30 avril 2009

Travail le dimanche: "très limité"

Sarkozy n'est pas serein, il est inquiet

Le Figaro, le quotidien de Sarkofrance, s'est pris d'un article élogieux sur Nicolas Sarkozy mardi dernier : le président français serait serein. «Mes ambitions personnelles sont assouvies, je n'ai plus que des ambitions collectives.» «Je ne me contorsionne pas. Je suis en phase avec le pays. Mon rôle est d'être un point fixe et un repère, de mettre de la perspective»

Au repos depuis jeudi 30 avril au soir, le chef de l'Etat écoutera peut-être les démonstrations du 1er mai. Car il est tout sauf serein.

UMP: le parti épileptique
Xavier Bertrand semble se mordre les doigts d'être parti du gouvernement. L'UMP est un parti vidé. Depuis des semaines, il débat du "partage de a valeur ajoutée", organisant des conférences publiques couteuses que la presse ne relait pas et dont les salariés licenciés se fichent éperdument: le vrai sujet est le chômage. Autre symptome de "désordre interne", l'UMP  surréagit à la moindre provocation gentille de Ségolène Royal. Frédéric Lefebvre a franchi la ligne jaune, démontrant un manque de sang-froide évident. Le plus surprenant est que Nicolas Sarkozy a finalement réagi, "à froid", à la polémique du pardon de Mme Royal à José-Luis Zapatero. Et à deux reprises la semaine dernière en France, puis à nouveau en Espagne, questionné par un journaliste mardi 27 avril: "Nous n'avons pas une seconde à perdre là-dessus. On en a parlé ? Non. Ca nous intéresse? Non. On tourne la page? On ne l'avait même pas ouverte". Sarkozy s'agace vite.
L'UMP ne sait visiblement quoi dire sur l'Europe. Mardi, François Fillon et 13 ministres avaient fait le déplacement pour une réunion de l'UMP inaugurant la campagne des élections européennes du parti "majoritaire." Une campagne sans tous les candidats, puisque les listes ne sont pas finalisées. "Avec le président de la République, je vous demande de porter l'idéal européen" a lancé le premier ministre.


Les dérapages présidentiels inquiètent
Un ministre s'est confié au quotidien LA CROIX, à propos des dérapages verbaux présidentiels: "La parole du président, c'est la voix de la France. Les derniers propos ont renvoyé une image désastreuse à l'étranger. Même chose pour les Français : en pleine crise, la parole présidentielle devrait renvoyer plus de calme, de sérénité. Le chef de l'État est garant de l'unité nationale, il ne faut pas l'oublier."En visite aux Etats-Unis, Jean-Louis Borloo a rapporté l'échange suivant avec Barack Obama. Le président américain avait rencontré brièvement les ministres du Forum des grandes économies sur l'énergie et le climat réuni mardi et mercredi à Washington. "Il s'approche de moi, avec son grand sourire, il me prend l'épaule et il me dit : 'Dis bien à Nicolas que je vais faire mes "homeworks", mes devoirs de vacances et, dans deux mois, je serais très bon sur le climat'" a raconté le ministre français. Obama faisait référence aux mêmes propos présidentiels rapportés par Libération il y a quinze jours. Nicolas Sarkozy aurait-il choqué jusqu'à Washington ? Au mieux, Barack Obama ne prend pas au sérieux les rotomontades françaises.

Elections : Sarkozy ne pense qu'à ça
Tous les sondages donnent l'UMP devant toutes les autres formations politiques lors du prochain scrutin européen. C'est loin d'être surprenant. Avec 25 à 27% des intentions de votes suivant les sondages, l'UMP a fait le vide à droite ... et la droite s'est vidée: l'opposition "à sa gauche" totalise environ 60% des suffrages, du Modem au NPA. Qui dit mieux pour le parti présidentiel ?
Les sondages personnels du président oscillent autour de 60% d'opinions défavorables depuis près de 18 mois, bien avant le début de la crise. Le dernier en date, publié par le Figaro Magazine, le créditent même de 65% d'opinions défavorables. Mais Nicolas Sarkozy ne s'en inquiète pas. C'est peut être la seule certitude : l'alternative n'est pas là. Même impopulaire, il reste seul à surnager... par défaut.

Etats-Généraux de l'Outre-Mer

Le plus grand flou règne sur l'organisation des Etats Généraux de l'Outre-mer. A en croire ce reportage, et ces témoignages, cela ressemble à du grand "foutage de gueule"... Rapporteurs non désignés, lieux d'accueil non identifiés, consignes absentes, aucune méthode de travail... Tout va bien.

29 avril 2009

Santé, travail le dimanche, les débats de dupes

Lundi, le microcosme médiatique s'est saisi du travail le dimanche. Mardi, ce fut au tour de la réforme Bachelot. Deux débats de dupes ?

Travail le dimanche: promesse non tenue
Dimanche 26 avril, Brice Hortefeux, ministre des affaires sociales, a annoncé vouloir proposer un
L'opposition politique, comme les syndicats, se sont empressés pour dénoncer l'initiative. le débat semble être faussé dès le début.

1. La proposition de Brice Hortefeux est très restreinte : comme nous le rappelions en décembre dernier, la promesse de Nicolas Sarkozy ne sera pas tenue. Ce dernier, qui travaille rarement le dimanche lui-même, a usé et abusé du fameux exemple des ouvertures de magasins sur les Champs Elysées à Paris. Le projet de loi envisagé ne vise finalement qu'à sécuriser les dérogations existantes: François Fillon l'a rappelé lundi 27 avril: il vise à "répondre à des questions très spécifiques concernant en particulier les zones touristiques".

2. L'opposition tacle un mythe, et rate l'essentiel : parti socialiste comme syndicats laissent entendre que le gouvernement veut généraliser le travail le dimanche: "C'est de la provocation pure et simple, au nom d'un dogmatisme politique" a fustigé Bernard Thibault (CGT). Le député socialiste Christian Eckert s'est exclamé: "les députés socialistes resteront mobilisés, disponibles et prêts à débattre d'une vision différente de la société. Plus que jamais, Yes, week-end!" Même François Hollande s'est joint au concert des approximations. Force Ouvrière, comme le Parti Communiste ont dénoncé cette "extension du travail le dimanche". C'est faux, même si c'est déjà trop. Le gouvernement envisage de fournir un cadre législatif aux fraudeurs d'aujourd'hui. Il eusse mieux fallu de dénoncer cette "régularisation" d'une fraude à la législation : pourquoi le gouvernement de Sarkofrance montre-t-il les dents contre les fraudes qui l'arrange ? En faisant croire que Nicolas Sarkozy s'apprête à généraliser le travail le dimanche, l'opposition laisse entendre qu'il a rempli sa promesse de campagne...

A peu de frais, Nicolas Sarkozy vient de s'offrir une probable victoire !



Réforme Bachelot: dialogue de sourds
Mardi 28 avril, une mobilisation "historique" des professions de santé n'a pas fait réagir le gouvernement. Quelques 8 à 18 000 "Mandarins", simples praticiens, infirmières, aides soignantes et personnels administratifs ont manifesté autour de slogans tels: "Pour la qualité et l'égalité d'accès aux soins. Défendons l'hôpital public. Contre la suppression des emplois. Contre l'hôpital-entreprise".  La grève a ainsi frappé 50% des personnels de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Vendredi dernier, Roselyne Bachelot avait déjà été mal accueillie dans le Tarn, où 300 manifestants l'attendaient.
Les critiques contre sa loi, actuellement à l'examen au Sénat après son adoption en première lecture à l'Aseemblée, sont connues :
  • La transformation de l'hopital en "entreprise", avec son patron unique, et ses objectifs de rentabilité : "le directeur pourra gérer ses équipes et ses moyens comme il l’entend. Il sera évalué sur ses résultats en matière de qualité de soins". La santé est-elle un service marchand ?
  • Le poids de l'Etat, malgré l'hostilité du Conseil de l'Ordre: les directeurs des futures agences régionales de santé (ARS), comme les directeurs de CHU seront nommés en Conseil des Ministres; les conseils de surveillance des ARS seront présidés par les préfets de région.
Le 9 février dernier, nous écrivions :  "Selon la ministre, les patients sont donc des "consommateurs de soins". On peut imaginer, assez facilement, qu'un directeur d'hôpital privilégiera les soins, et les spécialités médicales qui rapportent le plus. On peut aussi imaginer que les hôpitaux pourront se disputer les médecins de spécialités rares."

Le dialogue de sourds est complet :  la ministre Roselyne Bachelot était tout sourire au sortir de sa réunion avec les sénateurs à Matignon: contrairement aux craintes du début de journée, aucun amendement majeur à son projet de loi n'a été adopté. La seule concession concerne les médecins. Pour casser le front des opposants, les sénateurs et le gouvernement sont convenus d'augmenter l'influence des médecins lors du choix des chefs de pôle dans les hôpitaux publics.

Les patients, futures victimes d'un système qui jugera d'abord si leur maladie est rentable ou non avant de les soigner, seront heureux de l'apprendre.

Toi aussi, joue avec Frédéric Lefebvre

28 avril 2009

2,4 millions de chômeurs, et nous...

C'est confirmé: pour le 11ème mois consécutif (tiens, rien à voir avec la crise financière de septembre ?), le chômage officiel a fortement augmenté en France : 63 400 demandeurs d'emploi supplémentaires en mars, a annoncé le ministère du travail, lundi 27 avril. "Il va falloir s'y habituer, car la tendance actuelle n'est pas prête de s'inverser" commente sobrement Le Figaro. Le gouvernement ne compte plus que les personnes n'ayant pas travaillé du tout au cours du mois et recherchant tout type de travail. On n'ose imaginer le "score" si le recensement du chômage était plus complet...

Au total, le nombre de chômeurs "de catégorie A" ressort ainsi à 2 448 200  au 31 mars dernier. Sur un an, les licenciements économiques ont crû de 46%. En intégrant les travailleurs à temps partiel (moins de 78 heures dans le mois) mais recherchant un emploi, le nombre s'affiche à 3 480 700 personnes. Dans le détail, on peut noter les points suivants:
  • les jeunes de moins de 25 ans sont 36% de plus au chômage qu'il y a un an (+50% pour les hommes);
  • le nombre d'offres d'emploi collectées a chuté de 23,8%.
  • 243 000 chômeurs de catégorie A se sont ajoutés aux statistiques depuis janvier; +430 000 depuis août.
  • Les femmes sont légèrement moins durement frappées (+13% sur un an) que les hommes (+32%)
Christine Lagarde a cette réponse, d'un bon sens inhabituel: "Il va effectivement falloir encore plusieurs mois avant que la pente des destructions d'emplois se radoucisse. Les experts évaluent à quatre trimestres le décalage entre la reprise d'une économie et la reprise de l'emploi". Quand on sait que la crue du chômage a débuté 8 mois avant le soit-disant début du ralentissement économique (rappelez-vous les déclarations gouvernementales en ... mai 2008), on peut trouver la période un peu longue...

En mai 2008, Nicolas Sarkozy fustigeait les sombres prévisions européennes en matière de croissance et de chômage: "Je dis simplement à Bruxelles: regardez vos chiffres. Parce que si l'INSEE a revu ses chiffres (de la croissance pour 2008) à la hausse, peut-être que Bruxelles peut aussi s'interroger sur ses chiffres"...

Le jour de ces annonces, la presse s'attardait plus largement sur les courbes "galbées" de Carla Bruni, dans sa tenue "matador" sur le tarmac de l'aéroport de Madrid, lundi 27 avril.

A chacun ses priorités ?


Sans commentaire.

La France du Fouquet's

Cette réaction de Brice Hortefeux, ministre des Affaires Sociales, à l'annonce de l'augmentation de 8% du traitement du patron de Dexia est comme une résonance avec le dossier de l'hebdomadaire Marianne, cette semaine, sur les "réseaux du Fouquet's": "Ce n'est pas un gouffre" répond le ministre du travail des relations sociales, et de la solidarité. Dexia, sauvée par l'Etat en septembre dernier, a lancé un plan social de 900 suppressions de postes.


Autre lieu, mêmes constats : en Espagne, Nicolas Sarkozy et son épouse sont partis lundi 27 avril accompagnés de 21 journalistes français accrédités, dont ... 15 photographes et 2 journalistes "people". Marianne2 rapporte que l'Elysée a choisi les heureux élus parmi les hebdomadaires. Il est vrai que la presse espagnole se préparait à un "duel de l'élégance et du glamour" entre Carla Bruni-Sarkozy, 41 ans, et l'épouse du prince héritier Felipe de Bourbon, l'ancienne journaliste Letizia Ortiz, 36 ans. Puisque le "people" est à l'honneur, lisons le compte-rendu de Gala :

"Débarquée sur le tarmac en fin de matinée, la belle de Cadix avait les yeux de velours, le mollet galbé et le brushing parfait, ce dès sa descente d’avion. Divinement sculptée par une petite robe noire signée Azzédine Alaïa, la jolie Méditerranéenne avait croisé sur son buste un boléro de coton blanc, et, oh surprise, risqué les talons hauts… A son poignet délicat notre Carmen arborait une montre Chaumet en or jaune. Et si tous les matadors se retournaient, Carla, elle, serrait la main de son petit mari, et de l’autre côté une pochette de cuir vernie."


Qui a parlé de monarchie républicaine ?

Sarkozy, la tête de gondole de l'UMP pour l'Europe


Tous les sondages indiquent que l'abstention risque d'être la grande gagnante des élections de juin prochain. Les blogueurs et blogueuses politiques peuvent se mobiliser... L'électeur français a quelques peines à se mobiliser. Et ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui peut l'aider.

Sarkozy, l'attardé européen
L'UMP a préparé un joli tract, figurant Nicolas Sarkozy en tête de gondole pour le prochain scrutin européen. On y voit le président français, souriant, à côté de ce que l'on devine être une citation présidentielle: "Quand l'Europe veut, l'Europe peut." Kessako ? Pendant la présidence française de l'Union européenne, la France a réussi à être la moins-disante en matière de relance, et la plus tardive à réagir parmi les grands pays de l'UE. Lehman Brothers est tombé le 15 septembre, signant le début d'une tourmente financière sans précédent. Nicolas Sarkozy a attendu la fin du mois pour réagir. La crise était pourtant là depuis des mois. Quelques jours après, Gordon Brown lui a soufflé l'idée d'un sauvetage bancaire basé sur des avances de fonds pour soulager le crédit. Le plan de relance français, critiqué pour sa timidité par l'Europe entière, a été annoncé fin novembre, puis voté quelques semaines plus tard. L'Espagne avait lancé le sien ... en août ! En décembre, elle votait son second plan de relance. Sarkozy, "chef" de l'Union Européen est resté immobile dans les faits.
Le seul acquis de la présidence française serait la tenue du G20 à Londres début avril. Qui croira que les dirigeants des principales économies du monde auraient attendu le président français pour réagir ? Toute la presse étrangère décrit Nicolas Sarkozy comme un chef d'Etat agité, narcissique et grossier. N'est-ce pas un bon indicateur de la "cote de popularité" de notre Monarque à l'étranger ?

UMP schizophrène
Mais l'UMP est schizophrène. Elle récuse le droit à l'opposition de mobiliser l'électeur contre la politique de son patron président. Le vulgaire Frédéric Lefebvre s'est récemment exclamé : "Les européennes selon Benoit HAMON et François BAYROU sont une sorte de tocsin pour sonner la révolte afin que le PS et le Modem se refassent une santé. Ils ont tout faux ! Ces élections européennes sont trop importantes pour notre pays pour qu'on les détourne de leur objectif : changer l'Europe. On l'a vu avec le G20, une Europe qui marche dans l'unité et qui sait ou elle va ce sont des Français mieux protégés. PS et Modem veulent instrumentaliser à des fins personnelles un scrutin essentiel pour l'avenir collectif des Français. C'est une attitude parfaitement condamnable." Mais qui instrumentalise qui ? A chacun de ses déplacements "officiels", Nicolas Sarkozy se réserve quelques minutes pour un meeting avec les militants UMP du coin. Et c'est lui que l'UMP affiche comme un porte-drapeau pour sa campagne. Le 5 mai prochain, il animera un meeting très politique à Nîmes pour "donner le ton et présenter le projet" de l'UMP pour le scrutin du 7 juin, dixit Michel Barnier. Qui dit mieux ?

L'UMP est également schizophrène sur l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne. Nicolas Sarkoz répète, souvent en fronçant les sourcils, qu'il y est opposé. Frédéric LefebvreTous les partis et tous les candidats doivent clarifier leur position») comme Jean-François Copé («le groupe est archimajoritairement contre l'entrée de la Turquie dans l'Union») ont affirmé qu'il n'y avait aucun doute sur la position de l'UMP. La France a d'ailleurs bloqué 5 des 35 chapitres à l'étude pour le dossier turc au sein de l'UE. Mais, s'agissant des parlementaires européens, l'affaire n'est pas simple.
La majorité UMP s'est déchirée en juin dernier, lors de l'examen de la réforme des institutions : le Sénat, majoritairement à droite, n'avait pas voulu d'une obligation de référendum sur l'adhésion éventuelle de la Turquie. Lundi 27 avril, Xavier Bertrand a rappelé: "Concernant l’adhésion de la Turquie, la réponse est non". Tête de liste UMP en Ile-de-France, Michel Barnier s'est prononcé en faveur de l'entrée de la Turquie. Il n'est pas le seul. Jacques Chirac y était également favorable («Refuser, pour des raisons d'ordre ethnique ou religieux, la Turquie serait faire le jeu de ceux qui prônent le choc des civilisations»).

L'UMP est enfin schizophrène sur le rapport à l'OTAN. L'Elysée, effrayé par les hésitations internes à son propre camp sur la réintégration de la France qu sein du commlandement militaire de l'OTAN, a supprimé tout débat parlementaire: François Fillon posa la question de confiance mi-février sur le sujet. Le camp présidentiel assume mal ce ralliement anachronique à l'OTAN.

Quel est donc le projet concret de l'UMP pour l'Europe ?

En dire le moins possible...

27 avril 2009

Sarkozy n'a aucun problème avec Zapatero. Vraiment ?


Trois jours avant la visite du président français en Espagne, le Monde publie opportunément un interview du premier ministre espagnol, qui en profite pour confirmer ses bonnes relations avec Nicolas Sarkozy. José-Luis Zapatero manie la diplomatie avec davantage d'efficacité que son homologue français. Dans El Pais, Nicolas Sarkozy semble lui répondre: «Avec José Luis (...) nous avons l'un pour l'autre une grande estime, une affection sincère et, je crois pouvoir le dire, une réelle amitié»

Diplomatie espagnole
«J'ai une très bonne relation avec Nicolas Sarkozy» explique le premier ministre espagnol. "J'ai une très bonne relation avec Nicolas Sarkozy et je sais que tous les commentaires qu'il a pu faire sur moi étaient positifs (...). Si j'ai reçu la lettre de Ségolène Royal ? Oui. Je crois que cette affaire a créé une certaine polémique, mais je connais bien Nicolas Sarkozy. Il a toujours été généreux dans la relation, et élogieux."
Dans le quotidien espagnol (de gauche) El Pais, Nicolas Sarkozy prépare son arrivée sur le sol espagnol en critiquant la "mauvaise" polémique sur ses propos de la semaine dernière: «Ne comptez pas sur moi pour commenter ces rumeurs absurdes, qui ont de surcroît été démenties par les participants à cette réunion, y compris ceux issus de l'opposition». Cette belle unanimité n'a pas toujours éété de mise. Sarkozy s'est servi du socialiste espagnol pour prendre en défaut les socialistes français. Sur le fonds, les désaccords sont nombreux.

Le désaccord de l'immigration
En 2007, Nicolas Sarkozy et ses proches critiquaient pourtant à l'envie les régularisations massives d'immigrés clandestins réalisées en Espagne en 2005-2006. Cela faisait tâche. Les critiques françaises ont agacé le gouvernement espagnol. En août 2007, François Fillon s'était même permis d'expliquer que les Espagnosl regrettaient leurs régularisations. Le chef du gouvernement espagnol lui a répondu qu'il ne regrettait rien, et, camouflet supplémentaire, il a expliqué qu’il attendait une «note de clarification» de la France sur le sujet.

L'Espagne a fait d'ailleurs amender le projet français de "Pacte européen sur l'immigration", défendu par la France lors de sa présidence de l'Union européenne en 2008 : Brice Hortefeux a dû renoncer à y inscrire son "contrat d'intégration", qui prévoyait d'obliger les immigrés à connaître la langue de leur pays d'accueil et à en adopter les valeurs.

Des réponses différentes à la crise
Plus récemment, l'Espagne et la France ont apporté des réponses divergentes à la crise: budgétairement excédentaire jusqu'en 2007, l'Espagne a massivement et très tôt répondu par un relance massive. Déficitaire et surendettée, la France a procédé tardivement à une relance timide.
Notre voisin vit une situation dramatique : le chômage culmine déjà à plus de 17%, le secteur immobilier s'est effondré, dès le début de l'année 2008, après des années de croissance à deux chiffres. Mais la dette publique espagnole est largement plus faible qu'en France, moins de 40 % de son PIB (contre 68% en France !)
Mais Zapatero insiste sur une réponse sociale européenne : "Nous devons nous concerter sur le modèle de croissance économique que nous voulons pour la sortie de crise. Cela suppose de réaliser ce qui a été décidé au G20, de faire aussi un nouvel effort sur la recherche, l'éducation et la compétitivité, tout en garantissant le maintien, voire l'extension, du modèle social européen".
Et une croissance 'verte': "les nouveaux emplois proviendront de nouvelles activités liées à l'économie innovatrice dans des secteurs où l'Espagne a une certaine avance, comme les biotechnologies. Les pays en pointe dans ces domaines seront en mesure d'avoir une croissance plus saine. Cela va des économies d'énergie tous azimuts aux énergies renouvelables, en passant par une industrie plus propre. Ainsi, nous pourrons innover et économiser. C'est la voie principale du nouveau modèle de croissance que nous voulons."

L'Espagne a été bien plus réactive que la France face à la crise. Dès le mois d'août, quelques 18 milliards d'euros étaient dégagés, principalement en baisses d'impôts. En décembre, une seconde tranche visait le bâtiment et les transports. Au total, quelques 29 milliards d'euros ont été engagés, et Zapatero, en mars, n'excluait pas un nouveau plan. Largement moins endetté que son voisin français, l'Espagne a des marges de manoeuvres que la Sarkofrance n'a plus depuis longtemps...

En France, Nicolas Sarkozy a adopté, à contre-cœur, quelques mesures sociales, comme l'abandon de la suppression de l'allocation versée aux chômeurs de longue durée en fin de droits jusqu'à leur retraite. Côté environnement, la croissance verte n'est pas à l'ordre du jour. Nicolas Sarkozy n'insiste pas plus que cela sur le sujet. Sa réponse à la crise est des plus classiques: de l'investissement public, un soutien aux entreprises, et un peu de traitement social pour éviter l'explosion.

Sarkozy et l'emploi des jeunes


Vendredi, Nicolas Sarkozy s'est exprimé sur l'emploi des jeunes, à l'occasion d'un déplacement filmé dans le Val d'Oise.

Apprentissage
Il a commencé par louer l'initiative du "campus" de Veolia, dans lequel des jeunes formés par l'entreprise sont ensuite embauchés: "Une formation qui ne débouche pas sur un emploi à durée indéterminée, quelle est sa crédibilité ?" a lancé le président. Ah bon ? Nicolas Sarkozy s'enferme encore et toujours dans une vision exclusivement "professionnelle" de l'enseignement. "Si on ne fait rien, ce sont entre 170.000 et 220.000 jeunes de plus qui pourraient se retrouver au chômage d'ici fin 2010; et cela, je ne peux l'accepter".

Le président français a chiffré ses mesures à 583 millions d'euros en 2009, puis 700 milliards supplémentaires en 2010. Pour l'essentiel, il s'agit d'aides diverses à l'emploi des jeunes : prime, exonération, contrats aidés, les dispositifs habituels du traitement social du chômage ressortent des placards. Le service de presse de l'Elysée a juste pris soin d'ajouter que ces aides concernent "des métiers porteurs", sans préciser lesquels.

Les véritables mesures annoncées sont les suivantes :
  • Extension de l'exonération totale de charges sociales à toutes les entreprises embauchant un jeune apprenti d'ici juin 2010, un dispositif jusqu'ici réservé aux sociétés de moins de 10 salariés (coût : 100 millions d'euros en 2009/2010).
  • Pour ces dernières, une prime de 1800 euros sera attribuée pour ces embauches (coût : 70 M€)
  • Prime de 1000 euros par salarié de moins de 26 ans (2000 euros si le jeune n'a pas le BAC) embauché en "contrat de professionnalisation" (coût 226 M€)
  • 50 000 jeunes de 16 à 25 ans bénéficieront de "contrat accompagnement-formation", un programme de qualification, avec périodes en entrrprise, sur des "métiers porteurs", financés par l'Etat (coût 330 M€)
  • Création de 7 200 places supplémentaires pour les "Ecoles de la Deuxième Chance", avec les régions (coût 26 M€), d'ici 2010.
  • Prime exceptionnelle de 3000 euros par stagiaire embauché en CDI avant le 30 septembre prochain (coût 150 M€)
  • Projet de loi pour réduire à deux mois la durée autorisée des stages non rémunérés.
  • Ouverture de 50 000 Contrats Initiative Emploi au second semestre, des contrats du secteur marchand (coût 150 M€)
  • Embauche de 30 000 jeunes dans les collectivités locales, financés à 90% par l'Etat (coût 230 M€)
En France, le chômage des jeune n'est pas plus important qu'ailleurs, explique Gérard Cornilleau, directeur adjoint du département des études de l’Observatoire français des conjonctures économiques. En fait, les statistiques de nos voisins européens sont sous-évaluées car elles excluraient les cumuls emploi-études chez les moins de 26 ans. Néanmoins, le problème véritable est ailleurs.

L'insuffisante critique de l'opposition
Nicolas Sarkozy explique qu'«Il faut faire de la crise économique une opportunité». Mais aucune réforme de fonds n'est présentée. Martin Hirsch s'en est excusé : Les syndicats et l'opposition ont critiqué l'insuffisance des moyens annoncés. Leur propre critique est insuffisante. Nicolas Sarkozy ne remet pas en cause un système injuste qui pénalise volontairement l'autonomie des jeunes de moins de 26 ans : nous attendions un Martin Hirsch plus imaginatif et radical contre le recours aux stages et contre la précarité des plus jeunes : pourquoi les jeunes de moins de 265 ans sont ils écartés de la plupart des filets sociaux tels RMI, RSA, CMU ? Qui se rappelera qu'en septembre dernier, la majorité UMP à l'Assemblée Nationale a explicitement exclu du bénéfice du Revenu de Solidarité Active les jeunes de moins de 25 ans ?
En fait, la précarité des jeunes est le meilleur moyen pour discipliner leur ardeur. Un bon salarié est un salarié silencieux et docile.

Et rien de tel qu'une bonne dose de stages et CDD pour démarrer sa vie professionnelle et calmer sa révolte...


26 avril 2009

Faut-il caillasser la caravane de l'UMP ?

Evidemment non. Et d'ailleurs, personne n'a encore osé. Jeudi 23 avril, des manifestants contre la réforme de l'université, largement cagoulés, ont croisé à Lyon, place Belcour, le chemin de la caravane des "Jeunes Pop", les jeunes supporteurs de l'UMP... Et la confrontation inévitable a eu lieu... Vendredi, Xavier Bertrand s'est indigné : "Deux cents jeunes cagoulés caillassent depuis une heure la caravane UMP". Manque de chance, les videos de "l'altercation" contredisent la version du patron de l'UMP. Et la préfecture du Rhône a expliqué: "Nous n'avons retrouvé que la trace de trois oeufs".



Difficile donc, d'être le parti du président.

Les croque-morts de l'économie mondiale

Vendredi, les ministres des finances du G7, ce micro-groupe des plus riches économies de la planète, s'était réuni à Washington. La photo est terrifiante. On dirait une convention de croque-morts.


"Les pays du G7 ont redit vendredi à Washington leur volonté de tout faire pour aider l'économie mondiale à repartir, délivrant un message optimiste selon lequel celle-ci devrait renouer avec la croissance avant la fin de l'année. Comme gage de leur engagement, les ministres des Finances des sept pays les plus développés ont promis d'injecter autant de capital que nécessaire pour maintenir la stabilité du système financier et de s'abstenir "d'ériger de nouvelles barrières" au commerce international, répondant ainsi aux inquiétudes des pays les plus pauvres. "Les données récentes suggèrent que le rythme du recul de l'activité de nos économies s'est ralenti et que certains signes de stabilisation apparaissent", écrivent les ministres des Finances des Sept (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon) à l'issue d'une réunion qui était destinée à assurer le suivi des engagements pris lors du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement du G20 début avril à Londres" (source Le Point)

25 avril 2009

103ème semaine de Sarkofrance: Sarcoïdose

La Sarcoïdose est une maladie orpheline sérieuse, parfois mortelle. Elle frappe plutôt les adultes, jeunes ou dans la force de l'âge. L'affection peut atteindre tous les organes. Le système immunitaire réagit de façon excessive à un agent agresseur encore mal identifié. Il endommage  les propres tissus du corps humain. En France, les attaques contre le tissu social ont été nombreuses, rapides et multiples depuis mai 2007. La crise aidant, le chef de l'Etat a dû changer de discours. Cette semaine, il a tenté de prendre la main sur ses deux sujets favoris, la sécurité et l'immigration. Mais les Français ne suivent plus. La France sera-t-elle prochainement frappée d'une forme collective de Sarkoïdose ?


L'insécurité, racolage électoral
L'insécurité est une réalité. En France, en 2009, le sentiment rejoint les faits: on agresse davantage, on violente davantage. Nicolas Sarkozy joue un numéro d'équilibriste. Il ressort les vieilles formules du Jacques Chirac de 2002 pour gagner ses petites élections de juin prochain, divertir l'opinion et solidifier son camp avant 2012. Mais il doit trouver, cette année encore, une excuse à ses mauvais chiffres. Car les chiffres, depuis 2002, sont mauvais. La lutte contre la délinquance est le premier échec de Nicolas Sarkozy. Ce dernier fanfarrone toujours, comme mardi dernier : "Entre 1997 et 2002, la délinquance avait augmenté de 15 %. Entre 2002 et 2008, elle a baissé de 15 %. Les chiffres sont à la disposition de qui le veut". La délinquance globale a baissé car les atteintes aux biens ont chuté de 22% entre 2003 et 2008. Sarkozy peut remercier les constructeurs d'alarmes et de systèmes anti-vol ! Les violences aux personnes, elles, ont progressé de 14%.  Mardi toujours, Nicolas Sarkozy s'est fendu d'une des citations cultes de la semaine: "au nom de quoi est-ce contraire à la constitution qu'un individu qui revient pour la dixième fois devant le même tribunal pour le même délit, soit condamné non pas pour ce qu'il a fait la dixième fois, mais par le fait qu'il a fait quelque chose la dixième fois et que ça fait dix fois qu'il se moque de la société?" Argh... Pourrait-il relire la Princesse de Clèves pour améliorer sa grammaire ? Dans les faits, Nicolas Sarkozy réduit les moyens d'action sur le terrain: les syndicats de policiers se plaignent des 10 000 suppressions de postes prévus d'ici 2012. C'est aussi simple que cela.

Les immigrés, prétextes faciles
Côté argument électoral, l'immigration est le second sujet fétiche du chef de l'Etat, celui de l'élection de 2007. Et son nouveau ministre de l'identité nationale est un parfait con-verti. Fidèle suppôt du Monarque, Eric Besson avait promis en janvier dernier qu'il privilégierait dialogue et intégration, après les 18 mois d'expulsions et de quotas ethniques de son prédécesseur Brice Hortefeux. Les organisations humanitaires d'aide aux sans-papier ont vite déchanté. Passées les belles paroles, le ministre fut rattrapé par de multiples polémiques, de la sortie du film Welcome aux quotas d'interpellation d'aidants, sans oublier l'attribution volontairement disséminée des mandats d'aide aux sans-papiers dans les centres de rétention. Lundi, Eric Besson annonça sa réforme des naturalisations. Bizarrement, quand on l'entend nous expliquer qu'il souhaite que l'accession à la citoyenneté française soit plus rapide ... on ne le croit pas. Mardi, le ministre assumait une belle et grande rafle : 194 sans-papiers interpellés près de Calais. Le lendemain, à peine 9 d'entre eux étaient conservés, tous les autres relâchés. "aucune charge ne permettait de dire que telle ou telle personne était un passeur", a expliqué le procureur du coin. Communication, quand tu nous tiens...

Gouvernement impuissant
Il y a une dizaine de jours, certains s'amusaient à commenter l'éventuelle prochaine sortie de crise. Cela ne mange pas de pain. Après la pluie le beau temps. Ces derniers jours, quelques faits et annonces ont rappelé à tous que les Français morflent. Le nombre d'offres d'emplois confiées à l'APEC en mars 2009 a chuté de ... 28% par rapport au même mois de 2008. La seule bonne nouvelle est venue de la consommation des ménages : elle s'est redressée en mars. Ouf ! Ces ménages que l'on étouffe sont devenus le "rempart à la crise". "On voit bien qu'il n'y a pas de problèmes majeurs du côté de la demande des ménages", explique-t-on dans l'entourage de Christine Lagarde... Le patron de l'UNEDIC a annoncé qu'il s'attendait à une augmentation du chômage "officiel" de l'ordre de 80 000 personnes par mois jusqu'en septembre... : «On est sur la pente d’1 million de chômeurs supplémentaires» a-t-il expliqué sur RTL cette semaine...  Côté seniors, l'UMP s'était félicitée de l'abandon d'une promesse présidentielle : fin mai, une proposition de loi rétablit «à titre transitoire, entre le 1er janvier 2009 et le 31 décembre 2009» l'allocation versée aux chômeurs de longue durée en fin de droits, âgés de moins de 60 ans mais ayant suffisamment cotisé (160 trimestres) pour partir à la retraite. Sarkozy l'avait fait supprimer, puis rétablir... En fait, il faudra donc patienter encore quelques semaines. Plus de cinq mois de précarité supplémentaires pour quelques 70 000 personnes. Côté finances, la "facture de la crise" se chiffrerait à quelques 4 000 milliards de dollars pour la finance mondiale, nous annonce Le Monde. Tout va bien en Sarkofrance...

Vendredi, le président français a débloqué 1,3 milliards d'euros pour "sauver" 500 000 jeunes de moins de 26 ans. Pourquoi a-t-il tant tardé ? Aucune des mesures annoncées n'est révolutionnaire, et on sait depuis longtemps que le chômage et la précarité des jeunes sont des fléaux. Sarkozy donne simplement un coup d'accélérateur au traitement social du chômage en distribuant des subventions aux entreprises, petites et grandes, qui embaucheront des apprentis d'ici juin 2010. Rien de plus. Martin Hirsch s'est excusé: "il y aura dans un deuxième temps des mesures beaucoup plus profondes pour les jeunes". On attendait un gouvernement plus radical contre le recours aux stages (il se contente de réduire à 2 mois maximum la période sans rémunération), ou contre la précarité (pourquoi les jeunes de moins de 25 ans sont ils écartés de la plupart des filets sociaux tels RMI, RSA, CMU, etc ?). Qui se rappelera qu'en septembre dernier, la majorité UMP à l'Assemblée Nationale a explicitement exclu du bénéfice du Revenu de Solidarité Active les jeunes de moins de 25 ans ?
Sarkozy est plus imaginatif quand on parle sécurité et immigration... Il ne veut rien changer. La précarité des jeunes est le meilleur moyen pour discipliner leur ardeur. Un bon salarié est un salarié silencieux. Rien de tel qu'une bonne dose de stages et CDD pour démarrer sa vie professionnelle et calmer sa révolte...



Gouvernement inquiet
Chez Continental, des salariés ont saccagé la sous-préfecture de Compiègne en apprenant la validation du plan social qui les met dehors. D'autres, chez Morlaix, ont séquestré leurs cadres dirigeants l'espace d'une nuit. Fillon les a qualifié de preneurs d'otage. Xavier Bertrand a fustigé "l'action de certains manipulateurs d'extrême gauche", visant le NPA qui fait du porte à porte dans les entreprises. Mais les Français comprennent. 71% des sondés par OpinionWay pour le Figaro du 25 avril sont hostiles à toute sanction contre les salariés qui séquestrent leur dirigeant d'entreprise. Bingo !

Mercredi, Christine Lagarde et Martin Hirsh ont présenté leur projet de loi sur le crédit à la consommation. Faute d'augmenter les salaires, le capital a berné le travail en facilitant son endettement depuis des années. On pourrait croire que le gouvernement se serait attaché à lutter contre ces crédits faciles. Que nenni ! "Avec un encours de près de 140 milliards d’euros, le crédit à la consommation permet aux ménages d’acquérir des biens en étalant le paiement dans le temps et de lisser leurs dépenses. Cette fonction est particulièrement utile dans un contexte de ralentissement économique, mais doit s’exercer de manière responsable" nous expliquent les deux ministres. Endettez-vous, chers ménages ! On va rajouter une étiquette sur vos contrats d'emprunts précisant qu'un crédit se rembourse et demander aux prêteurs de vérifier la solvabilité de leurs clients...

Depuis des mois, le gouvernement tente aussi de sortir de l'impasse éducative dans laquelle il s'est placé tout seul. La quasi-totalité du secteur souhaitait la réforme, une réforme, des réformes. A coups de provocations verbales, dont le discours présidentiel du 22 janvier dernier, Nicolas Sarkozy et ses proches ont ruiné leur capital: lycéens, collégiens, instituteurs, universitaires, parents d'élèves, chercheurs, la quasi-totalité de la communauté éducative est concernée. Mercredi, François Fillon a expliqué que la contestation était minoritaire (30% des universités bloquées), que le décret sur le statut des enseignants-chercheurs a été entièrement réécrit pour satisfaire la communauté universitaire (ce qui est faux), et que les salaires d'embauche allaient être enfin augmenté (quel rapport avec la réforme ?).

Dérapages
Cette semaine, la Sarkozie s'est emballée contre Ségolène Royal, une autre diversion. "Folle à lier", "aide psychologique", "ridiculitude", les mots doux ont fusé. Xavier Darcos a publié un communiqué dès lundi pour rappeler "à Ségolène Royal qu'aimer son pays est un devoir civique." Frédéric Lefebvre a littéralement "pété un plomb". Depuis des mois, ce porte-parole sombre dans les excès verbaux les plus pittoyables, confondant insulte et argument, vulgarité et pugnacité. Mardi, le Monarque a déclaré qu'il n'avait pas de temps à perdre: "Quand on voit le temps perdu ce week-end pour des polémiques ridicules alors qu'on a tant de problèmes à régler, le chômage des gens, l'insécurité, les problèmes sociaux, qu'on puisse prendre autant de temps sur des choses aussi grotesques, c'est à rester pantois !"  Ségolène Royal a visiblement tapé là où ça fait mal. La quasi-totalité de la presse internationale, de gauche comme de droite, se moque de Nicolas Sarkozy. Qu'importe ! Les suppôts de Sarkofrance ont sorti leur rage et leurs dents, celles de petits ducs d'une Cour en mal d'idées. La Sarkofrance a visiblement du mal avec les femmes en politique. Rachida Dati, certes incompétente, a dû également subir les foudres de son propre camp parce qu'elle a blagué sur l'Europe lors d'un meeting des Jeunes UMP. La belle affaire ! Certains journalistes de Sarkofrance oublient combien ils l'encensaient il y a à peine 2 ans.
Eric Besson, lui, a été pris en flagrant délit de mensonge. Attaqué sur le désormais fameux "délit de solidarité" par Jean-Jacques Bourdin sur RMC cette semaine, il s'est empétré dans ses explications. A bout d'argument, il a lâché que le GISTI avait une crédibilité "quasiment nulle"... Cette dernière association, créée en 1986, et agréée au titre de la formation professionnelle, avait publié une liste de bénévoles condamnés par la justice pour aide aux sans-papiers depuis 1986. Qui n'est pas crédible ?

Un président en roue libre, des mesures sans effets, une crise qui nous dépasse, un gouvernement qui se radicalise, des salariés qui s'impatientent. Le corps social semble agité de soubresauts que le pouvoir ne maîtrise plus.

La Sarkoïdose nous guette-elle ?

Ami sarkozyste, où es-tu ?

Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a du mal

Le porte-parole du gouvernement se livre à un exercice institutionnel compliqué après chaque conseil des ministres. Une conférence de presse, devant des journalistes attentifs mais visiblement blasé. de temps à autre, on le surprend un brin agacé. Exemple avec cette "explication laborieuse" de l'absence présidentielle aux Etats Généraux de l'Outre-Mer. Le 19 février dernier, Nicolas Sarkozy avait promis de venir lui-même inaguré ces rencontres. Finalement, il n'est pas venu. Voici que Luc Chatel n'arrive pas à lâcher la phrase qui cloturait la polémique (par exemple, que Nicolas Sarkozy viendrait mais plus tard). Pourquoi ? Parce Nicolas Sarkozy ne sait pas s'il se pointera sur place en l'état des protestations sociales. mais cela aussi, le porte-parole ne peut pas le confirmer...

24 avril 2009

La crédibilité d'Eric Besson est-elle quasiment nulle ?

Interrogé sur BFM-TV et RMC par le pugnace Jean-Jacques Bourdin, Eric Besson s'est lâché contre le GISTI. Ce dernier a publié une liste de citoyens poursuivis et/ou condamnés pour avoir aider des sans-papiers: le ministre rétorque qu'aucun bénévole humanitaire ne figure dans cette liste et que de surcroît "la crédibilité du GISTI en la matière est quasiment nulle".

A écouter le ministre, on se demande si sa propre crédibilité n'est pas quasiment nulle. Lors de cette interview, il a une nouvelle fois restreint la portée de ses propos sur le "délit de solidarité". Quand le film WELCOME, de Philippe Lioret, est sorti en salles il y a quelques semaines, Eric Besson nous expliquait qu'on ne pouvait être condamné pour avoir aider un sans-papier. On rétorqua que c'était faux, que le harcèlement des "aidants" bénévoles , même sans condamnation (garde à vue, interpellation, etc) était réel.

Maintenant, Eric Besson précise sa pensée : "si, de façon épisodique, parce que vous avez rencontré quelqu'un en difficulté, vous l'amenez chez vous, vous le prenez dans la voiture, vous lui donnez à manger, ou vous lui donné un peu d'argent pour repartir, vous ne risquez rien."

En fait, le ministre confirme une constatation de terrain: tous les membres d'association humanitaire risquent des poursuites et des condamnation, puisque leur aide bénévole (ou pas, s'agissant de permanents par exemple) est souvent récurrente et obstinée. Le ministre, grâce au GISTI, vient de confirmer que l'Etat les a en ligne de mire.


Sarkozy et le terrorisme intellectuel...

Le RSA arrive, et son contrôle avec.

Le 16 avril dernier est paru au Journal Officiel le décret d'application "n° 2009-404 du 15 avril 2009 relatif au revenu de solidarité active". Ce dispositif entre en vigueur ce mois-ci. Sur le fonds, le décret précise quelques modalités de contrôles déplaisantes.

Le contrôle des allocations de RSA est du ressort du Conseil Général, qu'il délègue aux "organismes chargés du service de l'allocation":
"Lorsque le président du conseil général envisage de réduire ou suspendre en tout ou partie le revenu de solidarité active en application de l'article L. 262-37, il en informe l'intéressé par courrier en lui indiquant les motifs pour lesquels il engage cette procédure et les conséquences qu'elle peut avoir pour lui."
C'est toujours le président du Conseil Général qui décide de la composition de la commission disciplinaire: "Art.R. 262-70.-Le président du conseil général arrête le nombre, le ressort, la composition et le règlement de fonctionnement des équipes pluridisciplinaires mentionnées à l'article L. 262-39."

Pour bénéficier du RSA, le demandeur doit justifier de ses revenus. Une démarche habituelle en matière d'allocation sociale. Les revenus pris en compte sont l'ensemble des ressources, "de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer" (Art.r 262-6) pendant les 3 derniers mois précédant la demande.
Le contrôle repose lui sur les dispositions du Code de l'action sociale et de la famille, qui autorise la Sécurité Sociale à vérifier le "train de vie" des bénéficiaires. Concernant le RSA, les éléments d'évaluation à fournir sont très complets (Art.R. 262-74):
« 1° Propriétés bâties détenues ou occupées par le demandeur ou le bénéficiaire : un quart de la valeur locative annuelle définie aux articles 1494 à 1508 et 1516 à 1518 B du code général des impôts. Pour les propriétés situées sur un territoire dans lequel aucune valeur locative n'est applicable ou ne peut être connue, la valeur locative est celle du logement occupé par le demandeur ou le bénéficiaire ;
« 2° Propriétés non bâties détenues ou occupées par le demandeur ou le bénéficiaire : un quart de la valeur locative annuelle définie aux articles 1509 à 1518 A du code général des impôts. Pour les propriétés situées sur un territoire dans lequel aucune valeur locative n'est applicable ou ne peut être connue, la valeur locative est celle du logement occupé par le demandeur ou le bénéficiaire ;
« 3° Travaux, charges et frais d'entretien des immeubles : 80 % du montant des dépenses ;
« 4° Personnels et services domestiques : 80 % du montant des dépenses ;
« 5° Automobiles, bateaux de plaisance, motocyclettes : 6, 25 % de la valeur vénale de chaque bien lorsque celle-ci est supérieure à 10 000 € ;
« 6° Appareils électroménagers, équipements son-hifi-vidéo, matériels informatiques : 80 % du montant des dépenses lorsque celles-ci sont supérieures à 1 000 € ;
« 7° Objets d'art ou de collection, articles de joaillerie et métaux précieux : 0, 75 % de leur valeur vénale ;
« 8° Voyages, séjours en hôtels et locations saisonnières, restaurants, frais de réception, biens et services culturels, éducatifs, de communication ou de loisirs : 80 % du montant des dépenses ;
« 9° Clubs de sports et de loisirs, droits de chasse : 80 % du montant des dépenses ; « 10° Capitaux : 2, 5 % du montant à la fin de la période de référence.
Les modalités du contrôle sont alors plus perturbantes (Art.R. 262-83): ce dernier passe par l'information du bénéficiaire, par courrier recommandé, émanant du Conseil Général. Mais pas seulement. Le contrôle peut être effectué sans information, en utilisant les fichiers informatiques des "personnes morales compétentes" : "Les organismes peuvent se dispenser de la demande mentionnée au premier alinéa lorsqu'ils sont en mesure d'effectuer des contrôles par d'autres moyens mis à leur disposition et en particulier lorsqu'ils peuvent obtenir auprès des personnes morales compétentes les informations en cause par transmission électronique de données."

Ces dispositions appellent deux remarques :
  • Le bénéficiaire peut se voir contrôle à son insu, sur un simple soupçon administratif. Est-)ce satisfaisant ? Non. On sait combien la justesse d'une loi peut être détournée par des modalités harassantes.
  • Toute "personne morale", publique ou privée, disposant d'informations électroniques sur le bénéficiaire du RSA pourra être sollicitée, sans information préalable du bénéficiaire contrôlé. Toute personne morale compétente sur des sujets aussi variés que l'automobile, le matériel hi-fi, les déplacements, les hébergements en hotels, ou le vendeur d'une automobile.Mais dans quel pays vivons nous donc ?

23 avril 2009

Insécurité et immigration : Sarkozy racole et bégaye

Mardi 21 avril, le président français s'était déplacé à Nice, pour la 4ème fois depuis son élection, pour présenter son 10ème plan en 7 ans contre l'insécurité: celles provoquée par les "bandes" de jeunes, cette fois-ci. La gauche s'est plaint de ce "racolage électoral" facile de la part de celui qui a été aux commandes des forces de l'ordre quasiment sans interruption depuis 2002.

Des lois inutiles ?
Depuis 2002, Nicolas Sarkozy a été prolixe en matière de lois contre l'insécurité: peines planchers, rétention de sureté, sécurité intérieure, prévention de la délinquance, etc. Il reconnaît bien volontiers son "obsession": "Depuis 2002, pas un jour n'est passé sans que je me sois préoccupé comme ministre de l'intérieur, candidat et président de la République de la question de la sécurité. Je lis qu'on parle d'un retour à la sécurité. Mon Dieu, il faudra m'expliquer que j'en étais parti. On m'a tellement fait de reproche sur ma soi-disant obsession sécuritaire, que l'on me dit maintenant que je n'étais plus obsédé du tout."

Les bandes sont le nouveau cheval de bataille du chef de l'Etat: "Le mois prochain sera déposée une proposition de loi. Les magistrats n'auront pas à se poser la question de savoir qui a fait quoi dans la bande. Le simple fait d'appartenir à une bande sera en soi un délit passible de trois ans d'emprisonnement" a-t-il expliqué à Nice. Il s'est aussi répété : depuis 2006, il bégaye à souhait sur l'absence de mort "chez les émeutiers et les forces de l’ordre" en novembre 2005. Ou encore: "Entre 1997 et 2002, la délinquance avait augmenté de 15 %. Entre 2002 et 2008, elle a baissé de 15 %. Les chiffres sont à la disposition de qui le veut". Parlons chiffres, justement. Nicolas Sarkozy est-il autiste ? Ne lit-il pas les rapports de ses propres services ? La délinquance globale a baissé car les atteintes aux biens ont chuté de 22% entre 2003 et 2008. Mais les violences aux personnes ont progressé de 14% !
Devant une telle "incontinence législative" en matière de lutte contre l'insécurité, et si peu de résultats contre la délinquance violente, les syndicats de policiers n'y croient plus. "Le code pénal prévoit déjà les infractions d'attroupement sur la voie publique, et l'attroupement armé." a justifié l'UNSA-Police. Les syndicats sont surtout inquiets des réductions d'effectifs: "Pour régler les problèmes d'insécurité de proximité, il faut des effectifs qui assurent à la fois la prévention et la répression, mais il faut surtout des policiers dehors, dans les rues, poursuit Yannick Danio, alors qu'aujourd'hui on supprime des postes."  s'est plaint Yannick Danio, de l'UNSA Police. Les magistrats critiquent également ces diversions médiatiques. Et Philippe Bilger, l'avocat-blogueur peu suspect d'antisarkozysme primaire, fustige le populisme présidentiel.


Des rafles inutiles ?
Autre diversion médiatique, la lutte contre l'immigration clandestine. Mercredi, 24 heures après leur interpellation collective (la langue française appelle cela une "rafle"), les 194 immigrés placés en garde à vue près de Calais ont tous (sauf 9) été relâchés. La veille, Eric Besson s'était déclaré solidaire de cette opération qui visait à détruire des filières de passeurs. Et mercredi, la justice avouait la supercherie: "les enquêteurs vont continuer leur travail mais aucune charge ne permettait de dire que telle ou telle personne était un passeur", a expliqué le procureur, Jean-Philippe Joubert. Le ministre de l'identité nationale semble battre en retraite: il a prévu d'annoncer des "mesures légères" lors de son déplacement jeudi dans la région: "Je vais annoncer, demain, un certain nombre de mesures légères, des mesures qui permettent de mieux traiter les personnes qui se trouvent en situation irrégulière, sans installer quoi que ce soit en dur" (...) "Nous luttons contre les passeurs, pas contres migrants".


Les sujets que Sarkozy évite
Cette semaine, Nicolas Sarkozy aurait pu choisir d'autres sujets: il a ainsi préféré renoncer à se déplacer, "pour le moment", en Guadeloupe et en Martinique, pour inaugurer comme il l'avait promis, les "Etats Généraux de l'Outre Mer". Ce cycle de débats collectifs a été lancé ... à Paris, place Beauveau, par la Ministre de l'Intérieur.
Nicolas Sarkozy n'a pas non plus jugé utile de reprendre un dialogue social direct, comme il l'avait fait en février dernier. Pourtant, les dérapages se multiplient dans les entreprises, signes d'une exaspération évidente des salariés confrontés à des plans sociaux insuffisamment négociés par leurs direction. Le saccage de quelques bureaux de la sous-préfecture de Compiègne mardi 21 avril n'a appelé qu'une réponse de fermeté de la part de François Fillon, interrogé sur France Inter le lendemain. Et il a parlé de "prise d'otage" concernant la séquestration nocturne de deux cadres dirigeants de Molex par leurs salariés à Villemur-sur-Tarn.

Nicolas Sarkozy préfère-t-il éviter certains sujets ?

22 avril 2009

Eric Besson : une réforme, une rafle puis une visite

En prenant ses fonctions de ministre de l'Identité nationale en janvier dernier, Eric Besson laissait entendre qu'il privilégierait dialogue et intégration, après les 18 mois d'expulsions et quotas ethniques de son prédécesseur Brice Hortefeux. Assez rapidement, les actes ne suivirent pas ces belles intentions. Et le ministre fut rattrapé par de multiples polémiques, de la sortie du film Welcome aux quotas d'interpellation d'aidants, sans oublier l'attribution volontairement disséminée des mandats d'aide aux sans-papiers dans les centre de rétention.

La mauvaise réforme des naturalisations
Lundi 20 avril, le ministre achevait les derniers espoirs d'apaisement en présentant sa réforme des naturalisation à Rezé, près de Nantes.

Premier changement, la procédure de naturalisation sera désormais sous l'entière responsabilité des préfectures. Actuellement, ces dernières la partage avec la sous-direction de l'accès à la nationalité française (SDANF), basée justement à Rezé. Un étranger fait sa demande à la préfecture de son lieu de résidence, qui instruit une enquête, émet un avis et transmet le dossier à la SDANF pour la décision finale. Même si l'avis est négatif, la SDANF  peut décider de naturaliser l'immigré. Elle le fait d'ailleurs dans 44% des cas d'avis négatifs. Eric Besson argumente que les délais sont trop longs: "Ce qui va changer, c'est qu'il y aura dorénavant séparation de l'instruction, faite par les préfets, et de la mission de contrôle, de pilotage et d'harmonisation qui va relever de l'administration centrale de mon ministère".

Second changement, en cas de refus de naturalisation par la préfecture, l'étranger devra engager une démarche de contestation auprès de la SDANF .

Ce renforcement du rôle des préfectures appelle deux remarques : primo, les préfectures sont plus habituées à gérer des expulsions. Leurs agents ne risquent-ils pas la schizophrénie ? Deuxio, les situations locales sont différentes d'un département à l'autre, là où la SDANF garantissait un traitement national cohérent.

Ces nouvelles dispositions entreront en vigueur dans 20 départements dès janvier 2010, pour être étendues à l'ensemble du territoire en 2011. Juste prêt pour l'élection présidentielle... En 2008, quelques 108 000 étrangers ont été naturalisés. Mais demain ? Le ministre s'abrite derrière une volonté d'économie pour l'Etat. Est-ce à dire que la SDANF devra réduire ses effectifs prochainement ?

Vrais mensonges sur le délit de solidarité
Jeudi 23 avril, Eric Besson se rend à Calais. "Le ministre de l'immigration fera part de ses analyses et de ses premières propositions sur la situation" a-t-on indiqué à son ministère. Mardi, place nette a été faite : dans la nuit de lundi à mardi, quelques 33 migrants, pour la plupart Afghans, ont été traqués puis arrêtés sur les aires d'autoroute de la région. Le lendemain matin, une "vaste opération" de police a eu lieu : 150 migrants supplémentaires avaient été interpelés en placés en garde à vue. Une véritable rafle ("Arrestations massives faites à l'improviste par la police") organisée pour une belle opération de communication quelques heures avant l'arrivée du ministre. Eric Besson s'est déclaré "entièrement solidaire" et a expliqué que cette opération, qui a mobilisé 300 policiers et gendarmes, visait à démanteler des filières clandestines.  Quelques heures auparavant, un responsable d'association humanitaire, Jean-Claude Lenoir, vice-président de Salam, dénonçait le climat délétère qui règne dans la région : « Samedi, des bénévoles ont transporté une migrante enceinte au centre hospitalier de Calais. La jeune femme avait été aspergée de gaz lacrymogène par les forces de l'ordre près des maisons des éclusiers, face au quai de la Moselle. » (...) « Depuis quelques jours, les policiers ont musclé leurs interventions, n'hésitant pas à gazer les migrants de manière répétitive, même pendant leur sommeil. » (...) « Les forces de l'ordre tentent d'intimider les migrants mais aussi les bénévoles, en les arrêtant. Ils veulent les décourager de venir en aide aux réfugiés. » Jean-Claude Lenoir est justement l'un des contre-exemples aux affirmations du ministre de l'Identité Nationale sur le "délit de solidarité" : il a été condamné en 2003 pour "aide au séjour irrégulier". Selon ses dires, il s'était porté caution à la Poste pour des sans-papier qui voulaient retirer de "petites sommes". Comme passeur clandestin, on a vu mieux...
Le GISTI publie d'ailleurs une liste d'aidants condamnés par la justice, un "inventaire non exhaustif" des condamnations prononcées depuis 1986. Eric Besson a-t-il travaillé ses dossiers ? Il avait expliqué qu'"en 65 années d'application de la loi, personne en France n'a jamais été condamné pour avoir seulement accueilli, accompagné ou hébergé un étranger en situation irrégulière".

Un dernier conseil au ministre : avant d'aller à Calais, peut-être pourrait-il se préoccuper du sort d'Hassan, 22 ans, expulsé vers le Maroc le 10 mars dernier. Hassan vivait en France depuis 2003 avec son père, invalide, et son frère, tous deux en situation régulière. Il suivait une formation de mécano. Au Maroc, Hassan erre sans attache, ni famille.


Lire aussi :

François Fillon, faux discret, vrai supporter

François Fillon attire les regards et les commentaires. Sa longévité à la tête d'un gouvernement étouffé par l'omni-président intrigue. Un temps, on avait cru le premier ministre brouillé avec son chef de l'Etat. Depuis, Fillon tient son cap.

Sophie Landrin, pour Le Monde, croit savoir qu'il a "imposé son style à Matignon". Quel style ?
"Rarement premier ministre français a été aussi peu loquace, voire ténébreux. Sous son règne, Matignon s’est transformé en grande muette. Les journalistes qui le suivent s’arrachent les plumes ou se font une raison. François Fillon ne les aime pas! Lui qui, à 20 ans, stagiaire à l’Agence France-Presse, rêvait d’une carrière journalistique."
En fait, Fillon reste discret par nécessité et par contrainte. Son initiative personnelle est inexistante. Quand le président décide pendant quelques mois de réunir sans lui 7 ministres d'importance diverse auprès de lui pour des réunions de réflexion à l'Elysée, il ne s'en offusque pas. De temps à autre, il recadre un écart d'un membre de son équipe. Ainsi Rachida Dati fut-elle contredite le jour même, quand elle se déclarait favorable au rabaissement à 12 ans le l'âge de responsabilité pénale.

La journaliste du Monde dresse un portrait des plus complaisants d'un premier ministre bosseur, studieux, à l'abri d'éclats médiatiques.

21 avril 2009

Sarkozy à Nice ne parlera pas de son échec contre l'insécurité


Curieux symbole. Sept ans jour pour jour après le premier tour de l'élection présidentielle de 2002, Nicolas Sarkozy se trouve à Nice pour parler d'insécurité. Il y a 7 ans, Jean-Marie Le Pen éliminait Lionel Jospin du premier tour du scrutin, après une campagne marquée par des thèmes sécuritaires. Sept ans plus tard, rien n'a changé. Le président s'appelle Nicolas Sarkozy. Il a été 2 fois ministre de l'intérieur, a pondu 8 lois sur le sujet. Mais rien n'y fait. Il agite toujours son sujet favori.

Sarkozy est incompétent en matière de sécurité. Les chiffres sont là. Depuis 2002, Nicolas Sarkozy masque son échec par des statistiques globales. La délinquance violente n'a pas régressé. D'après ses propres chiffres, Sarkozy n'a pas tenu ses promesses : la délinquance générale a augmenté de 3% de novembre 2007 à novembre 2008; le taux d'élucidation des crimes et délits stagne sous la barre des 40%; ce sont les actes les plus inquiétants qui explosent : violences gratuites +5%; vols à main armée ont explosé : +11%. Les violences aux personnes ont augmenté de 2,4 % en 2008, les vols à main armée de 15,4 %. Depuis 2003, seules les atteintes aux biens ont diminué. C'est déjà cela, mais ce n'est pas ce que Sarkozy instrumentalise à tour de bras et de discours. Les atteintes aux personnes, elles, ont progressé de 80 000 actes entre 2002 et 2008. Joli score !


L'insécurité est le seul socle idéologique d'une droite déboussolée. La crise a tué dans l'oeuf le slogan du "travailler plus". Il ne lui reste plus qu'à stigmatiser les mêmes cibles: les jeunes, les banlieues, les bandes, les chiens, etc. Dernières idées en date, un projet de loi contre les "bandes" et un décret contre le port de cagoules lors des manifestations... Depuis quelques semaines, les responsables de la "majorité" tentent de replacer leur sujet fétiche au coeur du débat politique. En période d'impuissance gouvernementale et de crise mondiale, le procédé est habile.

Pourquoi donc réduire les moyens policiers ? En novembre dernier, des milliers de policiers en colère manifestaient à l'appel de l'UNSA-Police et du Syndicat général de la police pour dénoncer la "braderie du service public". Globalement, les effectifs de la police devraient diminuer de 105 000 actuellement à 100 300 en 2012. Le discours politique serait-il contradictoire ?

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