3 janvier 2008

Premier conseil des ministres de 2008 :les 3 noeuds du gouvernement Fillon

Le premier Conseil des Ministres de l'année 2008 s'est tenu jeudi 3 janvier. A peine 8 mois après sa nomination, le gouvernement est déjà usé par l'impatience générale. Mais il est surtout confronté à trois contradictions pour les mois à venir

Noeud numéro un : survivre au printemps, mais pour quoi ?
Les rumeurs de remaniement ministériel se succèdent, appuyés par cinq faits : l'appétit de Xavier Bertrand, la lassitude de Bernard Kouchner, le blocage de la Justice mal géré par Rachida Dati, la haine entre la ministre de la Culture Christine Albanel et le con-seiller spécial George-Marc Benamou, et l'empêtrement de Michèle Alliot-marie dans l'affaire Clearstream. Nicolas Sarkozy a réaffirmé sa confiance en François Fillon et son équipe jeudi 3 janvier. Mais il n'a rien promis, lui qui dégaine habituellement des promesses comme personne. "M.Sarkozy présente ses vœux à un gouvernement en sursis" titrait LE MONDE. Le même quotidien rappelle les perfides voeux de Noël de Sarkozy à cette équipe : "Soyez contents d'être au gouvernement. Il y a des gens qui rêvent d'être ministre et ne le seront jamais. Vous ne le resterez pas tout le temps alors soyez heureux de l'être." le quotidien du soir rappelle aussi les déjeuners et autres rendez vous que Sarkozy a pris avec certains ministres menacés depuis décembre.
Les élections municipales s'annoncent difficiles, non pas tant parce que l'opposition de gauche ou du Modem soit remusclée (elle est toujours atone), mais parce que les précédentes élections municipales, en 2001, avaient été favorables à la droite, un an avant le scrutin présidentiel de 2002, un avantage conjoncturel qui ne jouera pas cette fois-ci.
Pourquoi vouloir durer quand votre propre président entretient votre précarité ministérielle en permanence (voire son nouveau concept de "ministres de mission"), usant de "l'ouverture" politique comme d'une arme de destruction massive contre l'opposition ? Sarkozy préfère flinguer ses proches pour affaiblir ses adversaires naturels. Pourquoi vouloir durer quand l'espace ministériel - y compris celui de François Fillon lui-même - est réduit à néant par un Président touche-à-tout ?



Les rumeurs des déjeuners en ville ont déjà annoncé les départs probables d'Hervé Morin (défense) et de Michel Barnier (agriculture) côté hommes ; de Christine Albanel (culture), de Christine Boutin (logement) et, dans une moindre mesure, de Michèle Alliot-Marie (intérieur) côté femmes. D'autres pourraient changer de poste, comme Rachida Dati (justice), en butte à l'hostilité des magistrats. Le socialiste Jack Lang est le plus souvent cité pour la remplacer.
Des secrétaires d'Etat jugés "méritants" par l'Elysée, tels Jean-Pierre Jouyet (Europe), Luc Chatel (consommation) et Laurent Wauquiez (porte-parole) pourraient être promus. De nouvelles personnalités centristes peuvent aussi prétendre à entrer au gouvernement : Jean-Marie Cavada et Michel Mercier en auraient reçu la promesse en échange de leur ralliement.

Noeud numéro deux : trouver un point de croissance, mais pour qui ?
François Fillon a rappeler jeudi 3 janvier que son engagement principal pour 2008 était de trouver ce point de croissance supplémentaire qui ferait défaut au pays, par rapport à ses compétiteurs industrialisés: "le point de croissance supplémentaire que nous recherchons nécessite de grands changements dans notre organisation économique et sociale" a-t-il déclaré. Il faut à la fois accroître le volume de travail et la productivité de notre pays" (...) "Mais seules des réformes profondes de structures permettront de réaliser ce que dix pays européens ont déjà obtenu".
Mais à qui profitera cette croissance supplémentaire éventuelle ? Les premières mesures gouvernementales en 2007 ont servi à vider les bas de laine (monétiser les comptes épargne temps, solder les participations). Elles ont écarté les retraités, les chômeurs, les travailleurs précaires, et favorisé les héritiers (droits de succession) et les classes aisées (bouclier fiscal). Elles ont affaibli les services publics (suppression de postes enseignants). Le contexte international défavorable rappelle que la mondialisation ne fait pas que des heureux.

Noeud numéro trois : équilibrer les finances publiques, mais comment ?
"Après huit mois de préparation de terrain, l'année 2008 sera véritablement celle où s'amorceront les grandes transformations économiques et sociales", a prévenu François Fillon. "Nous entrons dans le vif du sujet : réforme du marché de l'emploi, réforme de notre économie, réforme de l'Etat, réforme des Institutions, réforme de nos prélèvements obligatoires, réforme de notre système de santé". Mais le gouvernement est coincé dans ses contradictions : la défiscalisation tous azimuts des revenus du travail (900 millions d'heures supplémentaires se trouvent exonérées de cotisations sociales, dégradant les comptes sociaux et les régimes de retraites, primes de 1000 euros défiscalisables dans les PME) et du capital (bouclier fiscal) ne laissent que deux solutions pour réduire le déficit du budget de l'Etat : augmenter les prélèvements indirectes (la TVA) et réduire le coût des administrations publiques. Pourtant les besoins se font immenses : les heures supplémentaires des enseignants ne sont pas payées à leur juste prix (i.e. comme dans le secteur privé); les policiers, les infirmiers, les médecins urgentistes réclament le paiement de dizaines de millions d'heures supplémentaires et congés non pris. Comment penser qu'une réduction de leur moyens et effectifs améliorera le problème ?

8 mois déjà depuis le 7 mai.
Où serons nous dans 8 mois ? Nicolas, dépèche-toi !

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