12 février 2008

Quand Rama Yade perd son sang froid comme son chef.



Nicolas Sarkozy a passé un savon à ses ministres lors du dernier Conseil des Ministres, mercredi 6 février. Il leur reprochait notamment de ne pas le défendre assez fortement contre les attaques personnelles dont il fait l'objet. 48 heures plus tard, Jean-Michel Apathie la recevait sur RTL à 7h50, et elle dérape. Brutalement. Récit du journaliste.

Elle a commencé par dire que "vous", "vous" générique, désignant la presse et ceux qui la font, ne rendait pas justice à l'action du chef de l'Etat qui selon elle, et c'est sans doute vrai, avait parfaitement géré la crise tchadienne. A l'évidence, à ce moment, son propos faisait écho à la colère froide que le président avait exprimé en conseil des ministres, mercredi, reprochant à ses ministres de ne pas le défendre assez, lui, ses choix, sa vie, face à une presse soudainement ressentie comme hostile. J'ai donc relancé, à peine, pour bien vérifier que mon impression était bonne. Et là, tout est venu, d'un coup, en bloc, une attaque dont la violence n'a, dans mon souvenir, de la part d'un membre du gouvernement contre la presse prise dans son ensemble, pas de véritable précédent dans la période moderne.

"Ce qui me frappe, a-t-elle dit, c'est l'extrême violence des attaques contre le président de la république, des attaques personnelles, ciblées, que je trouve indignes, infâmantes. On a l'impression de voir des charognards qui ont humé l'odeur de leur proie et qui fondent sur lui, qui s'acharne, parce que je trouve que c'est une véritable chasse à l'homme. Il n'y a plus de morale, personne ne recule devant aucune bassesse, aucun scrupule, personne n'a rien appris, tout oublié du choix démocratique des Français. Ceux qui veulent la peau de Nicolas Sarkozy sont des gens qui veulent leur revanche parce qu'ils n'ont pas accepté qu'il préside aux destinées de ce pays."

Ce qui est dit là n'est pas rien. Une fois dit, Rama Yade est sortie du studio et, calme mais comme murée dans une colère dont il est difficile de dire si elle la ressentait vraiment où si elle l'a laissée aller plus loin qu'elle ne l'aurait voulue elle même, a quitté aussitôt RTL après une poignée de main courtoise avec votre serviteur.

Disséquons maintenant les propos. Certes, depuis que Nicolas Sarkozy est entré à l'Élysée, la presse, les journalistes, écrivent des choses qu'ils n'écrivaient pas avant. Les mots de divorce, de mariage, de voyages, de yacht, de jet privé, de bague, viennent sous la plume de façon tout à fait inédite. Pourquoi cela? Parce que le locataire de l'Élysée lui même se comporte de manière inédite. A partir de là, qui porte la responsabilité de la situation? Celui qui fait ses choses inédites? Ou ceux qui les relatent? Parler de la vie privée d'un homme public ne correspond pas forcément, ni chez moi ni chez beaucoup de journalistes, à une irrépressible envie.

Dans l'échelle de l'importance qu'ont toutes choses, mariage et remariage, divorce et sms, bisous et bijouterie, ont un intérêt moindre que l'augmentation des petites retraites, la capitulation devant les taxis, la presque capitulation devant les débits de tabac, le déficit budgétaire ou, fin du fin, la prochaine probable future bombe nucléaire iranienne. En même temps, le journalisme est un métier, pas un passe temps. Ce qui se produit doit être restitué. Par exemple, quand un président de la République célibataire visite Eurodisney au bras d'un top model qui chante, c'est fatalement, indubitablement, une information. En France, un seul organe de presse a choisi de passer ce fait sous silence. Ce n'est pas lui, professionnellement, qui a eu raison. A partir de là, la machine s'est emballée. La love story a été couverte, largement couverte, d'autant plus largement couverte que le principal acteur lui même a encouragé la presse à le faire. Pour ne prendre que des exemples récents, quand le président visite le site sidérurgique de Gandrange, lundi, il évoque par périphrase son mariage survenu deux jours et quand il est à La Rochelle, le mardi, pour le train supersonique d'Alsthom, il dit son amour de l'Italie. Mettre un sou dans la machine tous les jours n'est pas le meilleur moyen de la calmer.


(...)

Restent les mots employés par Rama Yade, et les idées qu'elle a suggérées. "Charognard". Je n'ai même pas été regarder la définition dans le dictionnaire mais ce n'est pas un mot sympathique. L'envie même d'épiloguer me fuit tellement il me semble hors sujet. Juste ceci. La France est l'une des rares démocraties à compter dans son centre exécutif une personne spécialement dédiée à la défense des droits de l'homme. Et que ce soit justement elle qui traite les journalistes de "charognard" donne tout à coup à son poste une perspective et des latitudes que personne sans soute jusqu'ici n'avait soupçonné.

Quant à l'intention, faisons lui un sort rapide. La presse n'accepterait donc pas l'élection de Nicolas Sarkozy et mènerait contre lui une véritable chasse à l'homme. Bon, après tout pourquoi pas. Il faut juste savoir que la "presse" n'existe pas. Chaque journal travaille dans son coin et il n'existe pas un centre névralgique organisant la contre offensive après la défaite du printemps dernier.
Source: le blog de JM Apathie

A bon entendeur... salut.

2 commentaires:

  1. Ce que j'adore avec les laquais comme Apathie, c'est qu'ils préparent l'opinion au coup d'après même quand ils font semblant d'adopter une posture critique.

    Je cite :
    [...] ou, fin du fin, la prochaine probable future bombe nucléaire iranienne.

    Or pas plus que l'Irak, l'Iran ne constitue pas une menace, et les services de renseignements US ont révélé que l'Iran n'avait pas de programme nucléaire militaire.

    Mais Apathie, l'air de rien, prépare déjà l'opinion publique à la prochaine guerre pour le contrôle du pétrole.

    Ca c'est du grand journalisme !

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  2. Rama Yade, faut que tu arrêtes les chaines Sci-Fi et le gore ! Reviens sur la planète terre et on en reparle ?

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