26 juin 2009

Karachi, ce que Nicolas Sarkozy savait

Interrogé par un journaliste de l’AFP vendredi dernier, Nicolas Sarkozy avait qualifié de « fable » «grotesque» la thèse de représailles pakistanaises contre la France au sujet de l’attentat du 8 mai 2002 qui coûta la vie à 11 ingénieurs français à Karachi. Le quotidien Libération a révélé jeudi 25 juin de nouveaux éléments sur cette affaire. Des éléments dont on a peine à croire que Nicolas Sarkozy, successivement ministre de l’intérieur (2002-2004, puis 2005-2007) et Président de la République n’ait pu avoir connaissance.

1. La Direction des Constructions Navales (DCN) expose ses soupçons à la justice dès septembre 2002.

Le 2 septembre 2002, Philippe Japiot, directeur de la branche international de la DCN, écrit au juge d’instruction Jean-Louis Bruguière : «C’est à raison de l’exécution de ce contrat que les onze ingénieurs et techniciens ont été assassinés [dans l’explosion du bus, ndlr] dans des conditions particulièrement odieuses et que douze de leurs collègues ont été gravement blessés dans l’exercice de leur mission.» (…) «C’est parce que DCN-International a conclu et mené à bien le contrat du 21 septembre 1994 que des personnels ont été pris pour cible.» On ne peut être plus clair.

2. Jean-Louis Bruguière a abandonné cette enquête, et plus généralement son métier de juge, pour se présenter aux élections législatives de juin 2007 sous l’étiquette UMP. Il fut battu.

3. Des officiels pakistanais ont été condamnés pour corruption en 2002, en lien direct avec l’achat des sous-marins français de 1994.

"Entre l’été 2001 et début 2002, une tempête judiciaire secoue les arrangements financiers entre l’état-major de Karachi et la DCN. La Cour des comptes pakistanaise boucle des investigations sur des pactes de corruptions passés par des officiers pakistanais avec des responsables français pour obtenir la signature du contrat des sous-marins Agosta 90B. Le 30 janvier 2002, lors d’une audience devant la première chambre de Rawalpindi, l’amiral en chef de la marine, Mansur ul-Haq, plaide coupable pour avoir reçu des Français près de 7 millions de dollars en guise de remerciement. Le chef du service de renseignement de la marine pakistanaise écope de sept ans de prison, et un capitaine de trois ans de prison." (source Libération)

4. Un magistrat a demandé, le 28 mars 2002, la levée du secret défense pour obtenir des comptes rendus de réunions organisées à Matignon entre le 2 juillet 1993 et le 2 septembre 1994, quand Edouard Balladur était premier ministre. Bizarrement, ces éléments n'ont pas été utilisés dans la procédure.

Le 16 juin dernier, l’Assemblée Nationale a adopté un projet de loi étendant le secret-défense. Désormais, en vertu des articles 12 et suivants de la loi de programmation militaire, lorsqu’une perquisition sera envisagée dans un lieu précisément identifié « comme susceptible d’abriter des éléments couverts par le secret de la défense nationale », le magistrat devra prévenir la chancellerie, exposer ses motifs puis, si sa perquisition est autorisé, se faire accompagné un représentant de la commission consultative du secret de la défense nationale. Ces lieux protégés seront classifiés pour une durée de 5 ans.

Ami Sarkozyste, où es-tu ?

Lire aussi:

9 commentaires:

  1. Le Watergate français sera-t-il étouffé ?

    Les deux juges d'instruction pourront-ils aller jusqu'au bout ?

    En tout cas, les familles des victimes veulent que les deux juges d'instruction interrogent

    - EDOUARD BALLADUR (qui a financé sa campagne présidentielle de 1995 grâce à des rétro-commissions)

    - JACQUES CHIRAC (qui a ordonné l'arrêt des commissions en 1996).

    http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2329/articles/a404390-.html

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  2. Petite erreur : "Un magistrat a demandé, le 28 mars 2002, la levée du secret défense pour obtenir des comptes rendus de réunions organisées à Matignon entre le 2 juillet 1993 et le 2 septembre 1994, quand Edouard Balladur était premier ministre. En vain."

    Pas en vain ! "Un magistrat détaché auprès de la Cour sollicite le 28 mars 2002 la levée du secret-défense pour obtenir des comptes rendus de réunions tenues à Matignon (sous le gouvernement d’Edouard Balladur, dont le ministre du Budget était Nicolas Sarkozy), entre le 2 juillet 1993 et le 2 septembre 1994 et portant sur les volets financiers de la vente des sous-marins. Le 6 juin 2002, la Commission consultative du secret de la défense nationale a donné son accord à la déclassification de ces notes. Hélas, là encore, le dossier pénal n’en a pas profité. Jusqu’à présent." (article de Libé, Les curieux oublis de la justice)

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  3. Change le lien sur rimbus Juan !

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  4. Karachi : les révélations de l'homme qui a bloqué les commissions.

    La piste des commissions – et rétro-commissions – occultes dans l'affaire de l'attentat de Karachi ne cesse de se préciser. Le consultant en sécurité Frédéric Bauer, ancien policier réputé proche de Jacques Chirac, a déclaré à Mediapart avoir été officiellement missionné «par les plus hautes autorités de l'Etat» pour mettre un terme, en 1996, au versement d'une partie des commissions dues par la France dans le cadre du contrat d'armement avec le Pakistan.

    « C'est un peu comme enlever la nourriture de la cage d'un lion », confie M. Bauer en évoquant l'intermédiaire proche des réseaux balladuriens, Ziad Takieddine, auprès de qui il avait été missionné par les chiraquiens. Le blocage de ces versements, sur fond de guerre Chirac/Balladur, pourrait être le mobile de l’attentat contre la DCN qui fit quatorze morts, le 8 mai 2002.

    http://www.mediapart.fr/journal/france/260609/karachi-les-revelations-de-l-homme-qui-bloque-les-commissions

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  5. Un site entièrement dédié au Watergate français :

    http://karachigate.blogspot.com/

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  6. @Olivier Bonnet : corrigé ! Merci !
    @Rimbus : c'est fait, j'ai même changé l'article cité.

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  7. Sur France Inter, hier, le journaliste de Libération invité du journal de la mi-journée, a dit très clairement que le juge Bruguière avait volontairement ignoré cette piste. Et le journaliste a conclu en substance qu'on allait voir si M. Bruguière le poursuivrait en diffamation (j'ai oublié le nom du journaliste, mais c'était à 13h15, dans le journal. J'avais l'intention de faire un billet là-dessus, en réécoutant l'émission, puis le temps m'a manqué).

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  8. Le 24 juin 1994, puis le 3 août 1994, deux notes de travail informent la Direction des Constructions Navales et le gouvernement que si le contrat est signé, le contrat coûtera très cher à la France : entre 47,26 millions d’euros et 99,09 millions d’euros.

    C’est à la page 4 :

    http://www.ccomptes.fr/fr/CDBF/documents/ARR/Arret05493.pdf

    Pourtant, le gouvernement Balladur décide de passer outre cet avertissement !

    Le gouvernement Balladur signe le contrat le 21 septembre 1994 ALORS QU’IL SAIT QUE LA FRANCE VA PERDRE DES DIZAINES DE MILLIONS D’EUROS SUR CE CONTRAT !

    Pourquoi le gouvernement Balladur a-t-il signé un tel contrat ruineux pour les finances de l’Etat ?

    Réponse : parce que Edouard Balladur avait besoin de beaucoup d’argent pour financer sa campagne présidentielle.

    Edouard Balladur a donc choisi de faire perdre des dizaines de millions d’euros à la France en toute connaissance de cause, parce que ce contrat lui permettrait de financer sa campagne présidentielle grâce à des rétro-commissions.

    Conclusion de ce Watergate français : ce contrat a finalement coûté à la France 76 millions d’euros (lire page 4) et ce contrat a causé la mort de 14 innocents (11 morts français, 3 morts pakistanais).

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  9. Juan: chaque fois que j'essaie d'aller sur "Ce que l'on sait de l'affaire de Karachi" par ton lien, j'obtiens un échec. Pour y parvenir je dois faire une recherche Google sur l'article…

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