6 avril 2008

48ème semaine de Sarkofrance : rigueur inachevée pour droite impatiente


48 semaines se sont écoulées depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, 48 semaines pour descendre le moral des ménages au plus bas depuis 21 ans. Depuis les élections municipales calamiteuses, Nicolas Sarkozy tente de reprendre la main. La droite s'impatientait (1) : elle lui demande davantage de rigueur, tant personnelle que budgétaire.

Rigueur personnelle
Après l'ouverture politique ... à droite, justement souligné par Marianne et Politique.net, une visite chez la Reine d'Angleterre devait lui redonner un peu de stature. Mais le déplacement présidentiel au Royaume Uni a failli faire capoter ce scenario de remise à niveau. En y annonçant le renfort militaire français en Afghanistan, Sarkozy a commis la double erreur d'ignorer les parlementaires français, y compris ceux de son camp, et de se ranger un peu plus dans le camp atlantiste. Il a confirmé son image de président brouillon, agité voire ingénu, qui n'en fait qu'à sa tête.

Rigueur budgétaire
Le vrai chantier de cette semaine fut la préparation puis l'annonce du plan de rigueur, pardon, de "réformes" pour atteindre l'équilibre public en 2012. Il fut digne des César du cinéma français : d'abord les nominations, puis la cérémonie.

Ainsi, dès la fin de la semaine précédente, les rumeurs allaient bon train pour expliquer que les projets les plus sociaux du gouvernement allaient être abandonnés en rase campagne (2) : pas de plan pénitentiaire (les prisons resteront surpeuplées); pas de déploiement du RSA cher à Martin Hirsch (son coût est estimé à 2 à 3 milliards d'euros par an); pas de plan logement, à l'étude chez Christine Boutin. "On va tailler."

Puis lundi 31 mars, François Fillon réunit ses ministres pour un "séminaire gouvernemental" pour "arrêter le programme de réformes." Le Premier Ministre désamorce quelques inquiétudes, mais sans s'engager. Le plan de réformes sera un plan d'économies.

Enfin, l'annonce des résultats (3), un vendredi matin par le Président lui-même : 166 mesures et 7 milliards d'économies. Fichtre ! La droite fait semblant d'être rassurée, l'Etat réduit "enfin" son train de vie. Etienne Mougeotte (LE FIGARO) est ravi : "Qu'importe le flacon : rigueur, austérité ou diète, pourvu qu'on ait le résultat : l'arrêt des gaspillages."

Où Sarkozy va-t-il tailler ? Trois actions sociales sont d'abord touchées : l'accès au logement social sera restreint, en abaissant les critères de revenus et en réduisant le périmètre des aides; un plus grand contrôle des dépenses de santé, avec la création d'agences régionales de santé (ARS) sera décentralisé; et les emplois aidés seront limités à l'insertion, aux plus démunis et leur durée revue. Pour le reste, le plan vise surtout à simplifier le fonctionnement de l'Etat (fusion de grands corps, centralisation de certaines administrations, rattachement de la gendarmerie à l'Intérieur, guichet fiscal unique, etc).

Au total, le gouvernement ne remet pas en cause l'équation impossible de sa politique : il défiscalise un peu plus (les plus fortunés ; les heures supplémentaires; les intérêts d'emprunt; etc), et s'alarme du creusement des déficits publics et sociaux auquel il participe.

Les calculs étaient pourtant simples : il manque 40 milliards d'euros, à recettes fiscales constantes, pour ramener les comptes publics à l'équilibre. Le simple paquet fiscal voté l'été dernier coûte à lui seul 14 à 15 milliards d'euros par an.

Cette rigueur inachevée ne suffira pas, mais elle sera douloureuse.

(1) Sarkozy, ta droite s'impatiente.
(2) Sarkozy, l'ingénu et le Loto
(3) La liste des 166 mesures.

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