Président détaillait "la seule" alternative à sa stratégie du "Travailler plus pour gagner plus" :
- "Faire des augmentations de salaires dans la Fonction Publique", ce qui est pour lui impossible car cela aggraverait le déficit budgétaire.
- "Faire des augmentations de salaires dans vos entreprises, mais alors il ne faut pas se plaindre que les entreprises se délocalisent". Oubliés les impacts positifs sur la consommation des augmentations de salaires !

Résumons nous :
1. depuis le 1er octobre, on ne travaille pas plus,
2. Mais on peut dépenser plus tout de suite
3. Et en creusant le trou de la Sécu, de l'assurance chômage et des retraites.
4. Et on se tait car sinon on perdra son job.

Les caisses étaient vides, et Nicolas Sarkozy les a vidé un peu plus.


3 commentaires:

  1. Mais si on peut dépenser plus... dans les franchises, par exemple...
    Ah non, c'était pas "dépenser", c'était "gagner".

    Merci en tout cas pour cette petite synthèse bien utile !

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  2. @bisane : merci pour le commentaire !
    effectivement, on reprend d'un côté ce que l'on a donné d'un autre. Un autre billet ?

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  3. Bonjour à tous,

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