31 janvier 2009

91ème semaine de Sarkofrance : la nouvelle imposture sociale de Sarkozy

Jeudi, plus de deux millions de personnes ont manifesté contre le cauchemard français. Pour la première fois en 91 semaines depuis l'accession de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République, les enjeux simplement catégoriels étaient secondaires, au profit d'un ras-le-bol social et politique, général et divers. Le pouvoir en place a fait le dos rond, mais sans montrer une quelconque écoute. La Sarkofrance reste empêtrée dans ses monologues et ses caprices. Nicolas Sarkozy, ce jour-là, est devenu le bouc-émissaire d'une France qui criait calmement son écœurement.

Le monologue de l'UMP
Samedi dernier, Sarkozy avait terminé son ménage à l'UMP. Xavier Bertrand et sa nouvelle direction de seconds couteaux ont été "élus" à l'unanimité par les boitiers électroniques de la salle du Conseil National. L'exil strasbourgeois de Rachida Dati, icône grillée de Sarkofrance, a été confirmée. Le député suppléant Frédéric Lefebvre a tenté de stigmatiser un peu plus le Parti Socialiste : il paraît que l'UMP est devenu ce parti modèle qui pratique l'ouverture en son sein et y importe les bonnes pratiques des hémicyles parlementaires. Fichtre ! Précipitation et débats bâclés à l'UMP, ça donne envie... Mardi dernier, la messe du droit d'amendement était dite. Les députés UMP et Nouveau Centre, sauf 34 d'entre eux, ont voté la loi organique, et son fameux article 13 donnant la possibilité aux règlements des assemblées d'instituer "une procédure impartissant des délais pour l'examen d'un texte". Amen. Le Parti Socialiste a de nouveau boudé l'hémicycle mercredi veille de grève.



Le monologue du Monarque
Nicolas Sarkozy a achevé son dernier "monologue" présidentiel vendredi dernier devant la presse : un discours sans question, similaire à sa tournée des vœux des quinze derniers jours. Devant ses cadres le lendemain, il a rappelé son "excellent" bilan international. Il a même menti en affirmant que le cessez-le-feu à Gaza était dû à son second déplacement il y a 10 jours. Manque de chance pour la paix, la situation s'est à nouveau tendue sur place mardi 27 janvier. des tirs de roquettes palestiniens ont provoqué le lendemain de nouveaux bombardements israéliens. La paix est un travail de longue haleine qui ne se contente pas d'agitations médiatiques. Lundi, Sarkozy a été vexé par Obama. Ce dernier a attendu 6 jours pour lui téléphoner après son investiture. Le président américain l'a informé que son émissaire pour le Proche Orient passerait une tête. Paris, petite escale vers Gaza, voici la suprême humiliation. En déplacement mardi à Chateauroux, Sarkozy continue: "Il faut à la fois que nous soyons ouverts au dialogue, à la concertation, à l'écoute et en même temps qu'on soit déterminé. Si on doit écouter tous ceux qui se plaignent, à l'arrivée, je vais faire comme beaucoup d'autres avant moi, pas grand-chose". Mercredi, Sarkozy laisse parler ses ministres.

Ses ministres n'ont pas fait mieux, tous paralysés qu'ils étaient à l'approche du grand jour... Ainsi, Eric Besson a tenté de s'afficher comme le nouveau gant de velours de l'Identité Nationale : il va demander à Sarkozy d'être jugé sur d'autres critères comme l'intégration des primo arrivants; il s'est déplacé à Calais pour juger de la situation des clandestins sur place. Un bel affichage. Sur le fonds rien ne change. Eric Besson est resté silencieux sur la détention 4 jours durant à Roissy d'une adolescente de 12 ans, d'origine africaine, le week end dernier, ou sur l'ouverture du nouveau centre de rétention de Metz à proximité d'un ancien camp de concentration... Décidément, les symboles sont durs en Sarkofrance. Son collègue Hervé Novelli s'est félicité des 1,3% de créations d'entreprises supplémentaires en 2008: à quelques heures de la publication d'exécrables statistiques du chômage d'après Laurent Wauquiez, le secrétaire d’Etat au Commerce, à l’Artisanat, aux PME, au Tourisme et aux Services a eu la formule malheureuse car anachronique : "ces chiffres sont excellents étant donné le très important ralentissement économique de la fin de l’année". Nous parlons de ... 4 200 créations supplémentaires d'entreprises. Rappelons que la Commission Européenne nous prévoit une récession de 1,5% du PIB en 2009 et un chômage à 10,6 % en France.

Jeudi, le Monarque est resté discret. Nicolas Sarkozy n'était plus Napoléon III mais Louis XVI réfugié à Varennes. Aucun rendez vous officiel, aucune intervention publique. Pour la première fois depuis le 7 mai 2007, il s'est abstenu de toute communication avant 20H un jour de semaine. Un proche ministre a reconnu qu'il avait pris peur : "Cette séquence a dévoilé un malaise social plus important que nous ne le pensions et le président s'est montré très surpris par la tournure des événements".

Ces signaux faibles qui méritaient un message fort
Jeudi fut effectivement un grand jour. Le mouvement du 29 janvier a été précédé de "l'Appel des Appels", un cri d'alerte lancé par différents professionnels (psychiatres, chercheurs, professeurs, etc) face aux "réformes" de Nicolas Sarkozy. Des foules compactes, diverses et calmes ont sillonné les villes de France dans 195 cortèges. Il y avait des retraités, des fonctionnaires, des salariés du privé, des policiers, des magistrats, des journalistes, des parents, des élèves, des chômeurs, et plein d'autres encore. La bataille des chiffres de participation fut ridicule mais brève. Rapidement, l'Elysée actait l'ampleur du mouvement. A peine un sobre communiqué en fin de journée.

Sans surprise, les ministres et porte-paroles de Sarkofrance se sont succédés ensuite pour expliquer que les inquiétudes étaient légitimes à cause d'une crise actuelle sans précédent. Il est pourtant simple de comprendre le message des manifestants. Il suffisait de lire les banderoles !

Pour paraphraser Eric Mainville, un confrère blogueur, les manifestations du 29 janvier ont été ce "signal lourd" qui manquait aux multiples "signaux faibles". Depuis 20 mois en effet, la France subit des fragilisations répétées de son système social. Jeudi, la protestation visait les plans sociaux dans le secteur privé (comme dans l'Ouest avec les salariés de PSA, Cooper, Dephi, Wi Metal, Motorola, France Telecom, Equant), les réductions d'effectifs dans la Fonction Publique, la dégradation des couvertures santé et des enseignements, les allongement des départs à la retraite, le sauvetage sans contreparties des banques, les menaces sur l'indépendance des médias, la politique du chiffre contre les sans-papiers.

Nicolas Sarkozy n'entend pas que les multiples précarités que sa politique génère aggravent la situation du pays sans servir la cause de la sortie de crise. Il préfère parler des inquiétudes de ces pauvres Français, et de l'ampleur d'une crise prétendument née dans les places financières américaines. Il préfère caricaturer le débat, en opposant la relance par la consommation à celle par l'investissement. Il n'y aurait pas d'autres solutions que les siennes. La liste est pourtant longue de ces mesures précarisantes qui fragilisent inutilement la vie de nos concitoyens et qu'il serait grand temps de supprimer.

1. La défiscalisation des heures supplémentaires a plombé l'intérim, ne sert à rien en période de destruction d'emploi et créé un effet d'aubaine pour les entreprises qui aggravent nos déficits. Un récent rapport des services de Christine Lagarde révèle que le bilan est plus que mitigé.
2. L'exclusion des chômeurs après deux offres raisonnables d'emploi est également une mesure précaire de trop, et anachronique de surcroît.
3. Le déremboursement progressif des soins en France, jusqu'aux nouvelles franchises médicales décidées par N. Sarkozy depuis le 1er janvier 2008 et la hausse du tarif des mutuelles de santé (suite à leur taxation par le plan Bachelot), ont précipité des milliers de familles vers l'hôpital public et ses urgences (15 millions de visites en 2008 contre 7 en 1990 !). Qu'importe ! Les ministres expliquent que la santé publique a suffisamment d'argent pour fonctionner.
4. Les pré-retraités de 57 à 60 ans vont devoir pointer prochainement au chômage : en 2009, l'âge ouvrant droit à une dispense de recherche d'emploi est relevé, de 57 ans et demi à 58 ans alors que les seniors sont souvent les premiers licenciés. La durée de cotisations est allongée à 41 ans, sans prise en compte de la pénibilité des carrières (0,5 milliards d'euros d'économies en 2009...).
5. L'enseignement public est attaqué par des réductions de moyens à répétition, des suppressions de postes (30 000 enseignants et personnel éducatif en deux ans), 1 500 RASED, 3000 stagiaires à l'école primaire) aux réductions des recrutements (de 3 000 en 2009 par rapport à 2008).
6. La politique sécuritaire du gouvernement fait de chacun de nous un suspect, rapidement fiché. Les peines plancher aggravent les sanctions de délits mineurs, pendant que Sarkozy réfléchit à "dépénaliser" les affaires. On nous parle de détecter les futurs déliquants dans nos cours de maternelles, d'abaisser l'âge de responsabilité pénale. La CNIL critique le STIC, principal fichier de police (depuis 2002) dont les données seraient fausses ou obsolètes à 83% !
7. Les minima sociaux ont été revalorisés ... a minima au 1er janvier. Bizarrement, la seule mesure sociale d'ampleur de Sarkozy, le Revenu de Solidarité Active défendue par Martin Hirsch attendra juin prochain pour entrer en vigueur, et son financement repose sur une nouvelle taxation des classes moyennes. les banques n'ont pas cette difficulté à décrocher leur soutien public.
8. Les familles ont aussi du souci à se faire : les bonifications accordées pour les adolescents ne seront plus versées dès les 11 ans, mais après 14 ans. Tout ça pour économiser 138 millions d'euros sur le dos de 4,5 millions de foyers !

Les fausses réponses de Sarkozy
Nicolas Sakozy s'exprimera jeudi 5 février à la télévision. Mais on connaît déjà ses réponses. Premièrement, il s'affirme "à l'écoute", sobre et empreint de compassion. Il remplace provisoirement le verbe "réformer" par "agir", moins inquiétant, dans sa communication. Avec l'aide de Claude Guéant, le Figaro, quotidien officiel de la Sarkofrance, nous avoue les manipulations du président : "Le président va convier les partenaires sociaux à la mi-février, note sobrement Claude Guéant.Une réunion qui était prévue de longue date, sur le thème de l'agenda social." La belle affaire !


Deuxièmement, il cache ses erreurs. Ses ministres martèlent à l'envie que la crise est née le 15 septembre. Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, déclarait ainsi vendredi matin sur France Info : "le début de la crise, c'est le 15 septembre". C'est simplement faux. Le chômage s'est brutalement dégradé en août, et la crise des subprimes n'y est pour rien. Sarkozy cache aussi que son plan de sauvetage bancaire, certes rapide, a été mal ficelé, volontairement ou pas. Alors que ses homologues anglais et allemands ont négocié de véritables contreparties au soutien financier qu'ils apportaient à leurs propres banques (suspension des dividendes et des bonus, nomination d’administrateurs en Angleterre; suppression des dividendes et la limitation des salaires des managers à 500 000 euros en Allemagne), le président français a mal joué. Il a annoncé des garanties aussi faramineuses qu'ailleurs. Mais il fait semblant de découvrir aujourd'hui qu'il (lui) faut des contreparties ... sous peine de perdre la face. Pire, il se garde bien de parler des bonus des traders (largement supérieurs à ceux de leurs patrons) et lâche les dividendes en cours de route.

Troisièmement, il nous vend que son plan répond aux inquiétudes. Il faudrait faire preuve de pédagogie : les Français n'ont sans doute pas compris. Ainsi, chaque ministre, et le premier d'entre eux, déclinera à l'envie une foule de mesures dans les jours qui viennent. Il s'agit de rendre concret les "26 milliards" d'euros du plan de décembre. François Fillon a ainsi prévu de communiquer lundi sur "1000 mesures concrètes" du plan de relance décidé et voté en 2008. Le Figaro Magazine (qui l'eut cru ?) en dévoile 50 ce samedi. Que du lourd ! En fait, le secrétariat d'Etat au Commerce a créé un label "Plan de relance" qui s'applique aux projets retenus par le gouvernement... La liste dévoilée par le Figaro est terrifiante. Certains projets du 'plan de relance' relèvent de la mise aux normes de sécurité de certains hôpitaux, des voies ferrées ou de certains équipements routiers ! Ainsi, on relève dans ces mesures de "relance", la "mise aux normes de sécurité" de l'Institut de chimie Le Bel, à Strasbourg (3 M€), la "mise en sécurité" des UFR médicales de Paris-V-Faculté de médecine de Cochin et des bâtiments Gustave- Roussy (5,8 M€), celle des sites de l'université de Paris-VI-Pitié- Salpêtrière et de Saint-Antoine à Paris (7M€), la rénovation des voies ferrovières (150M€) ou encore la "sécurisation" du tunnel de Fréjus (35M€) et des travaux d'entretien routier (320 M€). Sans la crise, on pouvait crever ! D'autres "relances" concernent des dépenses indispensables de la justice, pour 136 M€. Faire passer sur le compte de la relance la rénovation des prisons et des tribunaux est une belle imposture !
D'autres encore laissent simplement perplexes : 180 millions d'euros pour le patrimoine, comme la construction du Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée à Marseille (+5M€), la rénovation du Centre des archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine(+5M€), la restauration de Notre-Dame de Paris (+2M€), ou de la Cathédrale de Bordeaux. En quoi cela sert-il l'activité économique de demain ?

Quatrièmement, Sarkozy musèle, en coulisses, les contestations: ce qui reste du droit de grève sera neutralisé. Eric Ciotti, député UMP, prépare une "amélioration" du service minimum : "Je propose que chaque minute de grève aboutisse à une retenue salariale d’une journée. La grève est un droit, mais elle ne doit pas être banalisée ou contournée. Je propose également de procéder à des réquisitions de personnels en cas d’atteinte graves et prolongées à la liberté de circuler." Le Monarque met aussi la pression sur la police et les préfets, afin que les chahuts sociaux soient maîtrisés lors de ses propres déplacements. Le préfet de la Manche et le directeur de la police de Saint Lô ont fait les frais de quelques sifflets de manifestants le 12 janvier dernier. Il les a fait congédier. La gauche s'empare de ce nouveau caprice du monarque, les syndicats de police protestent, les élus locaux, y compris UMP, s'insurgent. Mais ce n'est pas un simple mouvement d'humeur présidentielle. Sarkozy envoie un signal fort aux forces de sécurité : gare à vous si les contestations spontanées sont trop voyantes !

Face à un président sourd et manipulateur, quelle forme et quelle ampleur devront prendre les contestations de demain ?

Ami Sarkozyste, où es-tu ?

Il est temps de te montrer, avant que la rue ne s'énerve de ton absence.

Sarkozy était pujadien...

Croustillante anecdote, de David Pujadas dans son dernier ouvrage, sur ... Nicolas Sarkozy

Le 29 janvier en images animées



Merci Gaël

Et si vous préférez comprendre comment la police compte les manifestants, voici pour vous :

30 janvier 2009

Le jour où Sarkozy est devenu bouc-émissaire


Ils étaient un million hier d'après la police, donc sans doute au moins le double. Même Le Figaro a dû s'y résoudre. Des centaines de milliers de manifestants ont exprimé leur grogne, (presque) calmement. Nicolas Sarkozy s'était terré à l'Elysée. Comment interpréter autrement son absence médiatique d'un jour ?

Batailles de chiffres mais succès reconnu
En milieu d'après midi, la CGT se félicitait d'une participation record, inégalée depuis 20 ans, avec déjà 1,5 million de personnes dans la moitié des manifestations organisées dans toute la France à l'appel de tous les syndicats. La CFDT parlait des "plus grandes manifs de salariés depuis une vingtaine d'années". En fin de journée, la police chiffrait à un million le nombre de manifestants, contre 2,5 millions d'après les syndic et 195 cortèges dans toute la France. La bataille des chiffres a fait rage et frise le ridicule. A Paris, la police compte 65 000 manifestants, les syndicats 300 000. Le comble est atteint à Marseille, à Marseille où les syndicats revendiquaient 300 000 manifestants et la police ... 20 000. Coté Education Nationale, les estimations de grévistes oscillent entre 48% (d'après les services de Xavier Darcos) et 66% (d'après la FSU) dans le primaire; et entre 28% et 60% dans le secondaire. A la Poste, la grève a concerné entre et 40% des personnels.

Côté transports, la SNCF a assuré ses TGV vers le Sud Est, mais pas ceux à destination du Sud Ouest et de l'Atlantique, ni son réseau de transports locaux : 40% de service pour les RER en région parisienne, avec des lignes quasiment fermées comme le RER A; 30% des trains Corail . Globalement, elle annonçait un trafic légèrement au-dessus de la moyenne et 37% de grévistes. Les aéroports parisiens ont souffert de retards quasi-systématiques de 30 minutes à 1 heure, avec 30% des vols annulés à Orly.

Le Monde a simplement commenté : "La France a connu, jeudi 29 janvier, une mobilisation massive contre la politique économique et sociale du gouvernement, échappant toutefois à la paralysie et au "jeudi noir" prévus par certains." Le Figaro lui a emboité le pas quelques heures plus tard: "les syndicats réussissent leur journée de mobilisation" et reconnaît que cette démonstration de force fut "comparable à celle de 2006 contre le CPE, de 2003 contre la réforme Fillon des retraites, ou de 1995 contre le plan Juppé pour la Sécu et les régimes spéciaux."

Sarkozy surpris
Avant la grève, le pouvoir avait réparti les rôles. Nicolas Sarkozy, François Fillon et Brice Hortefeux ont fait le dos rond. Xavier Bertrand, Jean-François Copé ou Eric Woerth prévenaient que le mouvement serait sans doute très important pour mieux rebondir en cas de participation modeste. Ainsi Luc Chatel s'est permis d'expliquer sur Europe 1 que ce n'était pas si important que ça: "Il n'y a pas un niveau de grève exceptionnel, c'est plutôt en-deçà dans le secteur public que ce qui avait été constaté lors des derniers mouvements". Tous minimisaient la portée du mouvement à une grande inquiétude contre une crise qui nous dépasse tous. En fin de journée, à 20h46, l'Elysée publiait un communiqué très sobre, sans annonce nouvelle (la réunion du 10 février prochain étant prévue de longue date) :
"La crise d’une ampleur sans précédent qui affecte l’économie mondiale provoque en France, comme partout dans le monde, une inquiétude légitime. En cette période particulièrement difficile, nos concitoyens craignent pour leur emploi.

Cette crise impose aux pouvoirs publics un devoir d’écoute, de dialogue, et en même temps une grande détermination à agir. Dans cet esprit, je rencontrerai durant le mois de février les organisations syndicales et patronales afin de convenir du programme de réformes à conduire en 2009 et des méthodes pour le mener à bien. La France doit sortir plus forte de cette épreuve.

Enfin, je tiens à remercier les agents du service public qui ont eu à cœur de faire fonctionner le service minimum conformément aux lois de la république. Ainsi, la gêne des usagers et des familles s’en est trouvée limitée.
La prudence présidentielle est légitime. Il est devenu le bouc-émissaire d'une grogne générale et diverse, contre les plans sociaux dans le privé (comme le défilé de salariés de Ford à Blanquefort), les réductions d'effectifs dans la Fonction Publique, la dégradation des couvertures santé, les allongement des départs à la retraite, les réformes des programmes scolaires, l'offre raisonable d'emploi, le maintien du bouclier fiscal, le sauvetage sans contreparties des banques, etc. Même le Syndicat Général de la Police était dans la rue !

On sait comment Sarkozy voit la suite.

Primo, il communique avec prudence et retenu sur son écoute. Il a en fait pris peur : "Cette séquence a dévoilé un malaise social plus important que nous ne le pensions et le président s'est montré très surpris par la tournure des événements" a reconnu un ministre. Le président français réalise sans doute qu'il a allumé beaucoup d'incendies lui-même. "Pompier pyromane" ose reconnaître l'Express.

Secundo, Sarkozy accélère la réforme du droit de grève. L'imprudent député Eric Ciotti, chargé par l'UMP de proposer une "amélioration" du dispositif de service minimum, s'est livré dans les colonnes du Parisien le jour même de la grève : "Je propose que chaque minute de grève aboutisse à une retenue salariale d’une journée. La grève est un droit, mais elle ne doit pas être banalisée ou contournée. Je propose également de procéder à des réquisitions de personnels en cas d’atteinte graves et prolongées à la liberté de circuler." Vous avez bien lu. Une minute = 1 journée de salaire. En d'autres termes, une heure de grève coûterait ... 3 mois de salaires ! La schizophrénie, au mieux, la mauvaise foi, au pire, sont manifestes : si la grève est massive et les transports totalement paralysés, le pouvoir fustigera un droit de grève "abusif" et pénalisant pour l'économie. Si les services publics fonctionnent tant bien que mal, le gouvernement minimise l'ampleur du mouvement social. En Sarkofrance, un bon salarié est un salarié silencieux. Frédéric Lefebvre s'est empressé de pondre un communiqué "triomphant" jeudi 29 sur le succès ... du service minimum !



Tertio, Nicolas Sarkozy n'aime pas le chahut social. Celui du 29 janvier est trop massif pour qu'il en tire les conséquences à l'encontre de ses propres équipes, comme il a pu le faire dans la Manche. mais la hargne présidentielle face à toute contestation est bien là. La presse avait été discrète sur les conditions de sa visite, lors des vœux aux personnels de l'éducation nationale le 22 janvier dernier à Saint-Lo. Des manifestants l'avaient empêché de profiter d'un bain de foule au milieu de quelques militants UMP. Le préfet, en poste depuis à peine 6 mois, vient d'être muté. Même le député UMP du coin en a été choqué.
«Cette mutation n'est pas une surprise mais je la regrette, déclare dans «Ouest-France» Philippe Gosselin, député de Saint-Lô. Très clairement, le président a été très énervé le jour de la visite, non pas tant qu'il y ait des manifestants mais par les sifflets pendant son discours. Le préfet est victime d'une perception exagérée de cette manifestation.»
Combien d'électeurs de Sarkozy dans les rangs des grévistes et manifestants ?

Ami Sarkozyste, où es-tu ?



Lire aussi:

29 janvier 2009

Grévistes : Sarkozy vous attend


Nous vous signalions que l'agenda présidentiel était étonnamment calme cette semaine. Aujourd'hui, jeudi 29 janvier, le président n'a rien prévu.

Histoire de se garder le temps d'aller manifester ?

(merci à Kropotkine pour l'illustration).

Contre la grève, le profil bas des uns...
Mardi, le chef de l'Etat visitait Chateauroux. Il a fait profil bas mais il a réitéré, tel un lapin Duracel, qu'il fallait "continuer les réformes." "Le cap, ce n'est pas l'immobilisme. (...) Je comprends vos difficultés, je comprends les questions de pouvoir d'achat, les cotisations pour les retraites, l'école des gosses (...) mais je dois voir ça avec sang froid, avec calme, réfléchir, ne pas décider en fonction de qui est écrit dans le journal ou de ce que dit celui qui crie le plus fort". François Fillon, sur France 2, est resté sur la même ligne.
D'autres ministres vacquent à leurs occupations, comme si de rien n'était. Ainsi, Michèle Alliot-Marie a rendu public sa réponse à Alain Bauer, auteur d'un rapport sur les fichiers de police, récemment promu titulaire d'une chaire de criminologie créée spécialement pour lui au CNAM: elle veut créer un service d'audit spécifique pour le contrôle de ces fichiers. Roselyne Bachelot a fait de l'humour douteux sur Martine Aubry en espérant qu'elle "se casse la gueule" à la tête du Parti Socialiste. Hervé Morin a confié vouloir réduire de 20% la présence militaire française à l'étranger, alors que les députés étaient amené à se prononcer sur cette même présence l'Assemblée Nationale.
... la surenchère pour les autres
Dans les rangs de l'UMP, les surenchères verbales contre les grévistes se sont multipliées, depuis l'arrêt de travail à la gare Saint Lazare il y a 15 jours. Le député Eric Ciotti (UMP) a été chargé "d'améliorer" la loi sur le service minimum dans les transports, afin que ce types de mouvements intempestifs soit définitvement rendu impossible. Luc Chatel, le porte-parole du gouvernement, et Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports, ont d'ores et déjà annoncé que le service minimum fonctionnera.  Eric Woerth, sur France Inter lundi dernier, n'était pas en reste: "aujourd'hui, il y a d'autres moyens pour se faire entendre; l'idée n'est pas de ne pas se faire entendre... quand on quelque chose à dire, il faut le dire, mais je trouve qu'il y a d'autres moyens de le dire que de descendre dans la rue un peu traditionnellement comme on le fait depuis 30 ou 40 ans en France avec les mêmes banderoles." Quand au député suppléant Frédéric Lefebvre, il est allé jusqu'à recommander des sanctions financières qui abuseraient du droit de grève... Sans rire ?

Xavier Darcos, lui, se concentre sur le service minimum. Et toutes les pistes sont explorées, comme le rappelle opportunément LE FIGARO, pour remplacer les grévistes : parents d'élèves, étudiants,  et mêmes enseignants retraités !

Nantes, le 9 janvier 2009
L'Inspecteur d'Académie,
Directeur des Services Départementaux
de l'Education Nationale
à :

Mesdames et Messieurs les enseignants du 1er degré partis en retraite en 2006, 2007 et 2008.

Objet : mise en place du service d'accueil dans les communes. Loi du 20-08-08 sur le droit d'accueil.

Mesdames, Messieurs,

Afin d'aider les familles qui ne peuvent pas faire assurer la garde de leur enfant, la loi du 20-08-08 prévoit l'organisation, par les communes, d'un service d'accueil pour les écoles dans lesquelles 25% ou plus des enseignants sont absents à l'occasion d'une grève. Les communes éprouvent des difficultés à trouver suffisamment de personnel compétent pour l'encadrement d'enfants, et Monsieur le Ministre de l'Education Nationale a demandé aux inspecteurs d'académie de leur apporter leur aide en ce domaine.

Je m'adresse à vous pour vous demander si, compte tenu de votre expérience professionnelle, vous accepteriez de participer à l'organisation du service d'accueil, dans votre commune ou dans une autre, dans les conditions définies par la commune.
Si c'est le cas, je vous remercie de me répondre au moyen du coupon réponse ci-dessous. Votre nom et votre adresse seront alors portés à la connaissance des mairies qui rechercheront des personnes compétentes pour le service d'accueil.
Je vous prie d'agréer, Mesdames, Messieurs, l'expression de mes sentiments distingués.


----------------------------------
coupon réponse

Mme / M.
Dernière fonction occupée : >
Adresse :
Téléphone :
Adresse mel :
Accepte que son nom et son adresse soient portés à la connaissance des mairies recherchant des personnes compétentes pour l'organisation du service d'accueil dans les écoles en cas de grève.
Date et signature :
(source)

Petite satisfaction pour le Chef de l'Etat, Barack Obama l'a enfin appelé, 6 jours après son investiture. Ouf ! L'honneur est sauf. Six jours d'attente pour cette reconnaissance américaine. On a cru un instant qu'Obama avait oublié la France...

Mercredi, Nicolas Sarkozy fêtait ses 54 ans.

Bon anniversaire !

28 janvier 2009

Xavier Darcos va-t-il partir ?


Xavier Darcos a tenu une longue conférence de presse jeudi dernier. La question s'est posée: va-t-il partir ? Mis en cause par les syndicats d'enseignants, de lycéens et même les associations de parents d'élèves, le ministre de l'Education semblait justifier sa politique passée avant tout.

"Je veux aller jusqu'au bout de ma lettre de mission, elle est presque achevée, je dois dire, d'ailleurs. Mais je veux mettre la réforme du lycée sur les rails" Xavier Darcos, 13 janvier 2009
Celui qui voulait achever l'Education Nationale...
Xavier Darcos s'est "datisé". Il n'a pas fallu 19 mois pour qu'il se mette à dos la quasi-totalité du corps enseignants, les syndicats lycéens et les organisations de parents d'élèves. Les enseignants ont été excédés par un ministre de tutelle qui les a stigmatisé depuis son entrée en fonction: "les performances des lycées français, avec un des encadrements qui est un des meilleurs du monde, sont médiocres. Il faut que nous acceptions un peu une fois de nous dire que ce n'est pas que du quantitatif, il faut que nous repensions la manière dont nous préparons nos élèves".
En juillet dernier, il s'interrogeait "sincèrement" sur le besoin de former des instituteurs à Bac+5 pour "changer les couches" des enfants en maternelle...

Au sein du gouvernement, Darcos s'est aussi fait une spécialité d'annoncer les suppressions de postes frappant son ministère avant même qu'elles fussent officialisées par le vote du budget. 11 200 en 2008 (dont 8 500 enseignants), puis 13 500 en 2009, ces suppressions étaient discutables. Darcos explique que le nombre d'élèves diminue, alors que la France bénéficie d'une natalité active depuis une dizaine d'année. Pire, à l'échelle d'un établissement, la suppression de postes de professeurs dans telle ou telle spécialité implique la réduction du nombre de classes: il y a rarement un départ en retraite par matière !

En fait, le ministre cherche à réduire le nombre de postes pour ... augmenter le nombre d'heures supplémentaires des enseignants restant. La méthode a été judicieusement expliquée par Politique.net :

Depuis quelques années, le ministère procède à des manipulations chiffrées pour supprimer des postes dans les établissements. Le procédé est le suivant : en février, le rectorat établit une fourchette basse des besoins de chaque établissement. C'est à cette époque qu'est donc connu le nombre de classes par niveau. En fonction de l'ampleur des suppressions de classe, des postes de professeurs sont supprimés. Ces derniers doivent alors faire leur demande de mutation dans un autre établissement. Seulement, en juin, lorsque les estimations des effectifs de l'année suivante s'affinent, la DHG de février s'avère insuffisante. Il est trop tard pour annuler la suppression des postes, le processus des mutations étant quasiment terminé. Des heures supplémentaires sont donc créées. Illustration de la politique de Nicolas Sarkozy : "travailler plus, pour gagner plus".
En janvier 2008, Xavier Darcos a inauguré une habile manière de casser les grèves de l'Education Nationale. Les économies générées sur les salaires non versés aux grévistes serviront à financer un système de garde. Il a ensuite interpelé les mairies de gauche qui refusaient l'application de sa loi sur le service minimum. Faut-il confondre garderie et enseignement ?

"Les enseignants doivent apprendre à travailler différemment", expliquait le ministre en octobre 2007. A la rentrée de 2008, l'école primaire est allégée du samedi matin. Et les programmes scolaires sont recentrés sur les apprentissages "fondamentaux", notamment la lecture, l'écriture et le calcul. En mars 2008, le ministre annonçait ses plans pour l'école primaire : une refonte du programme, avec petit livret à la clé pour tous les parents. Dix-neuf organisations syndicales et associatives lancèrent une pétition, contre cet appauvrissement de l'enseignement primaire.

En janvier 2009, le ministre lance un examen général des élèves du CM2. Histoire de mesurer le niveau. certains syndicats protestent. Pourquoi un examen national en cours d'année alors que les professeurs peuvent organiser différemment sur l'année leur enseignement ? Pour stigmatiser un peu plus le personnel enseignant ?

Le Ministre de la Reculade Nationale
Sur le lycée, Xavier Darcos a été contraint de céder en quelques jours, à la mi-décembre. La réforme des classes de seconde consistait à séparer l'année en deux semestres, avec une semaine de battement entre les deux pour "préparer son orientation", et notamment changer le programme scolaire facultatif du semestre suivant. Le volume horaire actuel du tronc commun obligatoire tombait à 21 heures à la rentrée prochaine, contre 25 heures aujourd'hui. Le 24 janvier, il s'est rendu sans convaincre aux Etats Généraux de la FIDL. De toute façon, cette réforme ne lui appartient plus. Nicolas Sarkozy l'a confié au Directeur de Sciences Po, Richard Descoings. Ce dernier a déclaré: "on redémarre de zéro." Et paf !

Xavier Darcos a dû également réduire ses ambitions de fichage des élèves. Le logiciel, intitulé Base Elèves, est "une application d’aide à l’inscription des élèves et à la gestion pour les directeurs d’école et les mairies". Utilisée depuis 2007 dans 80 départements, elle devait être généralisée à compter de la rentrée 2010. Dans un communiqué publié le 13 juin dernier, le Ministère de l'Education Nationale a réduit le nombre d'informations désormais collectées.

La démarche gouvernementale est globalement confuse: alors que Darcos annonce vouloir lutter contre l'échec scolaire, il supprime 3 000 postes de RASED (Réseau d'Aide Spécialisée aux Elèves en Difficulté), avant de reculer et limiter à 1 500 les suppressions. Alors qu'il réduit le nombre de personnels qualifiés, il annonce en janvier 2009 la création de 5 000 "médiateurs" pour lutter contre l'absentéisme à l'école.

En 2009, Darcos la joue modeste
La désobéissance des professeurs, contre les nouveaux programmes, prend de l'ampleur: 290 enseignants des écoles primaires parisiennes ont ainsi récemment déposé une lettre de refus d’appliquer les heures de soutien. Lors de sa conférence de presse de rentrée, jeudi dernier, le ministre a été avare en annonces: nouveaux outils "pédagogiques" pour l'école maternelle (?), un guide pour les parents pour "mieux connaître l'école maternelle" (?), un "plan national de formation à l’entrée dans le métier et de formation continue est lancé pour les enseignants de maternelle", une "académie en ligne", ou encore les fameux "5000 médiateurs de la réussite scolaire" (emplois aidés).

Le ministre est-il à bout de souffle ?

Lire aussi:

Sarkozy est-il incompris ? La preuve

Nicolas Sarkozy s'adressait aux chercheurs le 22 janvier dernier. Quelques heures avant le mouvement de grève national, cet extrait de son discours mérite le détour (merci à Richard Trois). Une grève frappe depuis lundi le milieu de la recherche. Ce dernier proteste contre le projet de décret visant à changer le statut des enseignants-chercheurs. Deux pétitions lancées ont recueilli selon le Snesup-FSU plus de 25.000 signatures.
Notez l'exemple et ses approximations : "à budget comparable" (et non identique), certains chercheurs publient "de 30 à 50% de moins" que leurs homologues britanniques "dans certains secteurs"... Lesquels ? La productivité d'un chercheur se mesure-t-elle à ce signe extérieur ?

27 janvier 2009

Woerth lâche le fisc contre Royal

Interrogé par Radio J, dimanche 25 janvier 2009, le ministre du Budget Eric Woerth a lancé cette affirmation menaçante.
"Je n'en sais pas assez. Pierre Bergé a ses amitiés, c'est un homme estimable. Il peut aider qui il le souhaite mais ça pose la question du rapport entre l'argent et la politique finalement" (...).
"Ségolène Royal s'est beaucoup émue de ce rapport entre l'argent et la politique donc il faudra aussi qu'elle éclaircisse tout cela bien évidemment (...) comment elle fonctionne sur le plan financier. J'imagine qu'elle aura à cœur de le faire. Le tout, c'est de respecter la loi" (...) "les aides des particuliers sont plafonnées à exactement 7.500 euros par an, c'est la loi".
"Le tout, c'est que Ségolène Royal respecte la loi mais je n'ai aucun doute sur ce sujet. Si c'est dans le cadre de la loi, ça ne me choque pas".


1. Ni Ségolène Royal ni Pierre Bergé ne se sont cachés.
Dans le Journal du Dimanche, le 25 janvier, Pierre Bergé a clairement justifié son soutien, sans dissimulation.

Combien vous a coûté la présidentielle de Royal?
Je n'ai contribué en rien à la campagne présidentielle. C'était l'affaire du Parti socialiste. Avant, pendant les primaires socialistes, j'ai contribué à la soutenir. J'ai financé les locaux de l'association Désirs d'avenir. Nous avons également organisé des réunions, des colloques, au Lutetia notamment. Après la présidentielle, j'ai décidé de continuer à aider Ségolène. Elle avait engrangé 17 millions de voix et on voulait la tuer!

Comment l'aidez-vous ?
Aujourd'hui je mets à sa disposition de nouveaux locaux, boulevard Raspail. Je ne sais pas exactement combien cela me coûte... J'ai aussi participé au financement du Zénith pour la fête de la Fraternité en septembre dernier. J'ai lu ici ou là que je lui avais payé le voyage pour l'investiture d'Obama à Washington. C'est totalement faux...
2. L'UMP est le parti le plus financé par des dons privés en France

La Commission Nationale des Comptes de Campagnes et des Financements Politiques a publié le 17 décembre dernier son bilan pour l'année 2007. Cette année particulière fut marquée par les élections présidentielles et législatives, puis la préparation des élections cantonales et municipales de mars 2008. Globalement, les partis politiques français ont déclaré 193 millions d'euros de ressources, dont 9% émanant de personnes physiques. Surprise, l'UMP (9 Millions d'euros) et le Parti Communiste Français (6 millions d'euros) sont les deux partis politiques les plus financés par des dons de personnes physiques. Ces dons privés représentent 16% des ressources de l'UMP.

3. Eric Woerth partage, avec Christine Lagarde, la tutelle des services des impôts.
On peut imaginer qu'Eric Woerth connait parfaitement la situation de Désir d'Avenir. Cette association a été auditée, et ses comptes 2007 ont été "déclarés conformes" par la Commission le 17 décembre 2008, dont le rapport a été publié au Journal Officiel (Cf. page 12 du rapport de la CNCFP).

Eric Woerth a-t-il l'intention d'ordonner un contrôle fiscal à l'encontre de Ségolène Royal ?


Lire aussi:

Le lapsus de Frédéric Lefebvre

Ce 26 janvier, comme chaque lundi, Dominique Maillé et Frédéric Lefebvre, porte-paroles de l'UMP, s'exprimaient devant quelques journalistes pour livrer les messages forts de la semaine à venir. Quand vint le temps de tacler le Parti Socialiste, le député-suppléant Frédéric Lefebvre se lâche : "le Parti Socialiste a décidé d'importer, dans l'hémicycle, les méthodes de l'extrême gauche." Puis il continue : "... alors même que notre formation politique - elle l'a montré hier - a décidé au contraire d'importer à l'intérieur de notre formation politique le débat et les méthodes du Parlement."

Que reproche-t-on au fonctionnement de l'Assemblée Nationale ces derniers mois ? De travailler dans l'urgence, sans débat réel, même pour des lois majeures, à tel point que l'opposition s'est résolue à mitrailler chaque loi de milliers d'amendements fantaisistes ou pas. Une obstruction qui a conduit Nicolas Sarkozy a exigé que les débats parlementaires soient désormais contingentés par groupe.

Serait-ce le modèle que l'UMP a décidé d'importer en son sein ? Fichtre, les rares opposants, à droite, au président Sarkozy devraient s'inquiéter.

Frédéric Lefebvre est décidément très doué pour rassurer (sic !).

26 janvier 2009

Qui regrettera Rachida Dati ?


C'est donc officiel. Rachida Dati sera en deuxième position (donc éligible) sur la liste UMP d'Ile de France aux prochaines élections européennes de juin. Elle quittera donc le gouvernement, au plus tard à cette date. Qui la regrettera ?

Une icône grillée
Depuis son irruption sur la scène médiatique nationale, Rachida Dati est une triple icône : jeune, dans un paysage politique dominé par des quinquagénaires; femme, au milieu d'hommes; maghrébine, en pleine polémique sur la faible représentation politique des "minorités visibles". Pour ces trois motifs publicitaires, la ministre a bénéficié d'une indulgence médiatique hors du commun, y compris de certains à gauche lors de sa nomination.

Malheureusement pour elle, elle a ajouté 3 dimensions à sa stature iconique : incompétente, autoritaire et bling bling. Son incompétence s'est révélée assez vite. Rachida Dati, qui a peu pratiqué le droit (3 ans de magistrature, après un diplôme obtenue par équivalence), et s'est trouvée incapable de gérer son ministère. Même les syndicats plutôt classés à droite ont rapidement été exaspérés par son absence totale de sens politique. Rachida Dati s'est brouillée avec le corps judiciaire en quelques mois, incapable qu'elle était de ne faire autre chose que singer et répéter son Président.
Son autoritarisme est désormais légendaire : les conseillers ont valsé depuis sa nomination, poussés à bout ou découragés. Bling Bling, la future ex-ministre l'est assurément. Rapidement caricaturée par les Guignols de l'Info comme une obsédée du shopping chez Prada et Chanel, la Garde des Sceaux a mieux incarné la Sarkofrance "Bling Bling" que Nicolas Sarkozy lui-même. Sa fameuse séance de photos tout en bijoux et robes de haute couture pour Paris Match à l'automne 2007 fut un sommet du genre. Chaque Conseil des Ministres en est devenu une "montée des marches" digne du Festival de Cannes.
L'ancienne ministre Marylise Lebranchu lui avait porté ce conseil indulgent : "Quand on est la ministre de la Justice, malheureusement on est la ministre du malheur des autres. Et "l'hyper-showbusiness" entretenu autour d'elle - première page des magazines, robes qui coûtent un an de salaire d'un surveillant pénitentiaire..., ça ne peut pas fonctionner. Il y a quelque chose qui ne va pas entre le personnage qu'elle a créé et la fonction de ministre de la Justice."

Narcissisme exacerbé
Rachida Dati a sans doute souffert de Nicolas Sarkozy. Un temps favorite de la Cour, elle est entrée dans l'ombre quand Nicolas divorça de Cécilia Sarkozy. L'irruption de Carla Bruni quelques semaines plus tard a achevé sa mise à l'écart. Sarkozy ne la convia même pas à son "G7", ces réunions périodiques avec les ministres les plus proches. Pire, Nicolas Sarkozy lui jetta dans les pattes dès son premier jour son conseiller justice, Patrick Ouart, véritable ministre de l'ombre.
Au plus fort de la constestation médiatique et judiciaire, Dati tenta de reprendre son indépendance. Elle se consola en se rapprochant de Nathalie Kosciusco-Morizet. Elle se fit plus discrète. Mais son narcissisme la rattrape à chaque fois. La création d'un site internet tout entier à sa gloire, payé par l'Etat, est un symbole du genre.
En presque 24 mois de ministère, Rachida Dati a paru sincère et sensible une fois seulement. Quand un mariage fut annulé pour cause de "non-virginité" de l'épouse, la réaction de Dati tenait davantage de l'intime. Deux jours après, Sarkozy lui imposait un volte-face.

Mesures contestées
Rachida Dati devait appliquer le programme présidentiel. Qui lui reprochera ? Elle le fit avec zèle. Peines plancher supposées anti-récidive, abaissement de la minorité pénale, loi sur la rétention de sûreté. La politique judiciaire du pays est tombée dans le tout-répressif sans se préoccuper de l'engorgement des prisons. La situation carcérale, déjà indigne en mai 2007, n'a cessé de s'aggraver. Volte-face, l'annonce d'un effort en faveur des peines alternatives, comme le bracelet électronique, ajoutait l'incohérence à la honte.
La ministre prit aussi exemple sur Sarkozy, si prompt à instrumentaliser chaque fait divers dûment choisi (un enfant sauvé des griffes d'un pédophile plutôt qu'un enfant sans-papier qui se défenestre quand la police frappe à la porte). Jamais autant depuis 30 ans, l'indépendance des magistrats n'a paru aussi menacée et secoué. Dati a ainsi choqué quand elle assuma l'interrogatoire des magistrats et parquetiers par les services de l'inspection judiciaire après le suicide d'un prisonnier mineur à Metz ... Elle n'a rien fait pour améliorer des relations houleuses avec le corps magistral : pression sur les magistrats ou mises en cause médiatique, tout fut utilisé pour asservir la profession. Ainsi, dès septembre, les magistrats s'indignent de la convocation d'un procureur de Nancy par la ministre de la Justice en raison de propos critiques sur la loi contre la récidive, propos que l'intéressé a nié avoir tenus. En octobre 2007, le premier président de la cour d'appel d'Agen René Salomon a saisi le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) du cas du procureur général d'Agen à qui la Garde des Sceaux Rachida Dati a demandé de quitter son poste.

Elle aussi quittera son poste d'ici juin, un ministère où personne ne la regrettera. Elue maire du 7ème arrondissement de Paris, elle doit s'exiler. Mais elle reviendra.

"Pour moi, cela a été un immense honneur d'avoir été ministre de la Justice et quitter le ministère de la Justice, cela fait partie du parcours politique"

Lire aussi :



Les scores staliniens de l'UMP

Dans cette video, sans commentaire, de RUE89, vous entendrez successivement Axel de Poniatowski, Jean-François Copé puis Eric Besson expliquer sans complexe qu'à l'UMP "tout se décide à l'Elysée."

Xavier Bertrand et les 4 secrétaires généraux adjoints, Eric Besson, Nathalie Kosciusko-Morizet, Marc-Philippe Daubresse et Axel Poniatowski, ont été élus "à l'unanimité" par le Bureau politique de l'UMP.

Jean-Pierre Raffarin, premier vice-président du Conseil National de l'UMP a été reconduit avec 93% de voix. Qui sont les récalcitrants ?



Lire aussi :

25 janvier 2009

La semaine prochaine, agenda tranquille pour le président

Fini le temps des voeux. L'agenda présidentiel redevient excessivement tranquille. Six rendez vous officiels la semaine prochaine. Pas plus.
LUNDI 26 JANVIER
12h30 : Cérémonie de remise des lettres de créance au Palais de l’Élysée
13h00 : Déjeuner de travail de M. le Président de la République avec M. Nicolas Hulot

MARDI 27 JANVIER
Matinée : Déplacement de M. le Président de la République en province

MERCREDI 28 JANVIER
10h00 : Conseil des ministres
17h30 : Entretien de M. le Président de la République avec M. Bill GATES au Palais de l’Élysée

VENDREDI 30 JANVIER
10h30 : Entretien avec M. Richard PRASQUIER, Président du CRIF ainsi qu’une délégation
Le Président attend-il l'orage social du 29 janvier, date de l'appel à la grève générale ?


L'Appel des Appels

« Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, attirons l’attention des Pouvoirs Publics et de l’opinion sur les conséquences sociales désastreuses des Réformes hâtivement mises en place ces derniers temps.

A l’Université, à l’École, dans les services de soins et de travail social, dans les milieux de la justice, de l’information et de la culture, la souffrance sociale ne cesse de s’accroître. Elle compromet nos métiers et nos missions.

Au nom d’une idéologie de "l’homme économique", le Pouvoir défait et recompose nos métiers et nos missions en exposant toujours plus les professionnels et les usagers aux lois "naturelles" du Marché. Cette idéologie s’est révélée catastrophique dans le milieu même des affaires dont elle est issue.

Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, refusons qu’une telle idéologie mette maintenant en "faillite" le soin, le travail social, l’éducation, la justice, l’information et la culture.

Nous appelons à une Coordination Nationale de tous ceux qui refusent cette fatalité à se retrouver le 31 janvier 2009 à Paris. »

Le 22 décembre 2008,

Roland Gori et Stefan Chedri


Alors que nos métiers respectifs, qu’il s’agisse de la santé, du soin, du travail social, de l’éducation, de la recherche, de la justice, de l’information et de la culture, subissent une attaque sans précédent de la part du gouvernement - alors que des appels de réaction et de protestations sont lancés par dizaines dans le pays - le temps est venu, nous semble-t-il, de coordonner ces différents mouvements et d’en tirer tout le sens politique.

Si cette initiative rencontre votre adhésion, nous vous proposons :
- de signer cet appel
- de le faire signer en le relayant dans tous les cercles et réseaux auxquels vous avez accès. Mais aussi et afin "d’étendre le domaine de la lutte :
- de participer à la réunion de coordination du 31 janvier, qui aura lieu, de 10 h à 18 h, au "104 rue d’Aubervilliers", à Paris, au cours de laquelle le pays réel se fera entendre à travers les témoignages des professionnels en lutte et devrait faire émerger des propositions d’actions transversales pour l’avenir.

- S’inscrire à la journée du 31 janvier par courriel (Entrée libre - Attention, plus de places assises, vous pourrez écouter les débats mais la salle a atteint sa capacité d’accueil)

- Soutenir l’appel

- Voir les autres signataires



24 janvier 2009

90ème semaine de Sarkofrance : notre président déboussolé face à Obama

L'intronisation de Barack Obama mardi 20 janvier a éclipsé l'actualité présidentielle en France l'espace d'une journée. Pendant quelques heures, les médias français ont oublié Nicolas Sarkozy. Un président inquiet car déboussolé, et disqualifié par Obama sur l'éthique et l'action.

Jalousie pathétique
Nicolas Sarkozy a semblé agacé par cette entrée en scène de Barack Obama : "On a hâte qu'il se mette au travail et qu'on change le monde avec lui." a-t-il lâché mardi. Le Figaro rapporte que Sarkozy a trouvé les cérémonies d'intronisation d'Obama trop "bling bling": «Je suis impressionné par les Américains. Ils sont au fond du trou, confrontés à d'énormes difficultés, et cela ne les empêche pas de faire la fête pendant trois jours. Avec des concerts, des bals et tout le bling-bling !». Émanant d'un amoureux des Rolex, des stylos Mont-Blanc et des congés à répétition à chaque voyage officiel, ces remarques sont croustillantes de contradictions, et pathétiques pour notre pays.

Barack Obama n'a pas chômé. Il a préparé la plupart de ces premières mesures, qu'elles soient symboliques (Guantanamo) ou économiques (plan de relance). Dès ses premières heures à la Maison Blanche, le président américain a agi rapidement, et efficacement : son premier coup de fil fut pour Mamhoud Abbas, le président de l'Autorité Palestinienne; Hillary Clinton est déjà en place. Obama a aussi suspendu pour 4 mois toutes les procédures en cours à Guantanamo, et signé la fermeture d'ici un an de ce centre de non-droit installé par l'administration Bush au lendemain des attentats du 11 septembre. Il a enfin imposé à la CIA de respecter les mêmes règles d'interrogatoire que l'armée américaine et rendu illégaux ses centres de détention occultes à l'étranger.

Obama n'est pas qu'une menace médiatique ou diplomatique pour Sarkozy. La comparaison entre leurs actions et comportements respectifs est édifiante, triste et utile. Obama est aussi en passe de disqualifier Sarkozy sur le terrain de l'éthique et de l'efficacité.

Dès mercredi, Obama a édicté des règles strictes de transparence et d'éthique à son équipe ministérielle et ses conseillers: interdiction de recevoir des cadeaux, interdiction de travailler au sein de son administration sur un sujets dont on aurait été lobbyiste les 2 dernières années, interdiction d'exercer le métier de lobbyiste pendant la présidence. Rappelez-vous, à l'inverse, les premiers jours de notre Sarkozy national : un dîner au Fouquet's, une croisière sur un yacht prêté par un milliardaire en contrat avec l'Etat, des vacances américaines en août 2007 dans une villa également prêtée. Et que dire de Rachida Dati ? Elle a mieux incarné la Sarkofrance "Bling Bling" que Nicolas Sarkozy lui-même, à force de haute couture généreusement prêtée ou offerte. Sa fameuse séance de photos tout en bijoux et robes de luxe pour Paris Match à l'automne 2007 fut un sommet du genre. Chaque Conseil des Ministres est devenu une "montée des marches" digne du Festival de Cannes. Côté lobby, Sarkozy a brillé par sa discrétion : l'un de ses proches conseillers de l'ombre est devenu député, à la faveur d'une suppléance anticipée. Frédéric Lefebvre, porte-voix dans les couloirs de l'Assemblée, et porte-parole de l'UMP est toujours actionnaire de son entreprise de lobbying.

Obama a aussi annoncé le gel des salaires de son équipe et leur plafonnement à 100 000 dollars par an (75 000 euros): « En cette période de difficultés économiques, les familles américaines se serrent la ceinture et c’est aussi ce que Washington doit faire. Je veux que vous sachiez que j’apprécie votre bonne volonté » En France, on attend toujours un effort de Nicolas Sarkozy ou de son équipe.
Le traitement du président s'est gentiment accru de 172% en janvier dernier, et le montant des primes attribuées aux cabinets ministériels a crû de 5 millions d'euros (+20% en un an !). Le président a aussi donné le mauvais exemple avec ses propres frais qui s'envolent: rénovation du palais de l'Elysée de mai à juillet 2007, nouvelle flotte aérienne pour 280 millions d'euros en 2009, multiplication de voyages privés la saison dernière, ...

Nicolas Sarkozy devrait aussi s'agacer du discours d'investiture de Barack Obama. Ce dernier reste modeste, et célèbre un rêve américain ouvert et généreux: "C'est la bonté d'accueillir un étranger chez soi quand les digues cèdent, le désintéressement des travailleurs qui préfèrent travailler moins que voir un ami perdre son emploi, qui nous permet de surmonter nos heures les plus sombres." Ce ne sont certes que des paroles, mais quel écart avec le président français ! Depuis 18 mois, fidèle à ses pratiques de campagne, Sarkozy choisit les victimes, comme par exemple, à l'été 2007, un enfant sauvé des griffes d'un pédophile plutôt qu'un enfant sans-papier qui se défenestre quand la police frappe à la porte. Sarkozy cible avec choix ses bouc-émissaires (chômeurs, sans-papiers, retraités, patrons, enseignants, cheminots, syndicalistes). Il a créé ce fâcheux et coûteux ministère de l'Identité Nationale, à l'intitulé digne des années trente, que le traître modèle Eric Besson a repris avec gourmandise il y a 10 jours.

Un président sans boussole

On devrait être indulgent avec notre président. Il paraît qu'il est déboussolé. Il y a de quoi. Rien ne marche comme il veut. Dominique de Villepin l'a dit cette semaine sur BFM : la France peut couler comme le Titanic. Les industriels dépriment, les ménages consomment moins, le chômage s'envole. Plus à l'aise dans le discours sécuritaire, Sarkozy doit se concentrer sur l'économie, un sujet qu'il comprend mal. Depuis 10 jours, il sillonne la France de discours encadrés et sans débats, multiplie les cadeaux aux uns, les menaces aux autres.

Il se montre toujours, s'agite beaucoup mais s'inquiète souvent. Il a ainsi très récemment découvert qu'il ne peut y avoir d'aide publique sans contrepartie. Avec l'aide de Fillon, Lagarde et de l'UMP, il répète à l'envie depuis 10 jours que les patrons doivent rendre leur bonus ou maintenir leurs usines en France. Il réalise en fait qu'il est victime de son agitation et de son manque de réflexion.

En novembre dernier, il a promis 40 milliards d'euros de prêts aux banques françaises. Il avait ensuite fait les gros yeux pour inciter les banques à dessérer à leur tour les vannes du crédit aux ménages et aux entreprises. Ses homologues anglais et allemande n'ont pas commis la même bévue en octroyant des fonds à leurs banques menacées: au Royaume Uni ou en Allemagne, l'Etat est devenu actionnaire et a obtenu des contreparties dès le début : suspension des dividendes et des bonus, nomination d’administrateurs en Angleterre; suppression des dividendes et la limitation des salaires des managers à 500 000 euros en Allemagne. En France, voici notre président qui réalise un peu tard le prix de sa dilletance. Et notez l'étroitesse des contreparties qu'il se met à réclamer des banquiers ou des constructeurs automobiles: suspension des bonus et, pour l'automobile, interdiction des délocalisations. Pas un mot sur les dividendes (le terme est passé à la trappe dans le communiqué de mardi soir); rien sur les stock-options ni les augmentations de salaires fixes.

La France en révolte
La seconde raison d'inquiétude présidentielle est la montée des oppositions sociales, politiques, médiatiques.

Un peu vite, Sarkozy s'était réjoui en public que les grèves en France. Depuis la fin de l'année 2008, il se réjouit moins. Il s'est aliéné la quasi-totalité des corps sociaux. L'exemple grec est présent dans les esprits. Sarkozy a déjà du lest aux lycéens sur la réforme de la classe de seconde. Ses récents voeux en province ont été un échec. Peu de reprises, des réunions boycottées, des discours raillés. Quand la gare Saint Lazare est paralysée pendant une après-midi après l'agression d'un cheminot, Nicolas Sarkozy surjoue l'indignation et traite Sud-Rail d'irresponsable. Aurait-il fallu un meutre pour Sarkozy daigne répondre au problème plutôt que de tancer la France ?

La crise sociale se manifestait de manière disparate jusqu'à présent. Pour la première fois depuis longtemps, les organisations syndicales CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES, UNSA ont appelé à une grève unitaire et générale le 29 janvier prochain. Un coup de gueule prévu de longue date pour "défendre l’emploi privé et public, lutter contre la précarité et les déréglementations économiques et sociales, exiger des politiques de rémunérations qui assurent le maintien du pouvoir d’achat des salariés, des chômeurs et des retraités et réduisent les inégalités, défendre le cadre collectif et solidaire de la protection sociale, des services publics de qualité qui assurent en particulier tout leur rôle de réponse aux besoins sociaux et de solidarité." Tout y est. Le pari est risqué. les Français craignent pour leur précarité. Franchiront-ils le pas d'une contestation rassemblée et massive ?

La crise politique n'est pas loin. Les députés socialistes ont claqué la porte de l'Assemblée Nationale mercredi. Ils proposaient pourtant un compromis simple au plafonnement du temps de débat que le gouvernement veut imposer : 4 exceptions par an à ce quota, pour des lois "majeures". L'amendement rejetté, ils ont boycotté les questions au gouvernement. La monarchie élective devient complète. Nicolas Sarkozy revendiquait avoir revalorisé le rôle du Parlement. Même l'intriguant Jack Lang s'en est ému. Cela n'empêchera pas les "réformes" d'avancer. Cette crise politique met un coup de projecteur sur un contat déjà ancien: la profusion d'annonces présidentielles nuit au débat et à la réflexion, jusque dans l'hémicycle.

Le Parti Socialiste s'est même fendu d'un contre-plan de relance. Histoire de répondre au berger de l'Elysée, la bergerie socialiste a doublé la mise, en renforçant les propositions de soutien à la consommation, clarifiant l'orientation souhaitable des investissements publics (notamment en matière de croissance verte). Ce plan a le mérite d'exister, malgré ses lacunes. Il a grillé l'argument habituel de la Sarkozie au pouvoir, qui reprochait à l'opposition de jamais rien proposer. Mais il a été quelque peu occulté par le coup d'éclat des parlementaires socialistes à l'Assemblée.

La contestation touche aussi la dérive sécuritaire. Télérama s'en faisait l'écho. Les médias se sont enfin emparé de la critique de la CNIL contre le fichier STIC, le "Système des traitements des infractions constatées", principal fichier de police. Créé en 2002, ce dernier recensait, en décembre 2008, 6,5 millions de procédures, 37,9 millions d’infractions, 5,55 millions d’individus mis en cause, et 28,33 millions de victimes. Mais la CNIL lui reproche d'être mal classé, rarement mis à jour et accessible sans vrai contrôle. Pire, le récent bilan de la délinquance en France montre qu'il est peu efficace. Des victimes, fichées également, se trouvent exclues de fonctions publiques par erreur. Et le taux d'élucidation des crimes grâce au fichier reste très faible. Délinquance violente en hausse, fichiers mal contrôlés, Taser en vente libre, tout va bien en Sarkofrance !

En fin de semaine, Sarkozy a voulu s'acheter la presse. Comment appeler son plan autrement ? Il double les dépenses de communication de l'Etat et des institutions publiques vers la presse écrite (+20 millions d'euros), augmente les aides à la presse de 200 millions en trois ans, gel des tarifs postaux, transport gratuit des abonnements aux jeunes de 18 ans. Sarkozy a même reculé sur sa volonté initiale de faire sauter les seuils de concentration dans les médias. Qui dit mieux ? Quel contraste avec sa conférence de presse houleuse du 8 janvier 2008 !


Un modèle américain qui le disqualifie, une méthode qui patine, une opposition sociale et politique qui se radicalise... Il y a de quoi être inquiet et agacé.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

23 janvier 2009

Quand le 9-2 rencontre le 9-3


Ajout : Marianne2 a également fait un reportage sur le même sujet.

Sarkozy découvre qu'il ne peut y avoir d'aide publique sans contrepartie

Lundi 19 décembre, Nicolas Sarkozy présentait ses vœux aux partenaires sociaux, cette fois-ci à l'Elysée. Après les provocations de la semaine passée, il a joué l'apaisement. Il a notamment rappelé qu'il n'y aurait désormais en France plus d'aides publiques aux entreprises sans contreparties : "il faut que les usines restent en France".

Petits arrangements...
Ce soudain intérêt pour la bonne utilisation "sociale" de l'argent public, et notamment des subventions, est récent. Coup sur coup, Sarkozy avait prévenu les entreprises automobiles qu'il était prêt à les aider si elles s'engageaient à maintenir leur emploi en France (une mesure protectioniste par excellence); puis il avait exigé des banquiers, jeudi dernier, qu'ils suspendent leurs bonus et dividendes si l'Etat leur prêtait une nouvelle tranche de 10 milliards d'euros.


Après s'être fait tancer par le président mardi dernier, les patrons de banque ont accepté d'abandonner leur bonus pour 2008, "en contrepartie" du nouveau prêt de l'Etat de 10,5 milliards d'euros: "les dirigeants des différents établissements ont renoncé à leur rémunération variable au titre de 2008, traduisant ainsi l'écoute qui est la leur des sentiments des uns et des autres", a indiqué le président de la FBF.

Mais Sarkozy a fait une concession discrète. Les dividendes sont épargnés. Le communiqué officiel de la Présidence, mardi soir, le confirme : plus un mot sur les dividendes, pas même une allusion: "Enfin, les dirigeants des banques ont unanimement décidé de renoncer, dans le cadre des règles de gouvernance de leurs groupes, à la part variable de leur rémunération au titre de 2008."  Une particularité bancaire est également discrètement oubliée : les dirigeants ne sont pas ceux qui touchent les plus gros bonus. Ils sont loin derrière leurs tradeurs !


... et gros mensonges
Mardi, François Fillon a promis "5 ou 6 milliards d'euros" à Renault et PSA, sous forme . Les détails du plan seront dévoilés en février. Fillon a prévenu que l'Etat exigerait des engagements "exemplaires tant sur les volumes de production en France qu'en termes de relations vis-à-vis de la chaîne de sous-traitance" mais aussi la suppression des bonus et dividendes aux actionnaires. A été signé mardi une aide de 300 millions d'euros d'investissement. C'était déjà une promesse de campagne : "Je veux que [les entreprises] qui délocalisent alors qu’elles ont profité de subventions, remboursent les subventions qu’elles ont obtenues ". 

Lors des Etats Généraux de l'Automobile, les constructeurs ont répliqué avec l'argument choc: la compétitivité de la France sera fragilisé par le poids des taxes et des contraintes. C'est là que le bas blesse ! Nicolas Sarkozy et son gouvernement sont pris dans une contradiction existentielle et idéologique majeure : en temps de récession, certains redécouvrent avec bonheur que la France souffrira moins que que ses voisins grâce au poids des retraites (par répartition) et des fonctionnaires. Un adulte sur deux serait retraité ou fonctionnaire, donc à l'abri du chômage et d'une baisse brutale de revenus consécutive à la récession. Mettez vous à la place de Sarkozy : comment positiver ces "contraintes publiques", si protectrices par rapport à nos voisins plus libéraux, alors que son discours sur la rupture depuis des lustres visent à les réduire ? On comprend mieux pourquoi le Monarque préfère des coups de gueule symboliques. 

On rétorquera également que les contre-parties exigées par le gouvernement Sarkozy restent floues ou limitées : pas un mot sur les stock options. Il est vrai que Nicolas Sarkozy a de tous temps rechigné à en limiter le bénéfice. Au contraire, en pleine crise financière, Xavier Bertrand avait même proposé d'en étende le bénéfice à tous les salariés. Pas un mot non plus sur les salaires fixes des dirigeants...

Enfin (et surtout), Nicolas Sarkozy est victime de son impréparation : au Royaume Uni ou en Allemagne, l'Etat est devenu actionnaire et a obtenu des contreparties dès le début :  suspension des dividendes et des bonus, nomination d’administrateurs en Angleterre; suppression des dividendes et la limitation des salaires des managers à 500 000 euros en Allemagne. En France, Sarkozy a annoncé des garanties aussi faramineuses qu'ailleurs. Mais il fait semblant de découvrir aujourd'hui qu'il (lui) faut des contreparties ... sous peine de perdre la face.

Marché de dupes ?

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