28 février 2009

95ème semaine de Sarkofrance: qui va désactiver le président "pop up" ?

Les internautes ont depuis longtemps l'habitude de bloquer, sur leur navigateur internet, l'apparition de ces fenêtres publicitaires intempestives appelées "pop up".
Nicolas Sarkozy a quelques similitudes avec ces "fenêtres surgissantes" du Web. Ce n'est pas nouveau. Depuis son élection, il occupe l'espace médiatique en multipliant les interventions. On aurait pu croire que la crise mériterait de concentrer les efforts et la réflexion. Il n'en est rien, bien au contraire.

Agitation convulsive
Depuis des semaines, Nicolas Sarkozy et ses proches nous ont gratifié d'une avalanche d'annonces, tantôt subies, comme les mesures sociales, ou l'intervention sur les Antilles, tantôt provoquées. Que dire ainsi du Conseil de la Création Artistique, cette récompense politique à quelques zélateurs reconvertis ? Où était également l'urgence à parler d'une réforme du statut du beau-parent et de la réduction du congé parental ? Plus grave, que penser de la nomination directe des dirigeants de l'audiovisuel public ? Ou de la suppression du juge d'instruction ?

Depuis quelques jours, d'opportunes fuites dans la presse sur un nouveau sujet ont permis de divertir l'opinion et les médias de quelques 90 200 chômeurs supplémentaires : la réforme de l'organisation territoriale est la distraction idéale pour l'exécutif sarkozyen. Une commission bi-partisance, des fausses conclusions livrées aux médias, un rapport qui fait peur aux élus de droite comme de gauche. Un pur bonheur ! Les oppositions de tous bords se mobilisent, des sites fleurissent, des pétitions circulent. Quelqu'un a-t-il compris l'intérêt de cette réforme ? De son opportunité actuelle ? S'agirait-il d'économiser quelques dépenses de fonctionnement redondantes de ces administrations locales ? Même pas ! Ce sujet n'était pas dans le périmètre de mission du comité Balladur !

Vendredi, Jean-Louis Borloo lançait l'idée d'un "Grenelle de la Mer", nouveau "pop up" présidentiel. Les pêcheurs souffrent de la crise. Les clients ne sont plus là. La grande distribution conserve ses marges. Plutôt que d'agir rapidement, voici donc le ministre du "débat durable" qui propose une nième conférence pour "parler de tous les sujets": le développement "harmonieux" du littoral, le développement d'activités maritimes "compétitives et soutenables sur le plan environnemental", la valorisation des métiers de la mer, et "l'instauration d'une nouvelle gouvernance aux niveaux national et international". Et si on arrêtait de causer ?

Le chef de l'Etat et ses proches conseillers s'accrochent à l'électorat de droite. Ils restent persuadés que ces annonces à répétition leur sont profitables. La dégringolade sondagière de la popularité de l'éxécutif, et l'endurance des protestations montrent que les Français n'adhèrent plus.


Les Français n'accrochent plus
La résistance aux "réformes" et les protestations contre les lacunes des mesures anti-crise se durcissent. Les "pop-up" présidentiels n'y font rien.
Mercredi, François Fillon a dû rompre une promesse du candidat Sarkozy: les suppressions de postes d'enseignants-chercheurs seront gelées en 2010 et 2011. Mais 900 postes restent supprimés cette année. Il a aussi confirmé la réécriture du décret modifiant leur statut, une concession lâchée la semaine dernière par Valérie Pécresse. Ce fichu décret qui prévoyait de "donner la possibilité au président d’université de moduler les heures d’enseignement, à la hausse ou à la baisse, en fonction de l’activité de recherche des enseignants-chercheurs" n'en finit pas d'être réécrit. Peine perdue, des enseignants, chercheurs et étudiants manifestaient à nouveau jeudi. Vendredi, Valérie Pécresse est restée sept heures avec les présidents d'universités puis trois des syndicats, pour tenter de réécrire son projet. Le principal syndicat de l'enseignement supérieur, le Snesup-FSU, avait décliné l'invitation estimant  l'ordre du jour "insuffisant".

En Guadeloupe, l'Etat a lâché ce qu'il fallait pour que le LKP obtienne bientôt satisfaction: Fillon a confirmé le versement par l'Etat, à titre transitoire jusqu'à début 2011, d'un revenu supplémentaire de 80 euros par mois à tous les salariés touchant moins de 1,4 SMIC en Guadeloupe. Un accord sur une hausse salariale de 200 euros nets a pu être ensuite paraphé par quatre organisations. Mais le Medef et la CGPME, les deux principaux organismes patronaux, ont refusé. Et si Sarko s'en mêlait enfin ?

Sur le front de l'économie, il a bien fallu également commenter les mauvaises nouvelles. En janvier, la France a jetté 90 200 chômeurs de plus dans les bras du pôle emploi. C'est la plus forte progression jamais enregistrée depuis la création des statistiques du chômage... Toutes les catégories sont touchées : les moins de 25 ans (+ 5,1 %), les 25-49 ans (+ 4,1 %), les plus de 50 ans (+ 3,9 %), les chômeurs de longue durée (+ 3,8 %). Et les licenciements économiques ont bondi de + 23,5 % sur trois mois. A ce rythme-là, le chômage grossira d'un million de sans-emplois supplémentaires cette année ! Même le Figaro se permet de noter que "Janvier est le neuvième mois consécutif de hausse". Le chômage remonte donc depuis ... mai 2008 ! La dégradation de l'emploi a bien démarré avec la montée en puissance de la défiscalisation des heures supplémentaires...


Les proches s'inquiètent
Quelques jours après l'élection présidentielle, nous exhortions Nicolas Sarkozy à se dépêcher d'agir, afin de "dissiper les malentendus". Nous nous sommes trompés. Mea culpa. Passées quelques mois, les réformes ont laissé place à une agitation immobile. Sarkozy parle mais rien ne suit. Sarkozy giffle et chacun se tait. Rappelez vous le plan de relance. Choisir l'investissement contre la consommation était une erreur. Pire, il a fallu sortir des tiroirs des projets d'investissement qui ne serviront à rien ou trop tard. Trop de précipitation, pas assez de réflexion, aucun dialogue. Belle méthode !
Les ministres s'essoufflent. les conseillers s'inquiètent: "Une fois qu'on a décidé, on n'est pas capable de suivre les réformes. C'est humainement, administrativement, impossible", a affirmé au Monde un conseiller anonyme de l'Elysée. Certains regrettent la centralisation excessive du pouvoir dans les mains du Président: elle se révèle aujourd'hui terriblement inefficace et contre-productive. Sarkozy ne récompense que ses amis, ces proches qui ne le contestent jamais. Bref, il paye son problème de comportement.


Sarkozy se retranche
Depuis sa tournée des voeux ratée début janvier, Nicolas Sarkozy s'épargne tout contact populaire, toute visite spontanée, tout échange avec la presse. Les préfets en rajoutent dans la psychose sécuritaire, de peur de se faire congédier comme leur collègue de Saint-Lô en janvier dernier.

Samedi, il sillonne au pas de course le Salon de l'Agriculture, préventivement nettoyé d'éventuels gêneurs; et les rares badauds enthousiastes qu'il salue à l'entrée ne sont que des militants UMP qui ont reçu chez eux un carton d'invitation présidentielle. On se croirait à ... Cuba ! Nicolas Sarkozy a sans doute compris que ses sorties en plein air sont désormais comptées.

Lundi, le président déjeune avec 11 enseignants triés sur le volet et fait dire à Xavier Darcos qu'il "a beaucoup insisté sur le fait que lui, président de la République, souhaitait pouvoir établir un contact plus direct avec le monde enseignant". Sans rire ? L'un des 11 travaillait pour Richard Descoing, missionné par Sarkozy sur la réforme de la classe de seconde. Un autre s'était fait connaître pour un livre pronant le retour d'une ferme discipline à l'école.

Mardi, il part à Rome, chez son ami Bersluconi. Les problèmes le suivent. Son homologue italien n'a pas peur, lui, des conférences de presse. Sarkozy les évite depuis longtemps. Il est coincé. Un journaliste imprudent, du Figaro de surcroît, lui demanda les raisons de son impopularité, alors que son hôte italien reste au sommet des sondages... Pire, il a dû se justifier sur l'affaire Pérol.


Les vrais mensonges sont ailleurs
Cette semaine, Sarkozy a surtout loupé le coche de l'éthique. Pour une fois que l'Etat affirmait son interventionisme bancaire en forçant la fusion de deux établissements mal en point, avec 20% du capital en contre-partie à terme, voici que le Monarque se vautre.

Première boulette, il fait nommer son proche conseiller et secrétaire général adjoint François Perol. Beau conflit d'intérêt ! Le haut fonctionnaire qui a travaillé directement à cette fusion, et au plan de soutien aux banques du pays, est devenu le directeur général des Caisses d'Epargne (mercredi) et des Banques Populaires (jeudi), en attendant la fusion des deux établissements d'ici juin prochain.
Seconde boulette, Nicolas Sarkozy est pris en flagrant délit de mensonge d'Etat ! L'Elysée a affirmé que la Commission de déontologie de la Fonction Publique, qui "a pour rôle de contrôler le départ des agents publics, et de certains agents de droit privé, qui envisagent d’exercer une activité dans le secteur privé et dans le secteur public concurrentiel" avait trouvé le temps de donner un avis "Off" favorable. Sarkozy lui-même affirma à Rome que "la nomination de Pérol ne pose pas de problème". Faux. Le lendemain, Le Monde publiait la fameuse "preuve", un simple courrier de confort écrit à titre personnel par le président de cette commission, Olivier Fouquet. Vendredi 27, la dite Commission n'était toujours pas saisie et la presse publiait un courriel d'Olivier Fouquet expliquant les dessous de l'affaire: "visiblement le Président n'a pas tout compris". Samedi, on nous explique qu'il est finalement inutile de la saisir...
Certains continueront d'argumenter que "la fin justifie les moyens", autrement dit que François Pérol est l'homme de la situation... C'est le "meilleur" pour le poste, a d'ailleurs expliqué le président vendredi ! Et si c'était le contraire ? Pérol, à l'époque associé gérant à la banque Rothschild, avait conseillé les deux entités à créer Natixis, une filiale commune qui s'est révélée un gouffre financier avant même la crise financière.


La comparaison avec Barack Obama est frappante: ses efforts et annonces sont concentrés sur un double objectif, économique et éthique: sortir le pays de la crise et redorer le blason de l'Amérique. Obama multiplie les plans de soutien à l'économie (plan de relance, soutien à l'automobile, et bientôt un nouveau secours aux banques) et de protection des foyers américains (propriétaires expulsés, assurance maladie, etc). En parallèle, il cherche à grandir l'Amérique, en instaurant des règles strictes de déontologie militaire (renonciation à la torture), politique (interdiction faite à ses conseillers de pantoufler dans un secteur dont ils auraient la charge pendant la durée de son mandat), ou écologique (investissements dans la recherche et le développement durable).

Nicolas Sarkozy voulait une rupture. Il va l'avoir. Il l'a sous les yeux mais ce n'est pas celle qu'il attendait.

Le système craque, tel le Titanic, frappé par l'iceberg des subprimes.

Et la France a le malheur d'être dirigée par un Monarque agité mais immobile qui rêve d'être prix Nobel de la Paix... Et si on désactivait une bonne fois pour toute ce "pop up" ?

Affaire Pérol : "visiblement le Président n'a pas tout compris".

Vendredi 27 février, Nicolas Sarkozy a voulu répondre aux critiques contre la nomination de François Pérol, son secrétaire général adjoint, à la tête des Banques Populaires et des Caisses d'Epargne. Il a donc choisi le "meilleur", et "si on le fait, c'est parce qu'il ne reste plus que l'Etat".Et le Président de critiquer à son tour ceux qui lui reprochaient de ne rien faire hier et d'en faire trop aujourd'hui. Pas un mot sur le conflit d'intérêt ni ses mensonges sur cette nomination.  Nicolas Sarkozy n'a notamment

"Le président de la République fait ce lapsus que je comprends très bien", a estimé le président de la commission de déontologie, Olivier Fouquet : "visiblement le Président n'a pas tout compris". M. Fouquet parlait des déclarations hâtives de Sarkozy à Rome, quand ce dernier affirma que la Commission avait donné son accord alors qu'il ne s'agissait que d'un avis personnel de son président.

Pas tout compris ?

Effectivement, le Figaro a publié vendredi soir le courriel qu'Olivier Fouquet a adressé aux membres de la Commission pour leur expliquer l'affaire. Un courriel édifiant qui révèle que le sommet de l'Etat ignore visiblement les règles de base de la déontologie des hauts fonctionnaires.

"Chers Amis,
M. Guéant a demandé vendredi soir 20 février des informations sur le caractère obligatoire ou facultatif de la saisine de la commission et sur la jurisprudence de celle-ci. En l'absence de Mme Zobel, qui répond en principe aux questions des administrations sous le contrôle du rapporteur général, également absent, j'ai dû expliquer la distinction faite par la loi entre les saisines obligatoire et facultative et rechercher la jurisprudence sur les cabinets ministériels avec l'aide de Magali Comte.
Tout ceci était difficile à comprendre pour mon interlocuteur qui m'a fait alors parvenir une lettre de M. Pérol expliquant qu'il n'entrait pas dans les hypothèses de saisine obligatoire.
J'ai donc rédigé un brève missive qui d'une part expliquait la distinction faite par la loi entre les saisines obligatoire et facultative et qui rappelait la jurisprudence sur les cabinets ministériels. J'ai conclu en indiquant que si M. Pérol s'était comporté comme se comportent habituellement les membres des cabinets minstériels, la jurisprudence de la commission lui serait applicable. Je n'ai pas préjugé du cas personnel de M. Pérol que je ne connaissais pas.
Le mardi à Rome, le Président de la République a annoncé que la commission avait été saisie et qu'elle avait donné un avis favorable. J'ai dû démentir et j'ai donné pour instruction à Magali Comte de démentir. Il en est résulté une confusion médiatique totale que je n'ai pu éteindre compte tenu de la réseve que je devais conserver. De guerre lasse, j'ai demandé mercredi matin à M. Guéant de rendre publique la lettre que je lui avais adressée en réponse à sa demande d'information.
Vous trouverez ci-joint la lettre.
J'attends avec impatience le retour d'Agnès Zobel et de Marie Picard pour les envoyer au front: je les surveillerai de l'arrière, bien à l'abri.
Olivier Fouquet

27 février 2009

Sarkozy, prix Nobel de la Paix ?

Le monarque français mesurera-t-il un jour le ridicule de son narcissisme ?
Les présidents américain Barack Obama et français Nicolas Sarkozy figurent parmi les 205 personnes et organisations --un nombre record-- en lice pour le prix Nobel de la paix, deux candidatures éminentes que les experts jugent toutefois trop prématurées pour aboutir. (source AFP)

"Le fait que nous ayons élargi le concept de paix (en l'étendant à la lutte contre le changement climatique ou contre la pauvreté par exemple, ndlr) contribue aussi à cet afflux" a expliqué le directeur de l'Institut Nobel d'Oslo, Geir Lundestad vendredi 27 février. Mais quand même !

La candidature de Nicolas Sarkozy est simplement risible, et révélatrice d'un narcissisme connu qui devient gênant. Il s'est agité en Géorgie et au Proche Orient. Qui peut sérieusement croire (à l'exception de ses proches conseillers et zélotes) qu'il est pour quelque chose dans la trève à Gaza ou l'arrêt des combats en Géorgie ? A moins de croire que le Grenelle de l'Environnement suffirait à le faire récompenser ...

Au Proche Orient, le premier déplacement de Sarkozy a semblé inutile. Au contraire, Israël a déclenché son offensive terrestre quelques heures avant son arrivée dans la région. Puis, quelques semaines et quelques centaines de morts plus tard, il est revenu sur place trop tard, pour une conférence en Egypte, la trève avait été annoncée par Israël 24 heures avant. Rappelons aussi que son voyage éclair en Russie puis en Géorgie le 18 août n'avait pas fait illusion bien longtemps. Sarkozy en était revenu tout heureux d'avoir décroché un accord de pais qui n'en était pas un. Deux semaines plus tard, l'Europe avait dû à nouveau condamner l'invasion russe du territoire géorgien, refusertoute sanction économique et exiger un retrait russe dans les deux mois.

La candidature de Barack Obama est également troublante. le président américain a pris ses fonctions le 20 janvier dernier. Tout au plus lui sera-t-on gré d'avoir confirmé le retrait des troupes américaines d'Irak d'ici août 2010, et la fermeture de Guantanamo. Mais on aurait préféré qu'il attende l'an prochain pour une telle inscription.

Narcisse, quand tu nous tiens...

C'est Vendredi


L'hebdomadaire Vendredi sort bien évidemment aujourd'hui, 18ème numéro.
Je remercie l'équipe du journal pour le titre de la deuxième page ("Popularité en berne, réformes en panne, rien ne va plus en Sarko-France").

Le pôle emploi ... auxiliaire de police ?

Fouzia Othman, pour le Bondy Blog, a livré un témoignage édifiant lundi dernier. sur la chasse aux sans-papiers en Sarkofrance.

"Nous entrons de suite dans le vif du sujet. Ma première question est, certes, directe mais essentielle: "Comment contrôlez-vous les chômeurs étrangers ?" ; "Eh bien, avec un détecteur de fausses pièces d'identité installé dans nos bureaux et visible par le demandeur" me répond-elle. En effet, pour instruire une ouverture de droits, une pièce d'identité en cours de validité doit être présentée ainsi que les documents liés au travail. Et lorsqu'une pièce non valide est repérée, une procédure de signalement est mise en route. "Le conseiller ne doit rien dire à la personne, tout se fait à son insu. Il transmet la copie du titre de résidence au service des fraudes de l'assedic qui contactera la Police de l'Air et des Frontières".
Autre témoignage, l'arrestation d'Azziz, le 3 février dernier, près de Montpellier: des policiers accompagnait un contrôleur de l'URSSAF pour un contrôle de travail clandestin. Azziz a été expulsé le 17 février. L'implication demandée aux inspecteurs du travail dans la chasse aux sans-papiers a été également constaté en Bretagne, en octobre dernier. L’union locale CGT de Rennes a ainsi dénoncé l'arrestation le 8 ocotbre 2008 d'une dizaine d'ouvriers sans-papiers, de nationalités turque et brésilienne interpellés sur des chantiers du bâtiment.

Lundi toujours, un Malien présent en France depuis 20 ans a été expulsé. Il a 41 ans, et a mené une grève de la faim pendant une semaine avant cette expulsion. Il était sous le coup d'une interdiction de séjour de 3 ans depuis 2007, après avoir résisté à son expulsion par avion. Modibo Sissoko avait un travail, et plus aucune famille au Mali.

Lundi 16 février, la police est allé jusqu'à visiter une communauté Emmaüs à Marseille, pour arrêter un "compagnon" sans papier. En octobre 2007, Nicolas Sarkozy déclarait pourtant: "Quand quelqu'un est à la rue, dans une situation d'urgence et de détresse, on ne va tout de même pas lui demander ses papiers!" Et bien si ! Après avoir interpellé un clandestin, les policiers ont perquisitionné les locaux de l'association Emmaüs...

Deux jours plus tard, l'association dénonçait un autre cas d'arrestation, dans les locaux de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de l'Yonne...Helder Dos Santos, "malade et gravement handicappé, était venu en toute confiance pour un rendez vous pris le 3 février avec vos services pour examiner son dossier social" a écrit Hubert Trapet, le responsable Emmaüs local. Qu'importe, la CPAM avait prévenu la police qui a pu interpellé le sans-papier sur place.

Jeudi, la Cimade et 9 associations ont été déboutées par le Conseil d'Etat. Elles souhaitaient faire suspendre la réforme du soutien aux sans-papiers, définie par un décret du 22 août dernier signé par Brice Hortefeux. Mais le Conseil d'Etat a jugé que 'ni la possibilité de passer, pour les différents centres de rétention, des conventions avec des personnes morales distinctes, ni la règle selon laquelle une seule personne morale intervient dans un centre déterminé, ni l'attribution éventuelle d'une convention à une personne morale autre qu'une association, ne sont, par elles-mêmes' n'étaient contraires à la loi. Un jugement sur le fonds juridique mais pas le fonds politique et éthique. Un échec quand même.

Coïncidence, le cinéaste Philippe Lioret nous livre prochainement son dernier film. L'histoire d'un jeune irakien clandestin, échoué près de Calais, qui rencontre un professeur de natation (Vincent Lindon) pour apprendre à traverser la Manche à la nage. Une oeuvre de salubrité publique.

26 février 2009

Sarkozy a sauvé 2 emplois

En Sarkofrance, les problèmes d'emploi ne sont pas pour tout le monde. Si les jeunes, les intérimaires, les CDD, les licenciés des premiers plans sociaux de l'automne sont venus grossir comme jamais les statistiques du chômage en janvier, quelques dignitaires du régime ont trouvé rapidement un job à leur mesure : un "hochet" diplomatique pour Jack Lang, et la tête de la seconde banque du pays pour François Pérol.

90 000 personnes ont perdu leur job
Hallucinante semaine. La France a jetté 90 000 chômeurs de plus dans les bras du pôle emploi en janvier. C'est plus forte progression jamais enregistré depuis la création des statistiques du chômage... Le précédent record mensuel datait de ... novembre 2008. En l'espace d'un an, le nombre de demandeurs d'emploi "officiels" est remonté de plus de 300 000, à 2,2 millions. Selon le secrétaire d'Etat à l'Emploi (sic!), Laurent Wauquiez, il faut s'attendre «sur plusieurs mois» à des chiffres similaires.
"Tout le monde a été touché : les moins de 25 ans (+ 5,1 %), les 25-49 ans (+ 4,1 %) et les plus de 50 ans (+ 3,9 %). Comme les chômeurs de longue durée (+ 3,8 %). Les inscriptions à Pôle emploi sont, sans surprise, marquées par une envolée des licenciements économiques (+ 23,5 % sur trois mois), des fins de mission d'intérim (+ 7,8 %) et des fins de CDD (+ 7,2 %)." Source Le Figaro

Comme le note le Figaro, "Janvier est le neuvième mois consécutif de hausse". Comptons ensemble : le chômage remonte donc depuis ... mai 2008 ! Qui a dit que la crise était née un jour de septembre ? Nous rappelons régulièrement que la dégradation de l'emploi a démarré avec la montée en puissance de la défiscalisation des heures supplémentaires... CQFD.

Jack Lang a trouvé un job
Nicolas Sarkozy a envoyé Jack Lang à Cuba afin "de préparer une relance du dialogue entre Paris et La Havane", une mission  de "dialogue exploratoire pour faire bouger des lignes". La mission est courte. Elle se termine quand Lang revient. Après sa participation, et son soutien aux conclusions du comité de réflexion sur la réforme des institutions en juillet dernier, c'est la seconde fois que Jack Lang accepte de travailler pour le chef de l'Etat.
auprès de Cuba. L'ancien socialiste (l'est-il encore) a rencontré Raoul Castro dès mercredi. Il y a trois semaines chez Laurent Ruquier, sur France 2, il déclarait les yeux dans les yeux qu'il ne cherchait rien ni n'accepterait rien de Sarkozy.... Vraiment ? Martine Aubry s'est réjoui. La première secrétaire socialiste a besoin d'éviter toute fâcherie au sein de son camp.

Nicolas Sarkozy a également trouvé un job supplémentaire à Jean-Pierre Cotis qui en avait déjà un : le directeur général de l'INSEE s'est vu confié "une mission d'analyse et de concertation sur le partage de la valeur ajoutée, le partage des profits et les écarts de rémunération en France."

François Pérol change de job
Le scerétaire général adjoint de l'Elysée va prendre la double tête des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires le 2 mars, en attendant la fusion des deux établissements d'ici juin prochain. Il a été nommé à l'unanimité par le conseil d'administration des Banques Pop ce mercredi. Le réseau mutualiste des caisses d'épargne vote pour sa part jeudi 26 février. D'après Europe1, quatre présidents de caisse régionale de l'Ecureuil pourraient voter contre le projet de fusion, estimant qu'il s'agit d'un putsch.

Le Monde a enfin publié la fameuse "lettre" de la Commission de déontologie, qui juge des conflits d'intérêt potentiel d'un départ vers le secteur privé d'un fonctionnaire. Comme nous vous l'annonçions hier, ce n'est pas un avis favorable de l'institution elle-même, mais un simple courrier de confort écrit à titre personnel par le président de cette commission, Olivier Fouquet: "en l'absence de délibération de la commission qui dispose, lorsqu'elle est saisie, d'un délai d'un mois, éventuellement renouvelable une fois, pour se prononcer, je ne peux vous donner qu'une opinion personnelle qui n'engage pas la Commission, en me référant à la jurisprudence traditionnelle de celle-ci." Olivier Fouquet nous livre deux informations : la Commission n'a pas été saisie; et son avis est personnel. Et que dit-il ensuite ? Il se contente de rappeler de précédents exemples de pantouflages, sans les nommer, pour conclure que si François Pérol a exercé son activité de conseiller "dans les conditions habituelles d'exercice" de celle-ci, alors la jurisprudence est applicable. Or on peut faire une objection majeure. François Pérol a travaillé activement à la fusion des deux établissements, dans un contexte exceptionnel de crise mondiale et de sauvegarde du système bancaire : s'agissait -il de "conditions habituelles d'exercice" de la fonction de conseiller à l'économie ?


Déjà à l'automne 2008, Sarkozy avait placé son ancien directeur de cabinet, Pierre Mariani à la tête de Dexia, sauvée par l'Etat.

La réalité ne ment pas, Sarkozy oui.

Satire politique en Sarkofrance


Merci au Sniper.

25 février 2009

Sarkozy choisit ses interlocuteurs à l'Education Nationale

Nicolas Sarkozy a voulu faire croire qu'il gardait le contact avec les enseignants en invitant 11 d'entre eux à déjeuner lundi. Ouarf !

Enseignants choisis
Nicolas Sarkozy a déjeuné avec 11 enseignants choisis, lundi 23 février. Onze choisis parmi 320 000... Lors du déjeuner, M. Sarkozy "a beaucoup insisté sur le fait que lui, président de la République, souhaitait pouvoir établir un contact plus direct avec le monde enseignant", a rapporté le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos. Certains se sont visiblement saisis de l'occasion. Ainsi, Bruno Descroix, prof de math en Seine Saint Denis : "M. Sarkozy a parlé de la confiance qu'il comptait accorder aux enseignants. Il n'y aura pas de confiance si ça commence par des suppressions de postes". La réponse, rapportée, du président français n'est pas très clair (sic !) : "il a dit que c'était un des éléments dont il allait beaucoup s'occuper dans les semaines et les mois à venir"... mais encore ?
Mais comment donc ces enseignants ont-ils été choisis ? Lisez-donc le blog "S'il n'y avait que les élèves..." :

"Parmi les invités, il y avait Cyril Delhay, proche collaborateur de Richard Descoings, le pompier de la réforme du lycée mais c’est sans doute une coïncidence...
Et puis il y avait aussi Sébastien Clerc. Un prof en Seine-Saint-Denis qui a sorti un bouquin pour expliquer comment régler les problèmes de discipline dans une classe. C’est pas passionnant, c’est très premier degré mais chacun est libre. Il y propose des trucs super sexy : note de sérieux, plan de classe imposé…"

Enseignants manifestants
Jeudi dernier, entre 32.000 et 53.000 étudiants et universitaires ont défilé en France contre le projet de décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs. Pour mémoire, la réforme prévoit notamment de "donner la possibilité au président d’université de moduler les heures d’enseignement, à la hausse ou à la baisse, en fonction de l’activité de recherche des enseignants-chercheurs." Valérie Pécresse avait annoncé ce recul le même jour au Sénat. Un nouveau décret sera proposé. En fait, le Canard Enchaîné du 18 février relatait comment la ministre a reçu de Claude Guéant, la "vérité présidentielle" : le 13 février dernier, Sarkozy lui fit savoir qu'il estimait que son décret était mort et qu'il la tenait tenait pour responsable. Valérie Pécresse aurait quitté l'Elysée ce jour-là les yeux en larmes. Un nouvel appel à manifester a été lancé pour jeudi 26 février, auquel l'UNEF s'est joint.

Enseignant sanctionné
Le même jour, un procureur du tribunal de Nantes a requis à l'encontre de Sami Benméziane, un instituteur soupçonné d'avoir tordu le doigt d'un policier, "deux mois de prison avec sursis et 600 euros d'amende". L'altercation a été filmée. On y voit l'instituteur résister en juin 2008, lors d'une manifestation à Nantes. "En soutien à l'instituteur, près de 20% des enseignants dans le primaire suivent un appel à la grève aujourd'hui en Loire-Atlantique, selon l'inspection d'académie", rapportait l'AFP. Le jugement est attendu le 10 mars.



Lire aussi:

Sarkozy et le déni de réalité

Mardi 24 février, Nicolas Sarkozy semblait dans le déni de réalité. Lui qui avait à deux reprises la semaine dernière pris la parole à la télévision pour exprimer sa compréhension de la situation de crise, le voici qui semble faire ignorer la réalité, sur deux sujets apparemment différents mais en définitive très proche.

Sarkozy nomme mais ne voit rien

Mardi, Philippe Cohen s'interrogeait sur les compétences de François Pérol, en se demandant "si le pouvoir politique n’est pas en train de nommer des pyromanes à la tête des brigades de pompiers chargés d’éteindre l’incendie de la crise". Mardi toujours, Libération a traité Nicolas Sarkozy de menteur : "Contrairement à ce qu'affirme Nicolas Sarkozy, la Commission de déontologie de la fonction publique ne s'est pas prononcée sur la nomination du conseiller de l'Elysée à la tête du futur groupe Banque populaire - Caisse d'épargne." Et le quotidien de livrer un témoignage d'un membre (anonyme) de la Commission qu'il a interrogé : «On n’a jamais évoqué le cas de François Pérol, puisque notre prochaine réunion est prévue pour le 11 mars» (comme on peut le constater ici). Cette commission est en effet supposée juger si la nomination d'un haut fonctionnaire à un poste d'une entreprise privée ne présente pas de conflit d'intérêt potentiel. Effectivement, les résumés des principales décisions de la commission sont censés être mis en ligne sur son site. Mardi soir, alors que la décision présidentielle de nommer François Pérol semblait acquise depuis plusieurs jours, ce courrier n'était pas en ligne.
"La commission de déontologie a pour rôle de contrôler le départ des agents publics, et de certains agents de droit privé, qui envisagent d’exercer une activité dans le secteur privé et dans le secteur public concurrentiel. Elle examine si les activités privées qu’ils envisagent d’exercer ne sont pas incompatibles avec leurs précédentes fonctions."  (source: Direction générale de l'administration et de la fonction publique)

L'Elysée a fait savoir que l'avis de la Commission était "Off". Mardi soir, la Présidence apportait une autre réponse : elle aurait finalement obtenu un courrier "officiel" assurant qu'il n'y avait "pas d'inconvénient pénal" à la nomination du secrétaire général adjoint François Pérol à la tête du futur ensemble Caisse d'Epargne/Banque. L'accord a été obtenu via une lettre du président de la commission Olivier Fouquet. "Pas d'inconvénient pénal" ? Fichtre !  Cet avis reflète-t-il celui des quatorze membres de la Commission ? On imagine déjà Claude Guéant appeler le pauvre Olivier Fouquet pour lui demander ce petit sésame écrit illico presto...

Sarkozy chute encore mais ne voit rien
Les sondages se succèdent et se ressemblent : dimanche dernier, l'IFOP le voyait à 62% d'impopularité. Voici le baromètre BVA pour Orange, «L'Express» et France-Inter publié mardi 24 février qui confirme la tendance : 53% de mécontents (+8 points en un mois). Xavier Bertrand, sur France 2, avait volé au secours de son chef : "Dans tous les pays du monde, tous sans exception, tous les leaders qui sont en responsabilité connaissent une baisse de leurs sondages, la belle affaire!". Manque de chance, c'est faux. Nicolas Sarkozy semble n'avoir que deux comparaisons en Europe, José Luis Rodriguez Zapatero en Espagne et Gordon Brown au Royaume Uni. Les sondages créditent au contraire Angela Merkel en Allemagne, et Silvio Berlusconi de cotes bien plus favorables : 55% de satisfaits!

A Rome où il rencontrait Silvio Berlusconi mardi 24 février, quand un journaliste (du Figaro !) demande à notre président français ce qu'il pense de cet écart de popularité, Nicolas Sarkozy sourit jaune, tacle et ne répond pas.


Nicolas Sarkozy semble encore nier la réalité de son impopularité dans un entretien au quotidien italien La Stampa, à l'occasion du sommet franco-italien de mardi; le voici qui déclare, à propos de la situation intérieure française: "Ce que je vois, au contraire, c’est une France où, même au plus fort d’une crise aussi violente que celle que nous connaissons aujourd’hui, on peut encore parler des réformes. C’est une France qui, malgré les difficultés que nous traversons, sait que nous devons poursuivre notre effort de modernisation si nous voulons relever les défis auxquels nous sommes confrontés. (...) J’observe d’ailleurs que, sur tous les dossiers que vous mentionnez, ce n’est jamais la nécessité de la réforme qui est mise en cause, ce sont ses modalités."

Vraiment ?

24 février 2009

Rachida Dati, la Loana du Loft sarkozyste

Comme l'a justement remarqué Régis Soubrouillard dans Marianne2, la presse s'en donne à cœur joie contre Rachida Dati, après l'avoir encensé il y un an à peine. Pourtant, on ne peut qu'espérer qu'elle disparaisse durablement de la scène politique. Oui, il faut tuer le soldat Dati. Mais cet espoir est sans doute vain.

1. Haro sur Dati
Il y a quelques jours, un livre à charge est sorti, «Belle amie», écrit par Mickaël Darmon (journaliste à France 2) et Yves Derai (journaliste au Nouvel Economiste). Les deux journalistes s'étaient déjà retrouvés pour un ouvrage sur Cécilia et Nicolas Sarkozy, "Ruptures" en juin dernier. Le 3 mars prochain, ARTE diffusera un documentaire sur la future ex-Garde des Sceaux, réalisé par Daniel Leconte, et intitulé "Dati l'ambitieuse" L'extrait choisi dans cette video montre une Rachida Dati conscienscieuse et besogneuse. "Ce n’est pas un documentaire d’investigation, mais une sorte de roman documentaire" a expliqué le réalisateur.


2. Elle le mérite
Rachida Dati fascine car elle est l'incarnation extrême des excès d'une république devenue bananière. D'autres avant elle, d'autres après elle, hommes ou femmes, se sont retrouvés en "responsabilité" non pour leurs compétences techniques ou politiques mais pour leur aptitude à lécher le maître des lieux dans le sens du poil. Et cette pratique n'est pas l'apanage du monde politique. Même les entreprises privées, les grandes et les moins grandes, y ont recours. Vous voulez des exemples ?
Rachida Dati mérite son opprobe actuelle. Sa touche personnelle à l'action judiciaire depuis mai 2007 se résume à son autoritarisme, sa flemme et son goût pour les choses du luxe. Voilà de quoi rallier du monde contre soi. L'auteur de ce blog s'est gentiment lâché, écoeuré par les pratiques de la Garde des Sceaux, avec plus de 200 billets qui lui furent consacrés ou la mentionnèrent depuis le 7 mai 2007.

3. Elle va revenir.
Maire du 7ème arrondissement et future députée européenne, Rachida Dati a deux futurs qui s'ouvrent à elle : le grand et le petit. Le grand passe par une reconversion politique et personnelle incroyable, l'apprentissage du sens politique, de la diplomatie, et la connaissance des dossiers. Bref, du "travailler plus pour gagner plus" ! Le petit futur de Rachida Dati est le plus probable, celui d'une ex-Miss France qui trainera ses fesses et ses bijoux sur les couvertures des magazines people.

Rachida a tout pour devenir la Loana du Loft Sarkozyste.

Fête de la banane en Sarkofrance


Coïncidence des polémiques cette semaine. Un proche de Nicolas Sarkozy reprendrait la tête de la future seconde banque française, issue du rapprochement des Caisses d'Epargne et des Banques Populaire. Et l'UMP dénonce la "récupération politique" par Ségolène Royal des "évènements" aux Antilles.

François Pérol, la nomination en question
Lundi 23 février, Christine Lagarde a confirmé qu'"il y aura un nouvel établissement qui sera créé pour constituer la fusion". Aux Etats Unis, Barack Obama a fait prêter serment à ses conseillers, il y a un mois, de ne jamais travailler pour une entreprise ou un lobby d'un secteur qu'ils auraient en charge pendant l'intégralité de son mandat. En France, cette précaution éthique ne semble pas de mise. L'Elysée se refusait à confirmer la nomination de François Pérol à la tête de la banque issue de la fusion de l'Ecureuil et de la Banque Populaire. François Pérol a conseillé Nicolas Sarkozy quand il était ministre des Finances en 2004, puis l'a rejoint à l'Elysée en mai 2007, après un passage à la banque Rotschild, comme secrétaire général adjoint et conseiller en matière de politique financière. les compétences ne l'homme ne sont pas en cause, bien au contraire. Jean-Louis Bianco, député PS proche de Ségolène Royal, a même déclaré que cette nomination éventuelle ne le dérangeait pas.

Pourtant, la question éthique se pose: François Pérol travaille sur la régulation du secteur financier et le voici qui rejoindrait une banque majoritairement privée. Primo, on peut supposer qu'il a eu connaissance d'informations privilégiées sur l'ensemble du secteur bancaire, et donc sur ses futurs concurrents. Deuxio, il aura sans doute l'écoute présidentielle mieux que d'autres à un moment où les banques doivent être sous contrôle. Tertio, il a largement travaillé sur le dossier de fusion proprement dit entre ces deux banques françaises. Les critiques contre cette nomination sont multiples. Benoit Hamon, pour le Parti Socialiste, s'est sans doute planté en fustigeant une mainmise de Sarkozy lui-même sur les banques («ce n'est pas que l'Etat Sarkozy, c'est le patronat Sarkozy»).... François Pérol travaillera pour l'intérêt de son futur employeur, pas pour Sarkozy. Jean Arthuis (Nouveau Centre) a jugé cette décision "extrêmement choquant(e)". François Hollande a également parlé de problème déontologique. La bonne décision aurait été de se contenter de nommer des administrateurs représentant l'Etat, puisque ce dernier sera vraisemblablement un actionnaire significatif de la nouvelle entité. Après des garanties bancaires sans contre-parties, voici un président de la république qui tombe dans l'excès inverse en faisant nommer l'un de ses proches à la tête d'un établissement en pleine crise. A quand Henri Guaino patron de la Poste ? République bananière ?

Ségolène Royal aux Antilles
L'UMP a violemment critiqué le déplacement de l'ancienne candidate en Guadeloupe pour les funérailles du syndicaliste du LKP tué la semaine dernière: "Je suis venue en amie des peuples antillais et guyanais, d'abord pour rendre hommage à un syndicaliste tué" a-t-elle expliqué. Faudrait-il rester coi et distant ? Si Nicolas Sarkozy a la trouille, sincère, de venir en Guadeloupe dans les conditions actuelles, par crainte de débordement, c'est avant tout son problème. Ségolène Royal, comme Olivier Besancenot, font leur travail d'opposant et de responsables politiques en se déplaçant là où ça fait mal. Jean-Louis Bianco a justement rappelé que "C'est ridicule, c'est débile de réagir comme ça. Ségolène Royal est sur place parce qu'elle connaît très bien les lieux [elle a passé quelques années dans l'île voisine de la Martinique, dans son enfance, NDLR]. C'est le monde à l'envers, car ce qui est choquant, c'est qu'aucun membre du gouvernement ne s'y trouve".

23 février 2009

ça merde vraiment en Sarkofrance

Les jours se succèdent et se ressemblent. Quelque soit la formule retenue pour poser les questions sondagières, la tendance est là. Nicolas Sarkozy n'arrive à convaincre sur aucun sujet. Voit-il simplement la même chose que nous ?

1. Les Français n'y croient plus. D'après un sondage CSA du 20 février, 60% des Français interrogés ne sont pas convaincus par ses annonces sociales du 18 février : "Au total, 60% des sondés jugent que les mesures fiscales et sociales de lutte contre la crise sont "plutôt pas" ou "pas de tout" efficaces." 54% trouvent que la politique du chef de l'Etat est injuste, après son discours de mercredi.

2. Les Français n'adhèrent pas. D'après un sondage de l'IFOP du 19 février, les deux tiers des Français sondés pensent que supprimer des postes à l'Education Nationale affaiblit le système éducatif : "68% contestent l'argument du gouvernement selon lequel ces suppressions permettraient de "dégager des fonds pour améliorer la rémunération et les conditions de travail des enseignants".

3. Les Français craignent l'enlisement. Selon un sondage OpinionWay pour le Figaro, 61% des Français interrogés (+11 points en un mois) estiment "que les mouvements sociaux actuels vont se transformer en un mouvement de grande ampleur et une grève comparable à celle de 1995". 63% des mêmes sondés pensent que le conflit et les violences qui ont lieu en Guadeloupe pourraient s'étendre à la métropole. Samedi, le patronat local a proposé ... 50 à 70 euros d'augmentation des bas salaires.

4. Les banques s'en fichent. Deux banques, bénéficiaires de la fameuse garantie de l'Etat à l'automne dernier, ont annoncé vouloir verser 1,6 milliards d'euros de dividendes à leurs actionnaires. L'une d'entre elles, la BNP, a tout de même afficher un endettement total de 2 017 milliards d'euros fin 2008, en progression de 800 millions d'euros en 3 ans... Deux mille milliards d'euros, c'est environ ... le PIB de la France.

5. Sarkozy mélange les genres. Le couple présidentiel s'est fait prêté (donné) des 4X4 Nissan tous neufs pour leur week-end à Mégève. l'Elysée aurait contacté Nissan 15 jours avant "pour demander que cinq 4X4 Pathfinder soient mis à la disposition du Président. Nissan se serait exécuté dans l'urgence, en fournissant des modèles neufs."

6. Certains ministres font semblant d'ignorer. Roselyne Bachelot n'a pas reçu les représentants des personnels hospitaliers depuis ... octobre dernier. Pourtant, les motifs étaient légions : décès accidentels, polémiques de fin d'année, loi Bachelot en examen depuis 10 jours à l'Assemblée. Brice Hortefeux, le ministre des Affaires Sociales, pouvait déclarer au lendemain de l'intervention présidentielle du 18 février: "La justice est la colonne vertébrale de toutes les actions engagées" par le Président.



7. Sarkozy déroule les mêmes sketches. Quand il s'exprime dans un micro-public choisi sur le thème de l'agriculture, il fait son show habituel: mêmes phrases, mêmes anecdotes, mêmes gimmicks. On dirait un amuseur public.


8. La police se rebiffe. Les commissaires de police s'inquiètent : leur principal syndical, classé à droite, a écrit à la ministre de l'intérieur. Il critique les inégalités de traitement entre gendarmes et policiers, désormais réunis; les limogeages sur ordre du Président pour des motifs futiles; et l'absence de gestion des carrières. Quand on sait le soin apporté par Sarkozy au corps de police ...

Sarkozy: la corvée du Salon de l'Agriculture.

Qu'a-t-on retenu de la visite de Nicolas Sarkozy au Salon de l'Agriculture ? Trois choses. Primo, il a rassuré les agriculteurs la veille d'une nouvelle promesse. Secundo, il s'est beaucoup ennuyé pendant sa visite. Tertio, il n'a pas refait la bourde de l'an passé.

1. Promesse
Jeudi 19 février, Nicolas Sarkozy avait fait patienter les élus d'Outre-Mer, malgré le mort de la veille, pour aller parler "agriculture" dans le Maine et Loire. Un déplacement pour annoncer que la France renoncerait au gel de 300 millions sur le budget de l'Agriculture en 2010. Les 300 000 exploitants agricoles professionnels ont-ils été rassurés ? L'inquiétude du secteur vient de la prochaine réforme de la politique agricole commune (PAC) en 2013. A la clé, quelques 10 milliards d'euros de subventions par an pour la France agricole.

Sur place, Sarkozy a été peu bavard: "Je voulais d'abord adresser un message d'espoir à l'agriculture" (...) "On a besoin d'une agriculture française qui ait des prix, qui paie des producteurs, des entrepreneurs. On a besoin d'une agriculture européenne avec une Europe qui défend ses agriculteurs".

2. Ennui
Le regard absent, le sourire figé, Nicolas Sarkozy a battu tous les records de rapidité pour visiter le 46ème selon de l'agriculture qui a ouvert ses portes samedi à Paris. Le correspondant de l'AFP notait: "Contrairement à son prédécesseur Jacques Chirac qui goûtait largement aux produits du terroir, Nicolas Sarkozy s'est contenté d'avaler un chocolat à la fin d'un parcours mené au pas de charge."

3. Précaution
Surtout, la visite présidentielle a été minutieusement préparée et très encadrée. Tout était prêt pour éviter que Sarkozy ne lâche ses nerfs sur un "pov'con" comme l'an passé. L'enthousiasme surjoué des militants UMP dépêchés sur place pour crier "Nicolas ! Nicolas !" n'a trompé personne. Nicolas Sarkozy lui-même en semblait gêné. Des policiers avaient sondé la veille les agriculteurs du Salon sur leurs opinions à l'égard du chef de l'Etat et organisé ensuite un circuit conciliant. Une quarantaine de gardes du corps ont entouré Sarkozy pendant son déplacement, pour éviter que visiteurs et exposants non choisis ne s'approchent de lui.


Les éventuels gêneurs, et notamment des militants d'un collectif anti-agrocarburant, ont été soigneusement tenus à l'écart du cortège. Rue89 notait également que "moins d'une dizaine de représentants de trois associations reconnues, Les Amis de la Terre, Terre Solidarité et Oxfam France, ont été "encagés" (c'est le terme utilisé par le service de sécurité présidentiel) à l'extérieur du Parc des expositions de Paris."

22 février 2009

Sale dimanche en Sarkofrance

Sarkozy et Fillon dévissent dans les sondages. Ainsi le Figaro commente-t-il l'impopularité présidentielle.

Yves Jego nie vouloir quitter le gouvernement. Qui a dit qu'il était désavoué, épuisé ? Elie Domota, le leader de l'opposition guadeloupéenne, a déclaré que Sarko n'a toujours pas répondu à la crise aux Antilles.

Il se murmure que François Pérol, conseiller xdu président, prendrait la tête du nouvel ensemble fusionné des Caisses d'Epargne et de la Banque Populaire. Qui a parlé de république bananière ?
L'Etat va prendre autour de 20% du capital de la banque issue de la fusion entre les Banques populaires et les Caisses d'épargne et François Pérol prendra sa direction, ont rapporté samedi 21 février des médias français.
François Pérol est actuellement secrétaire général adjoint de l'Elysée et conseiller économique de Nicolas Sarkozy.
Laurence Parisot critique la gestion de la crise par le Président.

"Qu'est-ce qu'on est en train de faire aujourd'hui? On est en train de recréer des rigidités, voire de bureaucratiser", a-t-elle estimé. "Quand j'entends certaines choses, et bien je sais que certains doutent".

La patronne des patrons a notamment critiqué la volonté de Nicolas Sarkozy de permettre aux comités d'entreprise de donner un avis consultatif chaque fois qu'une entreprise recevra une aide directe: "un avis consultatif, c'est vraiment beaucoup, beaucoup de bureaucratie en plus", a souligné la présidente du Mouvement des entreprises de France. "C'est quelque chose qui aurait mérité d'être discuté avec nous auparavant". (source)

Nicolas Sarkozy était à Berlin, dimanche. Il est arrivé bon dernier, en retard. Les dirigeants préparaient le futur G20...Ils sont toujours d'accord sur les grands principes...

Les dirigeants européens réunis dimanche à Berlin pour préparer le sommet du G-20 à Londres début avril sont d'accord sur la nécessité de règles d'encadrement du système financier et des fonds spéculatifs, selon des responsables du gouvernement allemand.

Ils ont également décidé de doubler leurs contributions au Fonds monétaire international (FMI) afin de lutter contre la crise économique, selon un texte d'accord diffusé par des responsables allemands.

Dassault : "il ne faut surtout pas augmenter les salaires"

Les faux écolo de l'UMP

Le 11 février dernier, Eric Diard signait un communiqué de l'UMP pour se féliciter de l'adoption par le Sénat à la quasi-unanimité du projet de loi programme dit Grenelle 1.

"Les grands objectifs du texte en matière de transports, d'agriculture, d'eau, de gestion des déchets ou de biodiversité ont été conservés tandis que le volet santé-environnement a été enrichi par le Sénat avec la mise en place d'un carnet de santé du salarié retraçant les expositions aux substances dangereuses dès 2012.
Le vote des sénateurs confirme l'importance que la France porte à l'écologie et à la lutte contre le réchauffement climatique. L'UMP se félicite de l'adoption du texte qui est conforme au consensus voulu par le Président de la République lors du Grenelle de l'Environnement."

Bizarrement, l'UMP n'a pas commenté le rejet par l'Assemblée Nationale d'un projet de loi "tendant à réduire l’empreinte écologique de la France," présenté par Yves Cochet, Noël Mamère,  Martine Billard, et François de Rugy, et déposé le 6 janvier 2009. Son propos était pourtant simple, et éminemment écologique :

PROPOSITION DE LOI
TITRE IER : DE L’EMPREINTE ÉCOLOGIQUE

Article 1er
Les objectifs et résultats des politiques mises en œuvre pour lutter contre le changement climatique et s’y adapter, préserver la biodiversité ainsi que les services qui y sont associés, contribuer à un environnement respectueux de la santé, préserver et mettre en valeur les paysages sont évalués au moyen d’un outil dénommé « empreinte écologique ».
L’empreinte écologique mesure la surface biologiquement productive nécessaire pour produire les ressources consommées par une population donnée et absorber les déchets qu’elle produit. Cette surface est comparée à la surface productive effectivement disponible (biocapacité), ce qui permet d’estimer si les limites naturelles sont dépassées ou non.
Les modalités de calcul de l’empreinte écologique seront déterminées par décret.

Article 2
La France s’engage à diviser par deux son empreinte écologique entre 2009 et 2025 afin d’atteindre une valeur de 2,4 hectares par habitant.

Article 3
Les régions évaluent leur empreinte écologique avant la fin de l’année 2012, et la recalculant tous les cinq ans pour mesurer sa réduction.

TITRE II : DE L’ACTION DE L’ÉTAT ET DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES

Article 4
Les programmes de l’enseignement scolaire et universitaire comprennent l’enseignement du concept d’empreinte écologique ainsi que celui de sa mise en œuvre en termes de pratique d’évaluation.

Article 5
L’objectif est fixé à l’État ainsi qu’aux collectivités territoriales de recourir, dès 2015, pour l’approvisionnement de leurs services de restauration collective, à une proportion de 50 % de produits issus de l’agriculture biologique. Le même objectif est fixé pour une part de 50 % de produits locaux saisonniers. Un produit est dit local lorsque son lieu de production est situé à moins de 500 kilomètres de son lieu de consommation.

Article 6
L’objectif est fixé à l’État ainsi qu’aux collectivités territoriales de n’acquérir, à partir de 2010, que des véhicules dont les émissions de dioxyde de carbone sont inférieures à 120 grammes par kilomètre, lorsque ce sont des véhicules non utilitaires.

TITRE III: DISPOSITIONS FINANCIÈRES

Article 7
Les charges éventuelles qui pourraient résulter pour les collectivités territoriales de l’application de la présente loi sont compensées, à due concurrence, par le relèvement de la dotation globale de fonctionnement et corrélativement, pour l’État, par la création d’une taxe additionnelle aux droits sur les tabacs prévus par les articles 575 et 575 A du code général des impôts. Les charges éventuelles qui pourraient résulter pour l’État de l’application de la présente loi sont compensées, à due concurrence, par la création d’une taxe additionnelle aux droits sur les tabacs prévus par les articles 575 et 575 A du code général des impôts.

A lire le compte rendu des débats le 20 janvier dernier, tous les motifs furent avancés par les députés UMP : ce projet ne serait pas assez précis dans ses modalités de mesures (Patrick Ollier), les objectifs seraient trop ambitieux, l'empreinte écologique serait un concept trop restrictif; le projet serait trop bureaucratique et centralisé. Le député UMP Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques, a pu conclure : "nous sommes d’accord sur l’intention, mais pas sur le dispositif tel que vous le proposez, car nous avons considéré en commission qu’il était imprécis et insuffisant." Et Jean-Louis Borloo a expliqué qu'il fallait laisser le "Conseil économique, social et environnemental et le commissariat général au développement durable mener une réflexion méthodologique et technique sur ce sujet".

La proposition de loi fut refusée.

21 février 2009

94ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy a mis un genou à terre


La crise économique a sonné le glas du programme présidentiel. Chaque semaine, le président français est contraint au recul : des manifestations bruyantes à chacun de ses déplacements, des ministres ou secrétaires d'Etat désavoués et épuisés, une protestation qui s'étend. La machine sarkozyste s'enraye. Cette semaine encore, Nicolas Sarkozy a posé un genou à terre, débordé qu'il est par la crise sociale.

Il recule en semant des billets
Deux secrétaires d'Etat ont cédé ces derniers jours. Yves Jego a dû se réfugier en France, abandonnant la négociation en Outre-Mer à deux médiateurs imposés par le Premier Ministre. Après la Guadeloupe, la Martinique, voici la Réunion et la Guyane qui se joignent au mouvement. Yves Jego a avoué se sentir inutile. Chaque jour de silence présidentiel qui passe a aggrévé la situation. Jeudi, la secrétaire d'Etat à l'Enseignement Supérieur a prévenu : Valérie Pécresse a annoncé «un nouveau texte dans les semaines qui viennent» sur le statut des enseignants-chercheurs. Même Brice Hortefeux a calmé le jeu: il a garanti au Planning Familial le maintien de ses crédits jusqu'en 2011. Nicolas Sarkozy lui a résisté jusqu'au bout. La Guadeloupe attendra. même le mort dans la nuit de mardi à mercredi n'y a rien changé. Mercredi, il ne s'exprimait que sur les protestions sociales, pour concéder un recul minimaliste : "La justice, ce doit être une priorité en ce moment".

Le président a ainsi fait semblant de conserver la main. Il a préparé son dossier, finalisé ses mesures, mis en boîte une intervention télévisée qui fut diffusée aussitôt les organisations syndicales parties de l'Elysée. On avait mal compris l'expression présidentielle du 5 février dernier: "je mets sur la table." On croyait qu'il y aurait débat. Finalement non. Le président a certes avalé une couleuvre, il a posé un genou à terre, c'est bien suffisant. Voici donc 2,6 milliards d'euros de "relance par la consommation", cette fameuse relance, calibrée a minima, que Nicolas Sarkozy ne voulait pas actionner : suppression des deux tiers restants de l'impôt sur le revenu restant à acquitter pour 4 millions de foyers, crédit d'impôt pour 2 millions d'autres, 300 millions d'euros de bons d'achats de services à domicile pour des ménages ciblés et modestes, une prime immédiate de 500 euros pour les nouveaux chômeurs de moins de 4 mois, une augmentation ponctuelle de 150 euros de l'allocation de rentrée scolaire, etc.

Puis, jeudi, le chef de l'Etat a tenté d'effacer un mois de silence présidentiel sur les "évènements" de Guadeloupe: encore une enveloppe, 580 millions d'euros cette fois, qui masque un vrai recul: l'Etat financera bien une hausse de salaire de 200 euros environ. Sarkozy ne lâche pas le mot. Il préfère parler de "prime déchargée" de cotisations sociales pendant 2 ans. Et il promet de venir sur place, pour inaugurer des "états généraux" de l'Outre-Mer. Mais les DOM sont comme l'environnement, ils ont moins besoin d'un Grenelle que d'actions concrètes. Jeudi encore, il lâchait une promesse de 300 millions d'euros d'aide aux agriculteurs.

In fine, le déficit budgétaire de la France devrait frôler les 90 milliards d'euros en 2009, un record historique. La Commission Européenne enclenché mercredi une procédure pour déficits excessifs contre la France, mais aussi l'Espagne, la Grèce, l'Irlande, la Lettonie et Malte. Pour un pays qui sort d'une présidence européenne comme la Sarkofrance, ça fait désordre, non ? Paris répond qu'il faut bien relancer l'économie...

Mais la justice sociale peut attendre.
Au-delà de ses annonces en cascades, le chef de l'Etat n'a en fait cédé sur rien d'essentiel. Il répète à l'envie qu'il comprend les souffrances, qu'il connaît les difficultés. Mais il ne cède pas sur le fonds.

Premièrement
, le monarque a prévenu : "les réformes doivent continuer", et notamment celles de l'hôpital, des lycées, des universités, de la formation professionnelle. Pas touche au bouclier fiscal, aux défiscalisations d'heures supplémentaires, aux offres raisonnables d'emploi, à la suppression progressive des pré-retraites, et aux franchises médicales.... Cette semaine, l'assemblée nationale a d'ailleurs adopté la loi "libérale" de Christine Boutin sur le logement, aussitôt dénoncée par le DAL. Médecins, enseignants, chercheurs, fonctionnaires, retraités, salariés du privé, vous pouvez maintenir votre rendez-vous social du 19 mars prochain !

Deuxièmement
, les engagements de "cogestion" avec les organisations syndicales sont surtout des vœux pieux: Sarkozy demande simplement aux partenaires sociaux de mettre à l'ordre du jour de leurs discussions du second semestre la gouvernance d'entreprise, la réforme des élections prudhommales et l'égalité homme-femme. Lui qui est prêt à réformer "le système financier international" n'ose pas s'aventurer dans les coulisses des entreprises du pays...

Troisièmement
, on dirait que Sarkozy fait semblant de menacer les grandes entreprises, les banques ou leurs dirigeants. A chaque excès un peu trop voyant, il pousse un cri mais s'en remet à leur bonne volonté tantôt du Medef tantôt des actionnaires. Cette fois-ci, il a "invité" les banques à faire preuve de clémence créancières contre les nouveaux chômeurs. Mais le jour même, ce funeste 18 février, deux d'entre elles annoncent des dividendes confortables pour leurs actionnaires. D'ailleurs, Sarkozy n'a rien dit des quelques 6 milliards d'euros de dividendes que l'Etat devrait toucher des entreprises publiques dont il est actionnaire ? Pareillement, il s'en remet aux partenaires sociaux pour négocier l'indemnisation à 75% du chômage partiel.

Quatrièmement
, Sarkozy sape le système fiscal français : en exonérant (partiellement) d'impôt sur les revenus 4 à 6 millions de ménages modestes, il s'attaque à l'impôt le plus redistributif du pays, et évite de parler ... du bouclier fiscal ou de la TVA. Qui a noté que cette mesure coûtera 800 millions d'euros, soit exactement les estimations de remboursement d'impôts au titre du bouclier fiscal pour l'année 2008 ?

Il n'avoue pas son échec idéologique
Elu sur le fameux thème "travailler plus pour gagner plus", Nicolas Sarkozy avait déjà battu retraite il y a un an, un jour de janvier 2008 quand il avouait devant des journalistes souriants que "les caisses étaient vides". Sa loi "Tepa", son "pâté" fiscal, a cumulé toutes les aberrations et les injustices du moment : en défiscalisant les heures supplémentaires, il flingua l'intérim et aggrava la crise de l'emploi plus tôt que chez nos voisins européens. En défiscalisant les intérêts d'emprunt immobilier, il prolongea un peu plus la bulle immobilière avant son effondrement en septembre dernier. En protégeant les plus riches d'un aimable bouclier fiscal abaissé à 50% des revenus annuels, il acheva le mythe d'une révolution conservatrice équitable. Quand la crise "mondiale" frappa les esprits et les bourses, le monarque capitula. Place à la relance "par l'investissement", exit le travail et les travailleurs ! Face à la crise, Sarkozy ne voulait aider que les employeurs et le capital. A l'automne, il tentait de faire bonne figure à l'étranger. Mais la présidence européenne terminée, le roi se retrouve nu comme un vers.

Il ne tire pas les leçons de l'étranger
Il n'y a qu'à observer nos voisins occidentaux pour mesurer les limites de l'action de Nicolas Sarkozy. Primo, le chef de l'Etat a raison de rappeler que la situation française est plus enviable que celles des pays anglo-saxons. Mais il n'y est pour rien. La France conserve quelques filets sociaux que Sarkozy parvenu au pouvoir s'empressait de vouloir détruire au prétexte que "l'Etat est devenu trop lourd." Secundo, certains de nos voisins ont montré un activisme plus fort et plus déterminé. Aux Etats Unis, Barack Obama vient d'annoncer un plan de 75 milliards d'euros pour venir en aide à 7 À 9 millions de propriétaires américains menacés de saisie de leur logement. Ramené au PIB français (un septième du PIB américain), un tel plan se chiffrerait à 8 à 10 milliards d'euros en France !! Au lieu de quoi, Nicolas Sarkozy se contente "d'inviter" les banques à modérer leurs échéances de remboursement vis-à-vis des foyers frappés de chômage partiel.... Quand on découvre que la BNP et la Société Générale verseront respectivement 900 millions et 700 millions de dividendes à leurs actionnaires contrairement aux annonces présidentielles du 18 février, on mesure mieux combien le chef de l'Etat est entendu... Autre exemple, la lutte contre les paradis fiscaux. Gordon Brown entend attaquer directement les évasions fiscales individuelles vers la Suisse. Nicolas Sarkozy n'a jamais eu cette audace. Il préfère rester flou.

La presse étrangère ne s'y trompe pas. Un éditorialiste du Temps, le quotidien suisse, raille la récente exigence protocolaire du Monarque de figurer à la droite du secrétaire général de l'OTAN en avril prochain pour le 60ème anniversaire de l'organisation atlantique. En Allemagne, Die Zeit pense que Sarkozy doit "se réinventer" dans un pays devenu "ingouvernable". Le britannique Financial Times juge que "l'UMP est hantée par les révoltes sociales de Mai 1968 et les mobilisations sociales de grande ampleur qui ont paralysé le gouvernement de centre-droit en 1995 et 2006".

Il n'a plus le sens de la mesure
Finalement, Nicolas Sarkozy semble surtout perdre le sens de la mesure. Tous les jours, une anecdote plus ou moins significative révèle que le chef de l'Etat pense à ses proches et alliés, ou à lui même, davantage qu'au pays. Pensez aux symboles de la semaine : la défense d'un ministre ancien consultant pour des dictatures africaines, une grâce pour un ancien fidèle coupable de trafic d'armes, un parachute parlementaire pour le nouveau patron de l'UMP, une augmentation salariale pour un débauché de l'ouverture; un week-end au ski à Mégève quand la Guadeloupe brûle. Voici "le seul chemin qui vaille", "celui de l'effort, de la justice, du refus de la facilité." Jeudi 19 février, quand Nicolas Sarkozy s'est déplacé dans un petit village de Maine-et-Loire de 1600 habitants, pour parler d'agriculture, il était accompagné de ... 700 policiers et gendarmes venant du Raid, du GIGN, de l'habituel le GSPR (Groupe de Sécurité du Président de la République), de 4 escadrons de gendarmes mobiles, et des CRS. Quel est donc l'enjeu de s'afficher ainsi sur le "terrain" ?

Cet homme-là a-t-il encore le sens de la mesure ?

Obama, Sarkozy et la science

Voici en parallèle deux discours, celui de Sarkozy qui a enflammé les enseignants-chercheurs, et l'un de Barack Obama. Qui vous semble le plus inspiré ?

L'un critique l'immobilisme supposé des chercheurs, exige une évaluation quantitative de leurs travaux. L'autre exige qu'on leur fiche la paix et le respect: "l'objectif le plus élevé de la science est la recherche de la connaissance, de la vérité et d'une meilleure compréhension du monde qui nous entoure."

20 février 2009

Sarkozy : son saupoudrage social plante le budget

Mercredi 18 février, Nicolas Sarkozy a annoncé une batterie de nouvelles mesures pour quelques 2,6 milliards d'euros de dépenses supplémentaires pour le budget de l'Etat. Et comme il ne veut pas annuler, ni suspendre son "pâté" fiscal de l'été 2007, l'addition commence à être salée. Encore faut-il y voir clair !

L'Europe inquiète pour la France
"Les nouvelles mesures sociales annoncées mercredi par le président Nicolas Sarkozy vont creuser un peu plus le déficit public français en 2009, au moment où Bruxelles a lancé contre la France une procédure pour déficits excessifs" commentait l'AFP mercredi soir. Effectivement, la France dépasse toutes les frontières budgétaires définies par le pacte de stabilité européen. Peut-on encore parler de stabilité dans la crise actuelle ? Nicolas Sarkozy se réjouissait le 5 février dernier des quelques 1,4 milliards d'euros d'intérêts bancaires que l'Etat percevrait des prêts accordés aux banques. Il avait déjà menti par omission, puisque l'Etat doit emprunter, pour un coût d'environ 700 millions d'euros annuels, ce qu'il re-prête ensuite aux banques. Mais voici que le Chef de l'Etat a dû casser sa tire-lire pour calmer l'impatience sociale du pays :
La Commission européenne s'attend à un déficit public pour la France de 5,4% en 2009 et de 5% en 2010. Eric Woerth préfère parler d'un dérapage "d'au moins 4,4% du PIB". Pourtant l'Europe a enclenché mercredi une procédure pour déficits excessifs contre la France, mais aussi l'Espagne, la Grèce, l'Irlande, la Lettonie et Malte. Pour un pays qui sort d'une présidence européenne comme la Sarkofrance, ça fait désordre, non ? Il paraît, d'après Nicolas Sarkozy, que "la crise est pire ailleurs"...

Le saupoudrage social de Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy a annoncé  une somme de mesures mercredi soir, pour un coût chiffré à 2,6 milliards d'euros annuels. Il faut lire précisemment le dossier de presse opportunément mis en ligne par l'Elysée une soixantaine de minutes après l'intervention télévisée, pour comprendre que certaines mesures ne sont que des effets d'annonces :

1. Le fonds d'investissement social doté de 2,5 à 3 milliards d'euros, créé "pour coordonner les efforts en matière d'emploi et de formation professionnelle" ne coutera "que" 800 millions d'euros supplémentaires à l'Etat. En effet, la moitié du fonds doit être financé par les organisations syndicales; sur la part restant à l'Etat, l'essentiel était déjà prévu dans "le volet emploi du plan de relance" (500 M€),"le fonds d'expérimentation pour la jeunesse" (150 M€) ou des "crédits du fonds social européen" (pour 80 M€).

2. La prime, exceptionnelle, de 500 euros aux salariés qui deviennent demandeurs d'emploi à compter du 1er avril prochain et n'ont travaillé que deux à quatre mois sur les 28 derniers mois, couterait 117 millions d'euros pour 234 000 bénéficiaires estimés.

3. La suppression exceptionnelle des deux derniers tiers provisionnels de l'impôt sur les revenus 2008 pour les plus de 4 millions de foyers fiscaux de la première tranche d'imposition couterait 800 millions d'euros. S'ajouteront des crédits d'impôts pour 2 millions de foyers se situant juste au-dessus de cette prmeière trancher, pour un coût complémentaire de 300 millions d'euros.

4. L'été prochain, quelques 450 millions d'euros seront dépensés pour la prime supplémentaire de 150 euros pour les 3 millions de familles bénéficiant de l'allocation de rentrée scolaire.

5. L'attribution de bons d'achat de services à la personne (200 euros par foyer) coutera au moins 260 millions d'euros pour les 660.000 ménages touchant l'allocation personnalisée d'autonomie à domicile, les 470.000 familles bénéficiaires du complément mode de garde, et les 140.000 foyers ayant un enfant handicapé. S'ajouteront les demandeurs d'emplois qui retrouvent du travail et "ont besoin de faire garder leur enfant."

Au total, l'addition de ces mesures s'élève à 800+117+800+300+450+260 = 2 727 millions. On pardonnera le chef de l'Etat de sa confusion mathématique...

La fausse cogestion
Le Chef de l'Etat s'est aussi engagé sur des mesures "indolores" pour ses comptes, et bizarrement moins précises... Pour un peu, on aurait cru à de la cogestion avec les syndicats !

1. Il a donné des gages symboliques aux syndicats : l'information et la consultation obligatoires du comité d'entreprise des sociétés de 50 salariés et plus lorsqu'une aide publique directe leur est versé sont gratuites. Il s'agit d'ailleurs davantage d'un effet d'annonce qu'autre chose. Les comités d'entreprise sont déjà censés être consulté des décisions affectant l'emploi. Sarkozy leur offre d'être prévenus du versement d'une aide publique. Autre effet de communication, la création, avec les partenaires sociaux, d'un "comité d'évaluation et de suivi de la crise et des politiques économiques et sociales", qui se réunira avant le prochain G20 de Londres. Ou l'encouragement à discuter de "la valeur ajoutée et le profit", sur la base des propositions d'une mission d'analyse et de concertation remises d'ici deux mois. Sarko, maître pipo ?

2. les syndicats se demanderont pourquoi les discussions sur la "gouvernance d'entreprise" (et "les moyens de mieux prendre en compte les intérêts et les attentes des salariés dans la prise de décisions"), la modernisation des institutions représentatives du personnel, l'égalité des rémunérations hommes-femmes ou la modernisation des élections prud'homales peuvent attendre le second semestre 2009 d'après l'Elysée, comme cela est précisé dans le document de synthèse présidentielle...

3. Le Président a chargé les cotisations chômage, négociées par les partenaires sociaux, de supporter l'indemnisation du chômage partiel à 75% du salaire brut (versus 60%). Le gouvernement va engager des discussions avec l'Unedic pour répartir ce surcoût entre entreprises, Etat et assurance chômage. Pour le moment, ces sommes ne sont pas incluses dans les 2,6 milliards d'euros des mesures annoncées.

4. Sarkozy exige des contreparties comme former et recruter des jeunes pour les entreprises bénéficiant de crédits du plan de relance, ou la renonciation aux bonus pour les dirigeants d'entreprises en difficulté ("lorsqu'une entreprise met en œuvre un plan social d'ampleur ou recourt massivement au chômage partiel, que les dirigeants mandataires sociaux de cette entreprise renoncent à la part variable de leur rémunération" prévoit le document).

5. Sarkozy a enfin invité les banques sont invitées à modérer les échéances bancaires d'emprunts immobiliers pour les salariés au chômage partiel. Aux Etats Unis, Barack Obama vient d'annoncer un plan de 75 milliards d'euros pour venir en aide à 7 À 9 millions de propriétaires américains menacés de saisie. Ramené au PIB français (un septième du PIB américain), un tel plan en France se chiffrerait à 10 milliards d'euros !! Mais en France, Nicolas Sarkozy se contente "d'inviter" les banques à faire attention à leurs clients chômeurs. Tiens, on vient d'apprendre que la BNP et la Société Générale verseront respectivement 900 et 700 millions d'euros de dividendes au titre de 2008 à leurs actionnaires. On appelle cela un bras d'honneur au président...

Finalement, le plus bel aveu se cache au milieu du document présidentiel, page 12 :
"Lorsque des difficultés interviennent, les filets de sécurité et les stabilisateurs automatiques jouent un rôle crucial, bien plus important que dans d’autres pays, par exemple les pays anglo-saxons."

Il y a 2 ans, le candidat Sarkozy clamait :"Je m’engage à ramener en cinq ans le chômage à 5% avec une moyenne du chômage ramenée à cinq mois, car je suis persuadé que le plein emploi est applicable. Les Anglais l’ont fait."

Deux ans ?

Une éternité.