21 août 2008

France : le spectre de la crise, la réalité de l'échec ?


Le gouvernement s'est réuni en début de semaine, "en réunion d'urgence", pour évaluer la situation économique du pays et les mesures à prendre, après les mauvais chiffres de la croissance de la semaine passée. C'est le sujet principal du Conseil des Ministres qui se tient aujourd'hui.

La France est davantage en récession que ses voisins
Selon l'Insee, le produit intérieur brut de la France a reculé de 0,3% au deuxième trimestre 2008, première baisse depuis le quatrième trimestre 2002. "Il faut garder notre sang-froid", a expliqué Éric Woerth lundi 18 août, "continuer à prendre des décisions de long terme pour que notre pays rebondisse plus vite que les autres lorsque la croissance internationale reviendra et, surtout, ne rien faire qui puisse dégrader nos finances publiques." François Fillon a lui expliqué qu'il ne s'agissait que d'un ralentissement conjoncturel.

Le ralentissement économique est moins grave ailleurs en Europe: au second trimestre, le PIB de la zone euro est en baisse de 0,2% et celui de l’Union Européenne à 27 en baisse de 0,1%.
En France, les dépenses privées de consommation ont fléchi dès le 1er trimestre 2008. Le taux de chômage (avec les réserves méthodologiques que l'on sait) a certes diminué en France (de 8,2% en juillet 2007à 7,5% en juin 2008), mais comme partout en en Europe (respectivement de 7,1% à 6,8%)


Sarkozy a-t-il aggravé la situation ?
Le "paquet fiscal" de l'été 2007 n'a pas permis d'éviter la récession; il n'a pas soutenu la consommation; et il a creusé le déficit public (comptes sociaux inclus), en supprimant des ressources fiscales et sociales sur des revenus (les heures supplémentaires, les intérêts d'emprunt immobilier, le déblocage anticipé de la participation, etc), sans fournir d'alternative de financement. Aujourd'hui, le gouvernement n'a aucun plan de relance à lancer, plus aucune marge de manoeuvre. Sarkozy l'annonçait lui-même en janvier dernier : "les caisses sont vides."

Pire, les ménages français n'ont ressenti aucune amélioration de leur pouvoir d'achat puisqu'on leur reprenait d'une main ce qu'on leur donnait de l'autre : les prix de l'énergie, qu'elle soit publique (EDF) ou récemment privatisée (Gaz de France), qu'elle soit nucléaire ou gazière, augmentent trop fortement et trop fréquemment; le coût de la santé à charge des assurés ne cessent de progresser (franchises médicales, etc). Et même le crédit à la consommation a amorcé une nouvelle hausse au second trimestre.

Les mesures envisagées
Il n'y aura pas ni plan de relance ni de rigueur, a confirmé Fillon lundi dernier. "La France n'a pas d'autre choix que de muscler son économie. (...) La seule réponse (...) est celle que nous proposons, celle des réformes de structure."
La première mesure de ces dernières semaines est une "contribution transport", annoncée par le premier ministre en juin. Les socialistes suggèrent au gouvernement d'abandonner son paquet fiscal de 13 milliards d'euros annuels. La contribution transport envisagée s'annonce curieuse d'un point de vue écologique si elle prend la forme d'une subvention à l'essence; et contradictoire avec les objectifs de réduction de déficits publics.
Deux pistes sont explorées : soit le gouvernement étend à tous les salariés français le remboursement de la moitié du coupon de transport public (seule l'Île-de-France en bénéficie aujourd'hui) ; soit l'État décide d'aider tous les salariés, y compris ceux qui utilisent leur voiture pour aller travailler, sous forme de contribution à l'achat d'essence, par exemple. Une mesure spectaculaire mais chère." (source)
La formule "travailler plus pour gagner plus" aurait-elle déjà fait son temps ?

En revanche, le gouvernement remet sur le tapis deux réductions d'impôt supplémentaires pour les entreprises : une refonte de la taxe professionnelle (*) et la suppression de l'imposition forfaitaire annuelle (IFA). Cette dernière mesure coûterait 1,6 milliards d'euros à l'Etat. l'IFA est un impôt individuellement symbolique, dû même en l'absence de bénéfices, et qui oscille de de 1.300 euros pour les entreprises dont le chiffre d'affaires est compris entre 400.000 et 750.000 euros à 110.000 euros pour celles dont le chiffre d'affaires est supérieur à 500 millions d'euros (source).

Globalement, c'est plutôt la rigueur qui guette la rentrée prochaine des Français : pour limiter la casse budgétaire à cause de la récession, Fillon étudie la possibilité d'avancer les réductions de remboursements de santé, initialement prévus pour 2009, dès l'automne 2008. Martin Hirsch bataille encore pour un financement complet de son RSA. Et Eric Woerth a annoncé sa préférence pour une simple taxe écologique, en lieu et place du "bonus-malus" écologique que Jean-Louis Borloo voulait étendre à d'autres secteurs que l'automobile.

(*) cette réforme est une arlésienne; la "Taxe pro" est calculée en fonction des investissements et de la masse salariale. Une absurdité complète

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