25 mars 2009

Sarkozy à Saint Quentin: "Back to the Future"

Mardi 24 mars, Nicolas Sarkozy a livré un discours "de campagne" à Saint Quentin, le fief de Xavier Bertrand. Pour s'expliquer auprès des siens et ne rien annoncer aux autres.

Pour l'occasion, la ville de province a été totalement bloquée et partiellement vidée dès la matinée, pour une venue présidentielle à 19h. 70 rues ont été nettoyées des véhicules garés ; le centre-ville a été fermé dès 13H; environ un millier de CRS étaient présents; les piétons devaient montrer carte d'identité et invitation (de l'Elysée) pour parvenir à la salle des sports où se tenait le meeting. Le Monarque, le teint bronzé et costume impeccable, se déplace. Il manquait les petits drapeaux agités par des main d'enfants sur le chemin du cortège élyséen.

Pas de nouvelles annonces pour calmer l'impatience
Nicolas Sarkozy a donc tenu son meeting de campagne. Il en a profité pour ... ne rien annoncer, à  l'exception de la nomination prochaine de "commissaires à la réindustrialisation" pour accompagner les restructurations industrielles, et une promesse de mesures d’aides aux jeunes le 15 avril prochain. Pour le reste, nous avons dû écouter 67 minutes de pédagogie "sarkozyenne": un coup sur les patrons-voyous, un autre contre les grévistes, un troisième en faveur de ses réformes, un dernier couplet sur l'insécurité, une valeur sûre en période de campagne (mais sommes-nous en campagne ?).

1. Sarkozy donne une leçon de morale. Dès son introduction, le voici qui déclame  : "Ce soir, je veux rappeler des repères, des valeurs". "Dans une crise de cette nature, face aux risques qu'elle recèle, on ne peut pas se contenter d'être responsable que de son parti, de son entreprise ou de son syndicat. Dans une crise aussi profonde, aussi grave, chacun d'entre nous, quelle que soit la place qu'il occupe dans la société, a une responsabilité morale (...). "Chacun d'entre nous doit s'interroger sur les conséquences de ce qu'il dit et de ce qu'il fait. Chacun d'entre nous doit se demander tout le temps si ce qu'il décide est juste car la crise, avec les sacrifices qu'elle impose, rend l'injustice encore plus insupportable"... Après le Mexique ou l'affaire Pérol, suit-il ses propres conseils ? Pour le président, une chose est sûre: «Un monde nouveau sortira de la crise. Car on sortira de la crise». Avec lui ?

2. Sarkozy reste flou sur ces (déjà) vieilles promesses : "Je veux que la France garde des usines (...). On ne peut plus continuer à taxer la production comme on le fait aujourd'hui". "Je suis opposé à une énième réforme de la taxe professionnelle" (...) "je propose de supprimer la taxe professionnelle qui n'existe nulle part ailleurs".

3. Sarkozy défend ses (déjà) vieilles mesures, comme le sauvetage des banques (avait-il le choix ?), son plan de relance de 26 milliards 4 milliards d'euros(«Il fallait agir. Nous avons agi, c'était mon devoir»), et ses récentes mesures sociales du 18 février dernier («Pour la première fois dans l'histoire de la République, on va faire un geste pour les ménages des classes moyennes»).

4. Sarkozy tape sur la rémunération des patrons: "Il ne doit plus y avoir de parachutes dorés. Il ne doit plus y avoir de bonus, de distribution d'actions gratuites ou de stock-options dans une entreprise qui reçoit une aide de l'Etat, qui met en oeuvre un plan social d'ampleur ou qui recourt massivement au chômage partiel" (...) "Percevoir une grosse rémunération en cas d'échec, ce n'est pas responsable, ce n'est pas honnête", "qu'un dirigeant qui a mis son entreprise en difficulté puisse partir avec un parachute doré ce n'est pas responsable, ce n'est pas honnête". Pourquoi donc l'Etat ne s'est-il pas assuré de contreparties avant d'octroyer ses aides ? Sarkozy a également annoncé attendre l'automne pour éventuellement légiférer sur la partage des profits dans les entreprises. Vous avez bien lu : attendre l'automne...
"J'ai un devoir, c'est de défendre les valeurs qui m'ont fait devenir président de la République", "mais si vous voulez que ces valeurs soient acceptées par 65 millions de Français, il ne faut pas que l'on gagne à tous les coups: si mon entreprise se porte bien, j'ai une grosse rémunération, mais si mon entreprise se porte mal j'ai aussi une grosse rémunération", "j'y suis opposé"

Sarkozy parlait à ses électeurs
En fait, le président ne cherchait ni à rassurer, ni à rassembler les Français. Il parlait à son camp, ses électeurs. Même Europe1 était au courant avant le discours du soir.

5. Sarkozy ne veut pas encore céder: «Le monde entier nous regarde et nous devons regarder le monde. Jusqu'à présent, nous n'avons pas commis d'erreurs.» ou encore : «la sagesse, le bon sens, le sang-froid commandent d'attendre que tout ce qui a été décidé soit mis en œuvre, qu'on laisse le temps à toutes ces mesures de produire leurs effets». Pas touche au bouclier fiscal, ni aux heures supplémentaires défiscalisées (malgré une pétition), ni aux suppressions de postes de fonctionnaires ("Je ne reviendrai pas sur mon engagement de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite"), ni à l'absence de soutien complémentaire à une demande qui s'affaisse. Le jour même de son discours, l'INSEE annonçait que la consommation des ménages avait baissé de 2% en février. Sarkozy a également fustigé les 35 heures (pourtant utilisées par nombre d'entreprises comme un amortisseur des baisses d'activité), et les prélèvements obligatoires: "Je ne suis pas le président de la République qui augmentera les impôts"car "On ne réduit pas les injustices en augmentant les impôts" (...)"Le bouclier fiscal c'est la garantie que les investisseurs qui investissent en France ne soient pas pénalisés fiscalement".


6. Sarkozy tape sur les grévistes : en période de crise profonde, on attendait un Churchill rassembleur, un discours de solidarité nationale. Que nenni ! "J'ai le devoir d'entendre ceux qui manifestent. Mais, j'ai aussi la responsabilité d'écouter ceux qui ne défilent pas". Il répète: "Je veux tenir compte de la souffrance de ceux qui n'ont pas les moyens de se faire entendre".

7. Sarkozy tape sur les "bandes" et les "voyous": reprenant son annonce d'il y a 8 jours (qui fit flop dans la presse, occultée par la journée du 29 mars le lendemain), le président français a promis une nouvelle loi "contre les bandes" dès le mois d'avril : «Désormais, la seule appartenance à une bande pourra être sanctionnée pénalement d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison et l'intrusion dans un établissement scolaire sera considéré comme un délit sanctionné par le code pénal» ou encore: "La liberté c'est de pouvoir prendre le métro sans avoir peur des voyous".

8. Mais finalement, Sarkozy n'exclut pas un prochain plan de relance. Pour couper court aux critiques contre l'insuffisance de son plan de relance, le chef de l'Etat a ouvert "une voie de passage". Il faut préparer son électorat à l'échec : "Est-ce assez ? Si la situation devait se dégrader, nous ferions davantage" ou encore: "Avant la fin de l'été, nous réfléchirons à d'autres mesures. Mais mon devoir c'est d'être dans le bon temps". Et au risque de se répéter :  "Je proposerai aux partenaires sociaux que nous évaluions les premiers résultats, nous le ferons avant l'été".

Une conclusion ? «Si je dois m'incliner devant les immobilismes, qui va préparer l'avenir de vos enfants?»


En attendant mieux, vous pouvez toujours vous contenter des billboards publicitaires du gouvernement...


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(Credit photo)

12 commentaires:

  1. N. Sarkozy dit repartir à la reconquête des Français
    : ville morte, plus de mille policiers, certains commerçants obligés de baisser le rideau, puis meeting avec des Umpistes, et seulement des Umpistes.
    Pas de bain de foule car en réalité N. Sarkozy est un pleutre. Il a peur des Français de base : des ouvriers... A-t-il seulement une fois dans sa vie partager un repas avec des ouvriers ? discuter à bâtons rompus avec eux afin de connaître leurs conditions de travail, leurs difficultés à appréhender leur vie quotidienne ?
    N. Sarkozy avait en bouche les mots : éthique, justice... Si les mots ont un sens, l'éthique exigerait une loi sur : 1 - la suppression pure et simple du bouclier fiscal,
    2 - les bonus, parachutes dorés, dividendes et stock-options...
    Je note que l'éthique de N. Sarkozy l'a incitée à passer le Code du Travail à la tronçonneuse, ce qui a laminé les droits des salariés, à imposer les franchises médicales...
    Or, l'éthique n'est pas à géométrie variable.

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  2. Dans le discours, c'est un tribun, surtout quand il endosse le rôle de leader politique.
    Le souci, c'est qu'entre temps, il est devenu président et qu'il n'a pas à se comporter en chef de parti.
    Pour le reste, ses voyages commencent à sérieusement importuner les habitants des villes où il se rend.

    Je ne sais pas si tu auras le temps, mais sur un autre thème que Sarkozy, tu peux prendre le relais si tu veux là :
    http://fleche.over-blog.com/article-29443111.html

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  3. heureusement que t'es là Juan!!

    merci!

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  4. vu dans libé.fr ce matin

    lystorm (270)
    un peu d'info REALISTE

    un peu d'info REALISTE a vous mettre sous la dent
    Ce mardi 03 mars à 11h00, l'empereur SARKOZY était chez nous, dans la Drôme. A l'heure des économies, à l'heure où il faut se serrer la ceinture, il aura encore "claqué" des millions d'euros pour sa propagande !!!
    1265 gendarmes déployés !!! Oui, vous avez bien lu 1265 !
    Nous montons la garde 24h/24 à l'aérodrome de Chabeuil et à la gare TGV. Son altesse ne voulant pas venir en Falcon république, il vient en Airbus (plus spacieux et nettement plus "digne" de son rang, du moins le pense-t-il).
    Seulement, il n'y a pas de rampe pour le faire descendre de l'avion ; ce n'est pas grave, on en fait venir une, vite fait, par convoi exceptionnel depuis Lyon !!!
    Ce soir, je prends le boulot à 19h30, jusqu' à demain 15h30... C'est ma troisième nuit ! Pour ne pas être gêné, l'Empereur aura la voie rapide Valence/ Romans coupée dans les deux sens pendant 30 mn. 60 voitures d'usagers de la SNCF (sur son passage) seront mises à la fourrière. Si jamais il y avait un contretemps, ce ne serait pas grave : un hélico Puma est tenu à sa disposition ainsi qu'un hélico Gazelle en appui....
    Il va donc aller faire le beau sur deux sites (Ecole de
    Chatuzange-le-Goubet et salle polyvalente d'Alixan) et pour se faire mousser, il a invité 3000 (TROIS MILLE) personnes à un petit vin d'honneur avant de remonter dans son avion à 14h00. Je vous laisse faire le calcul de la facture à l'adresse des contribuables que nous sommes...
    Dire que la France est au bord de la faillite et lui, il nous met une balle dans la nuque!
    En 26 ans, j'en ai fait des services de ce genre (sous Mitterand et sous Chirac) mais jamais je n'ai vu un tel déploiement et surtout un tel coût !
    Pour info, c'est une évidence, mais il est bon de le dire... au moindre sifflet, au moindre tag, à la moindre banderole hostile, le préfet saute ainsi que le Commandant de Groupement de gendarmerie....Pauvre France, nous sommes tombés bien bas avec un tel imposteur !
    Bonne nuit à tous. Je suis non seulement écœuré mais révolté que tant d'argent soit claqué et que mes voitures de service affichent 250.000 km au compteur...

    Signé : Un vieux commandant militaire de la Gendarmerie, qui en a pourtant vu d'autres et c'est peu de le dire.
    Mercredi 25 mars à 08h46
    Mercredi 25 mars à 09h39

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  5. normal que SARKO tienne a l'écart toutes ces gauchistes qui polluent la société ; ces pingouins ne connaissent que les injures insultes actions violentes ...tu en fait partie Jane ?

    plié en douze : " vu dans libé : un vieux commandant de gendarmerie ..écoeuré " ...hahaha !!! s'il est si vieux que çà , était il aussi écoeuré du train de vie du pharaon Tonton 1er , aupres duquel le salaire de Sarko est un tronc d'église , tant ces soudards socialos puisaient inlassablement et sans contrôle ..hahaha ...on s'indigne mais a sens unique une saloperie socialo est tolérée , c'est çà votre problème ...vos autismes vous ont fait échouer à deux élections importantes , les gens sont pas dupes et moins bornés qu'ici ..

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  6. Ils ont osé laisser sortir de l'hôpital l'anonyme de 11 H 31, il n'avait peut-être de quoi payer son ticket modérateur.

    Au nom de la Solidarité mais surtout de la Fraternité, je propose que l'on fasse une quête pour lui.

    Qu'en pensez-vous ???

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  7. Anonyme de 11h3125 mars 2009 à 15:27

    çà tombe bien , mon escarcelle est justement a la porte de l'hopital hihi!

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  8. Anonyme de 11h3125 mars 2009 à 15:28

    j'accepte les tickets restos et les tickets de métro ..ben ouais j'y peu pa spayer les tickets momo des rateurs hihi

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  9. J'ai la sensation de relire un épisode Pierre Dac et Francis blanche : "Signé Furax !"

    Les fêtes du Mastarapion, où le grand Babu , une fois l'an, descend les rues d'une ville déserte, dans une liesse populaire....

    Enfin faut connaître l'anecdote !!! :)

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  10. En tout cas, on ne peut pas dire que N. Sarkozy aura arrangé la Ve République! Il sortira sans doute de son mandat comme le président de la décadence (finale?).

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  11. C'est bien joli d'avoir de l'ambition...et de se présenter à la présidence de la République, mais quand on est à ce point incompétent, on laissera aux Français le souvenir d'avoir été le plus mauvais président de la 5° république...ça doit pas être facile à vivre...!
    On aurait presque pitié...

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  12. "Le jour même de son discours, l'INSEE annonçait que la consommation des ménages avait baissé de 2% en février."

    MENSONGE !!! C'est la consommation des produits manufacturés qui a baissé de 2 %. Celà exclu une grande part de la consommation, par exemple les services.

    Je suis pour la suppression pur et simple de cette usine à propagande qu'est l'insee de mes deux.

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