31 décembre 2008

Les voeux 16/9ème de Sarkozy pour une France en noir et blanc

Nous étions prévenus. Hier soir,  mercredi 31 décembre, Nicolas Sarkozy a voulu innover. Il a enregistré des voeux télévisés aux Français depuis la bibliothèque de l'Elysée. Son conseiller en communication nous l'avait expliqué : le cadre est plus large. C'est mieux pour le 16/9ème !

Des voeux sous contrôle
L'attention peut paraître ridicule. Le Figaro s'est fait le porte-parole de la cellule de com' du Monarque dans un article de son supplément Télévision le week-end dernier. Un beau spécimen de lèche-majesté. On y en apprenait de belles sur les intentions du président :  «Il veut envoyer un message positif, il veut adresser des vœux concrets. Son intention est de dire aux Français qu'après avoir changé l'Europe, il est train de changer la France» dixit un "proche". L'équipe de communication a travaillé dur. Franck Louvrier, dans le texte: "Pour la première fois le président de la République s'adressera debout, face aux Français, de la bibliothèque de l'Élysée et non de son traditionnel bureau. C'est dans cette bibliothèque qu'a été réalisée la photo officielle de Nicolas Sarkozy. Ce choix permettra au réalisateur d'avoir un champ horizontal beaucoup plus large et s'adaptera donc parfaitement au format 16/9 des nouveaux écrans de télévision. L'autre nouveauté sera l'apparition, juste avant l'intervention du Président, sur fond de Marseillaise, de la tour Eiffel éclairée en bleu, afin de marquer le dernier jour des six mois de la présidence française de l'Union européenne." Bref, on résume : 
  • Un générique "façon Guerre des Etoiles"
  • Un travelling sur la Tour Eiffel bleutée des couleurs européennes
  • Un drapeau tricolore qui surgit dans la bibliothèque de l'Elysée
  • Une allocution debout
Vous la percevez, la modernité ? L'exercice est habile. Nicolas Sarkozy a prévu un tour de France dans les semaines à venir : le 6 janvier auprès des casques bleus français au Liban-Sud, dans le camp d'At-Tiri ; puis, du 9 au 14 janvier, "dans un hôpital pour présenter ses vœux aux personnels de santé, dans une gendarmerie pour dialoguer avec les professionnels de la chaîne pénale (gendarmes, policiers, magistrats, gardiens de prison), dans un théâtre pour discuter avec le monde de la culture, dans un établissement scolaire pour écouter le monde de l'éducation et, enfin, dans une entreprise pour parler économie et emploi."
Il a surtout décidé de renoncer à toute conférence de presse. Celle du 8 janvier 2008 lui avait laissé un mauvais souvenir. Le Général de Gaulle aimait ses conférences de presse. Sarkozy, trop agité et susceptible, préfère des discours faussement "cool", préparés devant des assistances maîtrisées. Qui aurait penser que le Monarque aurait ainsi peur de la confrontation ?


Un monarque content de lui
Sur le fonds, peu de nouveautés. Son message tenait en trois parties :
Primo, "Les difficultés qui nous attendent en 2009 seront grandes" ou encore : "Pour tous les Français, cette année à été difficile". Des variantes polies pour dire que "nous sommes sacrément dans la merde !" (pas lui. Nous).
Secundo, mais heureusement, "depuis que les difficultés sont apparues je vous ai toujours dit la vérité et j'ai agi"" ("heureusement, je suis là"). Une vingtaine de "JE" narcissiques plus tard, il avait égréné ses bons points: il a sauvé l'Europe du "chacun pour soi", convaincu le monde de réformer le capitalisme ("Les initiatives que j'ai prises au nom de la présidence française de l'Union européenne pour coordonner l'action de tous les Européens et pour réunir les chefs d'État des vingt plus grandes puissances mondiales à Washington, ont permis d'éviter que le monde s'engage sur la pente du chacun pour soi qui aurait été fatale"), lancé un "plan de relance massif de l'investissement" (notez le changement de vocabulaire : ce n'est plus un "plan de relance"), protéger les plus pauvres grâce au RSA
Tertio, "la crise nous oblige à changer plus vite et plus profondément".  Sarkozy a ainsi réitéré son soutien à des réformes contestées : hopitaux, lycées ("parce que prendre le temps de réfléchir ensemble, ce n'est pas perdre du temps pour la réforme. C'est en gagner"), collectivités locales et la procédure pénale (est-ce l'affaire Clearstream ou la violente interpellation d'un journaliste de Libération qui le motive ?). Il a aussi "po-si-ti-vé" : ensemble, nous serons plus forts.

C'était le message que les "conseillers" ont fait passer à la presse ces jours derniers. Personne n'attendait du président qu'il s'explique sur les promesses qu'il n'a pas tenues en 2008, ni qu'il annonce un nouveau de plan de relance davantage orienté vers les plus fragiles. Personne n'osait souhaiter qu'il supprime les franchises médicales, son bouclier fiscal, les exonérations de droits de succession, ou l'offre raisonnable d'emploi qui éjecte de l'assurance chômage un sans-emploi récalcitrant.

On nous avait promis un président "lucide et précis". fredericlefebvre.com a bien joué son rôle de secrétaire. Quelques heures avant les voeux présidentiels, il nous donnait le bon mot : il faut continuer les réformes pour construire un "monde nouveau". Le terme est lâché. Effectivement, le président l'utilisa : il veut préparer la France au "nouveau monde."

Il y a un an, Sarkozy s'inventait un destin
Rappelez-vous, comme disait la chanson: "C'était il y a un an, c'était il y a une éternité". Nicolas Sarkozy s'inventait un destin, engager la France et les Français dans une politique de civilisation. Il fallait nous faire oublier ses dérapages bling bling, ses agapes avec une mannequin de 15 ans sa cadette, et une cote de popularité en chute libre.


Lire aussi:

Atmosphère plombée en fin d'année

Les tensions se multiplient à l'approche des dernières heures de l'année. Point de trêve des confiseurs, n'en déplaisent aux vacances présidentielles de la semaine dernière.

Passé le moment d'immobilisme de ces jours derniers, Nicolas Sarkozy s'est ressaisi : de retour à Paris, Nicolas Sarkozy a dû réunir les ministres des Affaires Etrangères de l'Union Européenne en urgence pour discuter de la guerre à Gaza mardi 30 décembre à Paris : l'Europe a demandé une trêve humanitaire de 48 heures, qu'Israël serait prête, en fin de journée mardi. Des "sources bien informées" ont laissé entendre qu'il irait en Israël lundi 5 janvier. Le 1er janvier, il recevra la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni à Paris. L'haletant Kouchner souhaite un cessez-le-feu "permanent" ("Nous (l'UE) continuons à nous acharner vers la paix !"). Israël, comme l'a rappelé son président Shimon Peres mardi, souhaite parvenir à "un arrêt du terrorisme" et non "pas à un cessez-le-feu".  La trêve, si elle a lieu, promet d'être courte.

Sur place, le nombre de victimes s'alourdit, dans des combats qui opposent l'armée israélienne aux forces du Hamas. Israël a dénommé son intervention, l'opération "Plomb durci." Les protestations européennes restent générales. Seule l'Allemagne d'Angela Merkel a concentré ses critiques contre les attaques du Hamas. Pourtant, le concept de "frappes chirurgicales" dans des zones peuplées a montré ses limites dramatiques. Mardi, on dénombrait 370 morts palestiniens, dont une soixantaine de civils, et 1700 blessés. Cette guerre a été déclenchée quelques semaines avant les élections législatives israéliennes. Tout est bon pour se faire élire ou réélire. Le Hamas provocateur a bien choisi son moment. Six mois de trêve sont partis en fumée ce week-end.

Nouvelle discrète (?); Sarkozy a profité de ces dernières heures pour confier au provocant sénateur UMP Philippe Marini une mission "d'étude, d'analyse et de contacts" sur le Proche-Orient. M. Marini est président des groupes France-Syrie et France-Arabie Saoudite-Pays du Golfe au Parlement, deux groupes qui oeuvrent au rapprochement entre la France et ces dictatures proche-orientales. Le président avait voulu faire discret. C'est le sénateur lui-même qui en a fait l'annonce à l'AFP mardi 30 décembre. Sa vision est assez explicite : "Le Hamas, s'il n'est pas irréprochable, est néanmoins une organisation politique qui a gagné des élections pluralistes et en tant que tel, fait partie du jeu régional".

Sarkozy lâche ainsi le front intérieur, rattrappé par les tensions internationales.

En France, la polémique enfle sur les moyens des hopitaux. Les "résultats préliminaires" de l'enquête révèleraient que le patient de 57 ans décédé faute de lit en réanimation disponible dimanche dernier n'aurait pas survécu même s'il avait été hospitalisé à temps. En Sarkofrance, certaines enquêtes sont décidemment très rapides. «Il faut rester très prudent», a précisé le parquet de Rachida Dati (ne vous inquiétez pas... Nous restons très prudents...). L'AMUF en appelé directement au président, lasse de discuter "dans le vide" avec Roselyne Bachelot, leur ministre de tutelle.

Le chômage affiche un nouveau record : en novembre, le nombre demandeurs d'emplois "de catégorie 1" s'est accru de ... 64 000 ! LE MONDE a en effet dévoilé les chiffres prochainement publiés par l'ANPE. Le ministère de l'économie a confirmé la catastrophe. Martine Aubry a parlé de "la plus forte hausse" de l'histoire du pays (ce qui est faux - le précédent record date de mars 1993)Après une forte hausse le mois précédent (+ 46 000 en octobre), le chômage reprend son envolée. Le travail précaire (intérim, CDD) est le premier à disparaître.
"Selon l'Insee, le taux de chômage devrait remonter à 8 % au deuxième trimestre 2009, soit le niveau atteint en 2007. L'Organisation de coopération et de développement économiques a quant à elle évoqué un taux de 8,2 % en 2009, puis 8,7 % en 2010, estimant que le chômage, après avoir surtout touché les jeunes et les intérimaires, "va probablement prendre un caractère plus généralisé"."

Le ministre de la relance (de quoi ?), Patrick Devedjian, déclarait il y a 10 jours espérer 100 000 créations d'emplois l'an prochain grâce à l'application rapide du plan de relance, grâce à l'exonération de charges sociales dans les très petites entreprises. On ne sait pas s'il intégrait les 100 000 contrats aidés supplémentaires prévu par le plan gouvernemental. En deux mois, plus de 100 000 chômeurs ont augmenté les statistiques françaises... La carte des suppressions d'emploi, mise à jour par LE MONDE, souligne l'ampleur de la crise.

Le même jour, on apprenait que le nombre de mises en chantier de logements avait de nouveau reculé de 14,4% entre septembre et novembre (versus an plus tôt), pour s'établir à 95 000. Au total, avec le concours de l'extension du prêt à taux zéro décidée par le gouvernement, les professionnels du secteur espèrent 335 000 constructions de logements en 2009, contre 435 000 il y a 2 ans. La défiscalisation partielle des intérêts d'emprunt immobilier votée dans le paquet fiscal de l'été 2007 n'a pas servi à augmenter le volume de constructions. Une mesure anachronique et coûteuse ... disions-nous.

Journalistes ou blogueurs ? L'année politique 2008

Comparer les rétrospectives journalistiques sur l'année politique 2008 est un exercice instructif. Les médias officiels restent policés (un coup à droite, un coup à gauche). Les blogs (de gauche) se déchaînent.

A vous de juger.

Le Nouvel Obs ne s'embarrasse pas, et nous livre  un éphéméride "géolocalisé" sans angle, ni point de vue.

L'Express, toujours très sarkophile, choisit l'abécédaire (comme votre humble serviteur) : Audiovisuel, Base de données (Edvige), Cache-Misère (pour la victoire de la gauche aux élections municipales), Dimanche (comme réforme du travail bloquée par la gauche à l'Assemblée), Europe, Forceps (pour qualifier l'adoption du RSA), Guerre nucléaire (pour qualifier la lutte interne au Parti Socialiste en novembre), Homme de main (Frédéric Lefebvre), Just married (Carla et Nicolas), Laïcité "vaticane" (nouveau concept ?), Ménage (pour désigner les suppressions de postes dans la Fonction Publique), Nouveau Régime, Première bougie ... pour Nicolas Sarkozy ("Premier anniversaire morose pour la présidence Sarkozy, sondages en chute libre et frondes parlementaires en série. Depuis, les sondages sont remontés, beaucoup pour le Sarkozy diplomate, moins pour le Sarkozy gestionnaire. En revanche, taraudée par le travail dominical et la stratégie audiovisuelle, la majorité n'est pas entièrement rentrée dans le rang."), Remaniement, Souvent Femmes varient (Et oui, l'Express se permet cette mention relativement ... mysogine (?) pour traiter des disgrâces de Dati, Amara et Yade), Troufions (pour parler de carte militaire), Urgence (plan de relance ?), Vendetta (et affaire Clearstream)
Journal partial, vous avez dit partial ?

Pour le Point, Sarkozy a fait l'évènement sur la scène internationale. Sylvie Pierre-Brossolette s'est livrée, avec les correspondants du magazine, à un hommage en bonne et due forme : ""Cheval fougueux", "frère de sang", "touche-à-tout" ou "brillant", le président français irrite ou charme les dirigeants étrangers sans distinction de couleur politique."

Le JDD se révèle parfois très provocant à l'égard de la présidence Sarkozy : il préfère retenir l'adoption du Traité de Lisbonne en France... et en Europe (N°1 malgré l'échec irlandais), le désastre des élections municipales pour l'UMP (n°2), "l'ascension de Jean Sarkozy" (n°3, sans blague ?!), les "couacs en série" au sein de la majorité (n°4... bonne idée), le RMI et le DALO (n°5) qualifiés de "cache-misère" par le JDD, les réformes douloureuses des cartes judiciaire et militaire (n°6), le service minimum irréalisable à l'Education nationale (n°7), l'adoption à l'unanimité de loi Grenelle sur l'Environnement (n°8), le coup de Jack Lang lors du vote de la modification de la Constitution (n°9), ou la présidence française de l'UE ("Pragmatique et volontariste, mais pas toujours couronné de succès. D'autant que son style a agacé, nos partenaires européens.t du conflit russo-géorgien au mois d'août ou lorsqu'il s'est agit de réunir le G20 pour faire face à la crise financière").

Parmi les évènements politiques de l'année, Le "Monde 2" privilégie le retour de l'omniprésident ("Persuadé d'être le meilleur, Nicolas Sarkozy entend tout faire, tout contrôler."(...) "Faux dur, Nicolas Sarkozy prend pourtant peu de sanctions"(...) "Insensiblement, un phénomène de cour s'installe." (...) "Par temps de crise, cette énergie devient plus positive."), la disgrâce de Rachida Dati, la victoire d'Obama, la crise financière, illustrée par la disparition de Lehman Brothers le 15 septembre, et le conflit géorgien. Surtout, le supplément du quotidien du soir célèbre le retour des "évènements". Effectivement, cette année 2008 fut à bien des égards évènementielle: "Qui avait vu venir une année si concentrée en faits majeurs, au point que 2008 a fini par apparaître comme une réhabilitation de ce beau mot d'"événement", tant galvaudé, à des fins promotionnelles, par l'époque actuelle ?"

L'hebdomadaire Marianne prend le parti de nous faire réviser l'histoire, avec une revue de "ces grandes crises qui ont enflammé la planète...", comme celle de 1929. Son site Marianne2 reste branché sur l'actu.
Côté blogs, je vous conseillerai la lecture du numéro spécial de VENDREDI. Il revient sur chacun des mois de l'année écoulée : la commission Attali nous enfume en janvier, un entretien complaisant du directeur de l'Express avec Carla Bruni en février; une autre complaisance en mars, celle de Rachida Dati surprise avec une copine journaliste de FR3; le scandale des stock-options en avril quand la crise se profile déjà à l'horizon(+58% pour les revenus des patrons du CAC40 en 2007); des barbouzes contre Beanscenot en mai; la loi anti-piratage en juin; le "bétanculte" en juillet; un dalaï-lama "pipolisé" par sa rencontre avec Carla en août; l'affaire Edvige en septembre; une Marseillaise sifflée en octobre; l'élection d'Obama et le Congrès de Reims couvert par les Left_Blogs en novembre; les injustices et maquillages de la Justice en décembre.

La plateforme blog de TF1, overblog, a également réalisé une étude sur les sujets de la blogosphère. Le Figaro s'en fait l'écho pour noté que Sarkozy a été le sujet favori des blogueurs "overblogués" ("Le portail a constaté que les 504 millions de visites sur 950 000 blogs français entre le 1er janvier et le 15 décembre 2008 se sont essentiellement intéressées à Nicolas Sarkozy, «sujet le plus important de l'année» avec un indice de 1000. Fort de 853 points, la série télévisée française «Plus belle la vie» (France 3) défend sa place de deuxième préoccupation des internautes.") Bizarrement, il ne dit pas si le Monarque fut davantage loué que raillé. Ma blogueuse favorite sur Overblog figure en bonne place dans le traitement de l'actualité sarkozyste.

La talentueuse Popette(*) a parodié une année 2008 par ses dessins hauts en couleur, le crayon acerbe là où ça fait mal. Tout y passe.
A vous de choisir.

(*) message personnel de soutien

30 décembre 2008

Mauvais comptes en sarkofrance

L'année s'achèvera-t-elle dans les larmes et le sang ? Jusqu'au bout en Sarkofrance, les polémiques sont de mises, tandis qu'ailleurs, des bombardements et tirs de roquettes ont repris.

L'hôpital plombé par ses comptes
La mort d'un homme de 56 ans, souffrant d'un malaise cardiaque, après 6 heures d'attente faute de matériel de réanimation disponible à l'Hôpital Lariboisière à Paris, a relancé une mauvaise polémique. L'équipe du Samu est rapidement intervenu pour prendre en charge cet homme après un premier malaise. Elle aurait cherché pour lui en vain, auprès de 27 hôpitaux d'Ile-de-France, une place dans un service de réanimation. La ministre Bachelot, tout occupée à défendre les infirmières la veille, après la mort accidentelle d'un enfant, a démenti tout manque de lits et préféré blamer un problème d'organisation: "En temps normal, nous sommes avec une trentaine de lits disponibles en Ile-de-France, là nous sommes dans une période de tension mais nous avions onze lits disponibles en région parisienne à moins de 20 minutes du malade". la ministre a beau jeu. Le patient ne cherchait pas un lit mais un appareil de coronarographie disponible.
Patrick Pelloux, président de l'association des Médecins Urgentistes de France a crié au scandale : "Il parait maintenant que les pouvoirs publics inventent des lits a posteriori! C'est merveilleux, d'où les sortent-ils? Pour eux, c'est le monde des Bisounours, ce sont des gens de bureaux, pas des gens de terrain, un jour il faudra arrêter les guéguerres, se mettre autour de la table et trouver des solutions pour les malades!" L'hôpital manque de moyens. Quiconque a fréquenté un jour les urgences ne saurait le contester.

Les comptes plombés avant la crise
L'INSEE a confirmé ce lundi deux nouvelles, une bonne et une mauvaise. Commençons par la bonne : la France a bien échappé à la récession au troisième trimestre. L'INSEE a confirmé que la croissance fut très légèrement positive, à +0,1%. Mais voici la mauvaise :  Sarkozy a bien dégradé nos comptes avant le déclenchement de la crise boursière. Au troisième trimestre 2008, la dette française a dépassé les 66% du PIB, soit +15,6 milliards d'euros du 1er juillet au 30 septembre. Les mesures de sauvetage bancaire n'y sont pour pas grand chose, car elles n'ont été votées qu'en octobre. Ces 16 milliards d'endettement supplémentaires proviennent de l'Etat, pour +11 milliards. Les collectivités locales n'expliquent que +1,8 milliards d'euros de ce dérapage, le solde revenant aux régimes sociaux.
En d'autres termes, la dette publique sera de 66,7 % du PIB en 2008 et devrait grimper à 69,1 % en 2009. Qui dit mieux ?

On compte les morts de sans-abris.
Nicolas Sarkozy n'aurait pas dû promettre la fin des sans-abris en 2008. Deux nouveaux SDF ont été retrouvés morts ce week-end. Le nombre de décès en 2008 frôle les 350. Le porte-parole "médiatique" de la cause des mal-logés, Augustin Legrand, a promis des milliers de tentes dans toute la France. Le plan "grand froid" a été déclenché dans 34 départements dimanche 28. On a toujours du mal à comprendre pourquoi la situation est aussi tendue alors que la ministre Boutin, en charge du Logement déclarait en novembre qu'il y a 99 600 places pour accueillir les soit-disants 100 000 sans-abris que compteraient la France d'après ses "spécialistes". Sur ce quota, le nombre de places "d'urgence" a été porté à 16 400, contre 13 100 l'an dernier. Il a fallu 365 jours aux services de la ministre pour trouver 3 300 places supplémentaires : environ 10 lits par jour...

On ne compte pas les vacances en Sarkofrance
Il y a malheureusement plus grave,  de l'autre côté de la Méditerranée.
On compte les morts à Gaza. La guerre a repris. Les deux camps s'échangent des communiqués sur leur nombre de morts respectifs.

Les vacances du Monarque ont été à peine troublées. Quand on connaît son besoin existentiel qu'a Nicolas Sarkozy d'exagérer les avancées lers plus minimes, on imagine que l'impuissance ou l'inaction est cette fois-ci bien réelle. Cette fois-ci, point de saut impromptu sur le front pour séparer et réconcilier les bélligérants, comme lors de la crise géorgienne en août dernier.

Samedi, Nicolas Sarkozy a quand même dû faire communiquer sa réprobation contre les attaques israéliennes et les tirs de roquette du Hamas, puis appeler le Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas . Dimanche, repos. on compte les morts. Puis, lundi 29, alors qu'une flotille d'aéronefs le ramenait en métropole, il a pu converser quelques minutes au téléphone avec le président egyptien Moubarack.-  : l'échange devait être si bref et vide d'idées ("Bon, ben, on se tient au courant...") que le communiqué officiel qui suivit fut laconique à l'extrême: "Les deux dirigeants ont fait le point détaillé de la situation à Gaza. Ils ont évoqué les modalités envisageables d’une sortie de crise et sont convenus de rester en contact au cours des prochains jours."

Et François Fillon, pourtant en vacances dans l'Egypte voisine, est resté discret.

Sarkozy et la presse internationale

Nicolas Sarkozy s'offre une double page dans le respecté TIME MAGAZINE, illustrée d'une pleine photo en compagnie de Carla Bruni-Sarkozy, très "couple Kennedy."

Pour le magazine, la personnalité de l'année est sans conteste Barack Obama. Si Nicolas Sarkozy apparaît en bonne place (dans les "finalistes") dans TIME MAGAZINE, c'est une tribune de Tony Blair qui lui rend grâce. L'ancien premier ministre britannique, viré de son poste par sa propre majorité et son ancien rival Gordon Brown en 2007, loue des tresses de lauriers au président français.

« Il y a des moments où Nicolas Sarkozy ressemble plus à une force de la nature qu’à un leader politique conventionnel. Il a l'énergie, des idées et de la vitalité en abondance. »

« Bien sûr, (…) dix-huit mois, c’est un peu court pour rendre son verdict. Mais certains éléments sont déjà clairs. Tout d'abord, Nicolas a l’étoffe d'un véritable chef de file : une capacité à prendre des décisions et à les appliquer. Il voit un problème et veut le résoudre. Qui plus est : il croit qu'il le peut. »

Dans la presse internationale, Nicolas Sarkozy est loin d'avoir une image aussi positive. Nous citions, il y a quelques jours, un article de Newsweek qui considérait que le président français était désormais "au bord du précipice."

Dans un article intitulé "SuperSarko leaves the podium" ("SuperSarko quitte le podium") le 18 décembre, le très conservateur THE ECONOMIST jugeait de son côté que la présidence française avait atteint ses objectifs (reforme du traité simplifié, Union de la Méditerranée, etc), mais que Sarkozy était un partenaire erratique qui offense souvent ses interlocuteurs, d'une inconstance surprenante en matière de droits de l'homme vis-à-vis de la Chine ou de la Russie.

Pour l'a justement rapporté une excellentE confrèrE, Ullrich Fichtner, correspondant du Spiegel en France est très sévère sur le président français : "Les forces de la désintégration déchirent la France plus que tout autre pays, car la société française est un mélange bigarré d’ethnies, de religions et de citoyens à la pensée libertaire rafraîchissante, mais le ciment qui maintenait le tout s’effrite. Le processus avait commencé avant Sarkozy, mais le président n’a rien entrepris pour le ralentir, l’atténuer ou créer du lien. Au contraire : en divisant pour mieux régner, il sape un peu plus la cohésion nationale. Et l’évolution actuelle démontre d’une façon exemplaire que la démocratie et l’Etat de droit ne vont pas de soi mais doivent être reconquis chaque jour, entretenus et parés de sens, de volonté et de vertu. L’Allemagne l’a appris d’une façon plus amère que tout autre pays. La France, qui s’est le plus souvent trouvée du bon côté de l’Histoire, doit aujourd’hui prendre garde de ne pas l’oublier". Le même Spiegel parlait il y a moins d'un mois de "la mort lente de la démocratie en France." Le quotidien allemand "die Welt" n'est pas plus clément : "le Roi-Soleil tire sa révérence." expliquait-il la semaine dernière.

En Afrique, inutile de préciser que les séquelles du "discours de Dakar", en juillet 2007, sont encore présentes.


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29 décembre 2008

Quand Frédéric Lefebvre liste les chantiers de l'année 2009

Il y a quelques jours, Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, énumérait devant quelques journalistes les chantiers prioritaires de l'UMP pour cette nouvelle année. Pour le député-lobbyiste, les réformes en cours sont "incomprises" par les Français. La devise de l'année, pour le parti présidentiel, sera :

"Avancer résolument sur le changement et les réformes, et faire reculer l'incompréhension et l'obstruction."

2009 sera "une année très française parce qu'on doit rentrer dans la deuxième phase des réformes". Pour l'UMP, les trois réformes prioritaires de l'année seront :

1. Le plan de relance, et en particulier l'emploi. L'UMP veut mettre l'accent sur le télétravail (contre les délocalisations), l'instauration d'une obligation de résultat du pôle emploi pour certaines "populations fragiles", et le soutien du travail précaire, des services à la personne. Rappelons que ces emplois sont parmi les plus précaires qui existent: "Selon les données de sources administratives (dites des organismes agréés des services à la personne ou OASP, Dares) et de l’emploi de gré à gré (Ircem), on obtient une moyenne horaire annuelle travaillée de 450 heures par salarié pour l’ensemble du secteur, et de 420 heures pour les seuls emplois créés en 2006. En "équivalent temps plein", cela ne fait que 32 000 emplois ajoutés... Mais surtout 450 heures annuelles, cela correspond à un emploi à moins d’un tiers-temps, soit 11 à 12 heures par semaine."

2. La réforme des "pouvoirs publics locaux", avec la fusion des départements et des régions (administrations, mandats), et même la fusion de certaines régions (Basse et Haute Normandie). Sur ce dernier point, le député Lefebvre glisse l'idée de fusionner la région présidée par Ségolène Royal avec celle voisine de l'Aquitaine... Le député-lobbyiste Lefebvre en a rajouté sur le sujet dimanche 28 décembre. Il est vrai qu'il y a urgence. L'UMP a perdu la totalité (moins une) des régions en 2004, puis les principales municipalités et la majorité des départements en 2008. Echec sur échec, il faut recomposer les collectivités locales très rapidement. Pourquoi ? Parce que le Sénat est élu par ces conseillers locaux. Les prochaines élections qui renouvelleront le tiers restant sont pour bientôt (2011), et l'opposition, même divisée, risque de l'emporter.

3. Le développement de l'accession sociale à la propriété. La baisse des prix du logement et des taux d'intérêt du crédit devrait favoriser ce développement, d'après l'UMP. Favoriser l'endettement des ménages, est-ce vraiment une bonne idée ?

28 décembre 2008

Sarkozy ne travaille pas le dimanche

Le chef de l'Etat a fait du travail le dimanche l'une de ses priorités symboliques de la "France d'Après."

Patatras, le harcèlement législatif de l'opposition à l'Assemblée Nationale, la fronde d'une soixantaine de parlementaires UMP et l'absentéisme des autres ont eu raison de son obstination, du moins pour cette année. Jeudi 18 décembre, l'examen d'une loi, déjà fortement en retrait des ambitions présidentielles initiales, a été repoussé à la seconde quinzaine de janvier. Jean-François Copé, président des députés UMP (et rival du président), a préféré botter en touche. Une ultime réunion de conciliation à l'Elysée, convoquée par le président lui-même, avait pourtant eu lieu lundi soir. La nouvelle mouture du texte convenait aux UMPistes récalcitrants. Psychodrame en Sarkofrance.

Finalement, quelqu'un s'est-il demandé si Nicolas Sarkozy travaillait le dimanche ?

La réponse est non, ou très rarement. L'agenda présidentiel publié sur le site de l'Elysée est éloquent.
Dimanche 28 décembre : rien
Dimanche 21 décembre : rien
Dimanche 14 décembre : rien
Dimanche 7 décembre : rien

Regardons les mois précédents.

L'agenda est également vide en novembre et en octobre, à l'exception d'une réunion européenne sur la crise financière le 12 octobre. En septembre, Nicolas Sarkozy s'octroie un dimanche de shopping à New York avant son intervention à l'ONU le lundi 22. En juillet et août, le constat est terrible. Le monarque est parti en vacances dès le 21 juillet pour ne revenir que fin août. La première quinzaine de juillet fut plus active : Sarkozy a dû officier à l'inauguration de son Union de la Méditerranée le 13, après avoir passé son dimanche 6 au Japon pour un sommet du G8.

En juin, Sarkozy s'est reposé chaque dimanche, sauf le 22 où il s'est déplacé en Israel. En mai, même scénario : 3 dimanche chômés sur 4. Il s'est juste gardé un créneau en fin d'après midi le 25 pour recevoir la première ministre isarélienne Tzipi Livni.

Que dire du début de l'année, de janvier à avril ? Le président français n'a travaillé que 2 dimanche, l'un pour un déplacement semi-touristique en Arabie Saoudite et au Qatar, l'autre, en avril, pour les obsèques d'Aimé Césaire le 20.

Récapitulons : en 2008, Nicolas Sarkozy a travaillé officiellement ... 7 journées de dimanche.

Voici donc un président français qui nous refait le sketch des Champs Elysées jusqu'à l'écœurement, tandis qu'il profite tranquillement de son repos dominical.


Merci Président, pour l'exemple !


Signez donc la pétition.




Lire aussi:

27 décembre 2008

86ème semaine de Sarkofrance: l'abécédaire des promesses non tenues par Sarkozy

Il est temps, en ces derniers jours de décembre, de dresser le bilan des promesses non tenues du président Sarkozy. 2008 fut sa première année entière d'exercice présidentiel. Une année agitée mais maussade pour le Monarque : désastre des élections municipales, tensions internationales, remontée du chômage, présidence européenne sur fonds de crise mondiale. Les sujets n'ont pas manqué pour justifier le volontarisme du Monarque. Mais le divorce entre Sarkozy et les Français semble consommé : au-delà de ses agapes amoureuses et dérapages Bling Bling, Nicolas Sarkozy paye d'avoir trahi certaines promesses.

L'intégralité de son programme ne pouvait évidemment pas s'accomplir en 86 semaines de présidence.

La critique vise ailleurs. Sur certains sujets, il nous avait promis des résultats rapides. Jugeons-le aux actes. La liste qui suit est une première revue, non exhaustive, des engagements non tenus mais qui auraient dû l'être, un abécédaire des échecs de l'année qui devrait troubler l'électeur du 6 mai.

Allocations Familiales
"J’aiderai les familles à chacune des étapes de leur existence. En particulier, j’allouerai des allocations familiales dès le premier enfant." promettait Sarkozy dans son "projet" électoral. En avril dernier, on apprenait que que les bonifications accordées pour les adolescents ne seraient plus versées dès les 11 ans, mais après 14 ans. Tout ça pour économiser 138 millions d'euros sur le dos de 4,5 millions de familles.

Banlieues
Fadela Amara était l'une des "prises" politiques de Nicolas Sarkozy en mai 2007. Elle incarnait aussi un espoir de rénovation et de réhabilitation des banlieues : site web participatif, déclarations tonitruantes sur le "plan anti-glandouille" en août 2007, puis annonce d'un plan "Banlieues Espoirs" en février 2008 soit-disant doté d'un milliard d'euros ! La promesse d'un contrat de travail unique sensé simplifier les embauches en banlieues est vite oubliée. Le plan Amara regroupe des dépenses gérées par d'autres ministères. Dix mois plus tard, le 17 décembre dernier, Nicolas Sarkozy reconnait que le plan est un échec.

Chômage
Sarkozy avait promis de réduire le nombre de chômeurs. Effectivement, les statistiques lui donnèrent raison. Et pour cause ! Après avoir fait voter la dégradation des indemnités chômage pour les sans-emplois qui refuseraient plus de "deux offres raisonnables", il a ignoré les travailleurs précaires. Dès avril 2008, l'intérim s'effondre. "Heureusement" pour lui, la crise mondiale lui donne un prétexte sur mesure pour masquer son échec.

Croissance
Sarkozy devait aller chercher "avec les dents" un point de croissance du PIB supplémentaire. On lui reprochera d'avoir négligé le contexte international. L'éclatement des subprimes américains date de ... l'été 2007. Dès septembre, Bruxelles, l'INSEE ou l'OCDE contredisaient les prévisions gouvernementales. Dès le second trimestre 2008, la production industrielle baissait. Le 29 mars dernier, nous écrivions : "Sarkozy voulait la rupture, il aura la crise mondiale."

Déficits publics
"La maîtrise de nos finances publiques est un impératif moral autant que financier. Les jeunes générations ne peuvent accepter que les générations actuelles vivent à leur crédit" dixit le candidat Sarkozy. Avant même le déclenchement de la crise mondiale au second semestre, les déficits publics s'envolent et la promesse d'équilibre budgétaire en 2012 devient obsolète. La défiscalisation des heures supplémentaires aggrave les comptes de l'Etat, de la Sécurité Sociale et des retraites : 615 millions d'euros pour le seul dernier trimestre 2007 dans les comptes de la Sécu ! Dès mars dernier, Fillon suspend la promesse de réduire de 68 milliards d'euros pendant la mandature les prélèvements obligatoires. Le 4 avril, Sarko annonçait 166 "mesurettes" pour économiser 7 milliards d'euros. On les a déjà oubliées ! Pour 2009, le seul déficit budgétaire de l'Etat est prévu à 80 milliards d'euros par le gouvernement.

Droits de l'Homme
Lors de son discours de vainqueur, au soir du 6 mai, Nicolas Sarkozy fut lyrique. En matière de droits de l'homme, on allait voir ce qu'on allait voir; 19 mois plus tard, le mensonge est patent: la France s'est réconciliée (si tant est qu'elle fusse fâchée) avec la quasi-totalité des dictatures du monde, pour reprendre un fructueux dialogue ... commercial ! Syrie, Russie, Chine, Tunisie, etc, qui n'a pas sa centrale nucléaire ou ses avions Dassault ? La Françafrique continue. Même Bernard Kouchner a fait son mea culpa: un secrétariat d'Etat aux Droits de l'Homme ne sert à rien selon lui. Les droits de l'homme sont bel et bien oubliés.

Environnement
Sarkozy et Borloo s'étaient gargarisés de plaisir avec la tenue, jusqu'en octobre 2007, de leur Grenelle de l'Environnement. A l'exception du moratoire contre la culture d'un maïs transgénique (obtenu grâce à une grève de la faim) et du malus-bonus écolo pour l'acquisition de voitures, a fallu attendre un an pour faire voter la "première loi Grenelle", un catalogue de bonnes intentions dont le financement fut reporté à l'examen d'une seconde loi début 2009. Lors du dernier Conseil Européen, son président, le même Sarkozy, est parvenu à un compromis minable sur l'engagement européen à l'horizon 2020: à peine 4% de réduction des émissions carbone sur son territoire. La belle affaire !

Franchises médicales
En janvier 2007, Sarkozy promettait la lune. Rappelez-vous: "Je ne pense pas qu’il y ait matière à beaucoup d’économies dans la santé. Compte tenu de l’allongement de la durée de la vie, du progrès médical et de l’aspiration bien naturelle de nos concitoyens à vivre en bonne santé, l’investissement dans la santé sera forcément majeur." Le 1er janvier dernier entraient en vigueur ... de nouvelles franchises médicales pour économiser quelques 650 milliobs d'euros par an sur le dos des malades.

Gouvernement resserré
Le décompte réel des effectifs du gouvernement révèle qu'il n'est pas si resserré que promis par le candidat. Entre septembre 2007 et juillet 2008, selon l'annexe au projet de loi de finances pour 2009, les affectations dans les cabinets ministériels ont crû de 397 personnes et le montant des primes distribuées a progressé de près de 5 millions d'euros.

Immigration
En 2008, Brice Hortefeux peu se targuer d'un succès : au prix de quelques compromis, il fait adopter un pacte européen interdisant les régularisations massives. Mais derrière cet arbre, se cache une forêt d'illusions : l'immigration, thème majeur de Sarkozy en campagne, était (et reste) une diversion : sous couvert de quelques nominations au gouvernement (Rachida Dati, Rama Yade et Fadela Amara) Sarkozy s'est permis ce que jamais la France n'a connu depuis la France de Vichy: création d'un ministère de l'Identité Nationale, regroupement familial durci jusqu'aux tests ADN, tests de Français, quotas ethniques par métier, rafles et traques jusque dans les écoles, industrialisation de la rétention, et ... tribunaux pour étrangers. Rachida Dati a même dû préparer une modification constitutionnelle, et créer une commission ad hoc, pour faire passer ce changement de régime. Si l'on retire les expulsions à Mayotte (17 000 par an), le nombre d'éloignements dépasse péniblement les 10 000 cette année encore. Tout ça pour ça !

Immobilier
Favoriser l'accession à la propriété était l'une des priorités de Sarkozy. Le président nous vantait même les vertus du crédit hypothécaire ! Les mesures de soutien furent votées en 2007. Un an plus tard, on mesure combien le projet était anachronique. La crise des subprimes a éclaté à l'été 2007. La bulle immobilière en France était prête à exploser. De janvier à juin 2008, les crédits immobiliers ont chuté de 11%. La défiscalisation des intérêts d'emprunts n'a servi à rien. Les faillites boursières et le resserrement général du crédit ont achevé les ambitions présidentielles.

Police de proximité
Nicolas Sarkozy aurait du avaler son chapeau. Michèle Alliot-Marie a créé en janvier 2008 des "unités territoriales de quartier", histoire de faire oublier les déclarations de campagne ("La police de proximité mise en oeuvre par M. Jospin a abouti à ce que, pour la première fois dans l’histoire de France, on a dépassé les 4 millions de crimes et délits").

Pouvoir d'achat
Cf "Travailler plus pour gagner plus."

Prisons
La rénovation des prisons et des conditions de détention est l'un des grands échecs de la présidence Sarkozy à ce jour. Sa promesse de campagne était pourtant claire : "Je suis également partisan d'une grande loi pénitentiaire permettant à notre démocratie de définir ce qu'elle attend de ses prisons et de se donner les moyens de sa politique dans ce domaine." Depuis, les records de surpopulation sont dépassés de mois en mois. Le 28 juillet, Rachida Dati présentait quelques mesurettes.

Protection des sources des journalistes
Bel effet de communication, en mars dernier. Rachida Dati a fait voter une loi. Mais son texte officialise en fait les exceptions à cette protection des sources, qui sont "à titre exceptionnel et à condition que la nature et la particulière gravité du crime ou du délit et les nécessités des investigations le justifient" comme le terrorisme par exemple...

République irréprochable
Sarkozy nous l'avait promis. Mais 2008 fut l'année de tous les excès : augmentation du traitement présidentiel de 173% en janvier 2008, nouvel avion, dérapage des frais de la Présidence, multiplication des déplacements d'ordre privé, légions d'honneur de complaisance, nomination des patrons de l'audiovisuel, grâce présidentielle pour Marchiani ou Tapie. Tout y est.


Retraites
Contrairement à ce qu'on nous raconte, la "grande" réforme des retraites n'a pas eu lieu. En fait, le gouvernement Sarkozy n'a fait que dégrader le régime par petites touches: suppression des pré-retraites de 57 à 60 ans, revalorisation a minima des pensions ( moins que l'inflation en 2008), allongement à 41 ans de la durée de cotisation retraite passera mécaniquement à 41 ans, en application... de la loi Fillon de 2003.

Le véritable impact de Sarkozy sur les retraites fut la loi TEPA : la défiscalisation des intérêts d'emprunts immobiliers, et des heures supplémentaires (pour ne citer que les deux plus importantes) creusent le déficit des caisses des retraites de quelques 2,5 milliards d'euros par an...

Sans-abris
C'était l'un des engagements les plus démagogiques du candidat: le 18 décembre 2006, il promettait de supprimer tous les ans-abris dans les deux ans. Le 18 décembre dernier, il y avait (évidemment) encore pas mal de sans-abris en France. Près de 350 d'entre eux sont même morts de froid cette année. Le 29 janvier dernier, à quelques semaines de la fin de l'hiver, Fillon avait fait un geste, un plan pluri-annuel pour prévenir les expulsions locatives et un programme de "réhabilitation des centres d'hébergement et d'augmentation des capacités." Comme un bégaiement de l'histoire, Sarkozy répéta quasiment mot pour mot les mêmes promesses en décembre...

Seniors
"Je mets d’ailleurs les entreprises devant leurs responsabilités. On doit garder les quinquagénaires dans les entreprises" nous expliquait le candidat de la droite en 2007. On croyait qu'il allait agir sur les employeurs. Quel malentendu ! En mai dernier, les (futurs) retraités ont eu confirmation que (1) leur pension n'augmenterait que de 1,9% (1,1% en mars, 0,8% en septembre), (2) les pré-retraités de 57 à 60 ans devraient pointer prochainement au chômage, (3) la durée de cotisation retraite passerait mécaniquement à 41 ans et (4) qu'ils risquent d'être radiés du chômage après deux refus d'emploi comme tout chômeur. 60%* des seniors (55 à 65 ans) ont été ainsi précarisés en quelques jours.

Traité Simplifié
Le 3 janvier, le Conseil des Ministres adoptait le "projet de loi constitutionnelle modifiant le titre XV de la Constitution", proposé par la Garde des Sceaux. Mais quelques mois plus tard, ce projet censé relancer la construction européenne s'écrasait en Irlande, seul pays européen à avoir choisi la ratification par référendum. Déjà lourd de quelques centaines de pages, ce traité fut encore charcuté lors du dernier Conseil Européen de l'année, le 12 décembre dernier. On veut nous faire croire que tout va bien...
Même si l'examen de cette loi est reportée au 15 janvier 2009, ses supporters devraient s'interroger sur le rétrécissement brutal de son périmètre. Nicolas Sarkozy, qui travaille lui-même rarement le dimanche, a usé et abusé du fameux exemple des ouvertures de magasins sur les Champs Elysées à paris. In fine, il a accepté de limiter le projet de loi à la légalisation des ouvertures actuelles.

"Travailler plus pour gagner plus"
Ce slogan mérite un blog à lui tout seul. Votée dans l'urgence dès juillet 2007, la loi TEPA exonérait les heures supplémentaires d'impôt et de cotisations sociales. Effet d'aubaine, les entreprises ont pu en profiter. Le marché de l'intérim s'est effondré dès le mois d'avril. En 2007 déjà, les Français n'ont pas travaillé plus. Le pouvoir d'achat a-t-il cru pour autant ? Non. L'envolée des prix de l'énergie et des matières premières conjuguée à une faible augmentation des salaires ont sabordé l'efficacité du dispositif. En 2008, le pouvoir d'achat des Français a baissé, le chômage technique s'étend, les destructions d'emploi se multiplient. On ne cherche pas à travailler plus, mais à travailler tout court.

Il y a presque un an, un confrère blogueur commentait ainsi l'actualité présidentielle : "Pour l'instant, la seule opposition véritable, c'est la réalité."

Un an plus tard, le constat tient toujours. En 2007, Sarkozy a conduit une campagne électorale victorieuse, sur des promesses intenables, ou des mensonges grossiers qui n'engagent que ceux qui y ont cru. Le débat électoral méritait mieux que ces intoxications.

26 décembre 2008

Les mots de Sarkozy ..; au Brésil !

Finances, Libertés : la France jugée par l'Europe

Mardi 23 décembre, le gouvernement français a communiqué à la Commission européenne son "plan de stabilité." Comme ailleurs en Europe, les mauvaises nouvelles s'accumulent sur le front de l'emploi et de la croissance. Mais la situation française est plus préoccupante que d'autres, tant ses finances publiques sont dégradées avant même le déclenchement de la crise.

Mauvaise gestion

Curieusement, les autorités françaises se montrent optimistes dans leur plan présenté à Bruxelles : "l'amélioration du marché de l'emploi dans l'économie française et une meilleure gestion de l'accompagnement des demandeurs d'emploi (création de " Pôle emploi " né de la fusion ANPE-Unedic) permettrait une diminution des dépenses du régime d'assurance chômage de 2,5% en moyenne par an sur la période 2010-2012". Ainsi, "les dépenses des administrations de sécurité sociale progresseraient de 3,6% en moyenne par an entre 2010 et 2012", grâce à "une progression modérée de la dépense sous Ondam (assurance maladie, ndlr) de +3,3% sur la période, une croissance relativement soutenue mais en ralentissement des prestations vieillesse (+4,8% en moyenne par an), une faible croissance des prestations familiales (+2,4% en moyenne par an) et une diminution des prestations chômage" (source). Vous avez bien lu: le gouvernement français prédit une amélioration de l'emploi dès 2010, ce qui réduira le coût de l'indemnisation des chômeurs.

Le plan français confirme le glissement sans précédent des dépenses publiques. Comme nous le rappelions hier, ces dernières dépasseront en 2009 le précédent record qui date de 1997, à 53,5% du PIB.

En arrivant au pouvoir, Nicolas Sarkozy avait déjà dû négocier avec ses partenaires européens, et demandé "de lui donner du temps pour réformer son pays et ramener à l’équilibre ses finances publiques" : la promesse française d'un retour à l'équilibe des finances publiques ne serait pas pour 2010, pour cause de paquet fiscal... Les pays de la zone euro s'étaient fixés 2010 comme date butoir pour ramener les déficits à zéro et la dette à 60 % du PIB. "Nous ferons tous les efforts pour atteindre l’équilibre budgétaire en 2010, avait expliqué le président de la République, le 9 juillet 2007. Si l’on n’y arrive pas, alors je demanderai à être au rendez-vous de 2012."

Le scandale des centres de rétention.
Mardi 23 décembre, Bruxelles rappelait aussi Paris à l'ordre sur ses centres de rétention d'immigrés clandestins, à propos de l'affaire de Mayotte. La révélation, la semaine dernière, des conditions de détention des sans-papier interpelé sur cette île français du bout du monde a choqué. L'un des porte-parole de la Commission européenne a ainsi déclaré  : "La Commission européenne appelle au respect des droits de l'Homme partout où des violations sont identifiées". Citant explicitement le centre de Mayotte, il a ajouté que "les hommes, les femmes et les enfants retenus dans ce centre ont droit à des conditions de vie décentes." Ironie du sort, Brice Hortefeux, ministre de l'identité nationale, se félicitait le 3 novembre dernier de l'adoption du pacte européen sur l'immigration, proposé par la France. Ce dernier stipule notamment que "les étrangers en situation irrégulière sur le territoire des Etats membres doivent quitter ce territoire. Chaque Etat s'engage à assurer l'application effective de ce principe dans le respect du droit et de la dignité des personnes concernées". Arroseur arrosé ?

La semaine dernière, il a fallu que le quotidien Libération publie photos et video pour déclencher une réaction officielle française. Nicolas Sarkozy est d'habitude très prompt à intervenir dans les médias pour défendre n'importe qu'elle victime. Cette fois-ci, il est resté discret. Aucune réaction présidentielle. Seul Yves Jego, le secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, expliqué que cette situation n'était pas acceptable. La préfecture de Mayotte a ensuite affirmé, samedi 20 décembre, que la journée du 22 octobre 2008 filmée par les journalistes correspondait "à la pire situation, une journée exceptionnelle.

Fin novembre, le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Thomas Hammarberg, avait déjà présenté un sévère réquisitoire contre la politique française en matière carcérale et d'immigration :  « Les migrants ne sont pas des numéros et même les sans-papiers ont des droits. Bon nombre d'entre eux ont contribué au développement du pays et méritent un traitement humain ». Et il dénonçait les conditions de rétentions, mais aussi les sanctions trop sévères prises par les juridictions pour mineurs, "le risque d'arbitraire dans le cadre de la rétention de sûreté", "les conditions inacceptables de vie auxquelles sont contraints de nombreux détenus qui subissent le surpeuplement, la promiscuité et la vétusté des installations et des conditions d’hygiène". Bref, en France, les droits de l'homme sont affaiblis par les politiques sécuritaires de Nicolas Sarkozy.

Alors que Sarkozy abandonne sa présidence de l'Europe, voici la France sur les bancs des accusés de mauvaise gestion et pratiques liberticides.

Qui dit mieux?

25 décembre 2008

Chômage ou Déficit ? Les deux !

En cette semaine de Noël, l'inquiétude grandit à propos des déficits publics. Et les chômeurs savent à quelle sauce ils seront indemnisés l'an prochain.

Précarité
Dimanche 21 décembre, Nicolas Sarkozy faisait publier par ses conseillers de permanence un communiqué dans lequel il félicitait de l'accord concernant le chômage partiel. cet accord porte le taux d'indemnisation de 50 % à 60 % de la rémunération horaire brute, avec une indemnité minimale correspondant au SMIC net. Sarkozy rappelait ainsi que "dans la période actuelle, il est essentiel que chacun fasse ses meilleurs efforts pour trouver des solutions concrètes pour les salariés victimes de la crise." Il a bien raison. Sans attendre un éventuel débat parlementaire, le Président réitérait sa promesse de majorer l'allocation spécifique de chômage partiel et de permettre rapidement "une utilisation plus souple du chômage partiel. Le nombre d'heures autorisées de chômage partiel sera augmenté de 600 à 800 voire 1 000 pour les secteurs les plus en difficultés. La durée consécutive possible pour le chômage partiel sera portée de quatre semaines à six semaines."

Le Monarque est resté plus discret sur les négociations en cours entre les partenaires sociaux sur le renouvellement de la convention UNEDIC. Dans la nuit de mardi à mercredi, les négociateurs des deux bords, salariés et employeurs, se sont mis d'accord sur un texte que les condéférations syndicales ne ratifieront (ou pas) en janvier:
  • Baisse des cotisations (sous condition de bénéfice d'exploitation du régime général).
  • Réduction de la durée maximale d’indemnisation (de 36 à 24 mois, sauf pour les plus de 50 ans). 
  • Elargissement des indemnisations aux chômeurs ayant cotisé 4 mois (contre 6 auparavant)
  • Equivalence entre jour travaillé et jour indemnisé.
Pourquoi Nicolas Sarkozy s'est-il tu ? Mardi 24 décembre, l'UMP a encouragé les syndicats à signer. La droite au pouvoir reste dans sa logique : privilégier l'offre, c'est-à-dire le soutien aux entreprises (baisse des cotisations) aux détriments de la demande (salariés, chômeurs, etc).

Le symbole est fort. A quelques jours d'intervalle, la Présidence salue l'assouplissement du chômage partiel et se tait sur les indemnisations générales.

Rappelons que l'on nous prédit 214 000 destructions d'emplois entre janvier et juin 2009, et une remontée du chômage "officiel" à 8% de la population active.



Finances publiques
Les députés, de gauche comme de droite, s'inquiètent du dérapage des déficits publics. Le prétexte de la relance joue peu puisque le plan annoncé par Nicolas Sarkozy le 25 novembre dernier est finalement très avare en mesures à effet immédiat: à peine 4 milliards d'euros de soutien à la consommation et aux salaires, sur un chiffrage global de 26 milliards ! Ironie du sort, les dépenses publiques (Etat, collectivités locales et Sécurité Sociale) dépasseront en 2009 le précédent record qui date de 1997, la dernière année du gouvernement ... Juppé. Même le Figaro est très inquiet: "Cette nouvelle se cache dans les toutes dernières pages du programme de stabilité pour les années 2009 à 2012, un document que Bercy est sur le point d'envoyer à Bruxelles, comme chaque année, pour détailler ses prévisions de finances publiques." En effet, les dépenses publiques absorberont 52,7 % du PIB français en 2008 puis 53,5% en 2009, contre 52,4 % en 2007. En conséquence, le déficit public frolera les ... 100 milliards d'euros l'an prochain, dont une vingtaine de milliards sur les régimes sociaux et les collectivités, et 79 milliards de déficit budgétaire. Quand les députés demandent si l'Etat a quelques difficultés à emprunter pour financer ces écarts, la ministre Christine Lagarde reste évasive.

Tout va bien Madame la Marquise.



Lire aussi :

24 décembre 2008

Sarkozy: "nous, là-haut."

Ecoutez bien. Dans cette video, le Monarque tente d'expliquer les risques de dérapages budgétaires, avec des mots simples, à son assistance composée d'agriculteurs. Et il a cette facheuse et curieuse expression pour se désigner :

"Nous, là-haut"

"Nous, là-haut"

"Nous, là-haut"




(merci Politistution)

Les vacances ne sont pas pour tout le monde en Sarkofrance

En ce 24 décembre, la Sarkofrance présente un double visage. Le président français se repose à Rio. Son premier ministre part au soleil en Egypte. Jean-Charles Marciani voit sa peine partiellement grâcié. Les deux "accusés de Tarnac" restent en prison.

L'exécutif bronze au soleil
En déplacement au Brésil depuis lundi 22 décembre, Nicolas Sarkozy s'est fait accompagné de son épouse Carla Bruni.

Du 24 au 31 décembre, l'agenda présidentiel est ... vide. Tout simplement vide. L'observateur sceptique s'interrogera sur le sens de cette visite coûteuse, sur les deniers de l'Etat: deux jours "officiels" puis 5 jours de repos. On dirait que les vacances présidentielles avaient besoin d'un prétexte... Certes, 2009 est l'année de la France au Brésil. Nicolas Sarkozy a rencontré le Président Lula, mardi 23, et annoncé la signature de quelques contrats commerciaux et d'armements connus et négociés avant même ce voyage. De sa chambre d'hôtel, Nicolas Sarkozy pouvait contempler la baie de Copacabana. il est désormais en vacances "en famille".
Avant de partir, l'épouse du Monarque avait pris la peine de refaire un peu de promotion de son album. Jeudi dernier, Carla-Bruni faisait en effet l'objet d'une émission spéciale sur M6, à 22h40. Un plateau "incroyable" avec Jean-Paul Gauthier, Laurent Voulzy et l'ineffable Laurent Boyer. Tout en hommage, sans distance critique, histoire de relancer un peu la monarchie et ... les ventes du disque de la "Première Dame." On y a appris de belles choses comme "je n'ai jamais vraiment voté" ou "on ne se marie pas par raison".
François Fillon prend également quelques jours de vacances, tout comme Jean-Louis Borloo. C'est donc Michèle Alliot-Marie qui garde la maison du pouvoir. "Y at-il un pilote dans l'avion France? " s'interroge un hebdomadaire.

... Pendant d'autres restent à l'ombre en France
La nouvelle était attendue. Nicolas Sarkozy a accordée une grâce partielle à l'ex-préfet Jean-Charles Marchiani. Le Monarque avait pourtant renoncé à toute grâce depuis son élection. Il faut croire que Marchiani avait d'autres atouts qui ont fait la différence par rapport aux autres détenus des prisons françaises surpeuplées. On se souviendra en effet que cet ancien commis de l'Etat était, comme le rappelle Benoit Hamon, "le parrain politique de Nicolas Sarkozy et son prédécesseur à la présidence du Conseil général des Hauts-de-Seine". Homme de l'ombre, Marchiani a été cité dans de multiples affaires, depuis l'assassinat de Stefan Markovic en 1968, l'ancien garde du corps d'Alain Delon, la libération des otages français du Liban, jusqu'à l'Angolagate dont il fut l'un des 42 prévenus.

Julien Coupat et sa compagne n'ont pas eu cette chance. la clémence de la justice, fusse-t-elle ordinaire, n'a pas joué en leur faveur. ils passeront Noël à l'ombre, en prison. La cour d'appel de Paris a en effet jugé mardi que la procédure de référé-détention qui avait suspendu vendredi sa remise en liberté était "justifiée". Cinq semaines de détention pour deux habitants de Tarnac, présumés innoncents (faut-il le rappeler ?). Le schéma sarkozyen d'un complot terroriste pour saboter les lignes de la SNCF par une "cellule invisbile" de l'ultra-gauche a fait feu depuis la libération de 4 accusés. Mais il faut maintenir l'illusion... Jusqu'au bout.

Marchiani en liberté prochaine, Coupat en prison, Sarkozy et Fillon au soleil.

Joyeux Noël.

23 décembre 2008

Terrorisme à la SNCF : les 9 de Tarnac

Nous l'apprenions mardi 16 décembre : des anonymes ont revendiqué des actes de sabotage contre des lignes de chemin de fer en France et en Allemagne en novembre. Leur lettre, en allemand, a été publiée par le quotidien de gauche berlinois Tageszeitung :
«Parce que nous en avons ras le bol, nous avons dirigé aujourd'hui aux aurores notre colère contre les lignes de transport de (déchets) nucléaires» (...)
«Avec des incendies criminels et des crochets métalliques, nous avons donné le signal de notre résistance sur les lignes Paris-Strasbourg, Paris-Lille, Paris-Rhône-Alpes, Paris Bourgogne, Ludwigshafen-Mayence (ouest), Kassel-région de la Ruhr (centre et ouest), région de la Ruhr-Hanovre (idem), Brême-Hambourg (nord) et plusieurs lignes des environs de Berlin»
La police de Sarkofrance avait fait son grand show médiatique, le 11 novembre, en arrêtant une bande de marginaux gauchistes, et d'apparence sympathique, en pleine Lozère. Sur le moment, le rapport de la Sous-Direction Anti-Terroriste est édifiant : "J’ai l’honneur de vous rendre compte des investigations diligentées en exécution des réquisitions citées en référence et ayant permis d’identifier et de démanteler une structure clandestine anarcho autonome basée sur le territoire national et se livrant à des opérations de déstabilisation de l’Etat par des actions violentes menées au cours des manifestations se tenant en marge de chacun des grands évènements politiques ainsi que par des actions de sabotage des infrastructures de transport" (source).

Depuis, on en sait davantage sur les "9 de Tarnac", comme LE MONDE les a surnommés: Mathieu B., 27 ans; Julien Coupat , 34 ans; Yldune L., 25 ans; Benjamin R., 30 ans; Elsa H., 23 ans, et Bertrand D., 22 ans; Gabrielle H., 29 ans; Manon G., 25 ans; Aria T., 26 ans. Un groupe de jeunes gens, fuyant les affres de la société de consommation et du salariat dans une existence campagnarde et retirée. La police et la justice, mandatée à grand renfort de déclarations publiquespar le pouvoir sarkozyen, n'en a cure. Les conditions d'interrogation de 4 d'entre eux, relâchés le 2 décembre par le tribunal, sont difficilement acceptable à entendre pour qui est persuadé qu'ils sont innocents. Ainsi s'exprimaient les policiers à leur égard pendant leur garde à vue :
"On est ton pote. On va te foutre en taule. On est d'accord avec toi. Tu as de la merde dans le cerveau parce que tu as lu des livres. On va aller te chercher un sandwich. Tu reverras jamais ton fils."
Puis, vendredi dernier, le juge des libertés et de la détention a ordonné la libération de Julien Coupat, "le cerveau" de la bande, d'après la police. Le Parquet a fait appel de cette décision, en utilisant une procédure de "référé-détention", paraît-il rarissime, qui permet de laisser Coupat en prison le temps de la décision d'appel.

Plus que jamais, le pouvoir semble vouloir sauver les apparences. Cette affaire prêterait à sourire s'il n'était pas inquiétante.

En Sarkofrance, tout est possible.

22 décembre 2008

Affaire Julien Dray : instrumentaliser la justice ?


Doit-on s'interroger sur l'instrumentalisation des enquêtes judiciaires au profit du pouvoir en place ?

Oui.

Une belle tradition
Sous François Mitterrand, les écoutes téléphoniques, illégales, visèrent nombre de personnalités publiques. D'aucuns se rappelleront les affaires de la Mairie de Paris, révélées au grand jour par l'action conjuguée de citoyens persévérants et ... de l'équipe Balladur lors de la campagne présidentielle de 1995 : HLM de Paris, marchés truqués des lycées d'Ile-de-France, emplois fictifs à la Mairie, financement des voyages de Chirac et de son entourage, tout y passe. On se souvient également des soupçons pesant sur Sarkozy, alors ministre du Budget, d'avoir multiplié les contrôles fiscaux contre les proches de Jacques Chirac.

Certains journalistes sont d'ailleurs moins imperméables que d'autres aux manipulations des Renseignements Généraux. A entendre Jean-Marie Pontaut, journaliste à l'Express, lors des Etats Généraux de la Presse en novembre dernier, on se demande qui manipule qui. Ce dernier expliquait qu'il a souvent rencontré Yves Bertrand, l'ancien patron des RG; que ce Bertrand était l'un des hommes les mieux renseignés de France et une très bonne source d'information ("on se voyait, il me passait des informations"). Bizarrement, dans la même intervention, le journaliste ne justifie jamais pourquoi il n'a jamais révélé à ses lecteurs les tentatives de manipulations dont il était comme d'autres victime ("il a essayé de me manipuler"). Mais Pontaut explicite très clairement que certaines de ces manipulations émanaient de l'entourage de la Présidence de l'époque.

Déstabiliser Dominique de Villepin
L'affaire Clearstream est nauséabonde. L'ancien premier ministre paye le prix fort de la rivalité Chirac-Sarkozy en 2002-2007. Il sera trainé devant les tribunaux. D'obscurs carnets secrets d'un barbouze de l'Elysée d'antan sont dévoilés dans la presse. Comme le note le Nouvel Obs, Nicolas Sarkozy "a usé de toute son influence pour aboutir à ce résultat." "Le plus haut responsable de l'Etat intervient ouvertement dans le processus", a également expliqué M. de Villepin. "La passion qu'il a mise dans cette affaire a effectivement pesé sur l'instruction". De quoi est soupçonné l'ancien Premier Ministre ? De dénonciation calmomnieuse. Cette accusation a justifié des centaines d'heures d'auditions, et deux années d'enquêtes. Dominique de Villepin a été mis en examen le 27 juillet 2007 pour "complicité de dénonciation calomnieuse", "complicité d'usage de faux", "recel de vol" et "recel d'abus de confiance".

Divertir l'opinion
Les moyens judiciaires et policiers ont également été mis à contribution dans l'affaire "des 9 de Tarnac", ces anarchistes ou membres de "l'ultra-gauche" soupçonnés d'être de dangereux terroristes: des moyens exceptionnels ont été mobilisés début novembre pour mettre en scène leur arrestation, à Tarnac (Lozère). Accusés de terrorisme, leur traitement fut digne de celui réservé à des poseurs de bombes. Las, des magistrats ne suivirent pas les fantasmes sarkozyens. Quatre d'entre eux furent libérés trois semaines plus tard. Vendredi dernier, le juge des libertés et de la détention réclamait à son tour la libération du "cerveau" de cette "cellule invisible." Evidemment, le parquet a fait appel. Le ridicule menace parfois la Sarkofrance.

Déstabiliser l'équipe Royal ?
L'affaire qui frappe Julien Dray survient à point nommé. Xavier Darcos vient de céder, et Nicolas Sarkozy avace lui. la réforme de la classe de seconde est reportée ... d'un an. Alix Nicolet, présidente de la FIDL, maintient la pression : "On ne reprendra pas les discussions tant que le gouvernement ne renoncera pas aux suppressions d’emplois." Comme par hasard, c'est le moment choisi par la police pour perquisitionner le domicile de Julien Dray et son bureau à l'Assemblée Nationale, dans une enquête pour des faits présumés d'abus de confiance qui mouille ... la FIDL. La ficelle est grosse, comme d'habitude en Sarkofrance. cette enquête a été ordonnée par le Parquet de Paris.

Les soupçons sont richement détaillés par LE MONDE: utilisation à des fins personnelles de sommes importantes sur les comptes des associations "Les Parrains de SOS Racisme" et FIDL; financements indus bénéficiant à Julien Dray; soupçons de corruption. Tout y est. L'article rappelle même que le nom de Julien Dray avait été cité dans l'affaire de la MNEF il y a 8 ans.

Le quotidien LE MONDE a soulevé cette affaire, vendredi 19 décembre. Qui signe l'article qui fait la une du quotidienne?

Dimanche, Julien Dray s'est estimé "sali".

"Je vais m'exprimer, mais pas précipitamment.. on m'a sali, et ce n'est pas en cinq minutes que je vais répondre à tout ça"


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