25 mars 2009

Un Sarkozy immobile risque l'embrasement

Faut-il craindre un embrasement social ? Certains à gauche en parlent. D'autres le souhaitent. La présidence de la République craint avant tout une contestation des plus jeunes, sur le modèle grec de décembre dernier.

L'exaspération des jeunes
Le premier danger vient du chômage. L'Elysée craint l'explosion du chômage des jeunes, titrait LE MONDE il y a quelques jours. Sarkozy à Bruxelles vendredi 20 mars reconnaissait qu'ils étaient ""incontestablement les premières victimes de la crise". Brice Hortefeux a confirmé: "Nicolas Sarkozy pense que les jeunes, c'est extraordinairement sensible, il suffit d'une étincelle pour que tout s'embrase". Martin Hirsch, le nouveau Commissaire à la Jeunesse, cherche des idées, et du soutien, pour amortir la flambée de chômage des moins de 25 ans à la rentrée de septembre prochain : formation d'un an d'un jeune contre engagement pris par celui-ci de rester au moins trois ans dans la branche d'activité; octroi d'une prime pour les jeunes en recherche d'emploi; remise en ordre des différentes aides; création d'un service civique rémunéré 600 euros par mois pour 30 000 jeunes. Au total, Martin Hirsch réclame 1,5 milliards d'euros pour son plan "jeunesse". Dimanche dernier, il a déclaré son optimisme: « malgré la crise, le nombre de travailleurs pauvres va baisser en 2009 ». La ministre de l'économie l'a quelque peu douché en déclarant le même jour qu'elle excluait tout financement supplémentaire.

Mais la jeunesse a d'autres raisons de désespérer. La communication sarkozyenne a particulièrement axée ses efforts depuis mai 2007 contre la justice des mineurs, la répression des "jeunes racailles", l'abaissement de l'âge de responsabilité pénale. Il ne fait pas bon être jeune en Sarkofrance ! Mais l'embrasement menace ailleurs : Sarkozy reste et demeure opposé à toute législation contre les rémunérations abusives, qu'il s'agisse de bonus, parachutes dorés ou autres stock-options. Pourquoi sinon attendre depuis des mois pour légiférer ?

La droite découvre les écarts de salaires
Après le chômeur, le délinquant, le clandestin, le trader, Nicolas Sarkozy s'est trouvé un nouveau bouc-émissaire: le patron de grande entreprise. Qu'il s'agisse du PDG de Valéo et ses 3,2 millions d'euros "d'indemnités de démission" ou des stock-options auxquelles les 4 dirigeants de la Société Générale ont dû renoncer sous la pression, le schéma est le même : les médias exposent, le gouvernement menace, le président stigmatise. Mais la loi traîne. Bizarrement, d'autres cibles de la colère présidentielle n'ont pas eu le bénéfice de la même patience: les délinquants et criminels récidivistes ont eu leur loi des peines plancher dès l'été 2007, tout comme les grévistes des transports, avec le service minimum; les "chômeurs-fraudeurs" ont hérité d'une loi sur l'offre raisonnable d'emploi dès avril 2008; les clandestins sont traqués plus fortement (et en vain) depuis juin 2007, avec une loi supplémentaire dès l'automne de la même année. Concernant les rémunérations jugées abusives des patrons, le gouvernement et sa "majorité" sont décidemment très patient. "On s'approche d'une loi" a estimé Jean-François Copé mardi 24 mars. Rappelez-vous le candidat Sarkozy, à Agen en juin 2006, il exprimait déjà sa "colère" de théâtre, jamais suivi d'effet depuis...
Je veux dire au grand patron dont la gestion est un échec, et qui négocie une prime d’éviction en forme de parachute en or, qu’il est légitime que la réussite paye, mais qu’il est scandaleux que l’échec enrichisse (…). La moindre des choses, c’est que les dirigeants des grands groupes cotés assument leur rémunération devant leurs salariés, leurs actionnaires, et que, par conséquent, la rémunération de chaque dirigeant ne soit pas secrètement fixée dans le huis-clos du conseil d’administration, mais publiquement approuvée pour chacun d’entre eux par l’assemblée générale des actionnaires et, bien sûr, publiée nominativement dans le rapport annuel. Je propose qu’il en soit de même pour toutes les primes exceptionnelles, les parachutes et les retraites chapeau.
Que faudra-t-il à Nicolas Sarkozy pour que le législateur s'empare de ses sujets ? Depuis des mois, "par solidarité de classe", le chef de l'Etat hausse le ton sans agir. Il masque par le bruit médiatique son inaction dans les faits. Au risque de se prendre les pieds dans le tapis de sa mauvaise foi. Mardi, François Fillon s'est ainsi un peu vite avancer en déclarant que l'Etat, au capital de Valéo, s'opposerait à la prime de départ du PDG lors du conseil d'administration de l'entreprise. Erreur ! L'Etat ne peut rien. Rappelons-le, l'Etat a octroyé des aides sans contreparties suffisantes ! Dans Valeo, l'Etat ne dispose que de ... 10,55% des droits de vote. Bingo !

Point de loi, donc, dans les bagages présidentiels... Déjà lors de sa campagne,  le futur président s'en remettait à la "démocratie des actionnaires".... Aujourd'hui, le sentiment d'injustice des salariés (et des contribuables) contraint la Sarkozie à un ajustement "idéologique" de taille. En France, certains écarts de salaires et de traitement sont insupportables et ... injustifiables. Sarkozy risque de le comprendre trop tard.

Crédit Illustration: Filipe Vilas-Boas

4 commentaires:

  1. Il n'y a que la jeunesse qui puisse aujourd'hui faire bouger les choses parce qu'ils bloquent tout au même titre que les transporteurs routiers ou les agriculteurs. Si tout le monde s'y met il peut se passer quelque chose mais il faut un mouvement de grande ampleur.

    RépondreSupprimer
  2. Si mes souvenirs sont bons en 68 ce sont les salariés du public et du privé qui ont emboîté le pas aux étudiants. On serait donc sur la bonne voie...

    RépondreSupprimer
  3. "79.900 demandeurs d'emploi supplémentaires en février"

    Enfin un chiffre positif, ça fait du bien, de voir les effets positifs de la politique menée depuis 2007.

    Désolé, je suis cynique, ce soir.

    RépondreSupprimer
  4. GDF Suez a versé 1,1 million de stock-options à ses deux dirigeants. Coût estimé : 10,5 millions d'euros.

    Lisez cet article :

    Le groupe d'énergie GDF Suez a confirmé mercredi 25 mars le versement de 1,1 million de stock-options à ses deux principaux dirigeants, à la suite d'une information dévoilée par le site internet Médiapart.

    Le conseil d'administration du groupe gazier a accordé, le 12 novembre 2008, 830.000 stock-options au PDG du groupe, Gérard Mestrallet, et 300.000 stock-options à son vice-président, Jean-François Cirelli.

    Ces stock-options sont exerçables à partir de 2012 au cours de 32,75 euros par titre, soit plus que le cours actuel de l'action (27,79 euros mercredi 25 mars à la clôture de la Bourse de Paris).

    Lors de leur attribution en novembre 2008, les stock-options accordées à M. Mestrallet avaient été estimées à 7,7 millions d'euros, et celles accordées à M. Cirelli à 2,8 millions d'euros, selon Médiapart.

    GDF Suez n'a pas contesté ces chiffres mais a souligné qu'ils étaient purement "indicatifs", calculés en fonction des prévisions d'évolution du cours à moyen et long terme.

    http://www.romandie.com/ats/news/090325180136.jmi9lj4w.asp

    RépondreSupprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.