30 juin 2009

Loi anti-bandes, le dernier gadget de Sarkofrance

La semaine dernière, les débats parlementaires sur la fameuse loi "anti-bandes" ont débuté. Ils ont repris lundi 29 juin dans la soirée et doivent se clore mardi 30 juin. Le préambule du projet de loi, rédigé par Christian Estrosi, est éloquent : "Depuis plusieurs années, notre pays connaît une augmentation des actes de délinquance commis par des bandes violentes, tant à l’égard des personnes qu’à l’égard des biens. Selon le ministère de l’intérieur, 5000 personnes, la moitié de mineurs, appartiendraient à l’une des 222 bandes connues en France."

Il y a 7 ans, il y a une éternité, un nouveau ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, expliquait en présentant sa première d'une quinzaine de lois sur la sécurité: « L’éradication des zones de non-droit livrées à l’économie souterraine et à la loi des bandes constitue un devoir prioritaire ». Sept ans plus tard, on dirait qu'il est resté sur place.

Une loi marginale et superflue
Tout est dit. Voici une loi pour 5 000 cas supposés. Un effet d'affichage complet. A quel besoin répond-elle ? Le préambule fait état de "lacunes" relevées par "des praticiens" :
1. L'association de malfaiteurs serait un délit inadéquat pour juguler les "bandes": il faut l’association ait pour objet la préparation de délits punis d’au moins cinq ans d’emprisonnement, sinon, la peine est moins lourde et les bandes ne pourront être caractérisées: "il n’est pas possible de considérer qu’un groupe de personnes faisant partie d’une bande, et dont il est pourtant établi qu’elles ont l’intention de se rendre dans un lieu pour commettre des violences, commettra nécessairement des violences entraînant des ITT de plus de huit jours." Ainsi, l'article 1 du projet veut corriger cette lacune, en instaurant "une nouvelle incrimination réprimant de façon spécifique la participation à une bande ayant l’intention de commettre des violences ou des atteintes aux biens concertées, dont la définition est directement inspirée de celle de l’association de malfaiteurs." La charge de la preuve sera lourde. Il faudra étayer (1) que le suspect appartient à la bande, et (2) que celle-ci est dangereuse. l'ère du soupçon, plutôt que de la preuve, est-elle arrivée ? Ce projet de loi est un gadget.

2. L’article 431-5 du code pénal punit déjà de trois à cinq ans d’emprisonnement et de 45 à 75 000 euros d’amende le fait de participer à un attroupement en étant porteur d’une arme. Christian Estrosi juge la peine insuffisante ? Pourquoi ? Tout simplement sans doute parce que cette escalade de répression depuis 2002 n'a pas produit les effets escomptés. L'article 2 du projet Estrosi étend son périmètre à tout membre de la bande, avec ou sans armes : « Les dispositions des deux premiers alinéas sont également applicables à toute personne qui, sans être elle-même porteuse d’une arme, participe volontairement à un attroupement dont une ou plusieurs personnes portent des armes de manière apparente. »

3. Comme la police n'arrive pas à reconnaître les "bandes", le projet prévoit que les peines seront aggravées si les membres de bandes ont le visage masqué!

4. Le projet entend aussi limiter les contestations dont font l'objet les arrestations "en masse": "L’article 4 insère dans le code de procédure pénale un article 15-4 destiné à éviter que les conditions dans lesquelles se déroulent les opérations de maintien de l’ordre et les arrestations auxquelles peuvent procéder les services et unités de police judiciaire, spécialement lorsqu’elles concernent un nombre important de personnes et dans des circonstances difficiles, ce qui est le cas pour les infractions commises par des bandes violentes, ne fassent l’objet de contestations." Comment ? En autorisant les enregistrements filmés pour les besoins de la procédure. Paradoxalement, le même article prévoit que "le fait, pour toute personne, de diffuser un enregistrement réalisé en application du présent article est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende."

5.  Politiquement correct à souhait, le projet prévoit des peines aggravées quand les faits sont commis contre des enseignants ou des fonctionnaires, ou quand les intrusions ont lieu dans un établissement scolaire. Curieuse conception de la justice ! Si une bande dévaste un bistrot, est-ce moins grave ?

L'échec de Sarkozy
Dimanche soir vers minuit, de nouvelles violences se sont déroulées dans le quartier des Tarterêts à Corbeil-Essonnes : une équipe de France 3 a été agressée et s'est fait voler sa caméra. Quelques heures auparavant, la police avait fait usage de gaz lacrimogènes dans la cité, à proximité d'une kermesse.

Deux plaintes avaient déjà été déposées dimanche soir. Quelque 200 personnes avaient manifesté jusqu’au commissariat. Des policiers qui voulaient contrôler l’identité d’un jeune homme pouvant correspondre au signalement d’un individu recherché pour avoir outragé et tenter de porter un coup de tête à des policiers de l’Uteq (Unité territoriale de quartier), avaient été encerclés par une cinquantaine de personnes et visés par des projectiles. Les policiers ont utilisé des grenades lacrymogènes pour se dégager, à proximité d’une kermesse, où se trouvaient des enfants et des mères de famille. "Une telle agression ne se justifiait pas" a déclaré à l’AFP Radya Soualhi, membre de l’amicale des locataires des Tarterêts, disant comprendre "que les jeunes soient révoltés" (source : France Info)
Delphine Batho, députée socialiste, a eu l'argument qui porte : "si la gauche était au pouvoir et que des policiers s’étaient fait tirer dessus à l’arme de guerre à La Courneuve, si la gauche était au pouvoir et qu’en dépit de la mobilisation de 14 200 policiers et gendarmes lors de la nuit de la fête de la musique, il y avait eu six blessés par balle et arme blanche, vous ne seriez pas là en train de parler de consensus, d’unanimité, de large approbation, vous seriez en train de demander la démission de plusieurs ministres." La méthode sarkozyenne ne fonctionne pas. Delphine Batho a rappelé les différentes réglementations, occultées par le préambule du projet de loi : l’article 132-71 du code pénal (« Constitue une bande organisée au sens de la loi tout groupement formé ou toute entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d’une ou plusieurs infractions. »), les articles 433-6 et suivants, 222-15-1 et 132-71-1 du code pénal sur les violences contre les forces de l’ordre; les articles 222-8, 222-10, 222-12, 222-13 contre la violence en réunion, l'article 322-3-1 relatif aux atteintes aux biens commises en réunion, et les articles 431-3 et suivants sur les atteintes relatives aux attroupements. What else ?

Pour finir, l'hypocrisie est évidente: Nicolas Sarkozy président a prévu de supprimer 8 000 postes de policiers de terrain d'ici 2012.


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29 juin 2009

Les vestiges d'un discours à Versailles : le Grenelle de l'Emprunt

Vestiges du discours royal de Versailles, trois sujets sont restés à la surface de l'intérêt médiatique et politique en Sarkofrance ce week-end: les retraites, la réforme territoriale et l'emprunt. Un concours d'hypocrisie...

Débat hypocrite sur les retraites
Samedi, François Fillon a donné le tempo en matière de retraite devant des cadres de l'UMP réunis au Parc floral de Vincennes : "Il n'y a pas d'autre solution pour sauver nos régimes de retraite que de travailler plus longtemps, alors même que la vie s'allonge." Xavier Bertrand lui a emboité le pas: "Nous devons sauver notre système de retraite. La question n'est pas de savoir si on doit repousser l'âge de la retraite ou la durée de cotisation, mais de savoir quand on le fera". Le secrétaire général de l'UMP masque le vrai débat : le taux d'activité des seniors est faible faute d'emploi. Et l'allongement de la durée de cotisations porte déjà à 63 ans l'âge de la retraite pour les deux tiers des salariés actuels, qui ont débuté leur vie active à 22 ans ou plus...

De surcroît, l'UMP se garde bien de remettre en cause les exonérations de charges sociales (et donc de cotisations retraites) accordées sur les heures supplémentaires. Ajoutées au ralentissement économique, elles ont contribué à faire plonger dans le rouge la branche vieillesse (-7,7 milliards d'euros prévus à la fin de l'année).

Réforme territoriale... hypocrite ?
Dans une interview au Journal du Dimanche, Xavier Bertrand a également justifié la future réforme des collectivités territoriales et la chasse aux "gaspillages". Il a choisi de défendre les futures économies, et ... de légitimer le cumul des mandats : "La clé, c'est l'invention du conseiller territorial, qui siégera à la fois dans les assemblées régionales et départementales. Cette réforme permettra de diminuer le nombre d'élus. Nous sommes prèts à supprimer entre 30 50% le nombre des conseillers départementaux et régionaux c'est-à-dire 2 à 3000 postes d'élus." La France ne souffre pas tant d'un trop grand nombre d'élus que d'élus cumulards. Aux Etats-Unis, si décriés, un élu à la Chambre des Représentants n'est pas maire. Point barre.

Vendredi, le gouvernement a subi un revers: la commission consultative du redécoupage électoral présidée par Yves Guena a retoqué le projet concocté par Alain Marleix. cet avis n'est que consultatif. L'avis sur cette liste des nouvelles circonscriptions a été publié au Journal Officiel samedi 27 juin. La commission a contesté les propositions gouvernementales concernant «un tiers des départements (35 exactement) fait l’objet d’une proposition complémentaire voire alternative, comme la rive droite de Paris». Le Parti Socialiste a critiqué (évidemment, mais justement) le projet : "demain il faut que la gauche fasse plus de 51% des voix pour avoir une majorité à l'Assemblée, alors qu'avec moins de 49% la droite trouve une majorité."

Emprunt, les Français doutent.
Mais le meilleur de cette fin de semaine concerne l'Emprunt. Lundi 22 juin, Nicolas Sarkozy avait annoncé son projet, lancer un emprunt national et populaire. Pour le moment, cette annonce fait choux blanc. Un récent sondage révèlent que seuls 17% des Français interrogés auraient "l'intention de souscrire à cet emprunt d'Etat". 61% s'y déclarent hostiles. A droite, les interrogations sont également réelles: "Je veux que mes collègues aient bien en tête les données générales de la dette avant de parler grand emprunt. Il ne faudrait pas que cette initiative serve d'anesthésiant." Ainsi s'exprimait Gilles Carrez, le rapporteur général (UMP) de la commission des finances. "Le grand emprunt national ne risque-t-il pas d'être plus coûteux ? Le fait de donner à croire aux Français que l'on peut emprunter ne risque-t-il pas de laisser penser que la dette est finalement tout à fait normale ?" L'Elysée a d'ailleurs freiné les élans (irresponsables ?) du conseiller non élu Henri Guaino. Ce dernier voulait que l'emprunt porte sur 80 à 100 milliards d'euros... Henri Guaino n'y connaît pas grand chose en économie. Fut-il le blamer ? Le conseiller du Président est plus doué pour parler d'Afrique... Droite incompétente ? On peut se poser la question.

Dimanche, le "séminaire" gouvernemental a lancé l'opération et permis quelques photos de ministres au travail. Ces derniers ont planché sur une "grille de critères" pour identifier les projets éligibles du futur emprunt national : dimanche soir, Fillon expliquait à la nation impatiente que ces projets retenus devront être « ciblés, en petit nombre, structurants, avec une rentabilité financière et socio-économique qui soit clairement appréhendable » et « associer le plus possible des co-financeurs externes pour démultiplier les efforts de l'Etat ».  Avec ces précisions, Fillon veut répondre aux critiques : l'emprunt de servira pas à financer un second plan de relance. Fillon essaye de nous faire croire qu'il ne servira pas non plus à financer le déficit croissant des comptes publics, mais bien à financer des projets d'avenir, non lancés à ce jour. Le recours à l'emprunt populaire est avant tout un coup politique, il ne faut pas se louper : en ciblant les projets, le gouvernement cherche des symboles.

Le calendrier est posé: le monarque a prévu ses cérémonies. Le Grenelle de l'Emprunt va démarrer. Les 3 mois de débat réclamés par le Chef de l'Etat débuteront mercredi, quand Nicolas Sarkozy recevra les organisations syndicales. Puis des "séminaires de travail", réunions et débats seront organisés partout en France jusqu'en octobre, avec les ministres concernés, les "acteurs de la sécurité civile" (?), et des parlementaires, sur des thèmes tels que la « croissance verte et le développement durable », « l'université de demain, l'économie de la connaissance et le capital humain » et la «compétitivité de l'économie française ». Enfin, en novembre, les projets retenus et le montant de l'emprunt seront présentés au Parlement.

28 juin 2009

Droite incompétente : Norah Berra, la nouvelle Dati ?

Grand moment de solitude que cette video, pourtant préparée, de Nora Berra. Est-elle partie pour être notre nouvelle Rachida Dati, la haute couture en moins ?
"Quand on peut, on le veut..."
C'est elle qui le dit.

Ecoutez, regardez, pleurez (de rire ou de tristesse).

Nora Berra est la nouvelle secrétaire d'Etat aux "Ainés" (ie les plus vieux d'entre nous).

Ecoutez, regardez, pleurez (de rire ou de tristesse).

Et demandez vous pourquoi elle est là où elle est.



Au secours, Lefebvre revient !

Qui fera taire Frédéric Lefebvre ? Un temps secoué par le remaniement ministériel de mardi dernier, le député suppléant a remis le couvert sur le travail pendant les congés maladie samedi 27 juin sur LCI.
"Je veux que le salarié puisse avoir un nouveau droit, à partir du moment où il y a un certificat médical, que c'est donc lui qui le déclenche, de travailler s'il le souhaite".
"Il y a beaucoup de Français, y compris en longue maladie, qui ont besoin du travail pour guérir"

"Un de mes collègues, Bernard Debré, qui est quand même pas n'importe qui, m'a dit : 'la prochaine fois que tu parles de ce sujet, je veux être à tes côtés et qu'on le défende ensemble parce que ça peut être un moyen de faire guérir un certain nombre de Français qui le souhaitent'"
La belle affaire ! Travailler pendant un arrêt maladie faciliterait la guérison. En mai dernier, le porte-parole de l'UMP s'était fait retoqué à l'Assemblée Nationale. Il avait proposé un amendement autorisant le travail volontaire pendant les congés maladies, maternité ou parentaux. En relançant la polémique, Frédéric Lefebvre n'a pas d'autre objectif que de se remettre médiatiquement sur le devant de la scène.
"Ecoutez, peut-être que parfois je suis un provocateur. (..) L'objectif c'est d'être compris."
Confronté à la video des French Anonymous, Lefebvre masque son trouble: "Le petit film est fait pour faire peur, pour être menaça,t, inquiétant. Cela ne m'a pas fait grand chose."



Le député suppléant espère un strapontin à la Culture, auprès d'un autre Frédéric, Mitterrand celui-là. Une hypothèse peu probable.

Fillon critiqué à l'Assemblée Nationale...

27 juin 2009

112ème semaine de Sarkofrance : les affaires reprennent !

Nicolas II, puisque c'est son surnom, avait tout prévu : une allocution qui se voulait historique à Versailles devant le Parlement réuni en Congrès, un remaniement du gouvernement deux jours après, puis un voyage aux Antilles. Patatras ! Le discours a déçu; un Mitterrand a gâché la surprise de sa venue au ministère de la Culture; Michael Jackson est mort quelques heures après l'atterrissage présidentiel en Martinique. Ajoutez l'affaire Karachi, et la semaine est ratée.

Un Congrès pour un emprunt
L'évènement incontestable de cette 112ème semaine depuis l'élection présidentielle devait être l'allocution de Nicolas Sarkozy devant une partie du Parlement réuni en Congrès à Versailles. Malheureusement, le discours a tourné court. Le soufflet s'est dégonflé. Lundi 22 juin, Nicolas Sarkozy est apparu simplement ringard et autiste. Il a livré une bouillie idéologique inédite, qui a troublé jusque dans les rangs de l'UMP : il a d'abord appelé de ses vœux la constitution d'un nouveau modèle français qui mêlerait productivisme, consommation, investissement et écologie. Quelqu'un se souvient-il de la campagne présidentielle de 2007 ? Sarkozy nous promettait de casser ce modèle vieillissant qui décourage le travail. En 2009, Nicolas II fait le grand écart au risque de se froisser le haut des cuisses. Il faudrait travailler plus, dépenser plus, consommer davantage, et préserver la planète. Il invoque le "génie français", récuse la laïcité positive et la discrimination positive, attaque la polémique du moment (la Burqa), dénonce "la loi du plus fort ou celle du plus malin", et découvre que la situation carcérale est une "honte pour notre pays". Y-a-t-il un pilote dans l'avion élyséen ?

En fouillant un peu ses propos, on retrouve bien ses vieilles lubies libérales : pas question d'augmenter les impôts pour financer le déficit croissant des comptes publics ! Nicolas Sarkozy préfère autre chose : réduire ces "déficits structurels", ces "mauvaises" dépenses, les niches sociales, les "excès de bureaucratie". Mais son logiciel idéologique a sauté. Le monarque veut cacher ses intentions de rupture sous une vulgate radicale-socialiste. La mayonnaise ne prend plus. On aurait envie de l'encourager à relire quelques classiques d'économie, plutôt que de nous confier sur Facebook qu'il vient de terminer "Pierre et Jean" de Maupassant...

Lundi, il a surtout annoncé le lancement d'un emprunt national, dont ni le montant ni l'usage ne sont définis. Avec cet emprunt, Sarkozy emprunte aux ménages ce qu'il ne peut plus leur prendre en impôt Chaque jour, les fonctionnaires du Trésor empruntent sur les marchés financiers, espérant que la crédibilité de l'Etat tient encore auprès des prêteurs du monde. Sarkozy s'adresse désormais à nos bourses, plus commode. Avec l'emprunt "national" et "populaire", Sarkozy tente surtout un coup politique. La réussite probable de sa souscription sera présentée comme un blanc-seing à sa politique. Et on peut faire confiance aux services d'Eric Woerth pour proposer des conditions financières très attractives pour éviter tout couac. Le Monarque s'est donc déplacé dans un palais des rois pour solliciter... un emprunt. Et les parlementaires de l'UMP d'applaudir. En 2009, on rase encore gratis en Sarkofrance. Fallait-il dépenser 500 000 euros, mobiliser des centaines de policiers et des caméras de télévision, pour solliciter un nouveau crédit ? Depuis mai 2007, la dette publique a progressé de... 380 milliards d'euros. Question remboursement, on en parlera après 2012... Le Monarque veut gagner du temps : l'heure de vérité, fiscale et financière, est pour bientôt. Il faut tenir jusqu'à l'élection présidentielle de 2012. Après sa réélection, il sera toujours temps de "purger" les déficits, et plonger le pays dans une cure d'austérité.

Un remaniement gâché par Mitterrand et Karachi
Mardi, Sarkozy a dû précipiter son remaniement gouvernemental. L'un des heureux entrants, Frédéric Mitterrand, avait lâché le morceau. Le spectacle a donc été vite recalé à l'heure des journaux télévisés. A 20H15, Claude Guéant apparaît sur le perron de l'Elysée. C'est un gouvernement de "fermeture" et d'image. Les postes clés restent aux mains de quelques grognards du camp présidentiel, à l'exception de Michèle Alliot-Marie que Nicolas Sarkozy est parvenu à dévisser de l'Intérieur. Il a fallu teinter d'un peu de vert ce gouvernement "Fillon IV" : Jean-Borloo récupère ainsi une seconde secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Valérie Letard. Et l'ex-villepiniste Bruno LeMaire devient ministre de l'Agriculture ET de l'Alimentation. Pour ou contre les OGM dans nos assiettes ? En mai 2008, le futur ministre a voté pour la coexistence des cultures OGM et non-OGM...

Mercredi se tenait le premier conseil des ministres de "Fillon IV". Sarkozy suggère aux nouveaux arrivants d'être discret et de travailler leurs dossiers, deux conseils qu'il suit lui-même assez peu. Déjà les tensions et les couacs se font jour. Xavier Darcos lâche une petite bombe à son successeur Luc Chatel: la suppression de 16 000 postes à l'Education Nationale en 2010. Michèle Alliot-Marie dispute déjà le sort des prisons à son nouveau secrétaire d'Etat "sans affectation" Jean-Marie Bockel. Frédéric Mitterrand affronte une grève au ministre de la Culture. Et on apprend que le nouveau secrétaire d'Etat au Logement, Benoist Apparu, se faisait loger en HLM jusqu'à l'année dernière... Les recalés du remaniement, eux, ne furent même pas prévenus oralement de leur éviction avant l'annonce officielle mardi soir... Frédéric Lefebvre, le porte-parole de l'UMP, est inquiet : il a appris également très tardivement qu'il risquait de perdre, par ricochet, son mandat de député : André Santini a 30 jours pour décider s'il souhaite récupérer son mandat. S'il passe son tour, Lefebvre devra alors se présenter devant les électeurs.

L'après-midi, l'opposition demande une déclaration de politique générale au premier ministre. En vain. Il y a pourtant matière. Le discours élyséen de lundi était confus. Sarkozy semble ainsi considérer que les "amortisseurs sociaux" existants sont bien suffisants : la casse sociale a néanmoins bien eu lieu, même si elle fut ralentie par l'ampleur de la récession. La semaine prochaine, le SMIC n'augmentera que du strict minimum : +1,3% au 1er juillet, soit 16 euros bruts de plus par mois. Brice Hortefeux a précisé lundi dernier qu'il s'était basé sur les conclusions d'un rapport d'experts 'indépendants'. Le lendemain soir, il filait à l'Intérieur. Xavier Darcos le remplace. Le "réformateur" de l'Education Nationale arrive aux Affaires Sociales pour s'occuper des retraites. Avec un peu de chance, les retraités seront dans la rue en février prochain. Dans l'attente, on nous a confirmé l'envolée du chômage: en mai, 36 000 demandeurs d'emploi supplémentaires sont venus grossir les rangs du pôle emploi. Le rythme de progression du chômage s'est provisoirement ralenti. En mai, les plans sociaux du début de l'année n'ont pas encore produit leur effet, et les étudiants sont encore étudiants. Même les économistes les plus conservateurs attendent 3 millions de chômeurs "officiels" pour la fin de l'année. Si l'on ajoutent les nouveaux précaires à temps partiels au RSA, on frisera les 6 ou 7 millions de chômeurs. Nicolas Sarkozy peut nous raconter que nous sortirons plus forts de la crise avec ses réformes. Les chômeurs victimes de "l'offre raisonnable d'emploi" s'en souviendront.

Sarkozy a même botté en touche sur les priorités de l'action gouvernementale des mois à venir. Il aimerait qu'on en débatte... Mercredi soir, Fillon annonce un "séminaire" de réflexion pour dimanche, avec ses ministres. On aurait préféré qu'il nous parle de Karachi.

Les Antilles gâchées par Karachi et Jackson
Il y a une autre affaire, plus sombre, plus glauque, plus dangereuse à commenter. On se doute bien qu'elle aura peine à sortir. Les juges doivent se dépêcher. Qu'elle soit avérée ou pas, elle concerne Nicolas Sarkozy. En septembre 1994, la France a vendu à perte trois sous-marins Agosta au Pakistan. Pourquoi "à perte" ? C'est curieux. Sarkozy était ministre du Budget, il a autorisé la défiscalisation des commissions versées à divers intermédiaires pakistanais ou autres; François Pérol était administrateur de la DCN, le fabriquant des sous-marins. En 1995, Jacques Chirac a stoppé le versement de ces commissions. Charles Millon, son ministre de la Défense de l'époque l'a confirmé cette semaine. Chirac soupçonnait le Pakistan ou certains intermédiaires d'en rétrocéder à l'équipe Balladur une partie. En 2002, un attentat ciblé coûte la vie à 11 ingénieurs français à Karachi. La DCN explique au juge Bruguière charge de l'instruction qu'elle soupçonne des représailles pakistanaises. Le Karachi-gate prend de l'ampleur. Dans sa note intitulée "Nautilus", elle écrit : "L'annulation de ces commissions avait été décrétée en 1995, à la suite de l'alternance politique en France, et visait à assécher les réseaux de financement occultes de l'Association pour la Réforme d'Édouard Balladur." Bruguière lâche l'enquête pour rejoindre ... l'UMP en 2007. La guerre de l'ombre rejoint les soupçons de financement politique illégal. Il y a 10 jours, Sarkozy a déclaré que cette théorie était une "fable". Mardi, il nommait Brice Hortefeux ministre de l'Intérieur. L'intéressé n'y croyait pas. Il venait tout juste d'entrer en fonction aux Affaires Sociales. Et l'Assemblée Nationale, sur proposition du gouvernement, a durci le secret défense le 16 juin dernier. Coïncidences ?


Jeudi, le président français s'éclipsait pour les Antilles. Il avait promis d'y aller. On oubliera qu'il devait inaugurer les Etats Généraux de l'Oiutre Mer. Ses conseillers laissaient entendre qu'il serait sobre, économe en déclarations, à l'écoute des populations. On ne saura sans doute jamais si la nouvelle du décès de Michaël Jackson a changé ses plans: jeudi soir, Sarkozy atterrit en Martinique vers 19h30... presque seul : l'avion qui transportait les journalistes couvrant l'évènement a du retard. A Minuit, la rumeur, confirmée une heure plus tard, du décès par arrêt cardiaque du roi de la pop éclipse l'actualité sarkozyenne. Le lendemain, Sarkozy propose un référendum sur l'autonomie de la Martinique. Pour quelqu'un qui voulait s'épargner toute annonce, c'est assez fort ! En Guadeloupe quelques heures plus tard, le son de cloche est différent : il tacle les grévistes et le LKP d'Elie Domota : «Le droit de grève ne peut pas être utilisé comme un instrument de propagangde et de déstabilisation politique. Je ne suis pas prêt à accepter l'inacceptable.» Et il refuse tout référedum sur l'autonomie proposé la veille à la Martinique voisine: «J'ai proposé un schéma à la Martinique. Il est écrit nulle part que la Martinique et la Guadeloupe doivent avancer en même temps». Diviser pour régner ?

Samedi, les télés et radios françaises ne parlaient plus que de Michael.

Too Bad.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

Karachi, les fables et la vérité

26 juin 2009

Karachi, ce que Nicolas Sarkozy savait

Interrogé par un journaliste de l’AFP vendredi dernier, Nicolas Sarkozy avait qualifié de « fable » «grotesque» la thèse de représailles pakistanaises contre la France au sujet de l’attentat du 8 mai 2002 qui coûta la vie à 11 ingénieurs français à Karachi. Le quotidien Libération a révélé jeudi 25 juin de nouveaux éléments sur cette affaire. Des éléments dont on a peine à croire que Nicolas Sarkozy, successivement ministre de l’intérieur (2002-2004, puis 2005-2007) et Président de la République n’ait pu avoir connaissance.

1. La Direction des Constructions Navales (DCN) expose ses soupçons à la justice dès septembre 2002.

Le 2 septembre 2002, Philippe Japiot, directeur de la branche international de la DCN, écrit au juge d’instruction Jean-Louis Bruguière : «C’est à raison de l’exécution de ce contrat que les onze ingénieurs et techniciens ont été assassinés [dans l’explosion du bus, ndlr] dans des conditions particulièrement odieuses et que douze de leurs collègues ont été gravement blessés dans l’exercice de leur mission.» (…) «C’est parce que DCN-International a conclu et mené à bien le contrat du 21 septembre 1994 que des personnels ont été pris pour cible.» On ne peut être plus clair.

2. Jean-Louis Bruguière a abandonné cette enquête, et plus généralement son métier de juge, pour se présenter aux élections législatives de juin 2007 sous l’étiquette UMP. Il fut battu.

3. Des officiels pakistanais ont été condamnés pour corruption en 2002, en lien direct avec l’achat des sous-marins français de 1994.

"Entre l’été 2001 et début 2002, une tempête judiciaire secoue les arrangements financiers entre l’état-major de Karachi et la DCN. La Cour des comptes pakistanaise boucle des investigations sur des pactes de corruptions passés par des officiers pakistanais avec des responsables français pour obtenir la signature du contrat des sous-marins Agosta 90B. Le 30 janvier 2002, lors d’une audience devant la première chambre de Rawalpindi, l’amiral en chef de la marine, Mansur ul-Haq, plaide coupable pour avoir reçu des Français près de 7 millions de dollars en guise de remerciement. Le chef du service de renseignement de la marine pakistanaise écope de sept ans de prison, et un capitaine de trois ans de prison." (source Libération)

4. Un magistrat a demandé, le 28 mars 2002, la levée du secret défense pour obtenir des comptes rendus de réunions organisées à Matignon entre le 2 juillet 1993 et le 2 septembre 1994, quand Edouard Balladur était premier ministre. Bizarrement, ces éléments n'ont pas été utilisés dans la procédure.

Le 16 juin dernier, l’Assemblée Nationale a adopté un projet de loi étendant le secret-défense. Désormais, en vertu des articles 12 et suivants de la loi de programmation militaire, lorsqu’une perquisition sera envisagée dans un lieu précisément identifié « comme susceptible d’abriter des éléments couverts par le secret de la défense nationale », le magistrat devra prévenir la chancellerie, exposer ses motifs puis, si sa perquisition est autorisé, se faire accompagné un représentant de la commission consultative du secret de la défense nationale. Ces lieux protégés seront classifiés pour une durée de 5 ans.

Ami Sarkozyste, où es-tu ?

Lire aussi:

Gouvernement : premier(s) conseil(s), premiers couacs

La nomination d'un nouveau gouvernement est toujours l'occasion de nombreux commentaires; on s'amuse des petites phrases, on s'interroge sur certains départs, on découvre les nouveaux entrants, on nous dévoile les coulisses des tractations secrètes. Après son premier conseil des ministres, Sarkozy a filé aux Antilles. manque de chance, la rumeur du décès de Michaël Jackson est en passe d'éclipser le déplacement.

Petites vacheries
Michèle Alliot-Marie s'est accrochée jusqu'au bout à son ministère de l'Intérieur. Darcos a découvert, comme d'autres, sa nouvelle affectation très tardivement. Il a gentiment lâché sa bombe, 16 000 suppressions de postes supplémentaires à l'Education Nationale en 2010. Son successeur Luc Chatel ets content. On appelle cela la solidarité gouvernementale.
Les recalés du remaniement ne furent même pas prévenus oralement de leur éviction du gouvernement avant l'annonce officielle mardi soir... Frédéric Lefebvre a donc des raisons d'être inquiet : il a appris également très tardivement qu'il risquait de perdre, par ricochet, son mandat de député : André Santini a 30 jours, donc jusqu'au 23 juillet, pour décider s'il souhaite récupérer son mandat à l'Assemblée Nationale. S'il passe son tour, Frédéric Lefebvre devra alors se présenter devant les électeurs. Le Conseil Constitutionnel avait en effet censuré une disposition proposée par le gouvernement dans sa réforme constitutionnelle de juillet 2008 n'imposant pas une élection législative partielle en cas de renoncement à son mandat de député par un ancien ministre ou secrétaire d'Etat. Damned ! Même le Figaro s'inquiète pour le député suppléant Lefebvre ! Sur son blog, point de billet ni commentaire... Tout juste a-t-il commenté: "j'ai 30 jours pour prendre un certain nombre de décisions, je verrai tranquillement André Santini".

Autre recalé, Bernard Laporte a interloqué son auditoire lors de sa passation de pouvoirs avec Rama Yade: «J'ai toujours eu beaucoup de rapports avec toi... Ha non, non, ne recommençons pas»...




Premier(s) Conseil(s)
Mercredi 24 juin, le nouveau gouvernement a assisté à son premier conseil des ministres. Sarkozy a prodigué ses conseils aux nouveaux arrivants, des conseils qu'il suit peu lui-même : parlez peu, restez discrets, travaillez beaucoup ! Imperturbable, Michèle Alliot-Marie a dévoilé le nouveau texte contre le piratage des œuvres sur le Net, après la censure du Conseil Constitutionnel. Il envisagerait de sanctionner le piratage par une amende de 1.500 euros à 3.000 euros. L'après midi, la même ministre défend le projet de loi contre les "bandes", qu'elle avait présenté la veille ... en tant que ministre de l'Intérieur. Mercredi matin, Nicolas Sarkozy a demandé de "audace réformatrice". Les ministres seront "évalués sur leur capacité à réformer notre pays" a expliqué Luc Chatel. Rachida Dati, André Santini, Roger Karoutchi ou Christine Boutin, contraints au départ, apprécieront.

Premières questions
Le Premier Ministre a bel et bien disparu, enterré à Versailles après 26 mois de convalescence. Alors que le remaniement fut bien plus large qu'attendu, Fillon n'engagera pas la responsabilité de son gouvernement. "Ces changements de personnes ne signifient pas un changement de politique. Il n'est pas question d'ailleurs de changer de politique au milieu d'une crise aussi grave que celle que nous rencontrons" a-t-il expliqué mercredi après midi à l'Assemblée. Il a raison. A quoi bon faire une déclaration de politique générale après le discours du monarque à Versailles. Le ridicule a ses limites...

Lors de sa première conférence de presse post-remaniement de Luc Chatel, les questions ont fusé sur le sens à donner à certains départs ... et certains maintiens : on croyait que les députés européens nouvellement élus devaient quitter leurs fonctions ministérielles, or le gouvernement Fillon IV conserve ou récupère 3 députés (Hortefeux, Berra, Apparu)... Qu'en est-il donc ?



Sarkozy file à l'anglaise
L'affaire Karachi commençait un buzz médiatique qui ne durera pas. Nicolas Sarkozy a filé aux Antilles, un voyage annoncé depuis plusieurs semaines. Sur place, premier discours :
Encore une fois, après le couac de Mitterrand, puis l'affaire Karachi, la séquence de la semaine présidentielle n'est pas respectée : la rumeur de la mort de Michaël Jackson affole la toile et les médias quelques heures à peine après son arrivée outre-mer. A sa sortie d'avion, il a expliqué: «le statu quo n'est pas possible». «Il faut absolument trouver une solution, apaiser les choses, et apporter une réponse à la fois à la demande d'égalité et d'identité. Je vais m'y consacrer pendant ces deux journées». Deux jours pour tout régler... bravo !

25 juin 2009

Nicolas Sarkozy, le débiteur permanent

Lundi, l'unique annonce de Nicolas Sarkozy fut ce projet d'emprunt national pour financer la gestion de crise. A Versailles, le président français a eu beau défendre sa politique d'investissement, et tenter de distinguer le bon du mauvais déficit, rien n'y fait: Les caisses sont vides, et Nicolas Sarkozy tente un coup politique.

Avec cet emprunt, Sarkozy emprunte aux ménages modestes ce qu'il ne peut plus leur prendre en impôt. On se rappelera que son paquet fiscal coûte quelques 10 milliards d'euros par an (et non 15, pour cause de ralentissement économique), sans parler des dégâts provoqués par la défiscalisation des heures supplémentaires sur l'emploi. Comme l'explique le socialiste Didier Migaud, Sarkozy cherche à "emprunter plus pour dépenser plus". Entre le second trimestre de 2007 (élection de Sarkozy) et la fin de 2009, la dette publique française aura augmenté de ... 380 milliards d'euros !

Avec cet emprunt, Sarkozy tente aussi un coup politique : il n'avait nullement besoin de faire annonce pour emprunter. L'Etat fait tous les jours appel au marché financier pour se financer. La dette publique excède déjà les 1 000 milliards d'euros. Quelques 50 milliards d'euros sont dépensés chaque année pour le seul service de la dette... Mais un emprunt national et "populaire" est surtout un coup politique. La réussite probable de sa souscription, si succès il y a, vaudra blanc-seing à sa politique dans sa communication gouvernementale. Mercredi soir sur France2, Fillon l'a bien volontiers reconnu : "Notre idée, c'est de solliciter les Français, en tout cas pour une part, parce qu'au fond, derrière cet emprunt, il y a l'idée d'associer la Nation à cet effort". Qu'importe si l'emprunt populaire coûte cher. Pour éviter l'échec d'une souscription insuffisante, il faudra être attractif...

Enfin, le Monarque veut gagner du temps : l'heure de vérité, fiscale et financière, est pour bientôt. Sarkozy veut tenir jusqu'à l'élection présidentielle de 2012. Après sa réélection, il sera toujours temps de "purger" les déficits, plonger le pays dans une cure d'austérité. Limité à deux mandats (pour le moment), Nicolas II n'en aura cure. L'OCDE a revu ses prévisions économiques à la hausse. Elles restent médiocres : le PIB chuterait de 3% cette année, pour se redresser d'un timide +0,2% en 2010. En moyenne, la zone euro devrait perdre 4,9% de PIB en 2009. A compter de 2011, l'austérité sera quasi-nécessaire, selon l'OCDE:  "une fois que la reprise sera bien ancrée, il conviendra que le gouvernement mette en oeuvre un plan à moyen terme de réduction des dépenses et d'élargissement de l'assiette des impôts qui assurera la viabilité budgétaire."

Emprunter pour dépenser comment ? Nicolas Sarkozy est resté évasif : son discours de Versailles brossait la quasi-totalité des sujets, même si la protection sociale fut le parent pauvre de cette revue: Nicolas Sarkozy et son équipe semblent considérer que les "amortisseurs sociaux" existants sont bien suffisants : la cases sociale a eue lieu, même si elle fut ralentie par l'ampleur de la récession depuis l'automne dernier (franchises médicales, suppression de la dispenses de recherche d'emploi, offre raisonnable d'emploi, etc). Sarkozy a d'ailleurs annoncé lundi qu'il souhaitait réduire encore les dépenses de l'Etat, et donc réduire les moyens des services publics. François Fillon a expliqué qu'il réunirait dimanche certains de ses ministres, pour un "séminaire" de réflexion sur le sujet. L'emprunt devrait être consacré à « dépenses qui généreront de la richesse »: biotechnologies, énergie du futur, santé, éducation. "A partir de la définition de ces priorités, on fixera le montant de cet emprunt"...

Avec son nouveau (et pléthorique) gouvernement, Nicolas Sarkozy doit faire face à la crise sociale. L'OCDE prévoit notre chômage à 9,7% de la population active en 2009, puis 11,2% en 2010. L'organisme européen déconseille tout nouveau plan de relance, tant la situation financière du pays est déjà mauvaise : "La mise en place d'un plan crédible de retour à la viabilité budgétaire est le grand défi qui va attendre les autorités une fois que l'économie se redressera".

(Crédit dessin : Louison et les crayons )

Sarkozy vient Antilles, les barricades se reforment.

Le Monarque va enfin aux Antilles. il avait promis d'inaugurer les Etats Généraux de l'Outre-Mer. Il n'en fut rien. Les élections passées, le voici prêt au voyage. A peine nommée, la nouvelle secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer,  Marie-Luce Penchard, l'accompagne. Sarkozy pense avoir bien joué. Mme Penchard est la fille de Lucette Michaux-Chevry, la sénatrice UMP de Guadeloupe depuis 1995, ancienne ministre et ex-présidente du conseil régional de Guadeloupe et proche de Jacques Chirac. Surtout, elle est la première personnalité d'outre-mer à occuper ce poste: "Avec une Guadeloupéenne au poste de commande, ce que Jégo n'a pu obtenir, Marie-Luce Penchard l'obtiendra" a expliqué le socialiste Victorin Lurel, président du conseil régional de Guadeloupe.

Pourtant, sur place, cette nomination ne fait pas que des heures : elle a provoqué la colère de la députée-maire du Moule, Gabrielle Louis-Carabin, qui a démissionné aussi sec de l'UMP: « C’est une Guadeloupéenne, certes. Mais, elle n’a aucun mandat et n’est pas une femme d’engagement. C’est une injure à la démocratie (...) Mais je me sens trahie. J’ai créé l’UMP Guadeloupe contre vents et marées. Aujourd’hui, je prends ma liberté. Je refuse de rester pieds et mains liés ».  Marie-Luce Penchard a effectivement tout de la discrète apparachik UMPiste, une sorte de Rachida Dati de lka Guadeloupe, le bling bling en moins ! Jamais élue, elle était conseillère (discrète) du Président de la Républiqu, et fut candidate malheureuse aux élections européennes. Elie Domota, le leader du LKP s'est dit indifférent: "Ce n'est pas la personne qui nous importe, ce sont les réponses aux revendications des travailleurs et aux revendications que porte le peuple guadeloupéen". En Martinique, les réactions sont également mitigées. 

Sont également du voyage Brice Hortefeux, l'acteur Jacques Martial, les écrivains Daniel Maximin, Daniel Picouly et la double championne olympique Laura Flessel. Depuis lundi, des barricades ont été à nouveau constituées pour interdir l'accès à un certain nombre de stations-services des environs de Pointe-à-Pitre. L'Etat a dépêché quelques neuf cents gendarmes mobiles en renfort aux Antilles.

24 juin 2009

Ce que l'on sait de l'affaire Karachi

L'affaire est incroyable. Qu'elle soit avérée ou pas, elle concerne Nicolas Sarkozy. "Je connaissais la rumeur" a commenté Dominique de Villepin dimanche dernier sur Canal Plus.

1. Le 8 mai 2002, trois jours après la réélection de Jacques Chirac à la Présidence de la République, un attentat détruisait un bus, coûtant la vie à 14 personnes à Karachi, dont 11 ingénieurs français travaillant pour la Direction des Constructions Navales.

2. En septembre 1994, la France vendait au Pakistan trois sous-marins Agosta. En 1994, Edouard Balladur était premier ministre, et Nicolas Sarkozy son ministre du Budget. Le contrat de vente, un document de 164 pages récupéré par les juges menant l'enquête, révèle le montage : signé entre la DCN, la Sofratem et l'Etat pakistanais, confiait l'ingénierie financière à une société, la "Financière de Brienne". Cette vente était déjà surprenante, car "à perte" : la DCN savait qu'elle perdrait de l'argent sur l'opération, entre 43 et 99 millions d'euros. Le 28 octobre 2005, la Cour de discipline budgétaire et financière dévoilait la supercherie. Pourquoi le gouvernement Balladur avait-il besoin de vendre "à tout prix" de tels sous-marins ?

3. Des commissions occultes ont été versées. Cette vente d'armements à un pays étranger s'est accompagnée de versements de commissions à divers intermédiaires. C'est une pratique courante, paraît-il. Parmi ces intermédiaires, on cite M. Ziad Takieddi, dont la société MERCOR FINANCES a bénéficié d'un contrat avec la DCN lui assurant 4% du montant de la vente. La rétrocession d'une partie de ces sommes à des résidents ou des sociétés françaises est explicitement interdite dans le contrat. Ces rétrocessions sont effectivement illégales.

4. Différentes personnalités de la droite sont impliquées dans cette vente d'armements. Le "casting" est "prestigieux" note Libération : Nicolas Sarkozy a donné le feu vert à la DCN "en vue de créer une structure luxembourgeoise, Heine, par laquelle transiteront des commissions à l’exportation", en d'autres termes les pôts de vins divers et variés versés aux intermédiaires étrangers de l'opération; François Pérol, ancien conseiller du président Sarkozy et devenu le controversé président des Banques Populaires et Caisses d'Epargne en début d'année, était administrateur de la DCN à l'époque ; Brice Hortefeux, actuel ministre du Travail, était ministre délégué de Sarkozy au ministère de l’Intérieur en 2005. il est intervenu auprès du ministère des Finances de l'époque pour plaider la cause de la DCN qui souhaitait pouvoir déduire intégralement ces commissions de son impôt sur les sociétés; Jean-François Copé était, toujours en 2005, le ministre du Budget. Il transmet la demande de la DCN au parquet.

5. Elu en 1995 à la Présidence de la République, Jacques Chirac avait gagné contre son rival de droite et "ami de 30 ans", Edouard Balladur. Nicolas Sarkozy, soutien et suppôt de l'ancien premier ministre, entamait une traversée du désert qui dura 7 ans. Jacques Chirac exige du gouvernement que les versements des commissions prévues soient interrompues. Interrogé sur Canal Plus dimanche 21 juin, Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l'Elysée, confirme que Chirac souhaitait "moraliser" ces pratiques. Mais il se refuse à confirmer toute instruction spécifique dans cette affaire de Karachi. Dans un document saisi par les juges d'instruction chargés de l'enquête, on peut lire : «Les commissions ont été versées jusqu’en 1996, puis les paiements bloqués sur instruction des autorités françaises, faisant état de retours illicites de tout ou partie des commissions en France.»

6. D'après les magistrats chargés de l'enquête, Jacques Chirac soupçonnait le Pakistan ou certains intermédiaires de rétrocéder à l'équipe Balladur une partie des commissions perçues sur ces ventes de sous-marins. "Tout remonte au refus de Jacques Chirac, en 1996, de verser les commissions liées à la vente de sous-marins, lorsqu'il apprend qu'il existe des rétro-commissions destinées à son rival Edouard Balladur", a rapporté Maître Morice, l'un des avocats des victimes.

7. Les juges chargés de l'enquête sur l'attentat ont expliqué aux avocats des victimes qu'il est "logique" de soupçonner l'attentat de 2002 comme une mesure de rétorsion des autorités pakistanaises à l'arrêt de ses versements. L'un des avocats a rapporté que "le magistrat a jugé extrêmement sérieuse l'idée que le mobile de cet attentat soit le non-versement de commissions dues par les Français à des militaires pakistanais." François Chipaux, pour Slate.fr, explique que la responsabilité des services pakistanais dans l'attentat est probable.

8. Les juges n'ont pas abandonné la piste d'un attentat d'Al Qaïda. C'est ce qu'a expliqué un "haut magistrat", anonyme, au journal Le Monde.

9. Des pièces du dossier d'instruction comporteraient des preuves d'une autre opération, française cette fois-ci : la DGSE se serait vengé de l'attentat pakistanais de mai 2002. Des agents français auraient fait tuer un officier et briser les jambes de trois amiraux pakistanais quelques mois après l'attentat. Oeil pour oeil, dent pour dent.

10. Vendredi dernier, Nicolas Sarkozy a qualifié de "fable" l'intégralité de cette affaire. N'aurait-il pas pu expliqué sa version des faits ? Cette affaire sera donc enterrée. Le Watergate à la Française n'est pas pour aujourd'hui... La presse s'est déjà couchée.

Retraites : comment baisser les pensions...

23 juin 2009

Remaniement : le gouvernement des grognards du Président

Mardi soir, Nicolas Sarkozy a dû changer ses plans: un Mitterrand a gâché sa surprise de Sarkozy ! Frédéric Mitterrand a en effet confirmé mardi sa prochaine nomination à la tête du ministère de la Culture, en remplacement de Christine Albanel, sans attendre la déclaration officielle prévue pour mercredi. Un non-évènement qui commence par un couac!... Frédéric Mitterrand avait appelé à voter Jacques Chirac en 1995 et Nicolas Sarkozy en 2007. Sarkozy ferait-il donc l'ouverture... à droite ? Jack Lang, sollicité pour le même poste, a décliné.

Le spectacle a donc été vite recalé à 20 heures, pour coïncider avec le début des journaux télévisés. A 20H15, Claude Guéant apparaît sur le perron de l'Elysée, et commence son allocution par un ironique "Sur proposition du premier ministre". On croyait que François Fillon avait été enterré la veille à Versailles...

Les chaises musicales et les autres...

Pour le reste, les chaises musicales sont plus importantes que prévus: on conserve les mêmes, et certains changent de poste.
  • Jean Louis Borloo élargit son périmètre. et Eric Woerth confirme le sien, en récupérant la Fonction Publique. André Santini est évincé.
  • Xavier Darcos devient ministre du Travail, des Relations Sociales et hérite aussi de la Solidarité (initialement chez Valérie Létard).
  • Brice Hortefeux, quitte les Affaires Sociales pour l'Intérieur. Un rêve de jeunesse pour cet "ami de 30 ans" du Président.
  • Michèle Alliot-Marie, file à la Justice. Elle sera coachée par l'obscur Patrick Ouart, conseiller Justice de Sarkozy.
  • Luc Chatel, devient ministre de l'Education Nationale mais reste porte-parole du gouvernement.
  • Bruno Le Maire récupère l'Agriculture et l'Alimentation (attention aux OGM !).
  • Michel Mercier est chipé au Modem, pour s'occuper de "l'Espace Rural et de l'Aménagement du territoire."
  • Henri de Raincourt, président du groupe UMP au Sénat est propulsé ministre, en charge des Relations avec le Parlement.

Overdose de nouveaux secrétaires d'Etat
Du côté des secrétaires d'Etat, les nominations concernent :
  • Jean-Marie Bockel secondera Alliot-Marie, sans affectation particulière. Une descente de plus ?
  • Christian Estrosi, en charge de l'Industrie, abandonnera une nouvelle fois la ville de Nice...
  • Valérie Letard doublonnera Chantal Jouanno à l'Ecologie, avec un poste de secrétaire d'Etat sans affectation spécifique auprès de Borloo. L'écologie, ça compte désormais en Sarkofrance ! Il faut deux secrétaires d'Etat pour s'en charger...
  • Rama Yade passe aux Sports...
  • Hubert Falco reprend les Anciens Combattants à Bockel...
  • Pierre Lellouche, devient secrétaire d'Etat aux Affaires Européennes.
  • Nora Berra, secrétaire d'Etat chargée des Aînés, une dénomination politiquement correcte en vue de la réforme des retraites de 2010...
  • Benoist Apparu, à peine élu député européen, devient secrétaire d'Etat au Logement.
  • Marie-Luce Panchard chipe l'Outre-Mer à Yves Jego. Elle s'occupait du sujet à l'UMP.
  • Christian Blanc est confirmé au "développement de la région capitale auprès du Premier ministre"
Bernard Kouchner, Christine Lagarde, Valérie Pécresse, Patrick Devedjian, Hervé Morin, Roselyne Bachelot, Eric Besson, Laurent Wauquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet, Dominique Bussereau, Fadela Amara, Alain Marleix, Anne-Marie Idrac, Alain Joyandet, Chantal Jouanno, Martin Hirsch conservent leurs fonctions. Au total, huit ministres sont remplacés, mais le nombre de secrétaires d'Etat explose...  Pour faire écolo, Sarko a renforcé Borloo d'une secrétaire d'Etat supplémentaire, et ajouté "l'alimentation" au périmètre de l'Agriculture. Côté ouverture, il a chipé un Modemiste. Pour le reste, le gouvernement regroupe des fidèles (exception faite de la diversion chiraquo-médiatique de Frédéric Mitterrand)...

Les victimes du remaniement
Il était prévu, annoncé, commenté que Rachida Dati et Michel Barnier quittent le gouvernement après leur élection européenne. Ce n'est pas vraiment une règle puisque Sarkozy a fait venir ou conserve des fidèles récemment élus : Estrosi (à la mairie de Nice depuis un an), Hortefeux, Berra, et Apparu, tous juste députés européens.
Les vraies victimes sont ailleurs: les fidèles mais inefficaces Roger Karoutchi et Yves Jego s'en vont. La fantasque catholique Christine Boutin aussi. Christine Albanel lâche la Culture. Le plus cocasse... Frédéric Lefebvre va quitter l'Assemblée Nationale. Le porte-parole tonitruant de l'UMP n'était que député-suppléant. André Santini, qui quitte son secrétariat d'Etat à la Fonction Publique, reprend son poste de député. Merci la réforme constitutionnelle ! 
Un secrétariat d'Etat disparaît, les Droits de l'Homme. Il est vrai qu'il n'a pas brillé par son utilité, de la venue triomphante du colonel Khadafi à Paris en décembre 2007 aux obsèques d'Omar Bongo il y a 10 jours. 

Ami Sarkozyste, où es-tu ?

Sarkozy à Versailles : un président ringard, irresponsable et autiste

Hier, Nicolas Sarkozy s'est donc adressé aux députés et sénateurs rassemblés en Congrès à Versailles. Tel Louis XVI il y a tout juste 220 ans, le "monocrate" a livré ses idées de politique générale pour la seconde partie de son mandat. Un discours sans ampleur, où Nicolas Sarkozy nous a livré une bouillie mal digérée, la promesse d'un nouveau modèle français mélangeant des concepts contradictoires de productivisme interne, de protection sociale, et d'endettement massif sur le dos des générations futures.
Nicolas Sarkozy s'est montré tel qu'il est depuis longtemps : ringard, irresponsable et autiste. Tout au plus faut-il lui reconnaître un talent, celui de savoir communiquer. Le décor d'un palais des rois valait mieux qu'un plateau de télévision. Le président a donc préféré le Congrès et Versailles à une nouvelle intervention (contrôlée) à la télévision : les parlementaires seront ravis d'apprendre qu'ils ont été tels des figurants d'un plateau de TF1.

Au début, Sarkozy se justifie
"J'ai conscience d'inaugurer un changement profond dans le fonctionnement de nos institutions." Mais il explique que le"climat de méfiance dans lequel la République se sentait menacée" n'existe plus. "Cette époque est révolue." On oubliera la centralisation des services secrets, sous l'autorité présidentielle, ou les multiples lois sur la sécurité et la répression. "Une démocratie apaisée. Ce n'est pas une démocratie où tout le monde est d'accord, mais où tout le monde s'écoute." Que doit-on alors penser de la multiplication des délits d'outrage ? On s'écoute, on s'écoute... Hou, le menteur ?

Précaires, si vous saviez...
"La crise n'est pas finie. Nous ne savons pas quand elle se terminera". Il a défendu vouloir continuer le soutien à l'activité et la protection de nos concitoyens. A Versailles, Sarkozy se souvient qu'il était social à Genève. Il oublie l'offre raisonnable d'emploi ou la dispense de recherche d'emploi pour les pré-retraités de 58 ans et plus. Un petit mensonge au passage: "tout licencié économique pourra garder son salaire et recevoir une formation pendant un an". Faudrait-il lui rappeler que depuis octobre dernier, au bout de 6 mois, le chômeur a intérêt à accepter la première offre du pôle emploi qui se présente ? "L'exclusion, c'est sans doute ce que la crise peut déclencher de plus grave." "Rien ne sera plus comme avant." Il veut "tout remettre à plat." Vraiment ? "La crise nous rend plus libre d'imaginer un autre avenir."Avec lui ? Un peu plus tard, il nous prévient: "Nous n'éluderons pas la question des niches sociales, qui font perdre à la Sécurité sociale des recettes dont elle a tant besoin". Niches sociales ? On parle de tickets restaurants, chèques vacances, remboursements de soins.

Sarko le gaucho oublie Sarko l'écolo
Pour Sarkozy, la crise a démontré qu'il n'y a pas qu'un seul modèle possible. Il se réfère à son discours gauchisant à l'OIT à Genève. Il nous livbre surtout une bouillie idéologique qu'il ne maîtrise pas : il oppose la mondialisation basée sur une croissance externe qui vise à "prendre les emplois et les marchés des autres", contre celle qui privilégierait la croissance interne pour "produire plus et consommer davantage". Il pense que le second modèle est coopératif, et source de bien être. Ce mode passe par la recherche d'une productivité globale (recherche, services publics, infrastructures), et une "mobilisation de toutes nos ressources". Où est passé l'environnement ? Le diagnostic d'un épuisement des ressources de la planète ? Aurait-il oublié sa leçon ?

Un nouveau modèle français
Ce modèle autiste, incomplet et improbable serait le ciment du pays, le plus proche du "génie" français. "C'est ce que nous voulons tous." Ah bon ?  Quelques minutes plus tard, Sarkozy revendique encore ce modèle "français" et se lance: les révolutions écologiques et numériques vont nous sortir de la crise. Comment ?  Le nouveau modèle français que tente de décrire et promettre le Monarque ressemble toujours à une bouillie productiviste. Sarkozy met en exergue le travail, les inventeurs, les entrepreneurs, et, au final "la Production". Travailler plus pour ... gagner plus ?

Quelles valeurs de la République ?
Il reconnaît que la crise a reconnu la valeur du modèle social  français, de ses vertus d'amortisseurs sociaux. Mais il attaque rapidement (vers la 13 ème minute de son discours) "l'égalitarisme", ennemi juré, selon lui, de l'égalité républicaine, qui voudrait tirer chacun vers le haut.  Il tacle la discrimination positive sur des critères ethniques, mais lui préfère des critères sociaux. La protection sociale serait donc revenue à la mode ?

Il récuse aussi son précédent concept de "laïcité positive" et cite Jules Ferry... Selon lui, nous serions davantage menacés par une "certaine forme" d'intolérance contre la religion. Saisissant l'actualité, le Monarque parle de Burqa. Plutôt que de décrier un problème culturel, il soutient que le problème de la Burqa est un problème de liberté et de dignité de la femme (applaudissements). La Burqa est un signe d'asservissement et "ne sera pas la bienvenue sur le territoire de la République Française".

Sarko le professeur récuse "la loi du plus fort ou celle du plus malin". Et de citer les règles à l'école, dans la finance, le droit d'auteur et Internet, les prisons et la sécurité. Sarkozy dénonce les 82 000 peines non exécutées. Le voici qui se chiraquise : il découvre que la situation carcérale est une "honte pour notre pays". Mais qui donc est président ? Austiste serait-il ? La construction de places dans les hôpitaux psychiatriques et de nouvelles prisons sera donc l'une des priorités du gouvernement nommé mecredi...

Sarkozy s'interroge
A 23 minutes de son discours, le Monarque énumère ses nombreuses "réformes" depuis mai 2007. Et il s'interroge : pourquoi tant de réformes ont tant tardé ? Les retraites, le Grenelle de l'environnement, l'exclusion, etc... "Comment se fait il que nous ayons pris autant de retard ?" se demande-t-il... Mais qui a donc été au gouvernement avant 2007 ? Sarkozy a l'explication de nos problèmes. Ouf ! La FRance est sauvée. Quelle explication ? La France "aurait du faire beaucoup d'économies de gestion" et "concentrer beaucoup de moyens sur les dépenses d'avenir." Le voici qui dénonce le "déficit structurel", le "mauvais" déficit, celui généré par les gaspillages et les "excès de bureaucratie". La question centrale est "celle de la qualité de la dépense publique". La priorité du prochain gouvernement sera d'abord la réduction des dépenses publiques "inutiles. Nous sommes prévenus.

Sarko et le travail
Heureusement, les réformes depuis 2007 nous ont remis sur le droit chemin : le président cite les actions du Grenelle de l'environnement, la formation continue des chômeurs, le soutien aux jeunes exclus du système scolaire ou les "internats d'excellence", sa réforme du lycée en préparation (avec la revalorisation de l'apprentissage). Sarkozy investit. "Notre avenir va se jouer sur l'investissement (...), sur la place que nous donnerons au travail et à la production." Il mentionne aussi le débat qu'il aurait ouvert sur la répartition de la valeur ajoutée... De qui se moque-t-on ?  Aux partenaires sociaux, il demande de favoriser l'activité partielle et d'étendre le contrat de transition professionnelle. Il nous promet aussi une réforme des retraites dans un an : "il faudra que tout soit mis sur la table : l'âge de la retraite, la durée de cotisation et la pénibilité". A-t-il parlé au Medef, qui a refusé de discuter de la pénibilité l'an passé ?

On rase gratis
Sarkozy rase gratis. Il promet qu'il n'y aura aucun plan de rigueur: "Je n'augmenterai pas les impôts". La veille, son ministre du budget Eric Woerth expliquait que le déficit public dépasserait les 7,5% du PIB. Le gouvernement mise sur la croissance (+0,5% annoncés dès 2010) et la réduction des dépenses de l'Etat (n'est-ce pas de la rigueur ?). Pour financer son irresponsabilité fiscale, Sarkozy joue à Pinay : il annonce le lancement d'un emprunt d'Etat. Nous y voilà. Sarkozy est allé à Versailles pour solliciter un crédit ! La dette de l'Etat dépasse déjà les 1000 milliards d'euros. Nicolas Sarkozy rase gratis, on vous le répète. Il lui faut tenir jusqu'en 2012 et sa réélection. Le Monarque irresponsable pense à lui.

Après 2012, il sera bien temps de rembourser, de purger.

Il faut conclure. Le premier ministre, pardon, le Président termine son discours de politique générale. Il s'est un peu emmêlé les pinceaux: il nous délivre ses orientations, nous annonce un emprunt pour les financer puis s'empresse d'expliquer que le prochain gouvernement sera chargé d'animer à l'automne 3 mois de débat pour discuter des priorités budgétaires... Au fait, c'est qui le président ?

"Ayons le courage de changer. (...)  C'est quand la France s'est convaincue que tout était possible que la France a été la plus forte." Sarkozy conclut, et se laisse applaudir. Les caméras de Public Sénat-La Chaîne Parlementaire s'attarde sur Carla Bruni, entouré d'Henri Guaino, Pierre Charon et Claude Guéant, qui applaudissent.

Nicolas II et Carla "Antoinette".

Le sacre est complet.

Même la Bourse n'est pas dupe. Le CAC 40 a chuté de 3% lundi.

La prochaine manipulation du pouvoir concernera la refonte des circonscriptions électorales. Etudié par une commission de contrôle, le projet d'Alain Marleix, le discret secrétaire d'Etat aux collectivités territoriales, sera proposé au vote du Parlement à l'automne prochain. Marleix n'en est pas à son coup d'essai. En 1986, il était conseiller de Charles Pasqua au ministère de l'intérieur et coauteur du redécoupage de la carte électorale de l'époque. En avril dernier, nous avions répertorié la liste des circonscriptions menacées. La liste des 33 circonscriptions législatives que le gouvernement recommande de supprime, publiée à l'époque par Le Monde, comprenait ... 23 circonscriptions détenues par la gauche...


Crédit image: Nouvel Obs.com

Lire le discours en intégralité

Les chèques crédités de plus en plus tard...

22 juin 2009

Le sacre de Versailles

Le 23 juin, le Roi se rendit à Versailles, pour s'exprimer devant les représentants de la Nation. Il y exposa un programme de réformes pour faire face à la crise financière et sociale qui frappait le pays depuis de trop nombreux mois. la patience de ses sujets était à bout. Pour conclure son discours, il s'écria: « Si vous m'abandonnez dans une telle entreprise, seul je ferai le bonheur de mes peuples ».

Ce roi s'appelait Louis XVI, le 23 juin 1789. Deux cent vingt ans, presque jour pour jour, un autre Monarque s'adresse aux représentant de la Nation à Versailles. Nicolas Sarkozy n'a pas à craindre, pour l'instant, le sort de Louis XVI. Ce dernier faisait face aux débuts de la Révolution. Le 23 juin à Versailles, il ordonna aux représentants de la Nation de regagner leurs Chambres respectives. Ceux du tiers état et une partie du bas clergé ne bougèrent pas : « La Nation assemblée ne peut recevoir d'ordre ». Louis XVI céda, et partit. L'assemblée réunie se constitua en Assemblée Nationale.

Cérémonial inédit
Aujourd'hui 22 juin 2009, Nicolas Sarkozy ne risque rien. A 15 heures, il prononcera son discours tant attendu devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles. Il y a 11 mois, presque jour pour jour, le Parlement s'était réuni en Congrès à Versailles, pour voter la réforme constitutionnelle, qui permet aujourd'hui à Nicolas Sarkozy de s'adresser, pour la première fois dans l'histoire de la République depuis 1875, aux députés et sénateurs. On nous a dévoilé les règles protocolaires pour cet exercice inédit : La berline présidentielle sera accueillie dans la cour du Château de Versailles, par les présidents de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, et du Sénat, Gérard Larcher, et par le premier ministre, François Fillon. A 15 heures, Bernard Accoyer ouvrira la séance et appellera le chef de l'Etat à la tribune : "Monsieur le président de la République, au nom du Congrès du Parlement, je vous souhaite la bienvenue. Vous avez la parole."

Cette adresse n'a aucune espèce d'importance autre que symbolique. Il s'agit d'une démonstration de force, celle d'un Monarque. Rien de plus. Les parlementaires ne peuvent répondre. Une fois le président parti, chaque groupe aura 10 minutes pour s'exprimer.
L'Elysée a "négocié" son protocole avec les bureaux des présidents de l'Assemblée et du Sénat. Il faut remonter à la Constitution du 14 septembre 1791 pour trouver un protocole similaire relatif aux"relations du corps législatif avec le roi".

Réforme constitutionnelle... incomplète

Des 47 modifications de la Constitution votées le 21 juillet 2008, certaines ont été appliquées plus ou moins rapidement, comme par exemple :
  • Le Président "peut prendre la parole devant le Parlement réuni à cet effet en Congrès. Sa déclaration peut donner lieu, hors sa présence, à un débat qui ne fait l'objet d'aucun vote." : c'est presque fait. Lundi 22 juin dans la matinée, le Congrès s'empressera d'adopter une modification de son règlement afin que le président de la République puisse prendre la parole dans l'après-midi. Il faudra ensuite que le Conseil Constitutionnel se réunisse pour avaliser cette nouvelle modification de la Constitution.
  • La représentation parlementaire des Français de l'étranger ("Les Français établis hors de France sont représentés à l'Assemblée nationale et au Sénat"). Le prochain découpage électoral réserve bien davantage de postes de députés pour nos compatriotes d'Outre-Mer.
  • La création d'une commission indépendante pour la modification des circonscriptions électorales. Le président a effectivement désigné une commission, présidée par Yves Guéna, pour étudier les propositions gouvernementales de refonte des circonscriptions législatives.
  • La maîtrise de l'ordre du jour parlementaire par l'Assemblée Nationale. Le nouveau réglement a été voté. En contre-partie, le temps de discussion parlementaire a été sévèrement encadré, limitant les possibilités d'amendement. 
  • La composition du Conseil Supérieur de la Magistrature a été modifiée. 
  • L'information du parlement préalable à toute intervention militaire de la France à l'étranger ("Le Gouvernement informe le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l'étranger, au plus tard trois jours après le début de l'intervention.") 

Mais certains éléments, pourtant progressistes, ne sont toujours pas effectifs :
  • "La loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation." Il a fallu un avis du Conseil d'Etat pour  que le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel réévalue sa position sur le temps de parole du Président. Et le mode de scrutin aux prochaines élections législatives n'inclut toujours une dose de proportionnelle.
  • "Un référendum portant sur un objet mentionné au premier alinéa peut être organisé à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales. Cette initiative prend la forme d'une proposition de loi et ne peut avoir pour objet l'abrogation d'une disposition législative promulguée depuis moins d'un an." Ce nouveau droit, l'un des rares progrès de la réforme constitutionnelle, n'est toujours pas effectif.
  • "Une loi organique détermine les emplois ou fonctions, autres que ceux mentionnés au troisième alinéa, pour lesquels, en raison de leur importance pour la garantie des droits et libertés ou la vie économique et sociale de la Nation, le pouvoir de nomination du président de la République s'exerce après avis public de la commission permanente compétente de chaque assemblée. Le président de la République ne peut procéder à une nomination lorsque l'addition des votes négatifs dans chaque commission représente au moins trois cinquièmes des suffrages exprimés au sein des deux commissions. La loi détermine les commissions permanentes compétentes selon les emplois ou fonctions concernés."
  • Le droit de saisine du Conseil Constitutionnel par 60 députés après la promulgation d'une loi.
  • Le Défenseur des droits n'existe toujours pas. D'après la réforme, "Le Défenseur des droits veille au respect des droits et libertés par les administrations de l'État, les collectivités territoriales, les établissements publics, ainsi que par tout organisme investi d'une mission de service public, ou à l'égard duquel la loi organique lui attribue des compétences."
  • L'adhésion d'un nouveau pays à l'Union européenne ("Tout projet de loi autorisant la ratification d'un traité relatif à l'adhésion d'un État à l'Union européenne et aux Communautés européennes est soumis au référendum par le Président de la République.").
Les sources bien informées nous expliquent depuis quelques heures que le Monarque parlera de tout : Europe, emploi, environnement, et même sans doute un petit mot sur la Burqa qui fait polémique ces derniers jours...

Les femmes en burqa pourront manifester sans souci

Le titre de ce billet est trompeur. Depuis quelques jours, la polémique sur l'interdiction éventuelle de la Burqa fait rage. les blogueurs s'en saisissent. Le cercle politique également. Voici que le décret anti-cagoule est finalement publié au Journal Officiel, samedi 20 juin.
Section X: De la dissimulation illicite du visage à l’occasion de manifestations sur la voie publique
«Art. R.645-14. −Est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe le fait pour une personne, au sein ou aux abords immédiats d’une manifestation sur la voie publique, de dissimuler volontairement son visage afin de ne pas être identifiée dans des circonstances faisant craindre des atteintes à l’ordre public.
«La récidive de la contravention prévue au présent article est réprimée conformément aux articles 132-11 et 132-15.
«Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux manifestations conformes aux usages locaux ou lorsque la dissimulation du visage est justifiée par un motif légitime.»
Ce décret est incroyable : il faudra apprécier le caractère "volontaire" de la dissimulation. Paradoxe, les femmes en burqa pourront manifester sans souci, puisque leur motif de dissimulation intégrale de leur corps et visage est, pour le moment, légitime.