6 mars 2008

Sarkozy est-il tombé dans le déni de réalité ?

Nicolas Sarkozy ne peut s'empêcher de s'exprimer dans la presse. Alors que des sondages calamiteux se succèdent depuis deux mois, que les candidats UMP aux élections municipales et cantonales de mars expliquent que le scrutin est avant tout local, le Président nationalise un peu plus l'élection en s'exprimant dans LE FIGARO à trois jours du premier tour. Il cherche à rassurer son camp et son électorat.

Non, je ne regrette rien
Il reste persuadé que son bilan est bon en matière de pouvoir d'achat ("Ce qui compte, c'est que, désormais, un demi-million d'entreprises proposent à leurs salariés des heures supplémentaires défiscalisées"). Il ne regrette pas l'ouverture politique, mais se permet un clin d'oeil à l'électorat frontiste est énorme ("L'ouverture est d'abord un état d'esprit. Cependant, quand nous proposons des quotas pour l'immigration avec une obligation de résultats quant aux reconduites à la frontière, n'est-ce pas une politique voulue par les Français ?"). Kouchner, Jouyet et Hirsch apprécieront.

Non, je ne remanie rien
Ses ministres, et le Premier d'entre eux, seront rassurés d'apprendre enfin que leur longévité gouvernementale dépassera le scrutin municipal.

"Je voudrais mettre un terme à cette maladie française qui consiste à changer de ministres tous les six mois. Cela donne le tournis et une grande impression de légèreté. (...)

J'ajoute qu'il me paraît peu indiqué de renouveler en profondeur le gouvernement avant la présidence française de l'Union. Les ministres doivent avoir la pleine maîtrise de leurs
dossiers."

Non, je changerai rien
On peut le croire sur parole : il est toujours aussi présent. Loin de prendre du recul ("le rôle du chef de l'État, c'est de garder une certaine distance par rapport au quotidien. Il n'a pas le droit de céder à l'agitation."), le Président "bouillonne" ou plutôt "brouillonne". La Sarkofrance devient la Zappofrance. Bétencourt, la rétention de surêté, l'Union Méditerranéenne, la participation et l'intéressement, un rendez vous avec Michel Platini, le Président saute d'un sujet à l'autre, tel un cabri su un flanc des Alpes. Son agenda de ces derniers jours est épuisant. Combien de problèmes sont véritablement traités ?

Non, je n'oublie rien.
Sarkozy aurait il inventé l'agitation immobile ? Il se défend en expliquant qu'il doit être partout pour impulser. Pourtant bien des sujets, dans cet "entretien bilan" sont totalement oubliés : avec la complicité du Figaro, il commet la gageure de ne pas prononcer le terme de croissance pendant toute son interview (faites le test !). De même Martin Hirsch appréciera de constater que l'insertion, la pauvreté ou les inégalités sociales ne sont pas évoqués. Le mot "social" n'apparaît qu'une misérable fois, dans l'expression "Conseil Economique et Social". Qui a parlé de crise sociale en France ?

Non, je n'abandonne rien
D'autres que lui ont pu abandonner certaines de ses propositions ou promesses. Pas lui. Ainsi Xavier Darcos a-t-il enterré son projet sur la Shoah. Pas Nicolas Sarkozy. Le Conseil Constitutionnel censure-t-il la rétroactivité demandée de la loi sur la rétention de sûreté ? Le Président réitère son souhait et fait comme si de rien n'était ("
Cela fait trop longtemps que l'on oublie les victimes. J'avais promis de les mettre au cœur de mon action ; c'est ce que je fais."). Même sur le triste sujet de la libération d'Ingrid Bétencourt, il réitère ses appels à sa libération. C'est évidemment une bonne chose. Mais pourquoi ne pas en appeler à George Bush, fidèle soutien du président colombien Uribe ?

A l'écouter, on peut être mal à l'aise.

Nicolas Sarkozy semble ignorer les faits, la simple réalité qui s'impose à nous.

Il répète ses slogans de campagne, n'écoute pas les conseils de ses proches. Un déni de réalité ?

Lire aussi "Nicolas Sarkozy 2.0" chez PARTAGEONS MON AVIS, de l'excellent Nicolas J.

1 commentaire:

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