3 avril 2009

G20, Sarkozy et ses caprices : tout ça pour ça...

Jeudi 2 avril, en fin d'après midi, Nicolas Sarkozy s'est félicité. Etes-vous surpris ? Le président français est ravi que le G20 ait soit-disant accepté de suivre la France et l'Allemagne en matière de réglementation financière internationale. Il est comme ça, notre président. Un rien l'échauffe. Et il lui faut constamment abuser d'un "story-telling" avantageux à son égard.

Sarkozy, ou "La crise pour les Nuls"
Nicolas Sarkozy cherchait en fait au G20, non pas (seulement) des solutions, mais aussi (et surtout) des excuses: "Il est maintenant acté que c'est la défaillance de la régulation qui est à l'origine de la crise financière, laquelle crise financière est à l'origine de la crise de l'économie". La belle affaire ! De méchants banquiers sont responsables de nos tourments. En fait, le G20 n'a pas vraiment dit cela: "major failures in the financial sector and in financial regulation and supervision were fundamental causes of the crisis", ("des échecs majeurs du secteur financier et de la régulation financière ont été certaines des causes fondamentales de la crise"). Cette simplification à l'extrême des causes de la crise mondiale est décevante (?) et mensongère. La crise est né d'un endettement généralisé, des ménages, des Etats et des entreprises. Les Etats occidentaux ont dopé leur croissance, depuis plusieurs décennies, par un recours à l'endettement massif.

Sarkozy se satisfait de peu
Jeudi donc, Nicolas Sarkozy s'est déclaré "heureux" de ce G20. "Les pays du G20 ont décidé de réformer en profondeur l'organisation financière internationale, ce qui n'avait jamais été fait à ce point depuis les accords de Bretton Woods en 1945". La grande victoire de la France au G20 est l'établissement d'une liste noire des paradis fiscaux qui ne respectent pas les règles de transparence prônées par l'OCDE. Fatigué, Nicolas Sarkozy trébuche pourtant en annonçant cette grande nouvelle devant la presse mondiale : il a parlé d'un "renforcement de la réglementation et de la supervisation des activités financières." On a l'habitude. Il serait temps qu'un coach supervise l'expression française de notre président supervise quelques cours de Français. A l'étranger, ça en devient gênant. Surtout, il ment en déclarant que la première décision du G20 est celle-là. Le communiqué officiel, fruit de longues tractations, commence par toute autre chose: 6 points sur la relance de l'économie mondiale, "Restore growth and jobs" ("Restaurer la croissance et l'emploi").


Les vraies mesures
Le G20 a accouché d'un communiqué en 5 parties :
  1. La relance de l'économie et de l'emploi, notamment par une accélération de "la croissance verte", l'augmentation de 4% du PIB de l'économie, et l'engagement à fournir l'effort budgétaire nécessaire pour restaurer la croissance.
  2. Le renforcement de la supervision financière et la régulation, avec notamment la création d'un nouveau "Financial Stability Board" associant le G20, la Commission européenne et l'Espagne; la mise en oeuvre de nouveaux principes "exigeants" sur la rémunération des banquiers; et "la fin du secret bancaire." Sur ce dernier point, le seul résultat concret est ... la publication d'une liste des paradis fiscaux... Qui ne les connaissait pas encore ?
  3. Le renforcement des moyens du FMI, grâce à l'insistance de Barack Obama.
  4. Le refus du protectionnisme, par les participants.
  5. La solidarité envers les pays pauvres et le développement durable.

Le G20 vu d'ailleurs
Barack Obama a annoncé que les Etats-Unis doubleraient leur aide alimentaire aux pays les plus pauvres. Sur le G20 proprement dit, le Wall Street Journal reconnaissait qu'Obama a rencontré une forte résistance de la part de la France et l'Allemagne. Le président a concédé que la crise financière est née aux Etats-Unis. L'honneur est sauf ! On peut oublier les parachutes dorés de Valéo, l'affaire Kerviel, la retraite argentée de Daniel Bouton, les 123 filiales de BNP Paribas dans des paradis fiscaux.
Mais pour la presse anglosaxone, l'important est ailleurs. Le G20 a acté le renforcement des moyens du FMI. Ainsi le Wall Street Journal conclut-il: "les leaders du G20 ont annoncé jeudi un ensemble de mesures qui aideront selon eux à relancer la croissance mondiale mais qui les ont laissé avec une longue liste d'étapes ultérieures pour transformer les déclarations en actes." Ce G20 a "annoncé un triplement des moyens de prêts du FM1 à hauteur de 750 milliards de dollars". ("Leaders of the Group of 20 nations Thursday announced a host of measures they said would help to reignite world growth but left themselves a long list of follow-up steps to turn their words into action. The summit of many of the world's leading economies in London announced a tripling of the lending power of the International Monetary Fund to around $750 billion."). Le quotidien de Wall Street souligne aussi que le G20 a acté un renforcement à 250 milliards de dollars des réserves en devises du FMI. Le Financial Times, journal de la City pourtant très intéressé par des mesures de régulations financières, le plus important est également le soutien financier massif au FMI accordé par le G20.

De son côté, Gordon Brown a aussi insisté sur les efforts en faveur de l'économie mondiale. Ecoutez la différence avec l'intervention de Nicolas Sarkozy.


Au total, chacun a tiré son épingle du jeu.

Mais il ne reste plus qu'à agir...

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10 commentaires:

  1. Je ne sais plus si ce sont les grandes manœuvres qui font les évènements majeurs ou l’inverse ?

    Le spectacle qui va être donné dans les jours à venir est à mi-chemin entre la frape préventive communautairement individuelle et la désertion responsable votée à l’unanimité des participants.
    Le paradoxe du consensus réside dans le fait d’offrir un visage universel à une infinité de particularismes territoriaux, tout en prêchant pour sa chapelle tout en stipulant que l’on connaît encore les rudiments de la guerre sainte.
    Quand les mêmes personnes multifonction prétendent et claironnent régler toutes les crises, on peut se dire qu’il n’y a pas un problème de maladie, mais de diagnostic.

    L’avenir de la guerre froide va s’appeler la paix palliative. La maladie humaine se condamne elle-même à la mise en bière depuis qu’elle a découvert que la boulimie était plus jouissive que l’obésité.
    La suite ici :
    http://souklaye.wordpress.com/2009/04/01/bloc-note-le-bal-des-seconds-couteaux/

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  2. La je crois que les socialistes ont peut être touché le fond ...

    Quoique, je les pense capable d'être encore plus nul et faux culs.

    Qui est à l'origine du G20 en novembre : Nicolas Sarkozy !!! Pendant qu'à l'époque le PS se déchirait au congrès de Reims...

    Qui a su faire parler la France et l'Allemagne d'une seule voix : Nicolas Sarkozy !!!

    Qui s'est opposé à la vision américaine du libéralisme : Nicolas Sarkozy !!!!

    Pendant que Martine Aubry, comble du comble, nous expliquait qu'il fallait faire ce que Monsieur Obama nous demandait !!!!

    Le PS atlantiste !!!

    Le fond du fond, et Juan qui continue ...

    Oh he, les socialistes, vous n'etes pas un peu KO ????

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  3. @Mistral, je vais te faire plaisir: j'ai une crève carabinée depuis deux jours. mais sinon, point de KO. Sarkozy a eu l'idée du G20 ? Super.
    Je suis moins optimiste que toi sur la vertu de la liste noire des paradis fiscaux. ce sont les sanctions qui imoportent, et elles ne sont pas précisées concrètement.
    Pour le reste, la vraie décision est le renforcement du FMI, un sujet qui n'était pas à l'ordre du jour de Sarko

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  4. Sur son blog, le député gaulliste Nicolas Dupont-Aignan écrit :

    " pourquoi les Français ne boycotteraient-ils pas les agences des groupes bancaires qui n’affichent pas dans la transparence les rémunérations de leurs dirigeants et qui ne mettent pas fin aux avantages exorbitants comme les parachutes dorés ou les retraites inadmissibles ? Si déjà des centaines de milliers de Français déplacent leur compte bancaire dans le réseau postal banque publique, très vite les actionnaires remettraient de l’ordre dans les Conseils d’Administration ! "

    http://blog.nicolasdupontaignan.fr/index.php/post/2009/04/02/Sommet-de-Londres-%3A-%22une-r%C3%A9union-d-alcooliques-dans-un-bar-%C3%A0-vins%22#comments

    Je trouve que c'est une excellente idée. Toutes les semaines, nous apprenons que des banques privées ont été sauvées de la faillite par les contribuables, et pourtant, elles continuent à verser des dizaines de millions d'euros à leurs dirigeants.

    Maintenant, ça suffit. Tous les clients des banques privées devraient fermer leurs comptes et les transférer à la Banque Postale.

    Nous devons frapper les banques privées au seul endroit vulnérable : leur portefeuille.

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  5. Gordon Brown a deux atouts de plus que Nicolas Sarcozy :

    Tout d'abord, il parle anglais, alors que Sarkozy ne parle même pas Français

    Ensuite, il dit des choses compréhensibles, qu'il ne répète pas a nauseam, contrairement à Sarkozy, qui utilise un vocabulaire personnel et essaye à tout prix d'enfoncer le clou, ce qui est franchement saoulant.

    Entre nous (et j'ai honte, puisque je devrais au minimum comprendre mon Président), ça fait une cinquantaine d'années que le Français est ma langue natale, et je ne sais absolument pas ce que veut dire « avoir la banane », en dehors du port d'une coiffure à la mode chez les premier rock'n Rollers (mode initiée par Presley, il me semble). J'ai eu beau chercher dans plusieurs dictionnaires d'expresssions, dans lesquels d'autres fruit étaient utilisés (comme la pêche, la noix de coco, etc.) mais point de « banane ».

    Si quelqu'un pouvait éclairer ma lanterne, je mourrais un point moins bête...

    Merci d'avance ;)

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  6. Rien d'étonnant pour ce G20 et quant au comportement de Sarko...

    Quant à Gordon brown, je ne trouve pas très socialiste...

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  7. @ FURAX

    Sarko a dû confondre "avoir la banane" (le sourire) avec "avoir la pêche" (la forme, la force) ou alors s'il l'a dit volontairement c'est qu'il continue de se foutre du monde (ce qui ne serait pas plus surprenant que ça de sa part)

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  8. Juan je n'ai aucune raison de me réjouir du fait que tu sois malade.

    Drole de vision de la politique ...

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  9. zavez entendu les félicitations d'Obama à sarko à Strasbourg?
    alors?toujours anti-sarko?

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  10. tout ça pour ça... :


    "http://www.leparisien.fr/politique/quand-barack-salue-le-leadership-de-nicolas-04-04-2009-466103.php"

    Je suis fier de notre président.

    Quand aux socialistes, Aubry, Moscovici et cie qui, ont encore émis des critiques ultra virulentes et infondées, allant comble du comble jusqu' à expliquer au président qu'il fallait faire ce que les USA demandait !!!! , ces socialistes français n'ont plus AUCUNE crédibilité.

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