31 mars 2009

Rémunérations patronales : Sarkozy et Fillon essayent de ne pas réformer

Comme convenu, François Fillon a dévoilé son décret lundi 30 mars 2009 limitant l'attribution de stock-options et de bonus pour les dirigeants d'entreprises exceptionnellement aidées par l'Etat pendant la crise. Comme convenu, ce décret est un alibi pour ne pas réformer l'inégalité des rémunérations en Sarkofrance.

La fausse réforme de François Fillon
On en sait un peu plus sur le fameux décret. Après la polémique de la semaine passée, le décret sera publié mardi 31 mars au Journal officiel. Il s'appliquera "au moins jusqu'à la fin de l'année 2010" aux "entreprises bénéficiant d'un soutien public exceptionnel dans le cadre de la crise financière", a expliqué le Premier ministre. Ce décret est très en deça des attentes de ceux qui critiquaient, chez les synidcats, les salariés ou les médias, les excès des derniers jours : il ne concernera (article 1er) que les six banques ayant bénéficié de prêts de l'Etat depuis novembre 2008, et les constructeurs automobiles. Pour les autres entreprises, Fillon a renvoyé vers l'autodiscipline et le code de déontologie du Medef. A ce titre, on apprenait que la retraite du PDG de la Société Générale se chiffrait en million d'euros: Le "document de référence 2009" de la SoGé, déposé auprès de l'AMF le 4 mars, et disponible en ligne, (merci Guy Birenbaum), révèle que quelques 32,93 millions d'euros ont été provisionnés pour les pensions des six mandataire sociaux de la banque: Daniel Bouton, Frédéric Oudéa, Séverin Cabannes, Didier Alix et deux administrateurs indépendants.

Le décret prévoit que les entreprises ainsi aidées devront conclure une convention avec l'Etat définissant les engagements des dites entreprises.
Article 2
1. Les conventions mentionnées à l’article 1er précisent que l’entreprise bénéficiant du soutien exceptionnel de l’Etat s’interdit d’accorder à ses président du conseil d’administration, directeur général, directeurs généraux délégués, membres du directoire, président du conseil de surveillance, ou gérants : 
-         des options de souscription ou d’achat d’actions dans les conditions prévues aux articles  L.225-177 à L.225-186-1 du code de commerce, 
-         des actions gratuites dans les conditions prévues aux articles L.225-197-1 à L.225-197-6 du code de commerce."
Les conventions ainsi conclues devront préciser également "que les éléments variables de la rémunération, sont autorisés par le conseil d’administration ou le conseil de surveillance pour une période déterminée qui ne peut excéder une année,  en fonction de critères de performance quantitatifs et qualitatifs, préétablis et qui ne sont pas liés au cours de bourse. Cette autorisation est rendue publique. " De surcroît, ses éléments variables et exceptionnels de rémunération seront interdits "si la situation de l’entreprise la conduit à procéder à des licenciements de forte ampleur. "
 
Le décret dispose d'un second chapitre 2 qui encadre les entreprises publiques : "Le ministre chargé de l’économie veille à ce que les entreprises publiques dont les titres sont admis aux négociations sur un marché réglementé respectent des règles et principes de gouvernance d’un haut niveau d’exigence éthique. Le président du conseil d’administration ou du conseil de surveillance saisit les organes sociaux de l’entreprise des propositions requises pour répondre à cette exigence. "

Enfin, le décret prévoit que "le fonds stratégique d’investissement prenne en compte, dans sa politique d’investissement et dans le cadre de sa participation à la gouvernance des sociétés dont les titres sont admis aux négociations sur un marché réglementé dans lesquelles il investit, le respect des règles et principes" visés par le décret.

La veille, Laurence Parisot, la présidente du Medef, avait chanté son admiration pour Nicolas Sarkozy : "J'ai beaucoup d'admiration pour le président de la République" (...)"Je trouve que c'est quelqu'un qui a une énergie exceptionnelle, une capacité remarquable, assez extraordinaire, à rentrer dans les dossiers, à maîtriser les dossiers. Chapeau!"

Surpris ?

Quand Sarkozy reçoit les syndicats
En prévision du G20 qui se tient à Londres en fin de semaine, Nicolas Sarkozy a reçu à l'Elysée les dirigeants de la CGT, CFDT, FO, CGE-CGC et de la CFTC pendant près de deux heures lundi 30 mars. Qu'en est-il sorti ? En résumé, le président français a expliqué aux syndicalistes qu'il pensait à eux. Merci beaucoup.
"Le Président de la République a insisté sur le contexte du sommet et le rôle joué par la France pour contribuer à son organisation et à sa préparation. Il a redit les objectifs spécifiques portés par la France pour réguler et surveiller la finance internationale, qui est une des conditions pour rétablir la croissance sur des bases saines et durables. L’objectif du Président est d’obtenir un consensus ambitieux sur l’ensemble des sujets qui seront abordés, y compris la politique de relance mondiale, la rénovation des institutions financières internationales et le soutien des pays émergeants.

    Le Président a réaffirmé l’ambition que soit adopté le principe d’une Charte de la gouvernance économique qui incorpore des objectifs sociaux. Il a, par ailleurs, apporté son soutien à la présence du Directeur général de l’OIT à la réunion du G20. Il a indiqué, qu’en tout état de cause, il le recevrait." (communiqué de l'Elysée)

Quand Sarkozy ment sur la Constitution allemande
Sur Europe 1, Frédéric Bonneaud revient sur les déclarations de Nicolas Sarkozy mardi 24 mars à Saint Quentin à propos du bouclier fiscal soit-disant inscrit dans la Constitution allemande... Un journaliste de Mediapart a révélé que ... c'est faux. Point barre. La loi fondamentale allemande ne fixe aucune limite à l'impôt...

Ami Sarkozyste, où es-tu ?


Lire aussi:

Sarkozy en Françafrique: objectif Uranium

Le président français n'avait qu'un seul objectif lors de son voyage en Afrique la semaine dernière : l'uranium. Près de 40% du combustible nucléaires de nos centrales françaises. Nicolas Sarkozy ne s'en cache pas. Ecoutez plutôt. Trente-six heures sur place pour rassurer Areva.


En France, Eric Besson et Xavier Darcos ont dû renoncer à prononcer leurs discours à la Cité nationale de l'Histoire de l'Immigration lundi 30 mars.

« Arrêts des rafles, arrêt des expulsions ! », «Solidarité avec les sans-papiers», ont scandé intermittents du spectacle, étudiants et jeunes chercheurs dans l'enceinte même du bâtiment.  A l'extérieur du musée, des forces de police contenaient les manifestants qui avaient répondu à l'appel d'associations comme Droits Devant ! et le 9e Collectif des sans-papiers.

« Est-il indispensable de salir l'Education nationale en l'associant au ministère des expulsions ? » criait à l'intérieur du musée une étudiante en Histoire de l'Ecole normale supérieure tandis qu'une autre manifestante interpellait Eric Besson : « Est-ce que vous allez rembourser les cotisations sociales des travailleurs sans-papiers que vous avez expulsés ? »

30 mars 2009

Quand l'Etat se fixe des objectifs d'expulsions d'"aidants" aux sans-papier

Le 8 avril prochain, des associations solidaires (Emmaüs France / RESF / Fédération Entraide Protestante / Cimade / Comede / Gisti / FASTI / UNIOPSS / Secours Catholique / FNARS / SOS Racisme / Dom’Asile / Ligue des Droits de l’Homme / Syndicat des avocats de France) appellent à manifester devant les palais de Justice de France (Paris, Lille, Marseille, Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Rennes, etc) pour protester contre une disposition de la loi de Finances 2009: à cette occasion, 5 500 aidants vont se constituer prisonniers et demander à être poursuivis en justice pour aide aux sans-papiers.

Les associations citent une annexe du projet de loi de Finances 2009. Cette dernière précise que le nombre d'interpellations d'"aidants" aux sans-papiers ("indicateur n°4.3" d'évaluation de la performance du ministère de l'identité nationale) s'est élevé à 4 365 en 2006, 4 504 en 2007, et à quelque 4 800 en "prévision actualisée" en 2008. Pour 2009, l'objectif est d'en réaliser 5 000, puis 5 500 en 2010. Ces interpellations sont censées concerner les passeurs, dénoncés avec force par Eric Besson il y a quelques semaines.

Le problème est que les militants associatifs sont régulièrement assimilés à des passeurs, et subissent tracas, gardes à vue et harcèlements divers de la part des forces de l'ordre.

Lire aussi:

Moraliser le capitalisme ? La grande imposture

Il paraît que la crise mondiale qui nous frappe tient à certaines déviances du capitalisme. En vrac, on cite les excès des traders, le capitalisme financier, les comportements amoraux de certains patrons, les stock-options des uns, les parachutes dorés des autres.

Les paradis fiscaux, paradis durables
Nicolas Sarkozy est très motivé à supprimer les paradis fiscaux dans le monde. Il paraît même qu'ils sont l'une des causes de la crise mondiale actuelle... Samedi 28 mars, l'hebdomadaire Marianne révélait que " les banques françaises disposaient au 30 juin 2008 de plus de 532 milliards de dollars (environ 370 milliards d’euros." Ces placements génèreraient un manque à gagner fiscal de quelques 20 milliards d'euros pour l'Etat. Question naïve : pourquoi donc l'Etat n'a-t-il pas exigé des 6 banques qu'il soutient depuis novembre qu'elles renoncent à ces dépôts iniques ?

Les stock-options, de quoi parle-t-on ?
La presse et l'opinion se sont émues des stock-options attribuées aux dirigeants de la Société Générale. certains médias se sont empressés de racourcir la réalité : on assimile trop les stock-options à des actions gratuites. Ce sont le droit d'acquérir à un prix fixé à l'avance un certain nombre d'actions. Les assimiler à la valeur des actions concernées est erroné. Le principe est pourtant simple à comprendre  : le conseil d'administration attribue le droit d'acheter un certain nombre d'actions à une valeur donnée. La réglementation actuelle (i.e. depuis octobre 2007) prévoit que l'heureux bénéficiaire doit attendre 4 années au minimum avant d'exercer ses options, c'est-à-dire acheter au prix fixé préalablement le nombre d'actions qu'on lui a attribuées. S'il décide d'exercer son droit, il doit payer ses actions. Son avantage éventuel intervient à deux reprises: primo, il réside dans la plus-value qu'il peut réaliser en achetant moins cher que le cours du marché (i.e. si le prix d'exercice de son option est inférieur au cours de bourse). Dans ce cas, le rabais obtenu est soumise à la CSG et la CRDS (comme un salaire) puis il est taxé : à 33% jusqu'à 152 500 euros (soit un taux de taxation global de 44%) et à 43% au-delà de 152 500 euros (soit un taux global de 54%).
Ensuite, quand le dirigeant décide de céder ses actions, son avantage réside dans la plus-value qu'il réalise en revendant à un cours de bourse plus élevé. Dans ce cas, cette plus-value de cession est taxée à 18%, comme toute plus-value de cession de valeurs mobilières (+ CSG, CRDS et prélèvements sopciaux en vigueur, soit environ 29% au total).

Rappelons enfin que le prix d'exercice des options ne peut être inférieur à 80% d'une valeur de référence égale à la moyenne des cours cotées aux vingt séances de bourse précédant le jour d'attribution des stock-options. Fiscalement, les plus-values sur les stock-options ne sont pas une niche fiscale autant qu'on le pense : primo, elles sont taxées à 41%, un taux loin d'être anecdotique.

Le scandale de la Société Générale
Le vrai scandale de l'affaire Société Générale est ailleurs : en attribuant des stock-options au plus bas des cours de leur entreprise, le Conseil d'administration fait un beau cadeau aux dirigeants. De surcroît aidée par l'État, on peut estimer que la banque améliorera son cours de bourse dans les années à venir. Là est le cadeau ! A la date de leur attribution, L'Expansion notait que les plus-values potentielles étaient de 3,7 millions d'euros pour le seul Daniel Bouton, PDG de la banque.
Dimanche 29 mars, François Hollande a eu les mots justes sur les travers des stock-options: "Ce mode de rémunérations doit être écarté du mode de financement des dirigeants d'entreprises", y compris dans les sociétés qui ne sont pas aidées par l'Etat, car il "aboutit à introduire un critère spéculatif".

Les salaires des patrons
Claude Guéant, le secrétaire général adjoint de l'UMP sur Europe 1 a expliqué dimanche 29 mars : "Le Premier ministre et le président de la République ont tranché : en début de semaine, lundi ou mardi, sera pris un décret qui va dire très clairement que les dirigeants des sociétés qui ont bénéficié de l'aide de l'Etat doivent renoncer à toutes ces dispositions : stock-options, bonus, parachutes dorés..."
L'ancien président du Medef, le baron Ernest Antoine Seillières est évidemment mesuré : "Il y a des abus" (...) "Ce qui est choquant, c'est quand quelqu'un reste bien payé dans une entreprise qui va mal, c'est pour ça qu'ont été conçues les rémunérations variables". Pas un mot sur les aides publiques. Un patron d'une entreprise aidée par l'Etat ne devrait-il pas calmer ses émoluments ?

Les entreprises aidées par l'Etat
Rue89 publie justement les éléments de rémunérations des patrons de quelques entreprises aidées par l'Etat. A l'instar de l'analyse que nous avons faite sur Nicolas Sarkozy il y a quelques jours, le site rappelle que "la rémunération de ces patrons ne se limite pas à un salaire fixe. Elle comprend aussi : 
  • Une part variable, le fameux « bonus », dont le montant dépend des résultats de l'entreprise
  • Les jetons de présence, qui rémunèrent la présence aux conseils d'administration du groupe
  • Les avantages en nature, comme la voiture ou le logement de fonction"
On apprend ainsi que Daniel Bouton, PDG de la Société Générale, dispose d'un salaire de 350 000 euros en 2008 (versus 1,2 millions en 2007), sans stock-options (il y a renoncé et ses précédentes options ne valent plus rien), ni bonus (versus 2 millions en 2007), ni parachute en cas de départ.
Michel Pébereau, son homologue de BNP Paribas, a reçu 731 400 euros de salaire en 2008, sans parachute en cas de départ, ni bonus. Carlos Ghosn, le patron de Renault, a touché un salaire fixe de 1,2 millions d'euros, des jettons de présence pour 28 000 euros, des avantages en nature évalués à 10 000 euros, pas de bonus ni stock-options, mais "il a pu toucher 2,5 millions d'euros en utilisant des options acquises en 2002 et 2003."
Le site reste flou sur les stock-options : il ne précise pas si les sommes indiquées concernent la valeur des options que les dirigeants peuvent acheter ou une estimation de la plus-value de cession (improbable compte tenu de la chute des cours de bourse l'an passé).

Et l'affaire Tapie ?
Voici un autre ancien patron, Bernard Tapie, très correctement aidé par Nicolas Sarkozy : les deux hommes se connaissent depuis 25 ans (à Neuilly), liés à divers étapes de leurs carrières respectives. Un livre rappelle les rencontres dès 1995 entre Sarkozy, à l'époque simple soutien de Balladur, et Tapie. Tout y passe. Qui a parlé de moraliser le capitalisme ? Voici l'un des plus grands scandales de la Républiques. 390 millions d'euros en faveur de Bernard Tapie par une décision arbitrale sur conseil de l'Elysée. Qui dit mieux ?


Lire aussi:

29 mars 2009

Sarkozy est seul à penser qu'il n'a pas commis d'erreur sur la crise


Mardi dernier à Saint-Quentin, Nicolas Sarkozy avait justifié la réponse française à la crise. Quelques sondages récents confirment que le président est bien isolé.

Sarkozy est seul
53% des Français interrogés par le (Sarko)sondeur ne font pas "confiance à Nicolas Sarkozy pour faire face à la crise". Fichtre ! Un récent sondage d'OpinionWay pour le Figaro et LCI n'est pas tendre : 'Les Français se disent favorables à 85% à une loi sur les salaires des chefs d'entreprises ayant bénéficié d'aides de l'Etat, selon un sondage OpinionWay pour LCI et Le Figaro, paru samedi 28 mars."

La rupture... avec le capitalisme ?
Selon une autre enquête, de Viavoice, publiée mercredi 25 mars par les Echos, la crise déstabilise profondément les fondements de "notre modèle économique". Viavoice a interrogé 1000 Français et 500 dirigeants d'entreprise. Les résultats sont édifiants: 71% des Français interrogés (57% chez les dirigeants) déclarent avoir une «mauvaise opinion» de «l’économie de marché», 69% du «capitalisme» (53% chez les dirigeants), 66% des «banques» et 61% des grandes entreprises. Le quotidien économique n'en revient pas:
« Cette critique franco-française du capitalisme est traditionnelle. Elle n'est pas née avec la faillite de Lehman Brothers, mais la crise l'amplifie, analyse François Miquet-Marty. La majorité des Français estime que le système actuel ne permet pas d'assurer une progression sociale au plus grand nombre. »
Le président français ne devrait-il pas s'alarmer ? Il semble préferer le statu-quo. Jeu dangereux ?



Le Vendredi des blogueurs

Il est toujours temps d'acheter Vendredi, "la sélection des meilleures infos du net."

Primo, le maître de la blogosphère politique, Nicolas J, nous démontre que moraliser le capitalisme est une tartufferie: "Il n'y a que l'impôt qui marche". Malakine se demande aussi si les riches servent vraiment à quelque chose. La blogosphère s'y agite aussi avec raison sur l'hypocrite lutte en cours contre les paradis fiscaux. "Le bal des faux-culs continue" explique Le ragondin Furieux.

Secundo, on y découvre encore de nouveaux blogs, de riches idées, de furieuses polémiques.

Sophie Verney (Rue89) y parle des sites médicaux, sans contrôle ni limite et nous apprend que Doctissimo, propriété de Lagardère, mêle publi-rédactionnel et articles de fonds.

Laurent Pinsolle et Kamizole taclent l'Europe, l'un avec Paul Krugman à l'appui, l'autre avec sa rage habituelle contre une Commission qu'elle envoie "paître."

Des blogueuses exécutent le rappeur Orelsan et sa sale chanson. Y-aura-t-il un garçon pour tacler l'inconséquent ?

Frederic Lefebvre est devenue la star du web 2.0. Le porte-parole de l'Ump, député suppléant et lobbyiste à temps plein, amuse toujours autant la galerie blogosphérique: "Est-il un troll ?" s'interroge bienbienbien.net...

Dépêchez-vous.

Les blogueurs n'ont pas d'enjeu que de s'exprimer, de vous informer, de nous libérer.

28 mars 2009

99ème semaine de Sarkofrance: "le mauvais gars, au mauvais endroit"

Les Anglais ont la bonne formule : "the right guy, at the right place". La bonne personne, à la bonne place. Nicolas Sarkozy est tout l'inverse. Le pire des présidents pour affronter la pire des crises. Cette 99ème semaine en fut une nouvelle illustration.

La pire des crises
De mémoire de générations, la crise actuelle, française et mondiale, est "hors normes". On recense quatre mille chômeurs de plus chaque jour en France depuis janvier. On nous prédit 3 millions de sans-emplois "de catégorie 1" à la fin de l'année. Les jeunes, comme souvent, sont les plus frappés. Le nombre de chômeurs de moins de 25 ans a augmenté de ... 12% en trois mois. Martin Hirsch, le nouveau Commissaire à la Jeunesse, cherche des idées, et du soutien, pour amortir cette flambée. Il craint 150 à 250 000 jeunes demandeurs d'emplois supplémentaires d'ici décembre. Christine Lagarde l'a un peu douché : il n'y aura pas d'enveloppe supplémentaire pour financer les 1,5 milliards d'euros qu'il demande. Nicolas Sarkozy a quand même promis quelques annonces d'ici le 15 avril...
Après un illusoire maintien en janvier, grâce aux soldes, la consommation de produits manufacturés a fléchi de 2% en février. Le moral des ménages est désespérement stable, au fonds du trou, pas très loin du record de pessimisme constaté en juillet dernier. Environ 80 000 entreprises devraient faire faillite d'ici décembre. Les prix de l'immobilier ancien ont baissé de 5% en un an, malgré une pénurie de 1,7 millions de logements. Notre déficit public devrait atteindre 5,4% en 2009, et l'endettement dépasse les 80% du PIB.

Dans ce contexte, les tensions sont extrêmes, le climat est quasi-subversif. Des salariés séquestrent leur patron pour négocier leurs indemnités ... de licenciement, comme chez Sony ou 3M. Chaque jour, un nouvel excès de parachute doré ou de bonus indu est livré en pâture à l'opinion par les médias. Et les patrons prennent peur ! Les dirigeants de Suez-GDF, après celle de la Société Générale, ont ainsi abandonné ses stock-options dès les premiers cris d'indignation. Vendredi, Natixis, sauvée de la faillite par l'État après ses pertes de 3 milliards d'euros l'an passé, devait justifier pourquoi elle a versé 70 millions d'euros à 3 000 collaborateurs.

Son modèle attaqué
Cette crise, la pire de nos générations actives, est peut-être la meilleure. Elle disqualifie à grande vitesse tous les schémas du passé. On pense décroissance, débrouille, régulation, et solidarité. On roule moins, on mange différemment, on boit de l'eau du robinet plutôt qu'embouteillée. La crise change les comportements. Elle accélère la prise de conscience collective des inégalités d'un système à bout de souffle. L'économie mondiale reposait sur l'épuisement des ressources de la planète et l'endettement des ménages, des Etats et des entreprises. Qui peut croire qu'on doit se contenter d'un toilettage à la marge ? La crise peut nous permettre, nous contraindre à l'imagination. Encore faudrait-il un président à la hauteur, qui protège massivement les précaires, mobilise les solidarités, et donne une vision pour la décennie à venir. Nicolas Sarkozy n'est pas cet homme. Effrayé, il préfère conforter ses troupes et s'accrocher au système.

Son modèle est attaqué, celui d'une France qui travaille (elle n'a jamais autant été contrainte à chômer depuis 20 ans), qui fantasme la réussite de quelques-uns pour oublier l'exploitation du plus grand nombre. Nicolas Sarkozy, acculé, tente d'abord de rassurer son camp. Mardi 24 mars à Saint-Quentin, il avait invité 4 000 militants UMP dans une salle des sports à Saint Quentin: il ne cherchait pas à "répondre" à "l'impatience" des Français, quelques jours après la journée réussie d'action nationale du 19 mars. Il n'avait qu'un objectif : reconquérir son camp. Son discours s'adressait à ses électeurs du 1er tour de la présidentielle: sécuritaire, idéologue, et clivant. Il tape sur les "bandes", les grévistes, les "protégés". Il défend son bouclier fiscal (celui qui a rendu 307 millions d'euros à 834 foyers en 2008), son plan de relance de 26 milliards 4 milliards d'euros, ses heures supplémentaires défiscalisées, ses suppressions de postes de fonctionnaires. Sarkozy est en campagne. L'a-t-on prévenu qu'il est président depuis presque 2 ans ?

Mercredi, c'était le tour des députés. Sarkozy voulait ressouder sa majorité parlementaire. Il a fait le brave : "La crise nous rend notre liberté. Elle nous donne la possibilité de renouveler notre corpus idéologique, ça nous fait réfléchir. La période est formidable. C'est nous qui conduisons le bateau. On n'a pas le droit d'avoir peur. Je me fais taper dessus, mais j'ai la banane. On a besoin de nous et ça paiera." Les voix discordantes se sont tues à l'UMP. Ceux qui à droite envisageait une loi contre les rémunérations patronales abusives ou une suspension du bouclier fiscal par solidarité nationale ont subitement changé d'avis. Tous derrière le président !

Un président incapable de rupture
Nicolas Sarkozy défend aussi coûte que coûte le système en place: depuis septembre, il nous répète que (1) la crise a démarré en septembre, (2) qu'elle est née des excès de quelques traders et banquiers irresponsables et (3) que la solution viendra donc d'une moralisation du capitalisme financier. Cette semaine, il a même menacé d'abandonner son titre de co-prince d'Andorre si le prochain G20 ne moralise pas les paradis fiscaux (sic !). "L'ami des patrons" joua aussi de sa grosse voix contre les quelques dirigeants qui jonglent avec les stock-options et parachutes dorés en période de crise. Il fallait montrer à l'opinion qu'il pense à elle. Sarkozy jouait au Gendarme qui vient taper Guignol avec sa matraque de pacotille. Cela n'a pas suffit. Les scandales à répétition ont eu raison de l'attentisme sarkozyen. Dès jeudi, Claude Guéant a cédé au nom de son patron : un décret encadrera dès la semaine prochaine les stock-options et les bonus des dirigeants bénéficiant d'aides publiques. On attend avec impatience le dit décret : environ 100% des entreprises françaises bénéficient d'aides de l'État, dès lors qu'elles jouissent d'exonérations de cotisations sociales... Sarkozy nous promet-il un "grand soir"fiscal ? Mais non ! Eric Woerth, jeudi soir sur France 2, expliquait que les exonérations ne sont pas des aides de l'État...Vendredi, François Fillon recadrait à son tour la portée de ce futur décret "qui visera à interdire toutes les distributions de stock-options, tous les bonus dans toutes les entreprises que l'État aide directement parce qu'elles sont confrontées à la crise". Voici la belle hypocrisie ! La crise rend criantes et injustifiables les inégalités d'un système que le pouvoir ne veut évidemment pas corriger. Comme le dit Malakine, ce décret ne sera pas "une mesure de régulation ou de moralisation, mais une simple mesure de gestion de l’émotion publique".

Sur le partage des profits, Sarkozy a botté en touche. Lui qui est si friand des Grenelles en tous genre, il a négligé l'idée socialiste d'une conférence générale sur les salaires et les rémunérations. Il se contente d'incantations. Mardi, Sarkozy a ainsi confirmé qu'il attendrait l'automne pour éventuellement légiférer sur le partage des profits dans les entreprises. Vous avez bien lu : il attendra l'automne... "J'y pense et puis j'oublie".

Le débat sur les inégalités sociales n'aura pas lieu. Sarkozy s'en occupe.

Mercredi, un autre ami du président, son ancien conseiller économique François Pérol, souffrait devant une commission parlementaire. Mal à l'aise, il devait justifier sa nomination controversée à la tête des Banques Populaires et des Caisses d'épargne. Son nouveau salaire est modéré (550 000 euros par an), sans bonus ni parachute doré a-t-on assuré. Mais il fait désormais l'objet d'une seconde plainte, à Paris, pour "prise illégale d'intérêt" par l'association Contribuables Associés.

Qui a parlé de moraliser le capitalisme ?

Même en Afrique, Sarkozy nous épuise
Jeudi, le président s'est envolé en Afrique. Il aurait pu faire avancer la cause démocratique et la solidarité internationale. Mais il n'avait que trois objectifs : rassurer quelques présidents à vie ; sécuriser davantage d'uranium pour nos centrales atomiques; et prendre un peu de recul international.
Qu'elles sont loin les promesses de campagne ! Qu'ils sont oubliés les vœux pieux du soir du second tour ! La Sarkofrance devait rompre avec la Françafrique. Il s'est même trouvé un ancien socialiste débauché pour un secrétariat gouvernemental pour le croire et le clamer publiquement; ça lui a coûté son poste. Jean-Marie Bockel s'occupe désormais des Anciens Combattants. En Afrique, Nicolas Sarkozy nous a tout fait : la diplomatie nucléaire, un discours à Dakar jugé raciste, le tapis rouge pour Kadhafi le jour-anniversaire de la Déclaration des Droits de l'Homme de l'Onu, la rapide réconciliation avec ces chefs d'État accusés en France de détournements de fonds et maintenant une nouvelle promesse de rupture avec la Françafrique. Merci Président ! On n'en demandait pas temps.

En Afrique, Nicolas Sarkozy n'a pas répété pas que "le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire." Il a renversé la vapeur, jeudi au Congo Brazzaville : "la démocratie et les droits de l'homme font partie de notre héritage commun. Ce ne sont pas des valeurs artificiellement plaquées sur votre société, et qu'une arrogance occidentale ou française aurait décrété universelles. Il s'agit de valeurs africaines". Et plus tard, devant le parlement local, il a dénoncé la Françafrique ("Je ne serai pas le président qui assumera des accords secrets") tout en voulant soutenir cette "relation ancienne et fraternelle" dont il a "l’ambition de lui conférer une légitimité nouvelle". Bizarrement, l'Elysée n'a pas commenté la plainte déposée par des associations contre Areva. L'un des dirigeants du groupe français aurait suggérer au Niger de trouver les moyens de mater les Touaregs....
En Afrique, Nicolas Sarkozy n'était pas accompagné de l'encombrant Bernard Kouchner. Le ministre des Affaires Etrangères a laissé sa compagne avec ses problèmes de rémunération et de plan social à RFI pour assister à une réunion avec ses homologues européens, à quelques jours du G20. Kouchner n'a plus besoin de réclamer le paiement de ses anciennes consultations auprès de ses anciens clients. En Afrique, Nicolas Sarkozy a singé son modèle Jacques Chirac, en jouant les VRP protocolaires : à Kinshasa, il a pu signer 3 accords entre la France et la République Démocratique du Congo, relatifs à la protection des investissements français, à la relance de la production minière avec Areva et Lafarge. Le lendemain au Niger, il est allé consolider la relation française avec l'un des pays les plus pauvres du continent et l'un des plus riches en uranium (38% du combustible des centrales nucléaires françaises).

La Françafrique est le symbole de Sarkofrance : une fausse rupture pour un vrai statu quo.

Sarkozy, le dernier des patrons
PDG de l'entreprise "France", Nicolas Sarkozy est ainsi le dernier à montrer l'exemple. Si prompt à stigmatiser les autres, il se garde bien de corriger ses propres excès : 250 000 euros de salaire annuel grassement augmenté en 2008, des voyages internationaux privés à répétition (Egypte en décembre 2007, en Jordanie en janvier 2008, en Afrique de Sud en février 2008, à New York en septembre 2009, à Rio de Janeiro en décembre 2008, à Mégève en février 2009, au Mexique en mars 2009), un nouvel Airbus A330, doté d'une belle cafetière à 25 000 euros, un budget de déplacements qui grimpe à 10 millions d'euros en 2009. Joli train de vie pour une entreprise en pleine crise ! Les salariés de l'entreprise France se révolteront-ils ? Vont-ils séquestrer leur PDG pour réclamer de meilleures indem' de licenciement ? Le "dernier des patrons" est mieux protégé que ses collègues du Medef. Il dit aimer le "terrain": il est vrai que ce terrain est soigneusement nettoyé de toute contestation. Chacun de ses déplacements ressemblent à une prise d'otages : ville vidée à 50 rues à la ronde, milliers de policiers, arrivée en hélicoptère (à Saint Quentin) ou en Airbus, contrôle d'identité aux alentours. Le Monarque est protégé.

En France comme à l'étranger, le président s'avère incapable de la rupture nécessaire avec un modèle qui s'effondre. Qu'importe ! Pour lui, "La période est formidable" et il "a la banane."

Ami sarkozyste, où es-tu ?

Sarkozy critique le Parti Socialiste

27 mars 2009

L'UMP se couche, Sarkozy aussi

 Le temps s'accélère-t-il en Sarkofrance ? Mardi, Sarkozy voulait remotiver ses troupes. Jeudi, il cède sur un symbole. Entre-temps, il a réussi à enguirlander les députés de sa majorité.

Sarkozy se couche
Il n'a pas fallu attendre longtemps avant que Sarkozy ne recule ... au moins verbalement : mardi, Sarkozy déclarait vouloir attendre l'automne pour une loi éventuelle sur les rémunérations abusives des patrons. Puis, deux scandales plus tard (au Crédit Agricole puis à GDF-Suez), Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée annonçait jeudi 26 mars qu'un décret sera publié d'ici mardi prochain par le Premier ministre pour interdire l'attribution de bonus et stock-options aux dirigeants des entreprises aidées par l'État. Bingo !  "Il faut s'assurer que juridiquement, il n'y a pas besoin d'une accroche, d'un support législatif" a tempéré Bernard Accoyer, le président (UMP) de l'Assemblée Nationale.


Quelques heures après ce meeting de campagne interne à Saint Quentin, Nicolas Sarkozy avait continué son offensive interne. Mardi, son rassemblement de 4 000 militants UMP invités (sur carton) a coûté quelques 400 000 euros d'après le député apparenté socialiste René Derosière.

L'UMP se couche
Mercredi 25 mars, Nicolas Sarkozy recevait donc des députés UMP. Un exercice qui lui plaît, rapporte Le Monde. Il lui plaît surtout de laisser ainsi ses déclarations "off" afin de corriger le tir et/ou de resouder son camp. Mercredi donc, les voix discordantes se sont tues à l'UMP. Ceux qui à droite envisageait une loi contre les rémunérations patronales abusives ou une suspension du bouclier fiscal par solidarité nationale ont subitement changé d'avis. Patrick Roger, pour Le Monde, classe ainsi les déclarations présidentielles :

Matamore. "En France, on avait trois handicaps : les 35 heures, les grèves et la fiscalité. On a réglé les 35 heures. Quand il y a une grève comme celle du 19, le pays n'est pas paralysé. Sur le bouclier, ma capacité à reculer n'est pas d'un millimètre. Prenez-moi bien en photo : je ne créerai pas une nouvelle tranche d'impôt, on n'abandonnera pas le bouclier fiscal."


Pugnace. "On ne peut pas imaginer des bonus dans les entreprises aidées par l'Etat. Le Medef a jusqu'au 31 mars pour nous faire des propositions. Je ne peux pas accepter que Laurence Parisot dise qu'elle n'a pas le désir d'évoquer le partage des profits. Mais on ne peut pas faire boire un âne qui n'a pas soif. Si le Medef y va pas, on ira par la loi."


Princier. "Je veux une liste des paradis fiscaux et les faire sanctionner. Je ne veux plus que les banques travaillent avec les Caïmans, Hongkong et Macao. Sinon, je démissionnerai de mon poste de coprince d'Andorre. Monaco doit aussi s'aligner : j'en parlerai au prince Albert. Même la Suisse a cédé."


Pédagogue. "On est le dernier pays à avoir l'ISF. Bon courage pour savoir qui est riche. Si on supprime le bouclier, on tapera sur les classes moyennes. On a deux impôts sur le revenu et l'ISF. Sinon, ça laisse à penser à ceux qui ont de l'argent qu'on va leur demander d'expier. Moi, je préfère qu'ils investissent."


Décomplexé. "On a un complexe en France avec ceux qui réussissent, qui gagnent de l'argent. Je parie que le candidat PS en 2012 ne voudra pas revenir sur ce qu'on a fait sur les droits de succession. Ne tombez pas dans le piège de la social-démocratie."


Fataliste : "Pas une seule réforme ne nous apporte pas d'emmerdes."


Volontariste : "Moi, je vais dans les entreprises toutes les semaines et je monte sur la caisse."


Moraliste : "Une famille doit s'occuper de ses vieux."


Radical : "Quand un préfet fait mal son travail, il dégage. C'est normal. Et qu'est-ce qu'on dit des directeurs de rédaction qui perdent des lecteurs ? Eux, ils sont pas changés."


Optimiste : "La crise nous rend notre liberté. Elle nous donne la possibilité de renouveler notre corpus idéologique, ça nous fait réfléchir. La période est formidable. C'est nous qui conduisons le bateau. On n'a pas le droit d'avoir peur. Je me fais taper dessus, mais j'ai la banane. On a besoin de nous et ça paiera."
Sarkozy se lâche
Dans cette compilation très efficace du discours de Saint Quentin, Sarkozy ment quand il dit qu'on lui reprochait d'avoir grossi le trait sur l'ampleur de la crise après son discours de Toulon. c'était tout le contraire, et ce blog peut en témoigner. Le 28 septembre dernier, nous écrivions : "Un président paralysé et à court d'idées moins de 18 mois après son élection, une majorité rebelle, un contexte économique effroyable, cela ne vous rappelle rien ? Sarkozy semble tel un chasseur qui a tiré toutes ses cartouches avant que l'ours n'apparaisse vraiment. Il ne lui reste plus qu'à fuir."

Petit lapsus révélateur (?) quand il déclare que "l'Etat n'a eu le besoin de prendre le contrôle que d'une seule pour la sauver de la famine... de la faillite".

La suite est une succession d'attaques, de bons mots et d'absences (d'annonces). Jugez plutôt.

Tiens, Sarkozy n'a rien dit sur Benoit XVI depuis longtemps ?

26 mars 2009

Sarkozy retourne en Afrique

Nicolas Sarkozy est en tournée en Afrique, un voyage limité à deux jours pour rendre visite à trois pays africains, la République démocratique du Congo (RDC), le Congo et le Niger. Il n'était allé en Afrique qu'à l'été 2007, un voyage à l'époque raté et polémique, puis en février 2008, avec Carla Bruni pour rencontrer Nelson Mandela.

Un bon souvenir africain
Un jour de juillet 2007, le président français s'était fendu d'un discours mémorable à Dakar, préparé par son conseiller spécial Henri Guaino. Il suscita un tollé sur place.
"Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain [.] dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.
Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, [ il ] reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin."
L'empreinte Kouchner
Plus tard, un jour de février 2009, un livre sortit en France. Il traitait des étranges missions de conseil de Bernard Kouchner, avant qu'il ne devienne ministre des Affaires Etrangères de la République. Le ministre était accusé d'avoir été remunéré plutôt confortablement pour un rapport sur l'assurance maladie au Gabon. Le dit rapport se révéla très léger en recommandations concrètes. Et on apprit que Bernard Kouchner, en parallèle de sa présidence d'une organisation parapublique qui conseillait les Etats africains en matière de santé, collaborait via diverses sociétés de conseil établies par des proches.

Nicolas Sarkozy ne vient pas pour cela. Il veut "recoller" les morceaux de la relation franco-RDC, après ses déclarations controversées de l'année dernière: il avait parler d'un "partage des richesses" entre la RDC et le Rwanda L'ambassadeur de France en RDC a prévenu que "la France a la même vision que le gouvernement congolais sur le schéma de la reconstruction de l'Est qui doit passer par le rétablissement des services publics, notamment les écoles et les hôpitaux, le rétablissement d'une justice transactionnelle, le rapatriement des réfugiés et le retour des déplacés."

La Françafrique demeure
Nicolas Sarkozy n'a pas rompu avec l'emprise néocolonialiste de la France sur ses anciens territoires africains, faite de soutiens militaire, économique et politique aux régimes en place. Quand Jean-Marie Bockel, son éphémère secrétaire d'Etat à la Coopération, commis l'imprudence de réclamer une vraie rupture en 2008 (en déclarant voulant signer « l’acte de décès de la Françafrique »), il fut exilé au Anciens Combattants, et le discret Alain Joyandet fut nommé à sa place en mars 2008. Le dictateur Omar Bongo qui s'était plaint du trublion Bockel fut ainsi rapidement rassuré. En juin dernier, Alain Joyandet a expliqué son plan pour l'Afriquelors de sa première conférence de presse : ses « 8 chantiers pour l’Afrique » sont le soutien au secteur privé, la relance des agricultures africaines, le renfort du rôle des femmes dans les projets de développement aidés par la France (20 millions d'euros), le triplement en 4 ans la présence des volontaires internationaux sur le continent, l'accompagnement des ONG françaises, le développement de l'enseignement de la langue française, la valorisation de "l’action de nos différents médias à l’étranger" , et le soutien aux "pays d’Afrique dans leur transition vers plus d’autonomie et d’intégration régionale."


Lire aussi:

Deux poids, deux mesures en Sarkofrance

C'est l'histoire d'un président, si paradoxal: volontariste dans le discours, aggressif contre les faibles, conciliant dans les actes envers son camp.

Mardi, Nicolas Sarkozy a bien stigmatisé les "rémunérations abusives" de certains patrons. Mais il a exclut toute loi avant l'automne.

Mercredi, le chef de l'Etat a justifié la mutation du préfet de la Manche, à la suite d'une visite présidentielle chahutée par des manifestants le 12 janvier dernier: "le haut fonctionnaire n'est pas irremplaçable" (...) "quand un préfet fait mal son travail, il change, c'est normal".

Mercredi toujours, on a appris que le chômage a poursuivi sa progression en février : 79 900 chômeurs de plus , soit 3 995 chômeurs de plus par jour ouvrables (20 en février). Janvier avait vu croître de 4090 par jour le nombre de demandeurs d'emplois de catégorie 1. Martin Hirsch a déclaré s'attendre à une progression de 150 à 250 000 chômeurs de moins de 25 ans cette année. Qui a dit que le chômage ralentissait ?

Mercredi encore, François Pérol a eu du mal à convaincre la commission parlementaire qui l'auditionnait sur sa nomination contestée : "je crois avoir jouer mon rôle de conseiller. je n'ai pas outrepasser mes fonctions." La loi est claire, mais le président de la République n'a pas jugé bon de saisir la Commission de déontologie. Quant à la fusion des Banques Populaires avec les Caisses d'Epargne, il ne l'a pas imaginée ni conseillée quand il était encore au cabinet de l'Elysée. Une dernière précision, François Pérol touchera 550 000 euros de rémunération annuelle, sans parachute ni bonus.

25 mars 2009

Un Sarkozy immobile risque l'embrasement

Faut-il craindre un embrasement social ? Certains à gauche en parlent. D'autres le souhaitent. La présidence de la République craint avant tout une contestation des plus jeunes, sur le modèle grec de décembre dernier.

L'exaspération des jeunes
Le premier danger vient du chômage. L'Elysée craint l'explosion du chômage des jeunes, titrait LE MONDE il y a quelques jours. Sarkozy à Bruxelles vendredi 20 mars reconnaissait qu'ils étaient ""incontestablement les premières victimes de la crise". Brice Hortefeux a confirmé: "Nicolas Sarkozy pense que les jeunes, c'est extraordinairement sensible, il suffit d'une étincelle pour que tout s'embrase". Martin Hirsch, le nouveau Commissaire à la Jeunesse, cherche des idées, et du soutien, pour amortir la flambée de chômage des moins de 25 ans à la rentrée de septembre prochain : formation d'un an d'un jeune contre engagement pris par celui-ci de rester au moins trois ans dans la branche d'activité; octroi d'une prime pour les jeunes en recherche d'emploi; remise en ordre des différentes aides; création d'un service civique rémunéré 600 euros par mois pour 30 000 jeunes. Au total, Martin Hirsch réclame 1,5 milliards d'euros pour son plan "jeunesse". Dimanche dernier, il a déclaré son optimisme: « malgré la crise, le nombre de travailleurs pauvres va baisser en 2009 ». La ministre de l'économie l'a quelque peu douché en déclarant le même jour qu'elle excluait tout financement supplémentaire.

Mais la jeunesse a d'autres raisons de désespérer. La communication sarkozyenne a particulièrement axée ses efforts depuis mai 2007 contre la justice des mineurs, la répression des "jeunes racailles", l'abaissement de l'âge de responsabilité pénale. Il ne fait pas bon être jeune en Sarkofrance ! Mais l'embrasement menace ailleurs : Sarkozy reste et demeure opposé à toute législation contre les rémunérations abusives, qu'il s'agisse de bonus, parachutes dorés ou autres stock-options. Pourquoi sinon attendre depuis des mois pour légiférer ?

La droite découvre les écarts de salaires
Après le chômeur, le délinquant, le clandestin, le trader, Nicolas Sarkozy s'est trouvé un nouveau bouc-émissaire: le patron de grande entreprise. Qu'il s'agisse du PDG de Valéo et ses 3,2 millions d'euros "d'indemnités de démission" ou des stock-options auxquelles les 4 dirigeants de la Société Générale ont dû renoncer sous la pression, le schéma est le même : les médias exposent, le gouvernement menace, le président stigmatise. Mais la loi traîne. Bizarrement, d'autres cibles de la colère présidentielle n'ont pas eu le bénéfice de la même patience: les délinquants et criminels récidivistes ont eu leur loi des peines plancher dès l'été 2007, tout comme les grévistes des transports, avec le service minimum; les "chômeurs-fraudeurs" ont hérité d'une loi sur l'offre raisonnable d'emploi dès avril 2008; les clandestins sont traqués plus fortement (et en vain) depuis juin 2007, avec une loi supplémentaire dès l'automne de la même année. Concernant les rémunérations jugées abusives des patrons, le gouvernement et sa "majorité" sont décidemment très patient. "On s'approche d'une loi" a estimé Jean-François Copé mardi 24 mars. Rappelez-vous le candidat Sarkozy, à Agen en juin 2006, il exprimait déjà sa "colère" de théâtre, jamais suivi d'effet depuis...
Je veux dire au grand patron dont la gestion est un échec, et qui négocie une prime d’éviction en forme de parachute en or, qu’il est légitime que la réussite paye, mais qu’il est scandaleux que l’échec enrichisse (…). La moindre des choses, c’est que les dirigeants des grands groupes cotés assument leur rémunération devant leurs salariés, leurs actionnaires, et que, par conséquent, la rémunération de chaque dirigeant ne soit pas secrètement fixée dans le huis-clos du conseil d’administration, mais publiquement approuvée pour chacun d’entre eux par l’assemblée générale des actionnaires et, bien sûr, publiée nominativement dans le rapport annuel. Je propose qu’il en soit de même pour toutes les primes exceptionnelles, les parachutes et les retraites chapeau.
Que faudra-t-il à Nicolas Sarkozy pour que le législateur s'empare de ses sujets ? Depuis des mois, "par solidarité de classe", le chef de l'Etat hausse le ton sans agir. Il masque par le bruit médiatique son inaction dans les faits. Au risque de se prendre les pieds dans le tapis de sa mauvaise foi. Mardi, François Fillon s'est ainsi un peu vite avancer en déclarant que l'Etat, au capital de Valéo, s'opposerait à la prime de départ du PDG lors du conseil d'administration de l'entreprise. Erreur ! L'Etat ne peut rien. Rappelons-le, l'Etat a octroyé des aides sans contreparties suffisantes ! Dans Valeo, l'Etat ne dispose que de ... 10,55% des droits de vote. Bingo !

Point de loi, donc, dans les bagages présidentiels... Déjà lors de sa campagne,  le futur président s'en remettait à la "démocratie des actionnaires".... Aujourd'hui, le sentiment d'injustice des salariés (et des contribuables) contraint la Sarkozie à un ajustement "idéologique" de taille. En France, certains écarts de salaires et de traitement sont insupportables et ... injustifiables. Sarkozy risque de le comprendre trop tard.

Crédit Illustration: Filipe Vilas-Boas

Sarkozy à Saint Quentin: "Back to the Future"

Mardi 24 mars, Nicolas Sarkozy a livré un discours "de campagne" à Saint Quentin, le fief de Xavier Bertrand. Pour s'expliquer auprès des siens et ne rien annoncer aux autres.

Pour l'occasion, la ville de province a été totalement bloquée et partiellement vidée dès la matinée, pour une venue présidentielle à 19h. 70 rues ont été nettoyées des véhicules garés ; le centre-ville a été fermé dès 13H; environ un millier de CRS étaient présents; les piétons devaient montrer carte d'identité et invitation (de l'Elysée) pour parvenir à la salle des sports où se tenait le meeting. Le Monarque, le teint bronzé et costume impeccable, se déplace. Il manquait les petits drapeaux agités par des main d'enfants sur le chemin du cortège élyséen.

Pas de nouvelles annonces pour calmer l'impatience
Nicolas Sarkozy a donc tenu son meeting de campagne. Il en a profité pour ... ne rien annoncer, à  l'exception de la nomination prochaine de "commissaires à la réindustrialisation" pour accompagner les restructurations industrielles, et une promesse de mesures d’aides aux jeunes le 15 avril prochain. Pour le reste, nous avons dû écouter 67 minutes de pédagogie "sarkozyenne": un coup sur les patrons-voyous, un autre contre les grévistes, un troisième en faveur de ses réformes, un dernier couplet sur l'insécurité, une valeur sûre en période de campagne (mais sommes-nous en campagne ?).

1. Sarkozy donne une leçon de morale. Dès son introduction, le voici qui déclame  : "Ce soir, je veux rappeler des repères, des valeurs". "Dans une crise de cette nature, face aux risques qu'elle recèle, on ne peut pas se contenter d'être responsable que de son parti, de son entreprise ou de son syndicat. Dans une crise aussi profonde, aussi grave, chacun d'entre nous, quelle que soit la place qu'il occupe dans la société, a une responsabilité morale (...). "Chacun d'entre nous doit s'interroger sur les conséquences de ce qu'il dit et de ce qu'il fait. Chacun d'entre nous doit se demander tout le temps si ce qu'il décide est juste car la crise, avec les sacrifices qu'elle impose, rend l'injustice encore plus insupportable"... Après le Mexique ou l'affaire Pérol, suit-il ses propres conseils ? Pour le président, une chose est sûre: «Un monde nouveau sortira de la crise. Car on sortira de la crise». Avec lui ?

2. Sarkozy reste flou sur ces (déjà) vieilles promesses : "Je veux que la France garde des usines (...). On ne peut plus continuer à taxer la production comme on le fait aujourd'hui". "Je suis opposé à une énième réforme de la taxe professionnelle" (...) "je propose de supprimer la taxe professionnelle qui n'existe nulle part ailleurs".

3. Sarkozy défend ses (déjà) vieilles mesures, comme le sauvetage des banques (avait-il le choix ?), son plan de relance de 26 milliards 4 milliards d'euros(«Il fallait agir. Nous avons agi, c'était mon devoir»), et ses récentes mesures sociales du 18 février dernier («Pour la première fois dans l'histoire de la République, on va faire un geste pour les ménages des classes moyennes»).

4. Sarkozy tape sur la rémunération des patrons: "Il ne doit plus y avoir de parachutes dorés. Il ne doit plus y avoir de bonus, de distribution d'actions gratuites ou de stock-options dans une entreprise qui reçoit une aide de l'Etat, qui met en oeuvre un plan social d'ampleur ou qui recourt massivement au chômage partiel" (...) "Percevoir une grosse rémunération en cas d'échec, ce n'est pas responsable, ce n'est pas honnête", "qu'un dirigeant qui a mis son entreprise en difficulté puisse partir avec un parachute doré ce n'est pas responsable, ce n'est pas honnête". Pourquoi donc l'Etat ne s'est-il pas assuré de contreparties avant d'octroyer ses aides ? Sarkozy a également annoncé attendre l'automne pour éventuellement légiférer sur la partage des profits dans les entreprises. Vous avez bien lu : attendre l'automne...
"J'ai un devoir, c'est de défendre les valeurs qui m'ont fait devenir président de la République", "mais si vous voulez que ces valeurs soient acceptées par 65 millions de Français, il ne faut pas que l'on gagne à tous les coups: si mon entreprise se porte bien, j'ai une grosse rémunération, mais si mon entreprise se porte mal j'ai aussi une grosse rémunération", "j'y suis opposé"

Sarkozy parlait à ses électeurs
En fait, le président ne cherchait ni à rassurer, ni à rassembler les Français. Il parlait à son camp, ses électeurs. Même Europe1 était au courant avant le discours du soir.

5. Sarkozy ne veut pas encore céder: «Le monde entier nous regarde et nous devons regarder le monde. Jusqu'à présent, nous n'avons pas commis d'erreurs.» ou encore : «la sagesse, le bon sens, le sang-froid commandent d'attendre que tout ce qui a été décidé soit mis en œuvre, qu'on laisse le temps à toutes ces mesures de produire leurs effets». Pas touche au bouclier fiscal, ni aux heures supplémentaires défiscalisées (malgré une pétition), ni aux suppressions de postes de fonctionnaires ("Je ne reviendrai pas sur mon engagement de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite"), ni à l'absence de soutien complémentaire à une demande qui s'affaisse. Le jour même de son discours, l'INSEE annonçait que la consommation des ménages avait baissé de 2% en février. Sarkozy a également fustigé les 35 heures (pourtant utilisées par nombre d'entreprises comme un amortisseur des baisses d'activité), et les prélèvements obligatoires: "Je ne suis pas le président de la République qui augmentera les impôts"car "On ne réduit pas les injustices en augmentant les impôts" (...)"Le bouclier fiscal c'est la garantie que les investisseurs qui investissent en France ne soient pas pénalisés fiscalement".


6. Sarkozy tape sur les grévistes : en période de crise profonde, on attendait un Churchill rassembleur, un discours de solidarité nationale. Que nenni ! "J'ai le devoir d'entendre ceux qui manifestent. Mais, j'ai aussi la responsabilité d'écouter ceux qui ne défilent pas". Il répète: "Je veux tenir compte de la souffrance de ceux qui n'ont pas les moyens de se faire entendre".

7. Sarkozy tape sur les "bandes" et les "voyous": reprenant son annonce d'il y a 8 jours (qui fit flop dans la presse, occultée par la journée du 29 mars le lendemain), le président français a promis une nouvelle loi "contre les bandes" dès le mois d'avril : «Désormais, la seule appartenance à une bande pourra être sanctionnée pénalement d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison et l'intrusion dans un établissement scolaire sera considéré comme un délit sanctionné par le code pénal» ou encore: "La liberté c'est de pouvoir prendre le métro sans avoir peur des voyous".

8. Mais finalement, Sarkozy n'exclut pas un prochain plan de relance. Pour couper court aux critiques contre l'insuffisance de son plan de relance, le chef de l'Etat a ouvert "une voie de passage". Il faut préparer son électorat à l'échec : "Est-ce assez ? Si la situation devait se dégrader, nous ferions davantage" ou encore: "Avant la fin de l'été, nous réfléchirons à d'autres mesures. Mais mon devoir c'est d'être dans le bon temps". Et au risque de se répéter :  "Je proposerai aux partenaires sociaux que nous évaluions les premiers résultats, nous le ferons avant l'été".

Une conclusion ? «Si je dois m'incliner devant les immobilismes, qui va préparer l'avenir de vos enfants?»


En attendant mieux, vous pouvez toujours vous contenter des billboards publicitaires du gouvernement...


Lire aussi:
(Credit photo)

24 mars 2009

Combien coûte Nicolas Sarkozy ?



Nicolas Sarkozy et son gouvernement désignent depuis plusieurs mois les patrons, et leurs rémunérations jugées excessives dans certains cas, comme bouc-émissaires de la crise. Le président, relayé par son premier collaborateur Fillon, a rappelé qu'il était prêt à légiférer sur le partage de la valeur. Jeudi dernier, François Fillon a exigé des patrons une modération de leurs rémunérations variables.

Mais, au fait, combien coûte notre cher Président aux contribuables français ? Quelle est sa rémunération ? S'est-il lui aussi modéré depuis la crise ?

La rémunération
On se rappelle tous la belle augmentation de salaire que le président s'est accordé quelques mois après son accession à l'Elysée. Il touche désormais « 250 302 euros bruts par an, soit 20 858 euros bruts par mois », comme le rappelait le député René Dosière. De l'argent de poche, puisqu'il est nourri, logé, blanchi, "voyagé" aux frais de l'Etat (ce qui est normal)... et même invité gratuitement dans certaines destinations.
Globalement, les frais de réception et de déplacements de l'Elysée ont subi une envolée extraordinaire depuis que Nicolas Sarkozy est président : +100% pour les réceptions (2009 versus 2008), +30% pour les déplacements en 2009 (versus 2008). Ces derniers ont triplé par rapport à la présidence Chirac.

Les cadeaux
Par définition, ils ne coûtent rien au budget de l'Etat (même s'ils posent d'autres soucis éthiques). On pourrait qualifier de "cadeaux d'affaires" les multiples invitations privées dont bénéficie régulièrement Nicolas Sarkozy. Ainsi au Mexique le 5 mars dernier, un groupe d'industriels lui a offert 2 jours et demi de villégiature de luxe, pour un coût estimé à 50 000 euros environ. A Mégève en février dernier, le couple présidentiel s'est fait prêté quelques 4X4 Nissan pour un week-end en amoureux dans la station de ski.
Dans certaines grandes entreprises, les cadeaux d'affaires sont très strictement encadrés, voire interdits. Pas en Sarkofrance.

Les déplacements pharaoniques
Chaque préfet conserve en mémoire le triste sort de leur collègue de la Manche, muté en quelques heures à cause de manifestants bruyants lors des vœux à l'Education Nationale le 12 janvier dernier à Saint Lô. Désormais, chaque déplacement présidentiel en province ressemble à une opération "ville morte" tant le déploiement des forces de l'ordre est massif.
Ainsi le 3 mars dernier, Sarkozy venait dans la Drôme de 11h à 14h, pour visiter l'école de Chatuzange-le-Goubet et discourir dans la salle polyvalente d’Alixan: 1265 gendarmes déployés, garde 24h sur 24 de la gare et de l'aérodrome de Chabeuil, acheminement par convoi exceptionnel depuis Lyon d'un escalier pour la descente d'Airbus (Sarkozy est venu en Airbus, plutôt que d'utiliser l'un des Falcon de la République), 60 voitures normalement garées à la gare envoyées à la fourrière, mise à disposition de deux hélicoptères pour le président sur place, vin d'honneur avec 3 000 personnes.

Le 5 mars dernier, lors de son voyage au Mexique, l'avion présidentiel a mis 19 heures pour rallier sa destination quand un avion de ligne met environ 12 heures. Quand il a emmené Carla Bruni en déplacement pré-nuptial en Egypte, pendant les vacances de Noël 2007, 3 avions ont accompagné le couple présidentiel.

Les avions

Nicolas Sarkozy aime effectivement voyager en avion. C'est coûteux, mais rapide. Au budget de l'Elysée pour 2009, les déplacements en avion auraient été chiffrés à 10 millions d'euros. Même pour un déplacement en province, il part en flotte ou en Airbus: Dijon (décembre 2007; 2 avions), Pau (janvier 2008, 3 avions); Drôme (mars 2009; un Airbus). Quand il voyage à l'étranger, Nicolas Sarkozy prend désormais son nouvel Airbus. L'été dernier, du 21 juillet au 29 août, le président est resté quelques 5 semaines en vacances, interrompues par des allers et retour avec la résidence du Cap Nègre. Le mensuel Terra Eco avait publié, en octobre dernier, le bilan carbone du président français. Un bilan meilleur que ses collègues allemand et anglais grâce à son avion de l'époque (un A319).
Depuis, il s'est équipé d'un A330, plus gourmand, et même doté d'une cafetière à 25 000 euros. Pour les mêmes déplacements que ceux effectués en 2007/2008, le bilan carbone de Nicolas Sarkozy aurait excédé ses partenaires européens s'il avait utilisé un tel avion:

"Un minimum de 7061 tonnes équivalent CO2 : voici la quantité de gaz à effet de serre rejetée dans l’atmosphère par Nicolas Sarkozy au cours de ses déplacements officiels des onze derniers mois. C’est-à-dire depuis la signature du « Grenelle de l’environnement », le 26 octobre 2007, en présence du prix Nobel de la paix Al Gore. Précision : le renouvellement en cours de la flotte élyséenne, et le changement pour un avion long courrier plus lourd que l’avion présidentiel actuel, devrait avoir un impact à la hausse sur ces chiffres. Selon nos estimations, si Nicolas Sarkozy maintient le rythme de ses déplacements pour l’année à venir, ses émissions de gaz à effet de serre passeraient de 7061 tonnes équivalent CO2 à 13956 tonnes."
L'essentiel de ses voyages sont professionnels. Mais les destinations les plus prestigieuses s'accompagnent régulièrement de jours de repos privés: ce fut le cas des voyages officiels en Egypte en décembre 2007, en Jordanie en janvier 2008, en Afrique de Sud en février 2008, à New York en septembre 2009, à Rio de Janeiro en décembre 2008, à Mégève en février 2009, ou au Mexique en mars 2009.

On résume : 250 000 euros, environ 5 voyages internationaux privés à 50 000 euros le bout. Fichtre ! Si l'on ajoute les billets d'avions et la blanchisserie élyséenne, le train de vie présidentiel dépasse les 500 000 euros par an !

L'Elysée est une "petite entreprise qui ne connaît pas la crise."

23 mars 2009

La fiscalité au coeur de la crise

Le Figaro s'est attaché à détailler ce que le gouvernement s'apprête à faire contre les évadés fiscaux. Lors du G20 qui se tiendra à Londres en avril prochain, le sujet de la régulation financière est avancée par les Européens, notamment la France et l'Allemagne, en réponse aux critiques des Etats Unis contre la faiblesse des plans de relance de l'UE.

Les paradis fiscaux européens
Il y a 2 semaines, l'Autriche, la Suisse, le Luxembourg, et la Belgique ont décidé d'assouplir leurs règles en matière de secret bancaire. En contre-partie, ces Etats ont obtenu du dernier Conseil Européen l'assurance des dirigeants de l'UE qu'ils ne figureront pas sur une liste noire des paradis fiscaux lors du sommet du G20, après leurs récentes concessions. Nicolas Baverez, peu suspect d'anti-sarkozysme primaire, était récemment très pessimiste sur les conclusions du prochain G20 à Londres:

"Le G20 risque ainsi d'avorter là où il est le plus indispensable
L'administration Obama se consacre tout entière à la réalisation du plan de relance de 789 milliards de dollars et à la nationalisation de fait de la majorité des banques et des assurances, imitant le Royaume-Uni de Gordon Brown, dont la stratégie répond au triptyque dévaluation-monétisation du déficit-nationalisation. Le monde anglo-saxon accorde la priorité aux mesures d'urgence, reste prudent en matière de régulation compte tenu du poids de l'industrie financière dans la richesse nationale et conserve une hostilité vigilante envers les institutions multilatérales. Loin d'avancer un schéma alternatif d'organisation du système financier, l'Europe continentale se déchire sur la restauration du bilan des banques ou les plans de soutien à l'automobile, ne s'accordant que sur la renationalisation de la politique économique. Enfin les pays émergents estiment que c'est au monde développé, qui a provoqué la crise, de lui trouver un remède et d'en supporter les coûts
."

Or la réforme des règles financières mondiales, si elle est nécessaire, est avancée comme la sortie de crise principale par Nicolas Sarkozy: ce dernier refusant de parler de nouveau plan de relance, il est tout entier concentré à nous faire croire que la solution vient d'une refonte du capitalisme financier mondial, et notamment la suppression des paradis fiscaux. Si une poignée d'Etats européens viennent donc de faire quelques efforts, union européenne oblige, il en reste environ 4000 dans le monde à convaincre...
Bref, l'existence de paradis fiscaux, et de fiscalités plus avantageuses, à l'étranger est l'argument principal avancé en faveur de la politique fiscale actuelle du gouvernement. Effectivement, le bouclier fiscal ne bénéficie principalement qu'à quelques très riches contribuables.

Le "paradis" fiscal français
L'appellation est évidemment impropre. Les prélèvements obligatoires (impôts, taxes, cotisations sociales) représentent 43% du PIB français, en hausse quasi-constante depuis 1969. Un récent rapport de la Cour des Comptes rappelait cette évidence: "les prélèvements obligatoires sont un instruments de redistribution intergénérationnelle."
En analysant 2006, la Cour des Comptes décomposait la répartition des prélèvements en fonction des différents âges de la vie. Ces données montrent déjà combien le bouclier fiscal est injuste, car il ne concerne, par principe et construction, que les revenus du travail et du capital : or, les ménages supportent aussi quelques 200 milliards d'euros d'impôts et taxes sur la production et les importations (dont 128 milliards de TVA), contre 170 milliards sur leurs revenus du travail et du capital. Et dans la tranche d'âge 20-60 ans, ces taxes indirectes pèsent pour environ 15% de leurs revenus disponibles (page 107 du rapport).

Bouclier pour riches
In fine, le bouclier fiscal n'est qu'une mesure pour riches. L'hebdomadaire Marianne a publié les résultats du bouclier fiscal en 2008, tels que livrés par le ministère de l'Economie:
  • Patrimoine inférieur à 760 000 euros : 8 338 contribuables ; 580 euros restitués en moyenne ; impôt restant à payer 296 euros en moyenne; impact budgétaire :4,8 millions d'euros.
  • Patrimoine entre 760 et 1220 000 euros : 224 contribuables, 4 168 euros restitués en moyenne ; impôt restant à payer 7 686 euros en moyenne; impact budgétaire: 933 000 euros.
  • Patrimoine entre 1220 et 2420 000 euros : 585 contribuables, 5 780 euros restitués en moyenne ; impôt restant à payer 12 848 euros en moyenne; impact budgétaire : 3,4 millions d'euros.
  • Patrimoine entre 2 420 et 3 800 000 euros : 726 contribuables, 10 304 euros restitués en moyenne ; impôt restant à payer 44 256 euros en moyenne; impact budgétaire : 7,5 millions d'euros.
  • Patrimoine entre 3 800 et 7 270 000 euros : 1 850 contribuables, 22 002 euros restitués en moyenne ; impôt restant à payer 74 405 euros en moyenne; impact budgétaire : 40,7 millions d'euros.
  • Patrimoine entre 7 270 et 15 581 000 euros : 1 441 contribuables, 65 005 euros restitués en moyenne ; impôt restant à payer 156 064 euros en moyenne; impact budgétaire : 93,7 millions d'euros.
  • Patrimoine supérieur à 15,581 millions d'euros : 834 contribuables, 368 261 euros restitués en moyenne ; impôt restant à payer 333 201 euros en moyenne; impact budgétaire : 307,1 millions d'euros.
Les contre-vérités du bouclier fiscal s'effondrent : il ne profite pas aux propriétaires immobiliers devenus assujetis à l'ISF "à leur insu", par l'effet de l'envol des prix immobiliers. Ils ne sont que 224 dans ce cas ! Le bouclier ne profite pas non plus aux foyers modestes, qui ne sont que 8 000 à récupérer, de surcroît, la portion congrue des restitutions fiscales (4,8 millions d'euros, à peine 1% du total !).

Les mesures du gouvernement
Nicolas Sarkozy a encore rappelé, mardi 17 mars, que le bouclier fiscal était conçu pour décourager l'évasion fiscale. Mais les services du fisc pensent à d'autres mesures pour ces 20 milliards d'euros de «recettes fiscales» qui leur échappent chaque année, comme la mise en place d'un «guichet de régularisation» et le fisc pourrait s'engageer à atténuer les sanctions contre les "rapatriés" fiscaux. Pour ceux qui resteraient "clandestins", les risques demeurent faibles, tant le secret bancaire effectif dans nombre de pays. Pour mémoire, un fraudeur risque, s'il est démasqué :
  1. Une amende de dix mille euros par compte dissimulé,
  2. Un redressement fiscal sur 10 ans au maximum, si les sommes ont été dissimulées dans un pays sans accord d'échange d'informations fiscale avec la France (cf la Suisse).
  3. Des pénalités variables suivant les sommes en jeu: intérêts de retard sur les impôts non payés, pénalités pour défaut de déclaration (10% minimum, mais 40% si sa mauvaise foi est avérée, 80% si une intention frauduleuse est prouvée).
On croyait que la crise ne serait qu'affaire de protection sociale et relance de l'économie. Il n'en est rien.

Elle a remis la fiscalité au coeur des débats.