9 juin 2009

La Françafrique pleure Omar Bongo

Omar Bongo est mort. Qui le pleurera ? “Son Excellence Hadj Omar Bongo Ondimba vient de rendre l’âme des suites d’un arrêt cardiaque à l’hôpital Quiron de Barcelone”(source) Un peu plus tôt dans la matinée, le premier ministre gabonais démentait la mort de son illustre président : "nous l'avons vu vivant". Vraiment ? L'ambassadeur du Gabon aurait même déposé une plainte officielle auprès du Quai d'Orsay contre cette annonce précipitée du décès par les médias français, et notamment l'AFP. Pourtant, il est bel et bien mort.

Incarnation de la Françafrique
Omar Bongo a connu tous les présidents de la Vème République, depuis Charles de Gaulle. L'une de ses expressions favorites était : "L'Afrique sans la France, c'est la voiture sans le chauffeur. La France sans l'Afrique, c'est une voiture sans carburant." Le chef d'Etat gabonais est soupçonné d'avoir financé presque toutes les campagnes françaises majeures, sans parler de son enrichissement personnel. Le tout, en échange d'un appui sans faille à l'installation économique, et notamment pétrolière (Elf puis Total), sur place. Au Gabon, 70 % des habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour. Depuis 40 ans, un savant dosage de répression et de corruption, appuyé par la présence d’une base militaire française dans le pays, a permis de tenir sous contrôle ce petit pays de 1,4 millions d'habitants mais pourtant richement doté: comme le notait Christophe Pons (BBC), "il paraît de plus en plus évident que c’est à la suite de manœuvres d’intimidation ou après avoir reçu des cadeaux qu’un grand nombre d’opposants au régime ont fini par se ranger derrière le président." La nouvelle euro-députée Eva Joly (Europe Ecologie) a rappelé qu'il «avait bien servi les intérêts de la France» notamment par «la manne pétrolière», sans avoir «le souci de ses citoyens». le Gabon «est un PIB égal au Portugal» qui «construit cinq kilomètres de routes par an» et a «le taux de mortalité infantile parmi les plus élevés au monde».
Un jugement repris par Marcus Boni Teiga dans Le Bénin aujourd'hui:
"En quarante-deux ans de pouvoir, le président aurait eu la possibilité de changer radicalement la vie de ses compatriotes et la physionomie de son pays, et ce grâce aux richesses pétrolières et autres du Gabon, à sa petite taille et au nombre réduit de ses habitants. Même si la végétation gabonaise est hostile à l’asphalte, on ne peut que s’étonner du petit nombre de kilomètres du réseau routier qui en ont bénéficié toutes ces années durant. Il en est de même pour le niveau de vie des populations et pour l’état des différentes infrastructures sociocommunautaires. Au total, en dépit de l’énorme potentiel du Gabon et du fait qu’il ait toujours été à l’abri de sérieuses turbulences sociopolitiques, il faut regretter qu’Omar Bongo Ondimba n’ait pas réussi à le faire décoller économiquement." (source: Courrier International)

L'an passé, Omar Bongo avait eu la peau politique de Jean-Marie Bockel, éphémère secrétaire d'Etat à la Coopération, débauché de l'aile droite du Parti Socialiste, et éconduit dès mars 2008 dans la foulée des désastreuses élections municipales. L'ex-socialiste croyait qu'on pouvait en finir avec la Françafrique, cette emprise néocolonialiste de la France sur ses anciens territoires africains, faite de soutiens militaire, économique et politique aux régimes en place.. A peine nommé, son remplaçant, Alain Joyandet, alla rencontrer Omar Bongo. On raconte qu'il fit le déplacement pour rien. Il attendit quelques heures dans le hall, puis repartit. Bongo était encore en colère.
La France a largement développé ses intérêts économiques (et militaires) sur place, notamment grâce à Vincent Bolloré. Ironie de l'histoire, en septembre 2007, une mission d’information parlementaire sur la politique africaine de la France fut créée: Patrick Balkany, le grand ami du président (rappelez-vous son anniversaire récent), et fidèle des Hauts-de-Seine de Charles Pasqua en faisait partie. Belle ambition !

Des affaires en cascade
Plus récemment, Bernard Kouchner  fut pris dans une tourmente médiatique quand un journaliste curieux, Pierre Péan, dévoila la nature des prestations rémunérées assurées par le futur ministre des Affaires Etrangères pour le compte d'Omar Bongo.

En mai dernier, le gouvernement français resta très discret sur l'appel du Parquet de la décision judiciaire d'enquêter sur les avoirs en France de d'Omar Bongo Ondimba, de Denis Sassou Nguesso et de Teodoro Obiang Nguema. Ces trois dirigeants africains sont soupçonnés de détournements de fonds, qu'ils auraient par la suite investi en France. Depuis son élection, Nicolas Sarkozy a renié ses promesses "d'obtenir des pays bénéficiaires de l’aide bilatérale française un engagement d’agir de manière effective contre la corruption et d’assurer la transparence sur l’utilisation" des aides internationales. la France reste un paradis fiscal et judiciaire pour dictateurs africains. 
L'an dernier, Alain Joyandet annonçait: "le détournement d’argent public en Afrique ? Ce sont vraiment des sujets qui ne me semblent pas devoir être au cœur de (...) notre expression".

Un grand ami de la France
A l'Elysée, la présidence gabonaise a ses contacts, comme l'avocat Robert Bourgi, un émissaire récurrent du secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant (depuis le départ de Jean-Marie Bockel), et qui a conservé ses entrées auprès de certains socialistes. Le communiqué de l'Elysée est très explicite sur ces excellentes relations entre Omar Bongo :
"Le Président de la République a appris avec beaucoup de tristesse et d’émotion le décès de M. Omar Bongo Ondimba, Président de la République du Gabon.

C’est un grand et fidèle ami de la France qui nous a quittés, une haute figure de l’Afrique et un chef d’Etat qui avait su gagner l’estime et le respect de l’ensemble de ses pairs, notamment par ses nombreuses initiatives en faveur de la paix sur le continent africain.

En ce moment de recueillement, le Président de la République adresse, en son nom et au nom du peuple français, toute sa compassion et sa profonde sympathie à la famille et aux proches du Président Bongo Ondimba, ainsi qu’au peuple gabonais.

Il tient à les assurer que la France, fidèle à sa longue relation d’amitié, demeure, dans cette épreuve, aux cotés du Gabon, de ses institutions et de son peuple."
Bernard Kouchner y est allé de son communiqué, déplorant «une perte pour l'Afrique». «Confiant dans la volonté du peuple gabonais d'assurer son avenir dans la stabilité et le respect de ses institutions démocratiques, je lui adresse tous mes voeux de paix et d'unité». Alain Joyandet, secrétaire d'Etat à la Coopération, s'est également ému du décès du président gabonais lundi soir sur France Info.

Ami Sarkozyste, as-tu envoyé une gerbe ?

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