20 mars 2009

Les bandes violentes, nouvelle distraction sarkozyste

Gagny, "ville fleurie", au sud-est de la Seine-Saint-Denis, 38 000 habitants. Un lycée y fut attaqué par une vingtaine de jeunes la semaine dernière. . Nicolas Sarkozy l'avait choisi pour faire son annonce du jour contre les "bandes violentes" mercredi 18 mars. Avec ces nouvelles mesures de sécurité et de répression, le président français a voulu justifier un peu plus la surveillance générale des libertés.

Les bandes violentes, cibles des services secrets
La police recense 222 bandes organisées en France, comme le rappelait le jour même la ministre de l'Intérieur: "Vous avez aujourd'hui en France 222 bandes recensées. Ces 222 bandes sont à 79 % en région parisienne et elles comportent environ 2 500 individus qui sont des permanents de ces bandes, 2 500 autres qui sont des occasionnels, parmi eux vous avez 47 % de mineurs". Et Alliot-Marie complète : "53 % des membres de ces bandes sont donc majeurs et la grande majorité d'entre eux sont des gens désocialisés et cette désocialisation se marque par des attaques contre tout ce qui représente l'autorité, l'Etat et notamment les policiers". Fichtre ! On attendrait presque qu''elle nous les nomme un par un. Que fait la police ? Elle travaille. La ministre a en effet justifié la création de la fameuse DCRi, la Direction Centrale du Renseignement Intérieur comme la véritable réponse de l'Etat à cette menace. Après l'ultra-gauche et Julien Coupat, les bandes violentes sont le nouveau totem de la Sarkofrance sécuritaire. Cette fois-ci, le président français ne pourra pas décemment jouer de la "rupture". Il a été deux fois ministre de l'Intérieur entre 2002 et 2007. Rappelons cette évidence. Les victimes des bandes violentes seront heureuses de savoir que Nicolas Sarkozy a dû créer une "National Security" à la Française, cette DCRI, pour lutter enfin efficacement contre 2 500 jeunes organisés.

Délinquance en hausse en Sarkofrance
Michèle Alliot-Marie, et son président de tutelle, se gardent bien de commenter deux tristes faits : la délinquance, surtout violente, augmente. Et le système sécuritaire mis en place est également utilisé de façon disproportionnée et douteuse sur des cas mineurs. Apprendre que la DCRI s'est penché sur le cas de lycéens blogueurs qui commentaient sur leur site les mesures Darcos est risible et inquiétant à la fois. Concernant la délinquance, Michèle Alliot-Marie s'est fendue d'un joli demi-mensonge mercredi dernier, en préambule de l'intervention présidentielle à Gagny : "Dans le même temps où il y a une baisse de la délinquance, à l'intérieur de la délinquance, vous avez des montées de certaines actions, par exemple les escroqueries […], une montée des vols à main armée et une montée de la violence de la part d'un certain nombre de jeunes ou de moins jeunes". Faudra-t-il lui rappeler que la délinquance générale a stagné l'an passé, tandis que la hausse frappait les toutes les catégories d'actes violents ?

Les nouvelles mesures du Président
Mercredi après-midi, après un passage par la Préfecture de police de Paris, le cortège présidentiel est parti sur Gagny. Là-bas, Nicolas Sarkozy a fait ses annonces: "Ce qui s'est passé à Gagny doit nous servir de leçon. On n'est pas décidé à accepter qu'il y ait un autre événement de cette nature". La presse reprend allègrement le communiqué officiel, et avec une telle précision qu'il nous fallait bien lister ces mesures une par une. Grande nouvelle, il n'y pas 16 mais 11 mesures. Au programme, davantage de police de proximité (pardon, d'"UTEQ"), de fichage, et des peines aggravées:

1. "Création d'un fichier dédié aux violences urbaines et au phénomène de bandes"
Commentaire présidentiel: "Le choeur des bien-pensants va sans doute se déchaîner au seul mot de fichier, a-t-il ironisé, mais cela n'a aucune importance." Simple annonce marketing, puisque l'outil existe déjà depuis 1996. Comment sinon la ministre pouvait-elle recenser avec autant de précisions 222 bandes organisées en France ?

2. Mise en place d'une "police d'agglomération avec un état-major à l'échelle des agglomérations", chargée de coordonner la collecte du renseignement et l'action de la police.
Cette gestion serait confiée aux SDIG départementales, les sous-directions de l'information générale (SDIG) rattachées à la DCRI.

3. Création "de groupes spécialisés pour traiter les violences urbaines et les agissements des bandes, au sein des directions départementales de la sécurité publique".

4. Création de 100 nouvelles unités territoriales de quartier (Uteq, comme il en existe déjà huit en France dont trois en Seine-Saint-Denis). En d'autres termes, c'est un renforcement de la police de proximité que Nicolas Sarkozy avait supprimé en 2002, même s'il s'en défend: «Ces forces sont aux antipodes de feu la police de proximité. Il s'agit de connaître le terrain, et non de jouer au foot avec des délinquants».

5. Création de 23 compagnies de sécurisation (avec chacune 150 fonctionnaires spécialement formés au maintien de l'ordre dans les "quartiers sensibles").

6. Mise en place de 75 systèmes municipaux de vidéo protection et surveillance dans 400 établissements scolaires.

7. Création d'une peine de 3 ans d'emprisonnement "pour participation en connaissance de cause à un groupement, même formé de façon temporaire, poursuivant le but de commettre des atteintes volontaires contre les personnes ou contre certains biens". On voit poindre un délit de mauvaise fréquentation, dont la constatation sera éminemment subjective et contestée, sur le modèle de la législation antiterroriste. "Je demande la création d'une peine de trois ans d'emprisonnement pour participation, en connaissance de cause, à un groupement, poursuivant le but de commettre des atteintes volontaires contre les personnes ou certains biens. Le fait même d'appartenir à une bande doit être un délit" a déclaré Sarkozy.

8. Transformation en délit l'intrusion dans un établissement scolaire

9. Peine aggravée pour les agressions contre les personnels de l'Education nationale.

10. Identification sous dix jours des 100 à 200 établissements les plus touchés par des intrusions.

11. Renforcement du filtrage et du contrôle aux entrées des établissements. En particulier, le président a prévu l'extension aux enseignants, à l'intérieur des établissements scolaires comme à l'extérieur comme les transports en commun -, de la même protection que celle dont bénéficient les "agents dépositaires de la force publique".

Bref, cette dizaine de mesures ne méritait aucune annonce présidentielle. Mais Sarkozy ne pouvait se passer d'un tel déplacement symbolique. Côté sécurité, le président est parfois mal entouré, comme en témoigne le Canard Enchaîné. Mais cela, c'est une autre affaire...

Dans son édition du 18 mars, Le Canard Enchaîné révèle que la sécurité du colloque organisé le 11 mars à Paris à l'Ecole militaire autour de Nicolas Sarkozy - le chef de l'Etat y a annoncé le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN - a été assurée par une société de vigiles privée particulière, Vendôme Sécurité. Cette société est dirigée par Axel Loustau, un ancien cadre du GUD (Groupe Union Défense), mouvement d'extrême droite musclée et violente, qui a gardé des liens avec ce milieu. Axel Loustau est l'un des contributeurs des Rats Maudits, ouvrage dans lequel plusieurs générations de "Gudards" relatent leurs hauts faits. Il avait été candidat FN aux législatives 1997 dans les Hauts-de-Seine (source LE MONDE).

20 commentaires:

  1. Gagny : un lycée a été attaqué par une "violente bande de jeunes" N. Sarkozy sait parfaitement que les seize mesures proposées seront inefficaces. Les textes existent déjà. Alors, pourquoi ce comportement décalé et obstiné ? N. Sarkozy veut simplement se remettre en selle, remonter dans les sondages, avec le sujet de l'insécurité qui lui avait si bien réussi lors de la campagne présidentielle.
    C'est encore et toujours du grand n'importe quoi.

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  2. On crée des postes de flics et on supprime des postes d'enseignants !Décidemment, tout va pour le mieux dans notre beau pays ...

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  3. Le discours sécuritaire est toujours payant. Enfin souvent ...
    Aujourd'hui, je ne sais pas s'il l'est encore.
    Entre le flicage sur Internet, les dérapages plus ou moins contrôlés, les contrôles de plus en plus fréquents, je me demande si la majorité des français est encore sensible à ce discours.
    Je crois que cette majorité préfèrerait que l'on s'attèle aux vrais problèmes autrement plus sérieux que la sécurité.
    Il ne faut rien exagérer quant à la sécurité.
    Les "voyous" ne sont pas là tous à nous attendre en chemin pour nous détrousser, nous agresser, ...
    Il est grand temps d'arrêter de surfer sur le sentiment d'insécurité, que Nicolas Sarkozy exacerbe à plaisir.

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  4. Je ne vois nulle part la remise en place des "flics de proximité",
    est-ce normal ?
    répression
    répression
    répression
    toujours le même disque.

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  5. Zut, pardon, pardon....je parle trop vite.
    Vu !!
    :)

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  6. Sarko et ses vieux démons sécuritaires...

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  7. excellemment analysé!!

    bravo

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  8. Revoi-là le délire sécuritaire... paranoïaque en diable mais mobilisateur pour la frange de son électorat facho... "Ouvrez une école, vous fermerez une prison", Victor Hugo dixit... On ferme les écoles et on supprime des postes d'enseignants et autres pions... cherchez l'erreur !

    Un flic derrière chaque enseignant ? Pour le protéger ou le fliquer...

    N'est-ce pas Sarko qui a détruit la police de proximité qui marchait relativement bien. Mais à la nécessaire prévention il préfère la trique et je le soupçonne même de vouloir aggraver les problèmes.

    La photo des Pandores (je te la pique pour un futur article) est vraiment chouette. De vraies tronches de "portes de prison" ! Si j'étais jeune et alerte, je me carapaterais vite fait rien qu'en les voyant...

    Il y aurait beaucoup trop à dire sur les mesures... notamment sur le plan juridique. Je pense que l'arsenal pénal est amplement suffisant mais Sarko pond une loi pour chaque problème, preuve s'il en était besoin qu'il n'a pas retenu grand chose d'études de droit très sûrement bâclées.

    Le simple "délit d'appartenance" devrait faire froid dans le dos à n'importe quel citoyen.

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  9. Au-delà de la fixette sur la répression et l'esquive de toute considération de son propre bilan, ce qui m'inquiète le plus c'est cette annonce très floue sur la modification du code pénal et ces 3 ans ferme... J'en ai fait une note hier: http://duborddemafenetre.blogspot.com/2009/03/les-bandes-sarko.html

    PS: La photo avec les 4 flics derrière lui est on ne peut plus parlante...

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  10. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

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  11. Mistral, tu apprendras qu'ici la règle est celle de Sarkofrance. Si tu insulte, j'applique la règle : j'efface, j'éparpille façon puzzle. Si tu veux qu'on parle sérieusement de comment se débarrasser des racailles, commente gentiment dans la forme.

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  12. Pour créer une nouvelle peine, il faudra une nouvelle loi… Avec cette manie d'annoncer une loi à chaque problème de société (sans se préoccuper de savoir si les textes existants sont insuffisants), il lui viendra bientôt l'idée de remplacer le parlement par un appareil à légiférer automatique…

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  13. Sous la présidence de François Mitterand, plutôt que d'augmenter les effectifs de police, deux orientations avaient été prises :
    - l'accent sur les îlotiers, à savoir ces policiers qui marchent dans la rue qui observent et interviennent en cas de besoin,
    - le conseil national de prévention de la délinquance avec ses déclinaisons au niveau du département et de la commune.
    @Kamizole, les îlotiers connaissent le quotidien des français même s'ils ne restent jamais dans le même quartier, je ne suis pas sûre que le président actuel souhaite cette connaissance profonde du terrain de la part des forces de police. Elles pourraient comprendre la situation, il ne veut surtout pas de ça !

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  14. Ah juan, chantre de la vigilance !!

    Chantre de la liberté !!!

    Mais qui n'accepte pas une opinion qui lui ait contraire ...

    Bref un vrai socialiste ...

    Publie mon commentaire précédent et souligne "les insultes".

    Quand au "racailles", terme que je n'ai pas employé, ce sont ni plus ni moins des jeunes issus de l'immigration victime de la société post soitante huitarde ou "il est interdit d'interdire".

    Victime du laxisme du monde de l'education nationale qui se reprend en pleine tronche son idéologie.

    C'est insultant ca ??? pfffff

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  15. Et je te repose la question : quel effet celà fait d'etre démenti par les faits en moins de 24 heures, hein ????

    http://www.leparisien.fr/val-d-oise-95/principal-blesse-a-garges-les-gonesse-8-mineurs-en-garde-a-vue-20-03-2009-448863.php

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  16. Mistral, le fait divers que tu cites n'est pas le seul. pas très loin de chez moi, mardi dernier, une trentaine de gamins sont venus jetter des bouteilles sur la chaussée (barbès, Paris). Sarko s'est vautré sur le sujet. Il a joué les fier à bras. Tout misé sur la répression. Que de tels évenènements se produisent quasiment 7 ans jour pour jour après son arrivée à l'Intérieur est la preuve d'un échec sur toute la ligne.

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  17. Juan tu as la mémoire courte.

    En 2002, tes amis socialistes affirmaient que l'insécurité n'existait pas, qu'il s'agissait d'un sentiment d'insécurité...

    A cette époque les chiffres de la délinquance explosait et on a eu le sinistre le pen au second tour.

    Les évènements actuelsmontrent que malgré les progrès réalisé, il reste du travail.

    Quand au "tout répressif", le fait de nommer Rachida Dati ou Fadela Hamara sont des signes forts envoyés aux jeunes issus de l'immigration : les discriminations dont vous faites l'objet ne doivent plus durer.

    Sur un sujet aussi sensible, un peu de mesure ne nuirait pas.

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  18. En 2002 Le Pen a mobilisé autant d'électeurs qu'en 1995; de plus l'électorat d'extrême droite n'ira jamais voté à gauche, c'est donc la politique chiraquienne qui est la cause de la désaffection d'une parti de cette population (d'ailleurs en 2002 Chirac n'avait pas fait un super score au 1er tour et Le Pen a conservé ses électeurs au 2ème tour). L'échec de Jospin tient plus à la multiplication des listes à gauche et au bon travail de sape de la droite à propos des 35h. L'ironie du sort est de voir aujourd'hui la droite Sarkozienne, qui avait tant fustigé ces 35h, ne plus parler de sa suppression désormais !
    Pour le coté répressif, penser que c'est avec la force que l'on règle les problèmes de la délinquance est la pire des solutions à envisager; les jeunes délinquants sont issus de familles totalement défavorisées, souvent monoparentales, père ou mère alcoolique ou drogué, frappées par le chomage à répétition ... Il faut aider ces jeunes, il n'ont pas demandé à naitre dans un tel cadre familial,; si on les méprise, ils répondront alors par ce qu'ils ont toujours appris chez eux, la violence.

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  19. cacou, ben moi je crois sincèrement qu'aider ces jeunes c'est la répression, forte, massive, globale à la première connerie .... Afin qu'il ne recommence jamais plus.

    Les aider, c'est commencer par leur faire respecter la république à travers ce qu'elle devrait avoir entres autres de plus beau : ses enseignants.

    Ces derniers par idéologie soixantehuitarde ont laissé le laxisme, l'absence d'autorité, le copinage avec les élèves s'installer ...

    La république à travers ses enseignants, ses policiers, ses juges doit parler le même language aux gamins : celui du droit chemin.

    A condition que la société leur propose un avenir, et dans la France ultra conservatrice issu de la pensée unique, il y a du boulot.

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  20. @mistral, vous ne devez pas aller souvent dans les écoles, sinon vous sauriez que le laxisme des enseignants, dont vous parlez, n'existe pas aujourd'hui —s'il a jamais existé. Depuis les années 70, j'ai été à la rencontre de classes dans tous les coins de France, et je n'ai vu que très, très rarement des professeurs inciter leurs élèves au manque de respect par un excès de familiarité!

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