1 avril 2009

Sarkozy se prépare à un G-vain à Londres

Les esprits s'échauffent avant le G20. Sarkozy veut-il nous prévenir d'un échec ? Ou stresse-t-il véritablement ? Avant de partir à Londres, il a lâché quelques renforts au pôle emploi.

Le pôle emploi recrute... a minima
Le pôle emploi se décide à renforcer ses équipes, face à la hausse du chômage. Un temps désorganisé par la fusion des Assedic (15 000 agents) et de l'Anpe (30 000) en début d'année, le service de l'emploi prend-t-il conscience de la crise ? Quelques 1 840 agents supplémentaires vont être recrutés, a annoncé Nicolas Sarkozy mardi 31 mars. Laurent Wauquiez, le secrétaire d'Etat à l'Emploi, l'avait promis le 6 mars dernier. Un effort largement insuffisant compte tenu de la dégradation de l'emploi : le chômage augmente d'environ 4 000 personnes par jour ouvré, et la disparition de l'exemption de recherche d'emploi pour les salariés de plus de 57 ans et demi depuis le 1er janvier pourrait augmenter "mécaniquement" de 400 000 chômeurs le nombre de sans-emploi à traiter dans les prochaines semaines.
Sarkozy vsitait donc Châtellerault, dans la Vienne. Quelques 2 000, selon la préfecture, à 7 000 personnes, selon les organisateurs, ont manifesté, mardi matin pour l'accueillir, dont une soixante de salariés de l'entreprise Heuliez.

Sarkozy prévient le G20 ... pour rien ?
Le président français a prévenu qu'il ne voulait pas d'un G20 "pour rien." Qui en voudrait ? Il a raison de s'inquiéter. Que peut-il sortir d'une telle réunion ? Les dirigeants européens défendront que leurs plans de relance respectifs sont suffisants. L'administration américaine rétorquera qu'elle a engagé 5 points de PIB en soutien à son économie. Comment seront traités les 70 paradis fiscaux encore en activité ? Le Figaro se fait l'écho de l'impatience française habituelle: Nicolas Sarkozy veut des résultats à tout prix, expliquait le quotidien de droite. A tout prix ? Il paraît qu'il aurait glissé à ses ministres le 18 mars dernier (on ne l'apprend qu'aujourd'hui): «Si ça n'avance pas à Londres, ce sera la chaise vide !Je me lèverai et je partirai».
On pourrait espérer qu'un échange entre Américains et Européens se fasse jour : relance contre régulation. Imaginons quelques instants que Barack Obama obtienne de l'Europe, et donc de la France, un second plan de relance enfin à la hauteur des enjeux... Un rêve ?

Concrètement, les attentes de Nicolas Sarkozy sont les suivantes:
  • un accord avec les Britanniques et les Américains sur l'établissement d'une liste des paradis fiscaux, avec un dispositif de sanctions internationales contre les récalcitrants: Eva Joly a rappelé que la City de Londres, où se tient le G20 "est le plus grand des paradis fiscaux".
  • "des règles internationales de rémunération des banquiers" (dixit Sarkozy mardi 31 mars) : rappelons que Barack Obama a exigé que les rémunérations des entreprises aidées par l'Etat américain soit plafonnées à 500 000 dollars, en plus de l'interdiction de tout bonus variable... Rien de comparable en France...
  • l'enregistrement, la régulation et la supervision de tous les hedge funds et autres fonds "susceptibles de créer un risque systémique", et d'une façon plus générale, la définition de nouvelles régulation de la finance mondiale, et leur agenda de mise en oeuvre.
  • le changement des normes comptables et prudentielles des banques, un sujet qui semble totalement tombé à l'eau depuis plusieurs semaines.
  • l'annulation sous conditions de la dette africaine (dixit Sarkozy le 26 mars au Congo: "J'ai bien l'intention de poser au G20 la question de la dette africaine pour peu que vous acceptiez la cohérence qui voudrait que, si certains pays parmi les plus riches du monde remettent votre dette, l'annulent, il ne faut pas alors que vous vous réendettiez avec d'autres, dans des conditions moins bonnes encore que celles que vous avez connues à notre époque")
  • une relance des négociations internationales d'ouverture du commerce mondiale, dans le cadre du cycle de Doha au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC)
Vu la timidité des actions en faveur d'une moralisation du capitalisme en France, comment prendre au sérieux les déclarations bravaches du président français ? A l'automne dernier, le gouvernement a apporté son soutien à 6 banques françaises, pour 10,5 milliards d'euros de prêts. Il n'a pas daigné envisagé une quelconque contrepartie, autre que la rémunération de ses prêts. Puis, en début d'année, il a renouvelé ce soutien, pour le même montant. Puis il a annoncé un soutien similaire à Renault et Peugeot-PSA. Depuis, les scandales de stock-options, bonus et parachutes dorés se sont faits jour. Et Nicolas Sarkozy et son gouvernement se sont contentés de déclarations tonitruantes suivies d'une action, un seule (le fameux décret a minima du 31 mars). Certes, la pression collective et européenne, à laquelle la France a participé, a forcé la Suisse, l'Autriche, la Belgique et le Luxembourg à assouplir leurs règles en matière de secret bancaire. Mais que de bruit pour rien. Mais en France, la "moralisation du capitalisme" est une imposture médiatique.

En fait, le Financial Times a publié le 29 mars un projet de communiqué, en 24 points, à l'issue du G20. C'est chose courante dans les sommets internationaux. Les chefs d'Etat se rencontrent, parfois négocient un peu, mais surtout discutent des termes précis de leur communiqué final. Que dit ce draft ? Rien de novateur : les dirigeants du G20 réaffirment leur foi en l'économie de marché et contre le protectionisme, confirment leurs plans de relance en cours, et leur plans de sauvetage bancaire respectifs. Ils s'engageraient à une augmentation des fonds du FMI, à une reprise des négociations de Doha et à des mesures de régulations financières. Surtout, le G20 ne s'attend pas à une reprise avant 2011.

Début de panique ?
Certains défenseurs du "système" s'inquiètent de sa survie. Si Nicolas Sarkozy lit le Financial Times régulièrement, il doit en faire partie. L'un de ses éditorialistes, peu suspect de gauchisme, écrivait ainsi:
"Même si la reprise économique intervenait en 2010, comme le prévoient quelques optimistes, la majeure partie des difficultés du secteur financier est encore devant nous : le chômage et les défauts de paiement vont partout augmenter brusquement, et la dépression continuera a faire sentir ses effets bien après qu’elle ait pris fin.
Je suis plus inquiet aujourd’hui que je ne l’étais il y a un mois. Le principal problème, ce sont ces boucles de rétroaction entre l’économie réelle et le secteur bancaire, qui sont vraiment effrayantes."
Serait-ce un début de panique ? La question est celle des basculements : effondrement d'un système, relève (ou pas) d'un autre, reconversion (ou pas) des économies et des entreprises, résistance (ou pas) du pouvoir en place.

Qui basculera en premier ?

3 commentaires:

  1. Le titre est excellent (hélas, je crains qu'il ne soit juste) ainsi que le contenu.
    N. Sarkozy veut encore montrer ses petits muscles. Il l'a clamé haut et fort : si les bonnes décisions ne sont pas prises, il claquera la porte.

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  2. «Si ça n'avance pas à Londres, ce sera la chaise vide !Je me lèverai et je partirai».
    Il est comme un petit gamin qui s'en va bouder parce que ses parents n'ont pas voulu l'écouter. Il n'était déjà pas parti lorsque la Marseillaise avait été sifflée lors de France-Maroc (ou Algérie je ne sais plus !) alors que Chirac, lui, l'avait fait. Après Nico supermenteur, Nico supersuceptible.

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