30 mars 2009

Moraliser le capitalisme ? La grande imposture

Il paraît que la crise mondiale qui nous frappe tient à certaines déviances du capitalisme. En vrac, on cite les excès des traders, le capitalisme financier, les comportements amoraux de certains patrons, les stock-options des uns, les parachutes dorés des autres.

Les paradis fiscaux, paradis durables
Nicolas Sarkozy est très motivé à supprimer les paradis fiscaux dans le monde. Il paraît même qu'ils sont l'une des causes de la crise mondiale actuelle... Samedi 28 mars, l'hebdomadaire Marianne révélait que " les banques françaises disposaient au 30 juin 2008 de plus de 532 milliards de dollars (environ 370 milliards d’euros." Ces placements génèreraient un manque à gagner fiscal de quelques 20 milliards d'euros pour l'Etat. Question naïve : pourquoi donc l'Etat n'a-t-il pas exigé des 6 banques qu'il soutient depuis novembre qu'elles renoncent à ces dépôts iniques ?

Les stock-options, de quoi parle-t-on ?
La presse et l'opinion se sont émues des stock-options attribuées aux dirigeants de la Société Générale. certains médias se sont empressés de racourcir la réalité : on assimile trop les stock-options à des actions gratuites. Ce sont le droit d'acquérir à un prix fixé à l'avance un certain nombre d'actions. Les assimiler à la valeur des actions concernées est erroné. Le principe est pourtant simple à comprendre  : le conseil d'administration attribue le droit d'acheter un certain nombre d'actions à une valeur donnée. La réglementation actuelle (i.e. depuis octobre 2007) prévoit que l'heureux bénéficiaire doit attendre 4 années au minimum avant d'exercer ses options, c'est-à-dire acheter au prix fixé préalablement le nombre d'actions qu'on lui a attribuées. S'il décide d'exercer son droit, il doit payer ses actions. Son avantage éventuel intervient à deux reprises: primo, il réside dans la plus-value qu'il peut réaliser en achetant moins cher que le cours du marché (i.e. si le prix d'exercice de son option est inférieur au cours de bourse). Dans ce cas, le rabais obtenu est soumise à la CSG et la CRDS (comme un salaire) puis il est taxé : à 33% jusqu'à 152 500 euros (soit un taux de taxation global de 44%) et à 43% au-delà de 152 500 euros (soit un taux global de 54%).
Ensuite, quand le dirigeant décide de céder ses actions, son avantage réside dans la plus-value qu'il réalise en revendant à un cours de bourse plus élevé. Dans ce cas, cette plus-value de cession est taxée à 18%, comme toute plus-value de cession de valeurs mobilières (+ CSG, CRDS et prélèvements sopciaux en vigueur, soit environ 29% au total).

Rappelons enfin que le prix d'exercice des options ne peut être inférieur à 80% d'une valeur de référence égale à la moyenne des cours cotées aux vingt séances de bourse précédant le jour d'attribution des stock-options. Fiscalement, les plus-values sur les stock-options ne sont pas une niche fiscale autant qu'on le pense : primo, elles sont taxées à 41%, un taux loin d'être anecdotique.

Le scandale de la Société Générale
Le vrai scandale de l'affaire Société Générale est ailleurs : en attribuant des stock-options au plus bas des cours de leur entreprise, le Conseil d'administration fait un beau cadeau aux dirigeants. De surcroît aidée par l'État, on peut estimer que la banque améliorera son cours de bourse dans les années à venir. Là est le cadeau ! A la date de leur attribution, L'Expansion notait que les plus-values potentielles étaient de 3,7 millions d'euros pour le seul Daniel Bouton, PDG de la banque.
Dimanche 29 mars, François Hollande a eu les mots justes sur les travers des stock-options: "Ce mode de rémunérations doit être écarté du mode de financement des dirigeants d'entreprises", y compris dans les sociétés qui ne sont pas aidées par l'Etat, car il "aboutit à introduire un critère spéculatif".

Les salaires des patrons
Claude Guéant, le secrétaire général adjoint de l'UMP sur Europe 1 a expliqué dimanche 29 mars : "Le Premier ministre et le président de la République ont tranché : en début de semaine, lundi ou mardi, sera pris un décret qui va dire très clairement que les dirigeants des sociétés qui ont bénéficié de l'aide de l'Etat doivent renoncer à toutes ces dispositions : stock-options, bonus, parachutes dorés..."
L'ancien président du Medef, le baron Ernest Antoine Seillières est évidemment mesuré : "Il y a des abus" (...) "Ce qui est choquant, c'est quand quelqu'un reste bien payé dans une entreprise qui va mal, c'est pour ça qu'ont été conçues les rémunérations variables". Pas un mot sur les aides publiques. Un patron d'une entreprise aidée par l'Etat ne devrait-il pas calmer ses émoluments ?

Les entreprises aidées par l'Etat
Rue89 publie justement les éléments de rémunérations des patrons de quelques entreprises aidées par l'Etat. A l'instar de l'analyse que nous avons faite sur Nicolas Sarkozy il y a quelques jours, le site rappelle que "la rémunération de ces patrons ne se limite pas à un salaire fixe. Elle comprend aussi : 
  • Une part variable, le fameux « bonus », dont le montant dépend des résultats de l'entreprise
  • Les jetons de présence, qui rémunèrent la présence aux conseils d'administration du groupe
  • Les avantages en nature, comme la voiture ou le logement de fonction"
On apprend ainsi que Daniel Bouton, PDG de la Société Générale, dispose d'un salaire de 350 000 euros en 2008 (versus 1,2 millions en 2007), sans stock-options (il y a renoncé et ses précédentes options ne valent plus rien), ni bonus (versus 2 millions en 2007), ni parachute en cas de départ.
Michel Pébereau, son homologue de BNP Paribas, a reçu 731 400 euros de salaire en 2008, sans parachute en cas de départ, ni bonus. Carlos Ghosn, le patron de Renault, a touché un salaire fixe de 1,2 millions d'euros, des jettons de présence pour 28 000 euros, des avantages en nature évalués à 10 000 euros, pas de bonus ni stock-options, mais "il a pu toucher 2,5 millions d'euros en utilisant des options acquises en 2002 et 2003."
Le site reste flou sur les stock-options : il ne précise pas si les sommes indiquées concernent la valeur des options que les dirigeants peuvent acheter ou une estimation de la plus-value de cession (improbable compte tenu de la chute des cours de bourse l'an passé).

Et l'affaire Tapie ?
Voici un autre ancien patron, Bernard Tapie, très correctement aidé par Nicolas Sarkozy : les deux hommes se connaissent depuis 25 ans (à Neuilly), liés à divers étapes de leurs carrières respectives. Un livre rappelle les rencontres dès 1995 entre Sarkozy, à l'époque simple soutien de Balladur, et Tapie. Tout y passe. Qui a parlé de moraliser le capitalisme ? Voici l'un des plus grands scandales de la Républiques. 390 millions d'euros en faveur de Bernard Tapie par une décision arbitrale sur conseil de l'Elysée. Qui dit mieux ?


Lire aussi:

11 commentaires:

  1. On ne peut pas moraliser un truc qui est basé sur l'appât du gain comme règle de base.

    RépondreSupprimer
  2. je me souviens de notre conversation à la Rdb ;-)

    RépondreSupprimer
  3. Le capitalisme ne se moralise pas par essence et puis d'ailleurs, elle va passer par où sa fameuse "moralisation du capitalisme" avec le maintient du bouclier fiscal (qui coûte si cher aux finances publiques et qui est absolument scandaleux !) ??

    RépondreSupprimer
  4. Dagrouik,

    Tu connais un autre moyen de se lever le matin pour aller bosser si ce n'est "l'appat du gain" ??? ...

    RépondreSupprimer
  5. @Mistral
    Il suffit d'accepter le concept "travailler pour vivre et non vivre pour travailler" (Jean Paul II le disait souvent d'ailleurs); je l'applique chaque matin car travailler est un devoir pour aider la société, mais je ne cherche pas à tout prix à augmenter mes gains (et pourtant je pourrais). J'ai tout ce qu'il me faut, je fais vivre ma famille correctement et dignement, cela me suffit et je n'en demande pas plus.

    RépondreSupprimer
  6. D’un côté, la fermeture annoncée de l’usine Continental de Clairoix (Oise), dans un an - la faute à la crise, selon la direction du groupe.

    De l’autre, un groupe Continental qui recrute, en Roumanie, des ouvriers, des cadres et des ingénieurs. Enquête et reportage sur la stratégie et le double discours de l’équipementier automobile…

    Timisoara, à l’extrême ouest de la Roumanie. Une usine Continental qui fabrique des pneus. Le site n’est pas sans rappeler celui de Clairoix (Oise), à quelques détails près : à Timisoara, ni banderoles syndicales ni pneus qui flambent, car cette usine n’est pas menacée de fermeture.

    Bien au contraire : on embauche, comme l’attestent cette petite annonce parue dans le Timis Express, le journal local, et la pancarte située à l’entrée de l’usine : "Continental embauche des ouvriers opérateurs de production, des ingénieurs dans le département technique, des chefs d’équipe et des ouvriers chargés de l’entretien des pièces métalliques".

    Selon Stefan Gogochanu, le dirigeant de la confédération syndicale Alfa à Timisoara, les salaires chez Continental sont compris entre 1.200 lei et 1.800 lei, soit 280 à 420 euros. Vu de France, c’est peu. Vu de Roumanie, ce n’est déjà pas si mal, c’est au-dessus du salaire moyen des ouvriers.

    Florent Guyotat.

    http://www.france-info.com/spip.php?article271076&theme=14&sous_theme=15

    RépondreSupprimer
  7. Deux poids deux mesures. Sarko et sa bande veulent moraliser le capitalisme, ils disent vouloir faire confiance aux patrons pour s'autoréguler et arrêter leurs excès... Alors pourquoi également ne pas faire confiance aux chômeurs ? Au lieu de flicquer leurs recherches d'emploi?
    Ah oui... j'oubliais , on est des fainéants qui ne veulent pas bosser et les patrons eux créent de la richesse !

    RépondreSupprimer
  8. Métaphore douteuse et diversion évidente
    À la croisée de chemins handicapés par un passif, plus qu’un passé, les options de mutation offertes sont restreintes.
Entre un jusqu’au-boutisme originel pillé par les niches modérément extrémistes et le copier/coller de façade de la fenêtre d’en face relevant plus du marketing que la pratique citoyenne pour tous, on peut considérer que nous assistons aux effets secondaires de l’excès de suffrage universel.
    La troisième voie, celle de la remise en question structurelle et l’analyse personnelle du parti est aussi utopique qu’hypocrite car les résultats de ce type d’opérations de fond forceraient la masse à la même autocritique qui dérangerait sa sieste existentielle.
    La suite ici :
    http://souklaye.wordpress.com/2009/03/21/best-of-anticipation-le-parti-socialiste-sera-droite-ou-ne-sera-pas/

    RépondreSupprimer
  9. Zone euro : la confiance économique au plus bas en mars.

    L'indice de confiance économique est tombé à 64,6 contre 65,3 en février, alors que le marché anticipait un léger rebond à 65,5.

    Il s'agit du plus mauvais résultat de cette enquête depuis sa création en 1990.

    http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/zone-euro-la-confiance-economique-au-plus-bas-en-mars_178053.html

    RépondreSupprimer
  10. Rital 3eme génération30 mars 2009 à 20:10

    "Eric Besson et Xavier Darcos renoncent à inaugurer la médiathèque de la Cité de l'immigration", sous les colibets et les slogans « Arrêts des rafles, arrêt des expulsions ! », «Solidarité avec les sans-papiers»,.
    Le musée, ouvert en 2007, n'a donc toujours pas été inauguré par un ministre…

    ...Et c'est tant mieux, ils n'ont pas leur place dans ce musée !... Les émigrés, quelques soient la génération, ont toujours été exclus dans ce pays de M*** . Même aprés avoir verser leur sang pour des valeurs qu'il est impossible de partager .

    Un rital de troisiéme génération

    RépondreSupprimer
  11. En 1985-1986, les Restos du Cœur ont distribué 8,5 millions de repas.

    En 1987-1988, les Restos du Cœur ont distribué 22 000 000 de repas.

    En 1991-1992, les Restos du Cœur ont distribué 29 000 000 de repas.

    En 1994-1995, les Restos du Cœur ont distribué 50 000 000 de repas.

    En 1996-1997, les Restos du Cœur ont distribué 61 000 000 de repas.

    En 2005-2006, les Restos du Cœur ont distribué 70 000 000 de repas.

    En 2006-2007, les Restos du Coeur ont distribué 81 700 000 repas.

    En 2007-2008, les Restos du Cœur ont distribué 91 000 000 repas.

    En 2008-2009, les Restos du Cœur ont distribué 100 000 000 repas.


    Les Restos du Coeur : chiffres clés de la 24 ème campagne 2008-2009.

    > 90 000 personnes supplémentaires aidées cette année ( + 12,5 %).

    > Près de 800 000 personnes accueillies au total.

    > Près de 100 millions de repas servis au cours de cette campagne 2008-2009.

    > 2 000 centres d’activités sur toute la France.


    Une situation sans précédent.

    Le 27 mars 2009, la distribution alimentaire d’hiver des Restos du Cœur a pris fin.

    Cette année, l’association a fait face à une hausse sans précédent de 12,5 % du nombre de personnes accueillies au niveau national. Dans dix-sept départements ruraux ou semi-ruraux, cette augmentation a dépassé les 20 %.

    http://www.restosducoeur.org/lire_news.php?id=50

    RépondreSupprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.