27 avril 2009

Sarkozy n'a aucun problème avec Zapatero. Vraiment ?


Trois jours avant la visite du président français en Espagne, le Monde publie opportunément un interview du premier ministre espagnol, qui en profite pour confirmer ses bonnes relations avec Nicolas Sarkozy. José-Luis Zapatero manie la diplomatie avec davantage d'efficacité que son homologue français. Dans El Pais, Nicolas Sarkozy semble lui répondre: «Avec José Luis (...) nous avons l'un pour l'autre une grande estime, une affection sincère et, je crois pouvoir le dire, une réelle amitié»

Diplomatie espagnole
«J'ai une très bonne relation avec Nicolas Sarkozy» explique le premier ministre espagnol. "J'ai une très bonne relation avec Nicolas Sarkozy et je sais que tous les commentaires qu'il a pu faire sur moi étaient positifs (...). Si j'ai reçu la lettre de Ségolène Royal ? Oui. Je crois que cette affaire a créé une certaine polémique, mais je connais bien Nicolas Sarkozy. Il a toujours été généreux dans la relation, et élogieux."
Dans le quotidien espagnol (de gauche) El Pais, Nicolas Sarkozy prépare son arrivée sur le sol espagnol en critiquant la "mauvaise" polémique sur ses propos de la semaine dernière: «Ne comptez pas sur moi pour commenter ces rumeurs absurdes, qui ont de surcroît été démenties par les participants à cette réunion, y compris ceux issus de l'opposition». Cette belle unanimité n'a pas toujours éété de mise. Sarkozy s'est servi du socialiste espagnol pour prendre en défaut les socialistes français. Sur le fonds, les désaccords sont nombreux.

Le désaccord de l'immigration
En 2007, Nicolas Sarkozy et ses proches critiquaient pourtant à l'envie les régularisations massives d'immigrés clandestins réalisées en Espagne en 2005-2006. Cela faisait tâche. Les critiques françaises ont agacé le gouvernement espagnol. En août 2007, François Fillon s'était même permis d'expliquer que les Espagnosl regrettaient leurs régularisations. Le chef du gouvernement espagnol lui a répondu qu'il ne regrettait rien, et, camouflet supplémentaire, il a expliqué qu’il attendait une «note de clarification» de la France sur le sujet.

L'Espagne a fait d'ailleurs amender le projet français de "Pacte européen sur l'immigration", défendu par la France lors de sa présidence de l'Union européenne en 2008 : Brice Hortefeux a dû renoncer à y inscrire son "contrat d'intégration", qui prévoyait d'obliger les immigrés à connaître la langue de leur pays d'accueil et à en adopter les valeurs.

Des réponses différentes à la crise
Plus récemment, l'Espagne et la France ont apporté des réponses divergentes à la crise: budgétairement excédentaire jusqu'en 2007, l'Espagne a massivement et très tôt répondu par un relance massive. Déficitaire et surendettée, la France a procédé tardivement à une relance timide.
Notre voisin vit une situation dramatique : le chômage culmine déjà à plus de 17%, le secteur immobilier s'est effondré, dès le début de l'année 2008, après des années de croissance à deux chiffres. Mais la dette publique espagnole est largement plus faible qu'en France, moins de 40 % de son PIB (contre 68% en France !)
Mais Zapatero insiste sur une réponse sociale européenne : "Nous devons nous concerter sur le modèle de croissance économique que nous voulons pour la sortie de crise. Cela suppose de réaliser ce qui a été décidé au G20, de faire aussi un nouvel effort sur la recherche, l'éducation et la compétitivité, tout en garantissant le maintien, voire l'extension, du modèle social européen".
Et une croissance 'verte': "les nouveaux emplois proviendront de nouvelles activités liées à l'économie innovatrice dans des secteurs où l'Espagne a une certaine avance, comme les biotechnologies. Les pays en pointe dans ces domaines seront en mesure d'avoir une croissance plus saine. Cela va des économies d'énergie tous azimuts aux énergies renouvelables, en passant par une industrie plus propre. Ainsi, nous pourrons innover et économiser. C'est la voie principale du nouveau modèle de croissance que nous voulons."

L'Espagne a été bien plus réactive que la France face à la crise. Dès le mois d'août, quelques 18 milliards d'euros étaient dégagés, principalement en baisses d'impôts. En décembre, une seconde tranche visait le bâtiment et les transports. Au total, quelques 29 milliards d'euros ont été engagés, et Zapatero, en mars, n'excluait pas un nouveau plan. Largement moins endetté que son voisin français, l'Espagne a des marges de manoeuvres que la Sarkofrance n'a plus depuis longtemps...

En France, Nicolas Sarkozy a adopté, à contre-cœur, quelques mesures sociales, comme l'abandon de la suppression de l'allocation versée aux chômeurs de longue durée en fin de droits jusqu'à leur retraite. Côté environnement, la croissance verte n'est pas à l'ordre du jour. Nicolas Sarkozy n'insiste pas plus que cela sur le sujet. Sa réponse à la crise est des plus classiques: de l'investissement public, un soutien aux entreprises, et un peu de traitement social pour éviter l'explosion.

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