31 mai 2009

50 000 euros pour les "conti": qui parle d'insurrection ?

Les salariés de Continental auront eu raison de se révolter. Devenus les ymboles d'un système en vrac et d'une crise sans précédent, les 1120 salariés licenciés de l'usine Continental de Clairoix ont finalement obtenu 50 000 euros chacun de la direction de l'usine. Les syndicats ont parlé d'"accord acceptable".

«On peut dire qu’on est arrivé à un compromis acceptable en passant de 20.000 euros à 50.000 euros de prime extra-légale», a déclaré Xavier Mathieu, délégué CGT du site de Clairoix.
«Continental, c’est aussi un bel exemple de solidarité», a-t-il ajouté expliquant que les plus anciens avaient accepté le principe de la prime unique alors qu’ils auraient pu gagner plus.
De son côté, la direction du fabricant allemand de pneus n’a pas voulu confirmer l’information indiquant que pour l’instant «rien n’est certain tant que l’accord n’est pas définitivement signé».
«De plus, on a obtenu que Continental nous paye jusqu’à octobre à 100%, ensuite on démarre un congé de reconversion de 23 mois jusqu’à fin 2011. On peut dire qu’on est sûr d’avoir au moins 75% du salaire jusqu’à 2014 et une prime entre 50.000 et 100.000 euros nets d’impôts», a expliqué M. Mathieu. «On est très fier de ces négociations, mais il va falloir encore discuter des conditions de préretraite et de reclassement, il y a une autre réunion tripartite vendredi 5 juin», a-t-il ajouté.
Source: AFP

Eric Besson, la gifle judiciaire...

Eric Besson a perdu une manche. La France se justifie sur les conditions d'exerciice et de respect des droits de l'enfant. Chacun ravale sa honte.

Eric Besson désavoué
Le tribunal administratif de Paris a suspendu l'exécution des contrats signés par le ministre de l'Immigration, le 10 mai dernier, qui attribuait le marché de l'aide aux étrangers en rétention à six associations, avec interdiction à ces dernières de se concerter. Diviser pour régner...

Inquiet des retards, Eric Besson avait signé, le 10 mai, les contrats d'assistance aux sans-papiers dans les centres de rétention. La Cimade contestait cette attribution. Elle avait déposé un recours. Un juge avait ordonné la suspension de cette procédure pour vingt jours, et organisé une audience le 6 mai dernier, qu'il avait dû compléter d'une autre le 13 mai. Le ministre l'avait pris de vitesse, pour éviter tout retard. Le nouveau dispositif d'assistance devait entrer en vigueur début juin... La Cimade et plusieurs autres ONG de défense des droits de l'homme avaient ensuite déposé de nouveaux recours contentieux. Dans une ordonnance rendue samedi, un juge a estimé que les conditions étaient réunies pour prononcer la suspension «de l'exécution du marché signé le 10 mai par le ministre de l'Immigration (...) jusqu'à ce qu'il soit statué sur les requêtes aux fins d'annulation formées» par la Cimade et trois autres associations. Eric Besson n'est pas content, lui qui multipliait les gestes symboliques, comme la visite d'un" Café social" à Belleville pour rencontrer des migrants (le 27 mai), ou sa rencontre annoncée avec des associations humanitaires le 5 juin prochain. Épinglé par Amnesty International, il avait répliqué le 29 mai : "Contrairement à ce que qu’affirme le rapport, les centres qui hébergent les étrangers en situation irrégulière maintenus en rétention administrative en France ne sont pas dans une situation d’« entassement et d’insuffisance des installations sanitaires, de la nourriture et de soins médicaux ». Au contraire, le taux d’occupation moyen des centres français est inférieur à 70% pour l’année 2008. La durée moyenne de rétention est inférieure à 8 jours, soit l’une des plus faibles d’Europe. La France dispose d’un délai maximal de rétention administrative de 32 jours, largement inférieur à celui des autres grands pays européens. La présence d’un médecin est systématique et aucun des rapports ayant été réalisés par les autorités indépendantes chargées de contrôler ces centres n’a émis de critique concernant la qualité de ces soins ou de la nourriture proposée." Il reconnaissait simplement que la situation du centre de Mayotte n'était pas tolérable. Pourtant, les conditions de rétentions ont alarmé jusqu'au Sénat. On lui rappellera aussi ce témoignage de Rue89. Il ne date que de janvier 2008.

Ils n'arrêtent pas de souffler. Les mains jointes autour des lèvres, les membres des familles des retenus tentent ce qu'ils peuvent pour avoir moins froid.
Les deux centres de rétention de Vincennes où sont enfermés 154 hommes et 21 femmes ne disposent pas de salle pour accueillir les visiteurs. Les tête-à-tête sont autorisés dans des parloirs improvisés, tous les jours, mais l'attente se fait dehors, sous un petit abri en bois.
La femme de Rachid, un Algérien arrêté le 28 décembre, patiente depuis plus d'une heure. Sa fille de 6 ans ne l'a pas accompagnée. Il fait trop froid et la fillette n'est pas dupe : « Hier, je lui ai expliqué que Rachid “travaillait” ici. » En France depuis 2001, ce sans-papiers travaillait dans un hôtel 4 étoiles du XVIIe arrondissement de Paris. Il a été dénoncé. Sa femme, française, répète qu'il était déclaré.
« Tous les soirs, les policiers ouvrent la porte de nos chambres, parlent, crient »
Un jeune Malien attend. Il est là pour récupérer ses affaires. Lui était à l'intérieur. Il a été relâché quelques heures auparavant. De ses quatre jours passés dans le grand bâtiment, entouré de barbelés, il retient l'« enfer » :

« On ne dort pas. Tous les soirs, les policiers ouvrent la porte de nos chambres, parlent, crient. Ils nous appellent au micro. Quand on va les voir, ils nous ordonnent de partir. »
Les retenus sont deux par chambres -des lits superposés- et ont des repas corrects à heures fixes, la même chose resservie au déjeuner et au dîner. Il déplore l'état « catastrophique » des toilettes, l'eau froide des douches quand on est le dernier à y passer, et surtout l'absence d'égard et de respect : « On ne vaut rien à leurs yeux. »
A la lecture de la décision du tribunal administratif, en affirmant, à la troisième personne, que  «sa priorité absolue est d’assurer l’exercice effectif des droits des personnes retenues et que la continuité de ces prestations de soutien et d’assistance juridiques aux personnes étrangères en rétention administrative doit impérativement être assurée après le 2 juin 2009». Il a aussi affirmé qu'il se donnait «48h pour prendre les décisions qui conviennent afin que les droits des étrangers en rétention soient bien pris en compte après le 2 juin».

La France se justifie
Mardi dernier, le 26 mai, la France était encore citée, pour la troisième fois, à comparaitre devant l’ONU, à Genève, pour y rendre compte de son respect de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE). Nadine Morano, la secrétaire d'Etat à la Famille, est allé se défendre, acocmpagné de Dominique Versini, la Défenseure des Enfants. En cause, le droit opposable à la garde d’enfant de moins de 3 ans et la gestion de la délinquance des mineurs. Cela fait un an que la France était supposée venir s'expliquer. 
"Les principales questions posées par la Commission rejoignent l’actualité : Justice des mineurs (cf le Rapport Varinard), accueil des mineurs immigrés, sécurité et présence de policiers dans les établissements scolaires… mais ont couvert également les thèmes de santé publique comme la pauvreté et l’accès à la santé, la santé mentale ou bien la vente d’armes propice au développement des « enfants soldats ».
D’autres observations sur la législation française, en particulier sur l’adoption, la formation parfois insuffisante des professionnels de l’enfance sur la CIDE, l’absence d’une politique de l’Enfance en soi, ont été émise par le Comité à la délégation française." (source: Santélog)

Un juge des enfants s'explique. Il a collaboré à un rapport pour préparer cette audition. Il s'indigne. Il a sans doute raison. La France, que Nicolas Sarkozy aimerait voir comme une "puissance globale" n'est pas capable de s'occuper de ses enfants dans la dignité. Deux millions d'entre eux vivent dans la pauvreté.

Depuis mai 2007, la traque des sans-papiers se passe aussi à la sortie des écoles.

Ami Sarkozyste, où es-tu ?

30 mai 2009

108ème semaine de Sarkofrance : Sarkozy, l'insécuritaire permanent

Le scrutin approche, les sondages ne sont pas trop mauvais. Il faut motiver l'électeur de droite déboussolé par 9 mois de vulgate sociale pour cause de crise. Nicolas Sarkozy ressort son joker, la lutte contre l'insécurité. Projet de loi LOPPSI 2, fouille des cartables à l'école, base navale face à l'Iran, gros mots contre la Corée du Nord, le président nous protège des vilains du monde et des voyous de l'intérieur. Qu'importe si nous fêtons sa 108 ème semaine de présence à l'Elysée et sa 7ème année, quasiment sans interruption, à la tête des forces de l'ordre.

Surveillance généralisée...
Quand la crise menace en France, on joue avec les vieilles recettes: Nicolas Sarkozy instrumentalise la sécurité, tant sur le plan intérieur qu'à l'étranger. En début de semaine, il est allé inaugurer "sa" nouvelle base militaire aux Emirats Arabes Unis, la première ainsi construite à l'étranger depuis 50 ans. Il en avait annoncé l'installation il y a 18 mois. Quel intérêt la France a donc à mobiliser de tels efforts de défense sur le détroit d'Ormuz, à quelques encablures navales de l'Iran ? C'est un virage stratégique inquiétant qui semble surtout satisfaire les rêves de grandeur du Monarque français. Nicolas Sarkozy veut que la France reste une "puissance globale" dans le monde. Grand bien lui fasse. On croyait qu'il fallait parler Europe ces temps-ci. Ces ambitions auraient pu être une occasion de promouvoir la défense européenne, à quelques jours d'un scrutin qui ennuie tout le monde. Mais non, Sarkozy prend la posture, trop grande pour lui,  d'un Général de Gaulle. Il hérite plutôt de celle d'un petit George W Bush pour expliquer que l'Iran n'a qu'à bien se tenir: désormais, la France est présente là-bas aussi.

Sécurité toujours, mais intérieure cette fois-ci, le sujet des violences à l'école a mobilisé la Sarkofrance ces derniers jours : Xavier Darcos avait parlé de faire "fouiller les élèves", une proposition refusée par la ministre de l'Intérieur samedi dernier. Un opportun sondage d'OpinionWay lui donne raison, affichant 64% de Français interrogés "favorables à la fouille". Mercredi, Michèle Alliot-Marie présentait en Conseil des ministres son projet de loi LOPPSI 2, un éventail de mesures sécuritaires comme jamais la France n'en a connu. Jeudi, Nicolas Sarkozy s'est fendu d'un beau discours sur le même thème, devant 700 personnes invitées dans un salon de l'Elysée. Sous le fatras des annonces présidentielles, on pouvait distinguer l'ébauche d'un système de surveillance totalitaire: autorisation de ficher les victimes dans les procédures de recherche des causes de mort et disparition; abaissement du seuil de peines (concernant les crimes et délits punis de plus de 5 ans de prison) pour le fichage automatisé des données personnelles collectées pendant les enquêtes judiciaires; protection des agents de renseignements et de leur anonymats contre d'éventuelles procédures judiciaires; autorisation des captations à distance de données informatiques à l'insu des personnes visées dans des affaires de criminalité organisée.

La question de l'installation de mouchards électroniques, sur décision d'un juge d'instruction, est sensible quand on se rappelle que Nicolas Sarkozy veut supprimer... le juge d'instruction. La réforme proposée est presque un aboutissement, qui placera les décisions de justice, notamment sur les affaires sensibles, intégralement sous la coupe du Garde des Sceaux (via les procureurs). Le gouvernement nous explique qu'il ne veut que "pirater les voyous".

Surveillance des réseaux et des citoyens, fichage sans contrôle, mise sous tutelle de la justice, la mise en place d'un système totalitaire est-elle en oeuvre ?

Reste que ces annonces sont avant tout électorales. Un conseiller de Michèle Alliot-Marie expliquait cette semaine que "L'Elysée vient de se rappeler soudainement que le projet est dans nos tiroirs depuis deux ans." D'ailleurs, le projet LOPPSI 2 ne sera étudié au Parlement ... qu'en septembre ! L'UMP a du mal à remplir les salles de ses meetings. Elle tente même de remettre l'immigration sur le devant de la scène. Insécurité et immigration, la belle équation d'une droite en panne d'idées et de succès !
Nicolas Sarkozy n'est surtout pas content de la polémique naissante sur son échec en matière de délinquance. Mercredi dernier, il a enguirlandé sa ministre de l'intérieur : "l'insécurité, c'est un sujet qui m'appartient, qui fait partie de ma marque identitaire." Nous voilà prévenus ! Et pourtant les chiffres parlent d'eux-mêmes. A chaque nouveau tragique faits divers, les médias et l'opposition rappellent que les violences aux personnes n'ont cessé de progresser depuis 2002. La sécurité joue comme un boomerang qui revient le frapper en pleine face sept ans plus tard. Nicolas Sarkozy s'inquiète, il a raison. L'insécurité l'insécurise électoralement.

... et insécurité sociale permanente

Le président français est moins disert sur l'insécurité sociale. Il y avait pourtant de quoi dire: le chômage explose, le RSA entre en vigueur, le prêt de main d'oeuvre est assoupli, et l'ignoble Lefebvre propose de légaliser le travail pendant les congés maladie et maternité.

Vendredi, le pôle emploi a en effet confirmé l'aggravation du chômage en avril, pour le 12ème mois consécutif: + 58 500 demandeurs d'emploi de catégorie A.  En ajoutant les chômeurs ayant travaillé occasionnellement dans le mois, le nombre de demandeurs d'emploi s'établit à 3,571 millions.  On dépassera les 4 millions en décembre. Le déficit de l'UNEDIC se creuserait à 1,3 milliards d'euros cette année, puis 4,5 milliards l'an prochain. Côté déficit, celui des comptes sociaux devrait dépasser les 20 milliards d'euros en  2009. On attend déjà le plan d'économies arriver. En particulier, l'Etat doit encore trouver 357 milliards d'euros pour financer la retraite des fonctionnaires, sur un total de 1050 milliards d'euros. D'après le Figaro, il réfléchit à de nouvelles pistes de "réformes".  Le président de la Commission des Finances au Sénat, Jean Arthuis, a demandé au Ministère des Finances d'évaluer la suppression de l'ISF et du bouclier fiscal, et la création d'une cinquième tranche d'impôt sur le revenu. Le sénateur a réaffirmé son opposition au "tabou sarkozyen" relatif au bouclier fiscal: "Il paraît. Mais on ne peut pas vivre indéfiniment dans la terreur, dans les tabous des interdits fiscaux. Quand on pleure sur les emplois perdus, sur la crise sociale, on ne peut pas ne pas agir. (...) "Le bouclier fiscal pose problème". Pas sûr que le chef de l'Etat apprécie la démarche...

En début de semaine, pendant que le monarque visitait les Emirats Arabes Unis, les députés UMP s'agitaient sur le code du travail. Certains ont fait voter la généralisation du "prêt de main d'oeuvre", initialement réservé aux agences de mannequins, à l'intérim et aux organismes sportifs. Prochainement, toute entreprise pourra y recourir, du moment qu'il n'y a pas de but lucratif. Ces prêts permettront surtout de contourner les droits des salariés, puisque rien ne garantit que les salariés "prêtés" (isolément ou dans un groupement) le même statut que ceux des l’entreprise qui les reçoient. Ils permettront aussi à certaines entreprises de bénéficier d'exonérations de charges, sur les heures supplémentaires notamment, auxquelles elles n'auraient pas eu droit sinon.  Frédéric Lefebvre a ajouté sa pierre au débat. Il s'est servi de ce projet pour proposer d'autoriser le travail ... pendant les congés maladies, maternité voire parentaux, grâce au télétravail. Son argument ? Quand on est malade ou enceinte, on peut disposer toutes ses facultés mentales. Evidemment, les indemnités éventuelles de congés auraient alors été réduites à due proportion du "temps de travail récupéré". Mal à l'aise, son camp l'a lâché en rase campagne.

Coïncidence, la direction des études des ministères du Travail et de l'Emploi (Dares) publiait cette semaine une étude sur les horaires de travail des salariés français : seuls 37% des salariés français ont des horaires de travail "normaux". Les autres, soit près des deux tiers, doivent jongler avec des horaires « atypiques », que ce soit de nuit, le week-end, à temps partiel ou avec des périodes imprévisibles ou décalées. Près d'un salarié sur 5 cumule "plusieurs contraintes horaires, comme les semaines irrégulières, l'absence de repos hebdomadaire de 48 heures ou les créneaux fixés par l'entreprise sans possibilité de modification." Frédéric Lefebvre connaît-il seulement la réalité sociale du pays passées les frontières de son département des Haut-de-Seine ?

Lundi, le Revenu de Solidarité Active entre en vigueur. Voici l'arbre social de Sarkofrance qui cache la forêt des mauvaises réformes. La presse multiplie les témoignages de ces pauvres gens soulagés de passer de 400 à 600 euros par mois. Quelques 3,1 millions de foyers sont concernés, soit 6,8 millions de personnes. Martin Hirsch, auteur de cette réforme, espère en sortir 700 000 de la pauvreté (dont le seuil de revenu est fixé à 880 euros par mois). Certains sceptiques objectent que le RSA stimulera surtout les emplois précaires et à temps partiel. On nous explique discrètement que le RSA coûtera 9,8 milliards d'euros par an "en régime de croisière". Or son financement, controversé, par une nouvelle taxe sur les revenus du capital des classes moyennes ne rapportera que 1,5 milliards d'euros... Cherchez l'erreur.

A chacun donc sa sécurité. Quand les Français pensent à leur emploi, luttent contre leur précarité, s'indignent des abus des plus grands, le chef de l'Etat préfère l'habituel vacarme électoral sur les voyous et la menace extérieure et les distractions "bling bling" qu'il affiche complaisamment aux yeux de tous. Ainsi, il s'est félicité d'avoir 112 000 "supporters" sur le réseau social Facebook. Il dit également ravi sa video "surprise" le montrant dans un salon de l'Elysée avec Carla Bruni et 6 lectrices de Femme Actuelle ait été vue un million de fois.

Nicolas reste Narcisse. Qu'il se rassure, son actualité "people" attire bien les foules. Une nouvelle photo de Carla Bruni dénudée vient d'ailleurs d'être mise aux enchères...

Seniors: payer ou embaucher, il faut choisir...

29 mai 2009

LOPPSI 2: la mise à jour de nos libertés

Jeudi, Nicolas Sarkozy confirmait ses plans en matière de sécurité. C'était le grand retour du "super-flic" sur la scène politique. La veille, le ministère de l'intérieur avait mis en ligne le projet de loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, dit LOPPSI 2, que Michèle Alliot-Marie avait présenté le jour même au Conseil des Ministres.

LOPPSI 2, l'étendue des dégâts
Michèle Alliot-Marie a publié son projet LOPPSI 2. Voici une mise à jour des informations que nous avions publié il y a 8 jours.
  • Création d'un délit d'"utilisation frauduleuse de données à caractère personnel de tiers sur un réseau de télécommunication" (article 2). cette utilisation "malveillante"sera punissable d'un an de prison et de 15 000 euros d'amende.
  • Agravation de certains délits de contre-façons (chèques, cartes bancaires)
  • Obligation faite aux FAI de bloquer l'accès aux sites répertoriés comme pédophiles par la police (article 4).
  • Autorisation des investigations de police sur les cadavres anonymes (article 5 à 7)
  • Simplification des procédures d'alimentation du fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) (article 9)
  • Encadrement des différents fichiers de police (article 10 et 11) : autorisation de ficher les victimes dans les procédures de recherche des causes de mort et disparition.; abaissement du seuil de peines (concernant les crimes et délits punis de plus de 5 ans de prison) pour le fichage automatisé des données personnelles collectées pendant les enquêtes judiciaires; création d'un "magistrat référent" en charge du contrôle des fichiers de police.
  • Amélioration des fichiers des délinquants sexuels (élargissement de l'accès, etc)
  • Aménagement du cadre juridique de la videoprotection : autorisation d'installation de videoprotection privée; délai de conservation des images (un mois) prolongeable sur décision de justice.
  • Protection des agents de renseignements contre d'éventuelles procédures judiciaires: création de nouveaux délits qui sanctionnent la révélation d'un agent, de ses sources ou de ses collaborateurs; autorisation des identités d'emprunt et de témoignage anonyme en cas de procédure judiciaire (article 20)
  • Agrément préfectoral des dirigeants de sociétés d'intelligence économique;
  • Allongement de 15 jours de la durée des écoutes téléphoniques en matière de criminalité organisée (article 22);
  • Captation à distance des données informatiques autorisée sans procédure pour les affaires de criminalité organisée, à l'insu des personnes visées (l'équivalent des écoutes téléphoniques appliquées au Web): "le projet donne aux enquêteurs la possibilité de capter en temps réel les données informatiques telles qu'elles s'affichent à l'écran d'un ordinateur ou telles qu'elles sont introduites lors d'une saisie de caractères" (dixit l'exposé des motifs); ce type d'intrusion sera réservé "à la lutte contre la criminalité la plus grave, dont le terrorisme", sous le contrôle d'un juge d'instruction.  Nicolas sarkozy n'a-t-il pas prévu de supprimer ce dernier ? Julien Coupat n'est il pas suspecté de terrorisme ?
  • Aggravation de la repression dans les installations sportives (article 24),avec notamment l'interdiction de stade.
  • Création d'une peine obligatoire de confiscation du véhicule lorsque le conducteur en infraction de conduite non autorisée (sans permis, ou permis suspendu) est propriétaire du véhicule, ou pour les conducteurs condamnés pour homicide ou blessures involontaires.
  • Aggravation des peines pour conduites sous emprise de l'alcool ou de drogues.
 Bref, l'arsenal de sanctions et de répression se complète très largement. La loi se modernise, à l'aune des nouvelles délinquances. Mais la loi ne modernise pas les nouveaux droits éventuels du citoyen inernaute.

Etes vous surpris ?

La fin du juge d'instruction
La question de l'installation de mouchards électroniques, sur décision d'un juge d'instruction, est sensible. En janvier dernier, le président a annoncé sa volonté de supprimer le juge d'instruction. Or c'est sur lui que repose la faible "garantie" proposée au citoyen contre d'éventuels abus en matière de surveillance électronique. Qu'en sera-t-il demain ? Récemment, Mireille Delmas-Marty avait publié dans le Monde une longue tribune pour justifier les lacunes de la réforme judiciaire envisagée par le chef de l'Etat, notamment en matière d'indépendance de la justice. Elle rappelait que les juges d'instruction ne traitent plus que 4% des affaires pénales, contre encore 20% en 1960. Depuis des décennies, différents aménagements des procédures d'instruction et de jugement ont "permis" de décharger progressivement les juges d'instruction. La réforme proposée est presqu'un aboutissement qui placera les décisions de justice, notamment sur les affaires sensibles, intégralement sous la coupe du Garde des Sceaux : "le parquet reste l’organe qui décide des poursuites et peut classer une affaire sans suite, non seulement parce que l’infraction n’est pas constituée, mais encore pour raisons d’opportunité." (...) En outre, le développement des “alternatives aux poursuites” permet au parquet de se substituer à la juridiction de jugement. (...) "Une politique pénale impartiale devrait se limiter à des directives générales, à l’exclusion des instructions dans des affaires particulières, même écrites et versées au dossier."
Mireille Delmas-Marty regrette que l'indépendane des procureurs, si le juge d'instruction disparaît bel et bien, n'ait pas été retenue: "compte tenu de l’accroissement des pouvoirs du parquet, il est urgent, en toute hypothèse, de renforcer les garanties d’indépendance et d’impartialité". Et notamment : "les injonctions dans des affaires particulières devraient être explicitement exclues, ce qui n’empêcherait pas le gouvernement de faire connaître son point de vue dans les quelques rares affaires dites sensibles".
Chiche ?

Sarkozy, super-flic... de pacotille ?
Il y avait sans doute matière à adapter le droit à la délinquance 2.0. L'éventail de la loi LOPPSI 2 est si large qu'on s'y perd. L'effet d'affichage, à une semaine du scrutin européen, se voulait significatif. C'est bien là que le bas blesse. L'insécurité est le seul sujet de campagne capable de mobiliser l'électorat restant de l'UMP, sans déclencher de réelle réaction dans l'opposition. Qui s'opposera à la lutte contre les réseaux pédophiles sur Internet ? Le plan annoncé jeudi a tout du catalogue électoral. La loi ne sera étudiée au Parlement qu'à l'automne, mais il fallait en parler dès aujourd'hui... Qui est donc responsable de la sécurité depuis 2002 ?


En matière scolaire, le monarque a avalisé les propositions de son ministre de l'Education, déjugeant ainsi Michèle Alliot-Marie, avec l'habilitation des chefs d'établissement et des conseillers principaux d'éducation à contrôler les sacs et cartables et à saisir les armes trouvées, l'installation au cas par cas, en cas de nécessité, de portiques de détection et même la création d'une équipe mobile auprès de chaque recteur, susceptible d'intervenir en renfort auprès des chefs d'établissement. Sarkozy va chercher des réservistes de la police nationale, des policiers à la retraite et des volontaires qualifiés, au renforcement de la sécurisation des établissements. Fichtre, sommes nous en guerre ? Qui a décidé de supprimer 10 000 postes a sein des forces de l'ordre d'ici 2012 ?


Côté "bandes et voyous", Nicolas Sarkozy se régale, en nous promettant, pour le Journal Télévisé de TF1, des "opérations coup de poing" dans 25 quartiers sensibles, un renfort de 300 policiers en Seine-Saint-Denis, et l'installation de nouvelles caméras de surveillance. Fadela Amara sera satisfaite. Son plan Banlieue-Espoir se concrétise...

Côté lutte contre les trafics, les annonces sont totalement superficielles, creuses et médiatiques, comme la "réflexion sur le durcissement de la répression pénale du trafic d'armes" (faites vous un communiqué de presse à chaque fois que vous ... réfléchissez ?), ou la création de toutes sortes de comités et commissions au sein des forces de l'ordre.

La  lutte contre l'insécurité mérite mieux qu'un effet d'affichage.

PS: une consolation, Julien Coupat a été libéré.

Logique de collabos

Nicolas Sarkozy nous fait croire qu'il pratique l'ouverture depuis mai 2007. Il a raison sur un point: il n'a pas enfermé son gouvernement sur un clan. Patrick Devedjian s'en était plaint publiquement il y a deux ans: il n'y avait pas assez de sarkozystes auprès du président. Depuis, Nicolas Sarkozy a constamment veillé à rallier toutes les composantes de sa majorité, jusqu'à exfiltrer le villepiniste Bruno Le Maire en décembre dernier, pour lui confier les Affaires Européennes.

Le mensonge est ailleurs. L'ouverture à gauche n'existe pas. Elle consiste en fait à quelques débauchages de personnalités de gauche, marginales dans leur camp, qui ne font qu'appliquer le programme présidentiel. Des collabos en quelque sorte.

A l'occasion des élections européennes, la liste s'allonge. L'épouse de Max Gallo se retrouve en quatrième position UMP en Ile de France (et reprend le nom de son époux). Jean-Marie Cavada s'affiche, dans la même région, comme "l'arme anti-Bayrou" de Nicolas Sarkozy, comme l'explique le Monde.
"Le problème de M. Cavada, c'est l'âge, dégaine Bernard Lehideux, député sortant et numéro 2 du MoDem sur la liste de Marielle de Sarnez en Ile-de-France. A 69 ans, il réalise qu'il n'avait plus le temps d'attendre pour faire une nouvelle carrière. Alors il a quitté Bayrou pour se rapprocher de Sarkozy."
Dernier en date, Claude Allègre, en rupture de banc socialiste depuis près d'une décennie.

28 mai 2009

Casses sociales en cascades en Sarkofrance

Le déficit des comptes sociaux devrait dépasser les 20 milliards d'euros en  2009. On attend déjà le plan d'économie arriver. Pourtant, la semaine a été occupée par des gesticulations umpistes en matière de droit du travail: prêt de main d'oeuvre ou assouplissement des congés maladies, tout est bon pour éviter de parler des vrais sujets...

Prêter ses salariés
Lundi soir, des députés UMP ont examiné un projet de loi de Jean-Frédéric Poisson (UMP) qui permettrait à une entreprises de prêter un salarié à une autre, dès lors qu'elle n'en tire pas de bénéfices. Le projet assouplit et précise la situation des groupes d'employeurs, en supprimant notamment la limite de l’appartenance à deux groupements d’employeurs, et ouvre la possibilité aux collectivités territoriales de rejoindre des groupements d'entreprises mixtes. Plus important, le projet modifie le code du travail d'une simple phrase (""Il n’y a pas de but lucratif dans une opération de prêt de main-d’oeuvre quand l’entreprise prêteuse n’en tire pas de bénéfice."), qui permet ainsi d'élargir les conditions de prêts de main d'oeuvre. Jusqu'à lors, seuls les agences travail temporaire, de mannequins et les organismes sportifs y étaient autorisés. Faut-il s'en féliciter ? Les promoteurs de la loi expliquent que "cette disposition permet donc de ne pas rompre le contrat de travail, de donner au salarié une mobilité temporaire enrichissante pour son expérience professionnelle, et enfin, à l’entreprise d’origine de pouvoir retrouver la main d’œuvre compétente, une fois les difficultés économiques surmontées."
Ces assouplissements présentent plusieurs dangers: ils permettront de contourner les droits des salariés, puisque rien ne garantit que les salariés "prêtés" (isolément ou dans un groupement) le même statut que ceux des l’entreprise qui les reçoient. Ils permettront aussi à certaines entreprises de bénéficier d'exonérations de charges, sur les heures supplémentaires notamment, auxquelles elles n'auraient pas eu droit sinon... Le 13 mai dernier, l'un des membres de la Commission Sociales de l'Assemblée exprimait ainsi sa crainte: "Pour ce qui est du prêt de main-d’œuvre à but non lucratif, n’y a-t-il pas un risque que l’entreprise emprunteuse puisse « emprunter » à très bas coût  des salariés qu’autrement elle aurait dû payer davantage ?" Enfin, les éventuelles dérives des groupements, comme sur la mobilité imposée aux salarié(e)s d'entreprises en groupement mais de régions différentes, sont mal encadrées.

Travailler malade ou enceinte
Frédéric Lefebvre, le député suppléant de l'Essonne, s'est servi de ce projet pour proposer d'autoriser le travail ... pendant les congés maladies, maternité voire parentaux, grâce au télétravail. La fin des congés en quelque sorte, comme le rappelait Sylvain Lapoix chez Marianne2. Dans son amendement, le député précisait que l'initiative de travailler revenait au salarié, et que l'entreprise ne pouvait s'y opposer (sic !) sauf à prouver une impossibilité matérielle... Quelle est donc la signification du mot "congés" chez Frédéric Lefebvre ? Evidemment, les indemnités éventuelles de congés auraient alors été réduites à due proportion du "temps de travail récupérée"... "L'employeur pourrait également être incité à encourager le passage au télétravail en se voyant offrir une réduction de charges sociales, financée par les économies réalisées par la caisse d'assurance maladie, qui n'aurait plus à verser d'indemnité au télétravailleur" pouvait on lire dans l'exposé des motifs dudit amendement.
Amendement de Frédéric Lefebvre :

"Le salarié pourra demander à son employeur de poursuivre l’exécution de son contrat de travail par télétravail pendant les périodes de congé suivantes :

1° congé consécutif à une maladie ou un accident non professionnel au sens de l’article L. 1226-2 du code du travail ;

2° congé consécutif à une maladie ou un accident professionnel au sens de l’article L. 1226-10 du code du travail ;

3° congé de maternité au sens de l’article L. 1225-17 du code du travail, à l’exception des périodes visées à l’article L. 1225-29 du code du travail, pendant lesquelles le contrat de travail sera nécessairement suspendu ;

4° congé parental d’éducation au sens de l’article L. 1225-47 du code du travail ;

5° congé de présence parentale au sens de l’article L. 1225-62 du code du travail ;

L’employeur ne pourra s’opposer à cette demande, sauf à démontrer que les tâches habituellement exécutées par le salarié ne peuvent l’être que dans les locaux de l’employeur.

Dans les cas visés aux 1°, 2° et 3° ci-dessus, l’exécution du contrat de travail par télétravail devra faire l’objet d’un avis médical favorable.

Son amendement a été retoqué.

Travail atypique
Il a fallu attendre une enquête de la direction des études des ministères du Travail et de l'Emploi (Dares) publiée lundi 25 mai à partir de chiffres remontant à 2005 pour mesurer combien ces discussions sont avant tout des gesticulations infondées. Pendant la campagne présidentielle, on nous expliquait que les 35 heures bridaient le travail, qu'il fallait assouplir ce carcan insupportable, déplafonner et défiscaliser les heures supplémentaires. De fait, le gouvernement a mis en œuvre les assouplissements promis... mais sans effets. On savait depuis peu que la défiscalisation des heures supplémentaires n'a pas survécu à la crise, les heures sup ayant chuté brutalement au premier trimestres 2009, après avoir affaibli l'emploi intérimaire dès avril 2008. Mais ce n'est pas tout. Le carcan n'existait pas ! La Dares vient de confirmer que seuls 37% des salariés français ont des horaires de travail "normaux". Les autres, soit près des deux tiers, travaillent avec des horaires « atypiques », que ce soit de nuit, le week-end, à temps partiel ou à des périodes imprévisibles ou décalées. Près d'un salarié sur 5 cumule "plusieurs contraintes horaires, comme les semaines irrégulières, l'absence de repos hebdomadaire de 48 heures ou les créneaux fixés par l'entreprise sans possibilité de modification."

Dette sociale quand tu nous tiens...
La CADES (Caisse d'amortissement de la dette sociale) avait été créée en 1996 pour prendre en charge, et refinancer au moyen d'emprunts, le déficit grandissant des comptes sociaux. Financée par une Contribution de remboursement de la dette sociale (CRDS), au taux de 0,5 %, assise sur l'ensemble des revenus (activité, remplacement, patrimoine...), cette CADES devait s'éteindre en 2012, mais, déficit oblige, elle doit prolonger son activité jusqu'en 2021 au moins.  Deuxième indicateur, le plafond de découvert de trésorerie accordé à l'Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss), doit être porté de 18 à 30 milliards avant octobre prochain. Personne ne se demande s'il ne s'agit pas finalement d'un échec de solidarité.

Le gouvernement va évidemment réfléchir à réduire les prestations, notamment de retraite. le Figaro a opportunément rappeler ce mardi que l'Etat devait encore trouver 357 milliards d'euros pour financer la retraite des fonctionnaires, sur un total de 1050 milliards d'euros: "cette somme est théorique. L'État ne devra la débourser effectivement que si, d'ici là, il ne fait aucune nouvelle réforme de retraite des agents publics".


Ecole, Web : Sarkozy maître des armes.

Ce jeudi, Nicolas Sarkozy reçoit "les principaux acteurs de la Sécurité, de la chaîne pénale et de l’Education nationale". Un rendez-vous bien à propos pour maintenir l'insécurité sur le devant de la scène à quelques jours du scrutin européen.

Les élections en ligne de mire.
Personne n'est dupe. En replaçant l'insécurité depuis quelques mois sur le devant de la scène, Nicolas Sarkozy cherche à remobiliser son électorat. «Il faut donner un petit coup de pouce», expliquerait-on dans l'entourage de l'Élysée. Le chef de l'Etat ne s'einterdit pas d'intervenir à nouveau publiquement. Tout est fait pour ne laisser aucun espace à droite, et maintenir l'UMP dominante au soir du 7 juin. Qu'importe si ce thème n'a rien à voir avec le scrutin européen...

La violence à l'école
Christian Estrosi avait les honneurs d'une visite présidentielle dans sa ville de Nice en avril dernier. Il a été chargé de réfléchir au projet de loi contre les "bandes", suite aux annonces de Nicolas Sarkozy il y a maintenant un mois. Le maire de Nice avait déjà proposé d'installer des portiques dans les collèges de sa ville. Il y a dix jours, à la faveur d'une attaque à la Kalakchnikov à la Courneuve puis de nouvelles agressions violentes dans des établissements scolaires, Sarkozy met la pression sur ses ministres. Il paraît que le gouvernement s'inquiète (enfin ?) de l'apparition d'armes en milieu scolaire. Le lendemain, le ministre de l'Education Nationale croit bien faire. Il suggère d'autoriser les fouilles d'élèves par le personnel administratif dans les écoles («Les personnels doivent avoir le droit de faire ouvrir le cartable ou de fouiller l’élève qu’ils suspectent de vouloir introduire des armes.»). Xavier Darcos a été désavoué par Michèle Alliot-Marie 48 heures plus tard. Cette dernière a affirmé son hostilité à une telle proposition. Le même jour, Manuel Valls tombait dans le piège tendu par l'UMP et son porte-parole Frédéric Lefebvre. Ce dernier exigeait une réponse du parti Socialiste sur la prochaine proposition de loi de Christian Estrosi. La socialiste Delphine Batho avait pourtant rétorqué que l'UMP devait assumer son propre échec en matière de lutte contre les violences (+46% de faits violents en france depuis ... 2002). En déplacement "surprise", mais filmé, dans un lycée Parc de Vilgenis à Massy (Essonne), le 20 mai dernier, Nicolas Sarkozy s'est surpris à demander à une élève témoignant de violences en classe: "Qu'attendez-vous de nous ?".

Tout est en place pour la nouvelle loi sur les bandes !

Darcos, maître d'école ou maître des armes
Mercredi 27 mai, le ministre de l'Education Nationale a précisé son plan, conforté par un sondage OpinionWay publié ... la veille.
- Mise en place de portiques de détection d'armes «dans les établissements où les diagnostics de sécurité auront fait apparaître une difficulté récurrente à empêcher leur introduction»;
- Aurorisation des fouilles d'élèves par les chefs d'établissements et conseillers principaux d'éducation (CPE), «au moyen d’une habilitation spécifique qui leur serait donnée par la loi»;
- Création d'une «une force mobile d’agents assermentés, recrutés et formés» qui, placée auprès des recteurs, pourrait «intervenir dans les établissements, sous l’autorité des chefs d’établissement, dans le cadre de missions de prévention et de dissuasion.»

- Instauration  «de sanctions financières concrètes, rapides et proportionnées» contre les parents d'élèves violents («qui ont définitivement démissionné»).
Coïncidence, le sondeur OpinionWay n'a interrogé son panel que sur ces 4 mesures annoncées par Xavier Darcos.

Pirater les voyous

S'il est un domaine où le président excelle, ce n'est pas la sécurité, mais bien plutôt la surveillance. Hier, mercredi 27 mai, Michèle Alliot-Marie a présenté comme convenu son projet "LOPPSI 2", une loi destiné à doter l'Etat des moyens modernes de cyber-surveillance contre les suspects 2.0. Le quotidien de Sarkofrance récemment expliquait que le gouvernement allait "pouvoir pirater les ordinateurs des voyous." On imagine déjà Etienne Mougeotte, le patron des rédactions du Figaro, derrière cette belle trouvaille. Son journal a donc expliqué les belles motivations de cette loi : "aussi surprenant que cela puisse paraître, la justice, qui peut placer des caméras et des micros partout, n'avait aucun droit d'accès aux ordinateurs, sanctuarisés par un vide juridique." Aussi, la nouvelle loi va permettre de répondre à cette lacune  :
"Concrètement, la police judiciaire pénétrera chez le suspect aidée d'un serrurier, de jour comme de nuit. Elle posera sur sa machine une clé de connexion, sorte de clé USB qui s'enfiche à l'arrière ou, mieux, à l'intérieur, sur l'un des ports disponibles. Et le mouchard renverra les données vers les ordinateurs des autorités. Rien n'empêchera désormais la police d'installer à distance des logiciels pirates, sortes de chevaux de Troie, qui la renseigneront en temps réel sur tout ce qui entre et sort d'un PC ou d'un Mac.
Ce superpouvoir, que s'arrogent les services secrets, sera bien sûr accordé à la PJ uniquement dans les affaires les plus graves (terrorisme, pédophilie, meurtre, torture, trafic d'armes et de stupéfiants, enlèvement, séquestration, proxénétisme, extorsion, fausse monnaie, blanchiment et aide à l'entrée et séjour d'un étranger), dès lors que les faits sont commis en bande."
Bien sûr.

Lire aussi:

27 mai 2009

Rachida Dati se casse mais réécrit l'histoire

Le scrutin approche. Sauf miracle, Rachida Dati devrait être élue députée "dépitée" européenne le 7 juin. Avant de remettre les clés de son ministère, elle s'est permise d'écrire un bilan de son action à la Justice depuis mai 2007. Trente réformes, selon elle, ont été lancées et adoptées sous sa courte mandature. Trente ? Le Figaro n'en retient que 3 : "les peines planchers ont été mises en place, la réforme de la carte judiciaire votée, la rétention de sûreté a fait son entrée dans le droit français."

Les échecs de la ministre sont légions : son autoritarisme a fait volé en éclat plus d'une fois l'unité de son propre cabinet. La quasi-totalité de son équipe a valsé durant les 6 premiers mois de son ministère. La réforme de la carte judiciaire, présentée comme un succès, a été le fruit de tractations à l'ombre des couloirs de l'Assemblée, ignorant les fragilités de la justice de proximité. Les peines planchers ont aggravées la surpopulation carcérale, sans  résoudre la flambée de la délinquance violente que Nicolas Sarkozy n'a su combattre depuis 2002. Grande ambition présidentielle, la réforme de la justice des mineurs s'est enlisée. Rachida Dati s'est faite taclée par François Fillon sur l'abaissement à 12 ans de l'âge légal de responsabilité pénale. Le projet de code des mineurslui-même reste à être présentée. La grande réforme carcérale attendue fut un soufflet qui retomba bien vite avec si peu de moyens supplémentaires, et l'abandon du principe d'encellulement individuel. Un mois avant que la ministre ne rende son tablier, le personnel pénitentiaire a manifesté sa grogne, en bloquant l'accès aux prisons ou l'extraction de détenus.

Quant aux peines planchers elles-mêmes, elles ne sont finalement prononcées qu'une fois sur deux: "Dans seulement près de 20 % des cas, la peine plancher prononcée est entièrement «ferme»." rapporte Le Figaro. L'électorat "sécuritaire" de Nicolas Sarkozy doit être bien déçu...


Effectivement, la Garde des Sceaux n'insiste pas trop sur le soulagement général provoqué par son départ prochain au sein de l'ensemble de la filière judiciaire. Nous avons ici qualifié la ministre de "Loana du Loft Sarkozyste", icône rapidement brûlée du féminisme et de la diversité sarkozyenne, Rachida Dati a été nommée pour ce qu'elle est et non ce qu'elle sait, ou sait faire. A l'instar de CeeCee, nous nous interrogeons sur les attaques en règle que la ministre a subi pendant son activité au gouvernement. A-t-elle été plus attaquée car femme ?  Sans doute pas. Son incompétence, son goût pour les lustres "Bling Bling" et son autoritarisme auront suffi à dégrader son autorité et son image plus vite que n'importe quel procès médiatique.

Clash avec Besancenot ...

26 mai 2009

Piquets de grèves, fouilles au corps, bandes : la Sarkofrance a-t-elle peur des jeunes ?

Mardi, Sarkozy fustigeait les piquets de grève persistant dans les universités. Jeudi, Xavier Darcos s'est lâché, en proposant d'assermenter le personnel éducatif afin qu'il puisse fouiller les élèves. Samedi, Michèle Alliot-Marie déclarait qu'elle n'avait "pas le droit d'avoir peur" des jeunes. Christian Estrosi, le maire de Nice mandaté par le président pour proposer de nouvelles mesures de sécurité anti-jeunes, préfère faire installer des portiques anti-armes dans les établissements de sa ville, les écoles communales y compris.

La Sarkofrance s'inquiète-elle des jeunes ?

Jeudi dernier, Xavier Darcos planchait devant le congrès de la Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public (Peep), à La Rochelle. C'est là qu'il a proposé d'autoriser les fouilles des élèves à l'intérieur des établissements, par le personnel administratif, ainsi que la création d'une "force mobile d'agents" capables de se déplacer rapidement dans les écoles : "Ce que nous voulons, c'est dissuader les candidats à la violence" (...) "Il faut pour cela donner aux personnels des moyens juridiques et matériels d'agir". Evidemment, la proposition a suscité un tollé.

Le 19 mai, Sarkozy parle d'innovation devant les salariés de l'entreprise SIAT BRAUN. Petite raillerie au passage contre ces universités qui préfèrent les piquets de grève et la validation des diplômes sans obligation de présence au cours... De quelles universités parlent-ils ? C'était simplement une raillerie, une provocation présidentielle de plus de la part d'un chef d'Etat qui pourtant s'inquiète de l'embrasement sourd et persistent du milieu éducatif. Nicolas Sarkozy ne sait-il pas se maîtriser ?


Samedi, Michèle Alliot-Marie s'est joint au concert des inquiets: dans le JDD-qui-paraît-aussi-le-samedi, la voici qui explique qu'elle n'a pas peur d'un "Colombine à la Française", du nom de ce collège américain qui fut dévasté par deux ados armés jusqu'au dents, et qui inspira des films à Gus Van Sant ("Elephant") et Michael Moore ("Bowling for Colombine"). Sur le fond, la ministre de l'intérieur récuse l'idée de Xavier Darcos: il lui paraît trop compliqué de transformer les recteurs en officiers de police judiciaire, et les conseillers principaux d'éducation en auxiliaires de police: "Ce ne sont pas des titres honorifiques, mais des compétences juridiques ; ils sont attribués par l'autorité judiciaire, qui ne plaisante pas avec ses critères. Pour être OPJ ou APJ, il faut passer un concours ou un examen, et être formé très sérieusement."
Xavier Darcos devait l'ignorer...

Sarkozy va inagurer son joujou naval à Abou Dhabi

Nicolas Sarkozy s'est envolé pour deux jours aux Emirats Arabes Unis, lundi 25 mai 2009. Il est accompagné de la moitié des patrons des entreprises du CAC 40, qui bénéficient ainsi d'un joli voyage d'affaires aux frais des contribuables. "La France va enfin vendre ses Rafales", croyait savoir Le Parisien. Incroyable ! Gageons que Serge Dassault, l'heureux propriétaire du Figaro, sénateur-maire UMP et patron du groupe éponyme, sera de la partie.
 On espérait en effet du voyage de Nicolas Sarkozy à Abou Dhabi la signature d'un "énorme contrat", concernant la vente de 60 avions pour un montant total de l’ordre de 6 à 8 milliards d’euros. Mais le très bien informé Jean-Dominique Merchet, expliquait dès samedi, sur son blog Secret Défense, que ce fameux contrat ne sera pas signé, une fois encore. Trop d'obstacles, tant techniques, politiques qu'économiques: pour acquérir ces Rafales, Les EAU veulent notamment revendre à la France, pour 1 milliards d'euros environ, des Mirages 2000-9 que cette dernière lui a vendu il y a quelques années. Du vrai service après-vente en quelque sorte !

Le joujou du Président
A Abou Dhabi, le président français inaugurera surtout une nouvelle base militaire française, sur les rives du détroit d'Ormuz. C'est la première fois depuis 50 ans que la France ouvre une base permanente à l'extérieur de ses frontières. Cette base, le président l'a voulue et décidée, il y a à peine 18 mois, lors de sa visite sur place en janvier 2008: d'après le chef de l'Etat, elle est "le signe que notre pays sait s'adapter aux nouveaux enjeux et aux nouveaux défis, qu'il est prêt à prendre ses responsabilités et à jouer tout son rôle dans les affaires du monde". Sarkozy va aussi signer le renouvellement d'un accord de défense avec les EAU. Nicolas Sarkozy joue-t-il à George W Bush avec un temps de retard ? Il a en ligne de mire l'Iran, contre qui la France veut faire pression: «On dit souvent que c'est dans les coups durs que l'on reconnaît ses vrais amis. Soyez assurés que la France sera à vos côtés si votre sécurité devait être menacée», a-t-il expliqué à une agence de presse locale.
"Pour s'imposer dans cette ancienne colonie britannique, les militaires français ont mis le paquet. Une base aérienne destinée à accueillir les Mirage et les Rafale de l'armée de l'air française à al-Dhafra ; une base navale appuyée par 300 mètres de quai, dans le port de Mina Zayed, «pour soutenir les forces déployées dans l'océan Indien et compléter, en lui donnant plus d'autonomie, le dispositif de la marine nationale dans la région», selon les mots du colonel Hervé Cherel, qui commande l'implantation française aux Émirats ; enfin une base terrestre, installée dans le camp émirati de Zayed, en plein désert, spécialisée dans l'entraînement au combat urbain. À terme, environ 500 militaires français stationneront là en permanence. Une présence assez modeste, mais un symbole et des possibilités immenses." (source Le Figaro)
Fidèle à son habitude, Sarkozy n'épargnera pas ses efforts pour vendre également un peu de technologie nucléaire, depuis la signature, en janvier 2008, d'un accord de coopération avec les EAU, relayé par une offre pour deux réacteurs présentée par un consortium Areva/GDF-Suez/Total.

Européennes: qui paye la campagne de l'UMP ?

25 mai 2009

A l'étranger, le pantouflage en Sarkofrance choque aussi

En France, quand le Président place des proches à la tête d'entreprises, on nous explique que c'est normal, sain et usuel. Normal, car le chef de l'Etat a bien le droit de favoriser la promotion de ses poulains. Sain, car les passerelles entre public et privé seraient une forme d'oxygène pour notre démocratie; usuel car tous les présidents de la Vème République auraient fait de même.

On rétorque qu'en général, les prédécesseurs de Sarkozy à l'Elysée attendaient la fin de leur règne pour placer leurs collaborateurs; que les passerelles public-privée sont sources de conflits d'intérête monumentaux que Barack Obama a prohibé en arrivant à la Maison Blanche; et qu'utiliser le levier présidentiel pour imposer des PDG à des Conseils d'Administration réticents (comme chez Thalès) est quand même surprenant...Très prochainement, de nouveaux postes vont se libérer chez Areva, Eutelsat, Nexter (armement), RATP, EDF et Aéroports de Paris. La mouvement ne fait que commencer.
Intéressante est donc la lecture d'un article du quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, de Michael Kläsgen, publié et traduit par Courrier international.: "Quand Sarkozy joue aux marionnettes"... Belle image de notre président outre-Rhin. L'observateur allemand est lucide au sujet de ces pantouflages à répéetition depuis deux ans: "Le principal critère , c’est la fidélité au président". Le journaliste allemand revient sur les nominations de François Pérol (Banques Populaires), Stéphane Richard (France Télécom), les menaces contre Anne Lauvergon (Areva), après celles contre Daniel Bouton (Société Générale).
"Passer de la politique au secteur privé ou dans une entreprise publique avec le soutien du président ou d’un parti, cela n’a rien de nouveau en France. Il existe même un terme pour cela : le pantouflage*. Et pourtant le critère de choix s’est légèrement déplacé. Ce n’est plus la fidélité à un parti qui est décisive, mais la fidélité au président. Et il ne suffit plus de sortir d’une grande école comme l’ENA. Au contraire, cela risque même d’avoir un effet négatif. Sarkozy n’a paraît-il pas réussi le concours d’entrée et, depuis lors, n’aime guère les énarques.

Sarkozy fait danser ses marionnettes et crée son propre système de méritocratie*. Officiellement, le président accorde des promotions à ceux qui l’ont bien mérité ; d’autres parlent de népotisme. "
Toujours en Allemagne, la politique Sarkozyenne fait débat : "le grand soir n'est pas pour demain" expliquait en avril la journaliste Michaela Wiegel du Frankfurter Allgemeine Zeitung: "Les chefs d’Etat français n’ont pas toujours compris sur l’instant ce qui se passait dans leur pays."

Dans le même Courrier International, on pouvait constater qu'Obama savait aussi être interventioniste contre les "patrons désobéissants". General Motors en fait les frais. mais Obama ne cherchait pas à placer un fidèle. Au contraire, il a rapidement expliqué en arrivant à la Maison Blanche qu'il ne fallait pas compter sur lui pour cela: "Pour lutter contre la bonne vieille tradition des renvois d’ascenseur, il a par exemple décrété que les postes gouvernementaux ne serviraient plus de tremplin vers des activités de lobbying plus rémunératrices."

Etats Unis, France, deux pays, deux présidents.

Election à un tour: le temps de la monocratie ?

Nicolas Sarkozy pense aux élections, surtout la sienne. Constatant que l'UMP reste minoritaire mais la seule formation politique française à dépasser les 25% des suffrages dans les sondages, le président pense-t-il à instaurer un scrutin à un tour, une sorte de "winner-takes-all" ("le gagnant emporte tout"), en vogue dans les démocraties anglo-saxonnes notamment ?

Un scenario à l'anglaise consisterait effectivement à instaurer un scrutin majoritaire à un tour. 30% des voix et le tour est joué, si l'opposition reste suffisamment désunie dans un maximum de circonscriptions. Simple parano d'opposant obsessionnel ? Ecoutez donc Jean-Pierre Raffarin proposer il y a quelques jours. Le 15 mai dernier, l'ancien premier ministre souhaitait "ouvrir le débat" pour un scrutin  à un tour sur «toutes les élections, présidentielle comprise», mais «pour après les régionales de 2010» . Peu de temps après cette déclaration choc sur les ondes de RTL, il a précisé sa pensée: «Dans mon esprit, il n'est pas question de changer de mode de scrutin pour 2010, mais de tirer les conséquences du résultat des européennes, au lendemain du 7 juin, en profitant de la réforme territoriale pourouvrir le débat sur toutesles élections, présidentielle comprise
Raffarin se justifie: il ne veut pas «laisser les petits partis devenir les arbitres des grandes échéances électorales». Et de préciser : "Maintenant qu’on n’a qu’un parti, on n’a plus de réserves de voix au second tour. On aurait intérêt à un changement de scrutin électoral avec un scrutin à un tour".
Ben voyons ! Avec un tel scrutin, comme le rappelle très justement Nicolas sur Partageons Mon Avis, Le Pen aurait pu devenir président de la République en 2002... Belle démocratie qu'un régime qui donne les clés du pouvoir à un candidat, ou un parti, incapable de rallier 50% des suffrages à sa cause (sans parler de l'abstention).

Il faut savoir que le gouvernement, sous la houlette du discret Alain Marleix, réfléchit activement à un nouveau découpage électoral, afin de tenir compte des évolutions de populations. La première liste des circonscriptions menacées était déjà édifiante: 23 élus de gauche étaient directement menacés, toutes choses égales par ailleurs.

Lors de la réforme constitutionnelle de juillet 2008, Nicolas Sarkozy s'est bien gardé de modifier le mode d'élection des sénateurs. La France vote à gauche, mais le Sénat reste à droite. Il faudra encore 3 ans pour qu'éventuellement une alternance voit le jour dans la Chambre des Vieux du Palais du Luxembourg. Belle démocratie !

Cette nouvelle "proposition" de Jean-Pierre Raffarin n'est pas anodine. Nicolas Sarkozy réfléchit à sa réélection. Diviser pour mieux régner, redécouper pour mieux diviser, et se faire élir à la faveur d'un mode de scrutin sur-mesure... La belle idée.

Le temps de la monocratie est arrivé.

Il faut s'y préparer.

Surenchère dans la répression

24 mai 2009

La lutte des réseaux d'influence: les "Inglorious Basterds" de la blogosphère

Ce n'est pas nouveau : les Français, comme bien d'autres, fantasment sur le poids des réseaux. Et en France, peut-être plus qu'ailleurs, ces derniers ont une place particulière. Depuis son élection à la Présidence de la République, la sphère d'influence de Nicolas Sarkozy s'est considérablement agrandie. Politiquement, médiatiquement, économiquement. Mais la résistance s'est également affirmée. Les réseaux d'influence sont divers. Et les mouchards présidentiels n'y changeront rien.

"La bande du Fouquet's"
Maire de Neuilly et avocat d'affaires, Sarkozy a tissé de solides relations avec une partie de l'élite défiscalisée du pays. Depuis son élection, il a encouragé le pantouflage de ses proches conseillers. Leur nomination a été largement commentée. Nominations par ci, promotion par là. Sarkozy récompense et renvoit les ascenseurs avec les moyens du bord, qui sont immenses. Personne ne semble à l'abri. Dernière "capture", le sego-sceptique Philippe Val, ex-patron de Charlie Hebdo. Côté médias, trois gardiens de la Doxa sarkozyenne bien placés complètent le dispositif: Alexandre Bompard à la radio (Europe 1), Etienne Mougeotte dans la presse (Le Figaro) et Laurent Solly à la Télévision (TF1). La faille ? Internet. Sur le Web 2.0, la monarchie sarkozyenne se ridiculise et ne perce pas. Ses sites rénovés sont techniquement au point, chaque ministre important a sa web-tv. Le président est constamment filmé, jusque dans les coulisses de l'Elysée par les webcam de "Femme Actuelle."

L'Armée de l'Ombre
Politiquement, l'opposition à Nicolas Sarkozy est majoritaire dans le pays. Tous les sondages, y compris pour les prochaines élections européennes, et tous les scrutins nationaux ou locaux sont défavorables au pouvoir en place. Mais politiquement, l'opposition reste éparpillée, divisée et construit (trop) lentement sa crédibilité. Médiatiquement, les ilôts de résistance sont rares mais solides: un quarteron de magazines et journaux (Marianne, l'Humanité, Politis, Alter-Eco, ou Le Monde Diplo), de rares espaces de liberté en radio (France Inter avec sa la tranche du 7-10, ou Daniel Mermet), ou en télévision (je vous laisse chercher). Sur le Web, la blogosphère d'opposition a pris le relais. Les blogueurs "influents" sont majoritairement des opposants sans concession à Nicolas Sarkozy: Partageons mon avis, Sarkofrance, Marc Vasseur, Intox2007, Bah !?, Olympe, Hypos, jeandelaxr, Le coucou de Claviers, Les privilégiés parlent aux Français, Femmes engagées, Peuples.net, Rébus, Le Grand Barnum, ou Trublyonne; Résistance Inventerre, Torreador, La Pire Racaille, Little Brother, Jon, Betapolitique, Slovar, Donatien, donjipez, Torapamavoa, Antoine Besnehard, Crise dans les médias, Gauche de combat, La Rage au Ventre, Le Rocrocodile kinépeuthe, Lyonnitude(s), Monputeaux.com, Olivier Bonnet, Ruminances, Sarkobasta, Sarkostique, Sauce, Vogelsong, Watching Sarko, cpolitic, Rimbus, Cratyle.net, De Tout et De Rien, Irène Delse, Lait d'Beu, Le blog d'Hypos, MIP, Mrs Clooney, Antoine Besnehard, Sauce, la Section Socialiste de l'Ile de Ré, ou Victoire au poing; et même d'autres blogueurs plutôt classés à droite tel Autheuil, ou Hérésie restent indépendants. J'en oublie, qu'ils m'excusent.

Sur le Web, l'action du Président est réelle, mais inefficace. Chaque nouvelle Web-Tv est raillée, chaque video postée par le Président ou ses proches est découpée, analysée, buzzée sur le Net; chaque gaffe présidentielle ou ministérielle circule de site en forums. Le Web 2.0 pour la présidence est un cauchemar en puissance. Il permet à tout un chacun d'entendre, d'écouter, de voir Nicolas Sarkozy sans le filtre d'un média autocensuré ou contrôlé. Voilà tout le paradoxe. Nicolas Sarkozy se débrouille plutôt bien pour éviter les questions qui fâchent chez les médias traditionnels. Mais il ne maîtrise rien sur la Toile. D'où la loi LOPPSI 2...

Il cherche à éviter que l'on filme et reporte les manifestations, les huées, les centre-villes vidées par des centaines de CRS sur son passage, mais il y a toujours une caméra qui traîne. L'Elysée aimerait montrer son président proche du terrain, on retient ses gaffes, ses mimiques.

Les médias traditionnels ont une longueur historique d'avance. Le JT de TF1 est regardé par 10 millions de fidèles qui ne cherchent pas autre chose que l'info prémachée. Les blogs citoyens, de gauche, du centre ou de droite, ont tout intérêt à devenir des "Inglorious Basterds", à l'image du groupe de soldats, majoritairement juifs, "chasseurs de nazis", brillament mis en scène par Quentin Tarantino dans son dernier Opus. Contre la brutalité, ici médiatique, d'un pouvoir sans contrôle, il faut sans doute être brutal et sans concession. Les blogueurs, influents ou pas, sont nombreux. Ils relayent leur incompréhension d'une pourriture monarchique qui gangrène la République. Faudra-t-il quitter le pays, se mettre à l'ombre, revenir quand il sera trop tard ? La Sarkoripoublique place ses proches, détruit nos libertés, casse nos protections, précarise le plus grand nombre, manipule l'information, s'achètent les opposants.

Chez Tarentino, les Inglorious Basterds gravent des croix gammées sur les Nazis qu'ils épargnent, et fracassent à coup de batte de baseball les autres. Ils collectionnent les scalps. Et l'on jubile, avec sans doute un peu de mauvaise conscience, à cette loi du Talion des faibles. Les raccourcis historiques sont toujours dangereux. La France de 2009 n'est évidemment pas l'Allemagne de 1941. Mais il faut sans cesse réfléchir aux compromissions qu'on ne peut plus faire. Les tentations "objectivistes" d'un Lang ou d'un Valls n'ont aucun avenir. L'espace médiatique et politique ne permet plus de débattre sereinement des options. Il contraint au clivage.

"A la Libération, tu seras tondu", ai-je l'habitude de répéter à certains.

Désolé, billet violent.

Mais la réalité est violente, n'est-ce pas ?

23 mai 2009

107ème semaine de Sarkofrance : comment filtrer la démocratie

Le Parti Socialiste n'aurait pas dû écrire si vite un recueil sur les libertés publiques menacées en Sarkofrance. Les enjeux sont plus lourds, plus graves, plus proches. Depuis mai 2007, la trajectoire du président français est claire : précariser le plus grand nombre, satisfaire les plus fortunés, contrôler l'opinion, tout en plaçant ses proches pour consolider son avenir. Avec la loi LOPPSI 2 qui s'approche, le puzzle est presque complet. L'autoritarisme sera bientôt à portée de clic. Voici notre démocratie enfin filtrée.

Précariser pour faire taire
Pendant la première année de son mandat, Nicolas Sarkozy s'est exercé à mettre en œuvre son programme "de rupture", un joli terme pour désigner la destruction méthodique des filets sociaux du pays : service minimum dans les transports et l'éducation nationale, heures supplémentaires défiscalisées pour assouplir le code du travail, offre raisonnable d'emploi pour sanctionner les chômeurs "récalcitrants", suppression de la dispense de recherche d'emploi pour les plus de 58 ans à compter de 2009, nouvelles franchises médicales, réduction des allocations familiales pour les foyers avec adolescents, fermeture des petits établissements judiciaires et de santé, suppression du critère du handicap pour l'attribution de bourses universitaires, réduction du nombre d'enseignants et de policiers, réduction des RASED, ou privatisation de la Poste à l'horizon 2010. A l'aube du retournement économique, le gouvernement tentait encore de nouvelles pistes de dérégulation sociale, comme le désengagement de la Sécurité sociale des remboursements d'optique, la suppression de la carte famille nombreuse ou le licenciement des fonctionnaires "inaptes". Et l'unique mesure sociale de Nicolas Sarkozy, le RSA, consista à encourager les RMistes à prendre des jobs de caissières ou de manutentionnaires à temps partiel. La France n'avait pas besoin de cette rupture là: les récentes études de l'INSEE sur les inégalités de revenus, quoiqu'incomplets, soulignent combien les salaires nets ont peu progressé depuis 20 ans, et combien les dividendes ont pris le pas sur l'investissement. Pourquoi tant de hargne ? La droite décomplexée avait besoin de rendre à ses nouvelles 200 familles la flexibilité de gestion qui lui faisaient défaut.

La crise a contraint Nicolas Sarkozy a modérer ses vélléités de casse sociale. Face à l'envolée du chômage et l'effondrement du système financier et boursier, le gouvernement a dû se résoudre à maintenir certains filets sociaux (augmentation du nombre de contrats aidés, renoncement à la fin des pré-retraites, distribution de chèques-emplois services à certains foyers modestes, etc). A raison de 4 000 chômeurs supplémentaires par jours, il a fallu faire bonne figure. La crise a aussi attisé la rage des nouveaux précaires. On séquestre des patrons, puis des cadres dirigeants. On refuse d'obéir aux consignes du ministre de l'Education Nationale. On manifeste en grand nombre. L'exemple grec d'une jeunesse en révolte des mois durant fait peur dans les couloirs de l'Elysée.

Satisfaire les plus riches
Depuis 2007, les plus fortunés ont effectivement la vie belle. Le paquet fiscal n'était certes pas un cadeau de 15 milliards d'euros aux plus riches. Mais il contenait ce qu'il fallait pour satisfaire quelques grands patrons et exilés fiscaux potentiels ou actifs. L'abaissement du bouclier fiscal de 60% à 50% des revenus n'a pas ramené un évadé fiscal, mais il a permis de rembourser en 2008 quelques 307 millions d'euros à 834 foyers. Grâce à la loi TEPA, un riche imposable ISF peut défiscaliser 50 000 euros en investissant dans des PME "innovantes". Exit également les droits de successions. Notre système fiscal est-il si mal fait qu'il faille détricoter par des niches de toutes sortes ce que l'on veut corriger en amont, par le biais de l'impôt sur le revenu ? Nicolas Sarkozy est avant tout le bouclier des riches et des puissants. Pour eux, point de loi contre leurs abus ...
En Sarkofrance, on récompense aussi beaucoup. 16 légions d'honneur en 2 ans de présidence parmi les invités du Fouquet's le 6 mai au soir.  Dans la France d'avant, on attendait la fin du règne pour recaser ses fidèles. Nicolas Sarkozy ne s'embarrasse pas. Il est impatient de récompenser. Le fait du prince est encore la meilleure stratégie de contrôle que la France ait connue. On s'attache des fidélités. Celle de Max Gallo en plaçant son épouse en 4ème position (donc éligible) sur la liste UMP aux élections européennes en Ile-de-France. François Pérol (Caisses d'Epargne et Banques Populaires), Thierry Marianni (Dexia), Stéphane Richard (France Télécom),  sont autant de conseillers ou proches du pouvoir rapidement et discrètement placés à la tête des entreprises du pays.

Contrôler l'opinion
Nicolas Sarkozy a aussi facilement maitrisé les médias, par un interventionisme direct et efficace, un plan d'aide à la presse de 600 millions d'euros, et la nomination directe des patrons de l'audiovisuel public. En nommant un journaliste indépendant à la tête de Radio France, il croit s'exonérer des critiques, et rend le nouveau PDG otage de sa nomination princière. Patrick de Carolis, l'actuel PDG de France Télévisions, vit sous pression. L'aboyeur public Frédéric Lefebvre, ancien conseiller occulte de Sarkozy, s'est chargé d'expliquer combien il bossait mal. Son mandat expire l'an prochain.
Côté justice, Rachida Dati s'empresse de faire voter une loi sur la protection des sources des journalistes ... qui officialise les dérogations. Côté institutions, Sarkozy nous a gratifié d'un toilettage constitutionnel, et travaille sur un prochain redécoupage électoral. Fidèle à son habitude, Sarkozy donne quelques gages démocrates pour mieux museler un système déjà présidentiel. On s'amusait de la disparition du Premier ministre. La réforme constitutionnelle a conforté nos craintes: les débats parlementaires seront désormais circonscrits, et le Monarque, tel Louis-Napoléon Bonaparte, pourra s'exprimer devant les parlementaires et conserve son droit de vie ou de mort du Président sur les députés. Bref, depuis juin 2007, la démocratie parlementaire ne tient qu'à deux fils: l'ambition narcissique du rival Jean-François Copé à la tête des députés UMPistes et l'absentéisme du camp majoritaire. C'est bien mince, non ?

Filtrer la démocratie
Depuis 2 ans de présidence, Nicolas Sarkozy a fait semblant de s'occuper de sécurité. Il s'est surtout occupé de surveillance et de contrôle. Son bilan à la tête du ministère de l'intérieur pendant 4 ans était du reste médiocre. La délinquance la plus violente n'a cessé de progresser. En parvenant à l'Elysée grâce à certaines thèses frontistes qu'il avait fait sienne, il nous a gratifié  de peines planchers, de l'abaissement à 14 ans de la majorité pénale, de la sécurisation des asiles, de l'enfermement à vie sur simple soupçon de dangerosité.  Quand les tous premiers sondages révèlaient que les Français n'étaient plus dupes sur leur pouvoir d'achat, Sarkozy a sorti ses jokers : "la victime" et le bouc-émissaire. Belles diversions quand les nuages économiques s'amoncellent. Il y a quelques mois, voici un nouveau projet de loi, contre les "bandes" cette fois-ci. En juillet, Sarkozy a fusionné les services secrets intérieurs (DST et Renseignements Généraux) au sein de la DCRI, rattachée directement à la Présidence. En novembre, cette "nouvelle" police fond sur un groupe d'anarcho-libertaires. Seul le leader présumé reste en détention provisoire. L'accusation de complot terroriste, sans preuve, permet d'allonger la garde à vue, de maintenir la pression. Régulièrement, des proches de Julien Coupat sont ainsi kidnappés interpelés par la police, puis relâchés quelques heures après.

Ministre, Sarkozy a autorisé les fouilles, ou les contrôles d'identité au faciès. Président, il assume le délit d'outrage, installe son service secret central, et prépare sa loi de contrôle du Web 2.0. Puisqu'Internet semble nécessiter une nouvelle régulation, on attend toujours une définition des droits de l'Internaute...

Mercredi prochain, le Conseil des Ministres devrait adopter le prochain de loi "LOPPSI 2",  loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure. Ce dispositif, qui prend le relais de la première grande loi sur la sécurité intérieure de Nicolas Sarkozy en 2002, complète l'arsenal de surveillance, et de cyber-surveillance: obligation faite aux FAI de bloquer l'accès aux sites interdits par les autorités, mise en oeuvre d'outils de géolocalisation des internautes, généralisation du fichier Périclès, autorisation des logiciels mouchards et clandestins. On sait qu'EDVIGE répertorie à vie les délinquances de jeunesse, voici BIG BROTHER qui arrive à l'Assemblée. Bien sûr, le Web pullule de pédophiles, de pirates, de délinquants en puissance. Mais le Web est aussi, et surtout, le seul lieu où la résistance est forte, et la maîtrise des messages présidentiels inexistante.

Contrôler les médias ne suffit plus. Il leur faut une démocratie filtrée.

Ami Sarkozyste, où es-tu ?