mercredi 17 décembre 2008

Sarkozy a-t-il affaibli l'Europe ?

Vendredi dernier, Nicolas Sarkozy jubilait. Hier, il s'adressait au Parlement européen. "L'Europe m'a changé" déclarait-il. Vraiment ?

Vendredi, Sarkozy content de lui
Il était parvenu à un accord sur les trois sujets à l'ordre du jour du Conseil Européen des 11 et 12 décembre. Peu importe le contenu de ces accords, seul comptait l'affichage d'un résultat. Verbatim présidentiel.
"J'espère que tous ceux qui me succéderont aimeront autant le job (...). J'étais très heureux de le faire. Ça a été un grand moment. Je me suis fait de nouveaux amis."
«Est-ce que tout cela va me manquer ? Peut-être, mais vous n'allez pas m'en vouloir d'aimer l'Europe !»
« On est en train de changer les habitudes, on parle un peu moins, on agit davantage »
«c'est reparti, l'Europe recommence sa marche institutionnelle en avant»
«Ce n'est pas la peine de négocier jusqu'à quatre heures du matin pour trois cacahuètes !» 
«Il faut moins de formalisme, moins de snobisme sur les procédures, les badges, les accrédités, l'ennui mortel des réunions…»
«personne ne peut contester la nécessité que le président (du Conseil européen) exerce un véritable leadership».«La difficulté est d'être à la fois à l'écoute, de présider de façon souple, mais de ne pas laisser dériver les choses»
Le malentendu 
  Devant les parlementaires européens, Sarkozy a clarifié un malentendu: "Vouloir passer par dessus la tête de ceux qui sont élus dans leurs pays, ce n'est pas une erreur, c'est un intégrisme (...) Vouloir construire l'Europe contre les nations serait une erreur historique"

Les nonistes avaient effectivement vite crié au scandale. De Jean-Luc Mélenchon à Nicolas Dupont-Aignan, les critiques ont été nombreuses contre ce qu'ils qualifient de remise en cause du référendum européen de 2005. Certains peuples (français notamment) ont refusé un traité. Le voici qui revient par la fenêtre. Pourtant, l'un des bilans évidents de la présidence française de l'UE est le retour des Etats. Sarkozy a misé sur une Europe des nations, bousculant les pratiques et usages. L'Europe se construisait sur des traités inspirés par quelques leaders charismatiques, des règles supra-nationales, ou des oukazes bruxellois en tous genre. Depuis près de 6 mois, Nicolas Sarkozy est parvenu à remettre la négociation politique au premier plan.

Tout se négocie, peu importe les principes. Et tout se négocie entre Etats souverains.

Les partisans d'une Europe plus fédérale, appuyée sur un parlement européen élu au suffrage direct, peuvent être partiellement satisfaits par ce retour politique après la glaciation 2005-2007. Mais ils devraient être inquiets : sous la présidence sarkozyenne, le parlement a été superbement ignoré : traité de Lisbonne, crise georgienne, krach boursier, plan de relance, sur aucun de ces sujets le parlement européen n'a été associé en amont. Et la Commission Européenne n'est pas mieux lotie. José-Manuel Barroso, son président, s'est contenté de suivre et d'obéir. Sarkozy a exporté son présidentialisme agité à Bruxelles. «La présidence française, c’est une girouette qui dit à un moment une chose qui est vraie, et a un moment dit une chose qui est fausse» a critiqué Daniel Cohn Bendit mardi au Parlement.

Le parlement boycotte-t-il les cérémonies des JO chinois ? Qu'importe, Sarkozy s'y rend quand même. La crise exige-t-elle un plan européen commun ? Pas le temps ! Sarkozy annonce rapidement un "faux plan", la somme des initiatives nationales déjà lancées.

Bref, les nonistes se trompent sur toute la ligne.

Nicolas Sarkozy a largement affaibli l'union européenne au profit d'une Europe des Nations.


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1 commentaire(s):

  1. Sarkozy redoute un Mai-68 à Noël.

    Comme « Le Canard Enchaîné » l’a rapporté dernièrement, Nicolas Sarkozy redoute une crise sociale de grande envergure et, par-dessus tout, que l’exemple de la Grèce fasse école en France.

    « Ca chauffe partout en Europe, a-t-il dit à son retour de Bruxelles. En Grèce, mais aussi en Espagne, en Italie, et même en France. Il ne faudrait pas qu’on ait un mai-68 européen en plein Noël ! »

    Décidément anxieux, Sarkozy redoute à la fois « des émeutes dans les banlieues » le 31 décembre, qui iraient bien au-delà des traditionnels incendies de voitures, mais aussi la contagion grecque :

    « Le slogan des étudiants grecs sur « La génération à 600 euros », ça peut très bien prendre chez nous » a-t-il estimé.

    Du coup, Sarkozy a décidé, le 13 décembre, d’éteindre une mèche particulièrement sensible : la révolte des lycéens. Consigne a été donnée à Xavier Darcos, alors en visite en Israël, de reporter d’un an son projet de réforme des lycées. Histoire, a expliqué Sarkozy à ses collaborateurs, d’ « enlever des motifs de crispation et d’éviter une manifestation, un dérapage qui pourrait avoir des conséquences graves ». Traduire : un mort, tel Malik Oussekine le 6 décembre 1986.

    Trois jours plus tôt, pourtant, Claude Guéant assurait à ses interlocuteurs qu’il n’était pas question de caler. Ce même jour, mercredi 10 décembre, Sarkozy recevait des parlementaires UMP et excluait tout autant un report de l’examen du texte sur le travail du dimanche :

    « Tout recul serait interprété comme un renoncement à réformer. Le travail du dimanche, c’est un symbole, leur a expliqué Sarkozy. En politique, dès qu’on recule, on s’arrête définitivement et on ne s’en remet pas. Balladur ne s’est jamais remis du retrait du CIP (le SMIC-jeunes). Quand Mitterrand a changé de politique en 1983, et Chirac en 1995, ils ne s’en sont jamais vraiment relevés. Tout comme Villepin avec le CPE. »

    Cinq jours plus tard, à l’instigation de Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP, Sarkozy acceptait que son projet sur le travail le dimanche soit vidé de sa substance.

    Ce n’est pas un recul, évidemment ! Simplement un gros coup de marche arrière.

    (Le Canard Enchaîné, 17 décembre 2008, page 2)

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