lundi 2 février 2009

L'Affaire Kouchner, scandale en Sarkofrance ?


L'affaire Kouchner (car c'est une affaire) pourrait être l'un de ses scandales qui mouille la République, alimente un poujadisme dangereux et provoque des dérapages dangereux. Elle doit cependant être rapportée. Icône de la gauche humanitaire depuis les années 1970, Bernard Kouchner est resté suffisamment marginal à gauche pour céder aux tentations du pouvoir provoquées par Nicolas Sarkozy en mai 2007. Grand bien lui en a pris. Ainsi, la Sarkofrance est également mouillée et potentiellement déstabilisée. Voici que la "prise de guerre" qu'a représenté la nomination de Kouchner aux Affaires Etrangères au lendemain de l'élection présidentielle devient un encombrant boulet !

Le scandale de la Françafrique
La Françafrique désigne cette emprise néocolonialiste de la France sur ses anciens territoires africains maintenues de soutiens militaire, économique et politique aux régimes en place, sur fonds de commissions occultes ou d'avantages douteux à double sens (pour certains bénéficiaires français et pour les dignitaires locaux). Contrairement à ses promesses de campagne, Nicolas Sarkozy a vite emboité le pas de ses prédécesseurs et enterré toutes vélléité de rompre avec les mauvaises pratiques. Quand Jean-Marie Bockel, son éphémère secrétaire d'Etat à la Coopération, commis l'imprudence de réclamer une vraie rupture avec la Françafrique (en déclarant voulant signer « l’acte de décès de la Françafrique »), il fut exilé au Anciens Combattants, et un discret représentant de Sarkofrance fut nommé à sa place en mars 2008. Le dictateur Omar Bongo qui s'était plaint du trublion Bockel fut ainsi rapidement rassuré.

Kouchner, ou la schizophrénie française en Afrique
Nous avons souligné sur ce blog combien les révélations du journaliste Pierre Péan, relayées une première fois par Philippe Cohen dans Marianne2, puis complétées de preuves supplémentaires par Bakchich.info, étaient éthiquement condamnables : présider une association internationale para-publique visant au développement des systèmes de santé en Afrique et, en parallèle, conseiller au prix fort les chefs d'Etat africains de la région sur des thèmes similaires. Eric Conan, pour Marianne, a des mots durs, en décrivant Kouchner "tirer, via une activité de consultant privé camouflée derrières quelques sociétés-écrans créées par ses proches, les dividendes de sa réputation et de son influence". Bernard Kouchner a lui même été à l'initiative de la création de cette organisation, ESTHER (""Ensemble pour une Solidarité Thérapeutique Hospitalière En Réseau"), en mars 2002, avant d'en être nommé président par Jean-Pierre Raffarin en novembre 2003, sur la recommandation de Dominique Ambiel, conseiller du premier ministre et proche ami du couple Ockrent-Kouchner. Quelques semaines plus tard, en janvier 2004, Kouchner créé une société de conseil, BK Consultants, dont l'objet social est .... le conseil en développement durable et la santé publique. A l'été 2004, les consultations privées de Kouchner sur le système gabonais de santé démarrent. D'après Pierre Péan toujours, Kouchner travaille aussi pour le Congo du président Sassou-Nguesso.
Pierre Péan va plus loin. Il critique les dérives de l'ingérence humanitaire kouchnérienne, qui ressemble finalement davantage à une intrusion néocolonialiste, tant économique que militaire, qu'autre chose. A lire les bonnes feuilles publiées par Marianne, on constate que Péan exhume quelques trouvailles troublantes pour l'éthique du French Doctor : son auto- nomination à l'hôpital Cochin comme professeur associé en 1993, ou sa domiciliation à Sperone en Corse quand il devient député européen en 1994 pour 'aider' ses remboursements de frais de voyages. le journaliste rappelle aussi l'affaire birmane. En 2003, Bernard Kouchner se rend en Birmanie et rédige un rapport pour le compte de Total. S'il demande au pétrolier de soutenir la cause démocratique, il ne dit pas un mot sur "le travail forcé des populations locales dont Total est accusé d'avoir profité en 1995."

Sarkozy est atterré, vraiment ?
En mai 2007, l'un des proches de Kouchner fut nommé ambassadeur à Monaco sur proposition du ministre. Eric Danon, c'est son nom, se chargea ensuite des relances de paiement des factures impayées auprès des chefs d'Etat africains de la région. Une démarche somme toute normal pour toute entreprise, sauf que son dirigeant était entre-temps devenu personnage officiel de la République française. Quand Bockel se lâcha contre la Françafrique, Omar Bongo se plaint auprès de Sarkozy. Bockel fut viré, et les sommes impayées au titre des prestations de Bernard Kouchner avant 2007 furent réglées à la société de conseil de l'ambassadeur Danon. Eric Conan relate combien le président français fut atterré par les révélations de ces relations africaines particulières de son ministre:
"Atterré par ce qu’il découvrait, le Président de la République fit tout pour éviter le scandale. Il apaisa les représentants offensés de la Françafrique en mutant Jean-Marie Bockel au Ministère des Anciens combattants. Il s’étonna vertement que son Secrétaire général, Claude Guéant, ait ignoré la très gênante double vie du French Doctor. Il mit fin aux fonctions de l’ambassadeur Danon à Monaco. Et il humilia son Ministre des Affaires Etrangères en lui faisant savoir qu’il venait de découvrir ses petits secrets par la bouche de… Rama Yade qui annonça elle-même à son Ministre de tutelle la destitution de Danon. "
Bernard Kouchner se défend
Bernard Kouchner avait publiquement fait savoir qu'il avait pris l'excellent Maître Kiejman comme avocat pour le défendre. Pourquoi rendre cette information publique, si ce n'est pour adresser le message aux journalistes (et blogueurs) trop curieux qu'un cador du barreau se chargera d'eux ? Maître Kiejman a d'ailleurs réagi ce week-eend, en contestant les sommes avancées par Péan. Dans le JDD du 1er février, un ami (et biographe) du French Doctor vient à la rescousse du ministre en rappelant la générosité et la prise de risque. Rien d'autre ? La bataille de communication bat son plein.

Bakchich.info a déjà relaté comment une société de lobbying l'a contacté pour discuter des articles publiés par le site sur les aventures africaines du ministre. Une société qui travaille par ailleurs pour france24 dont la compagne de Kouchner, Christine Ockrent, est numéro deux...
"notre site a reçu, après avoir publié un premier papier sur les arrangements entre Bongo et Kouchner, un coup de fil d’un grand cabinet de lobbying de la place, Image Sept. Le message de ces communicants était simple : avant de réécrire un deuxième papier, il faut que nous vous rencontrions. Des appels de ce genre, nous en recevons régulièrement et cela n’a rien d’anormal.
Sauf qu’il est rare de voir un lobbyiste privé intervenir pour un ministre, et avoir vent des e-mails envoyés au ministère. Et encore plus surprenant que ces communicants soient les clients d’une société, à savoir France 24, où travaille la compagne du ministre."
La Françafrique continue
En septembre 2007, une mission d’information parlementaire sur la politique africaine de la France est créée. Fallait-il en attendre quelque chose ? Patrick Balkany, le grand ami du président (rappelez-vous son anniversaire récent), et fidèle des Hauts-de-Seine de Charles Pasqua en faisait partie. Le rapport qui en suivit est un modèle du genre. Pas un mot sur les dictatures et les violations des libertés individuelles. Quand on écoute Alain Joyandet, le successeur de Jean-Marie Bockel, parler des relations de la France avec l'Afrique, et notamment Omar Bongo, on a de quoi être "atterré".
"le détournement d’argent public en Afrique ? Ce sont vraiment des sujets qui ne me semblent pas devoir être au cœur de (...) notre expression"
"je souhaite plus d’influence française, j’ose le mot, plus d’influence française"
"si nous ne sommes pas les partenaires économiques privilégiés, alors on ne pourra plus défendre nos valeurs
"



Lire aussi:

9 commentaire(s):

  1. Sarkosi n'est certainement pas "atterré"...Car s' il peut profiter de la magouille, il n'hésitera pas. L'argent, il aime.

    Quant à b kouchner, je reste persuader qu'il était une taupe de sarkosi dans la campagne électorale car avec Ségolène Royal. Aurait-il été ministre ?

    Depuis quelques jours, on parle beaucoup de P Bergé et de Désirs d' avenir pour Ségolène Royal. Est-ce un hasard ou un détournement d' attention ???

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  2. Bonjour ! Si vous avez besoin d'un montage pour illustrer un de vos articles, n'hésitez pas ! Je défend la liberté d'expression... à ma façon !
    Cordialement.

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  3. À l'ouest, rien de nouveau. Tu en remets une couche, avec talent certes. Mais "l'affaire" a-t-elle avancé ?

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  4. sur ce sujet je recommande cet excellent site: http://survie.org/

    j'avais mentionné y a qq temps un article très documenté sur un assez discret qui a pas mal d'interets en afrique: bolloré
    http://survie.org/article.php3?id_article=170

    à la fin de cette page:
    Chine, Gabon etc

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  5. Sans parler de sa femme propulsée à la tête de l'audiovisuel international et dont les méthodes sont assez originales...

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  6. Voyez comment on dérape. Voilà pourquoi je défendais, dans mon modeste billet, la présomption d'innocence.

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  7. De toute manière pour aller dans le gouvernement de Sarkozy, de droite donc voire plus à droite, et surtout malgré toutes les affaires, y rester,faut être tout de même sacrément pourri et opportuniste.
    Avoir le pouvoir, avoir le quai d'orsay malgré ses idées politiques, malgré les critiques, malgré l'Ethique.
    L'annonce de sa nomination au poste de ministre des affaires étrangères n'était finalement pas étonnante pour l'homme au sac de riz et au chemise de luxe.

    Vous pourriez rappeler aussi les rencontres très privées dans un chateau avec tous les PDG des labos pharmaceutiques. Une étape obligé pour tous les ministre de la santé.
    Une corruption massive et organisée de longue date, quasi traditionnelle
    à retrouver sur la télé libre.fr de mémoire.

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  8. Grâce au pétrole du Gabon, le dictateur Omar Bongo a entassé une fortune scandaleuse, pendant que son peuple meurt de faim.

    Grâce au pétrole du Gabon, le dictateur Omar Bongo fait passer discrètement des valises de billets de banques aux hommes politiques français.

    Dix jours seulement après son élection à la présidence de la République française, Sarkozy a invité Omar Bongo à Paris, le 16 mai 2007.

    Le 16 mai 2007, Sarkozy a absolument tenu à rencontrer Omar Bongo pour le remercier, avant même de rencontrer les autres chefs d'Etat européens.

    " Mai 2007. Réception de Bongo : Sarkozy frappe fort. Il n’aura pas fallu 10 jours pour que le nouveau président accueille à l’Elysée le doyen des dictateurs africains.

    Omar Bongo est le doyen des dictateurs africains : 40 ans au pouvoir. Il est reconduit périodiquement à la tête de l’Etat à l’issue de scrutins ubuesques, après avoir muselé ou arrosé tous ses opposants. Toujours avec la bénédiction de Paris, pour qui il fait fonction de gouverneur d’un dominion de l’hexagone richement doté en pétrole.

    On avait peine à croire aux engagements de Nicolas Sarkozy à « refonder la politique africaine de la France sur des relations transparentes et officielles entre pays démocratiques » (programme de l’UMP), après qu’il ait précisément rencontré le vieil Omar, généreux donateur des partis politiques français devant l’éternel, à quelques semaines du premier tour.

    Peut-être Sarkozy croit-il vraiment que le Gabon est un pays démocratique... et que c’est la conception gabonaise de la démocratie qu’il compte importer en France plutôt que l’inverse ?

    A moins qu’il n’accueille Bongo que pour lui signifier sa rupture avec la politique de soutien aux dictateurs, comme le demande la cellule Françafrique, en saisissant symboliquement le patrimoine important dont jouit le potentat gabonais à Paris et en France ? Il n’est pas interdit de rêver. Pas encore... "

    http://www.cellulefrancafrique.org/Reception-de-Bongo-Sarkozy-frappe.html

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  9. comme on pouvait s'y attendre, le "Monde" (6/2) s'est précipité pour sauver la mise au French voyou et a même été jusqu'à le poser en victime d'un... complot antisémite. Ceux qui s'abaissent à ces procédés, perdront sur les deux terrains :
    1.- (Kouchner) ils ne parviendront pas à rendre "respectable", ce qui ne l'est pas.
    2.- (antisémitisme) ils ne font que contribuer, à l'émoussement de la nécessaire vigilance.

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