29 juin 2009

Les vestiges d'un discours à Versailles : le Grenelle de l'Emprunt

Vestiges du discours royal de Versailles, trois sujets sont restés à la surface de l'intérêt médiatique et politique en Sarkofrance ce week-end: les retraites, la réforme territoriale et l'emprunt. Un concours d'hypocrisie...

Débat hypocrite sur les retraites
Samedi, François Fillon a donné le tempo en matière de retraite devant des cadres de l'UMP réunis au Parc floral de Vincennes : "Il n'y a pas d'autre solution pour sauver nos régimes de retraite que de travailler plus longtemps, alors même que la vie s'allonge." Xavier Bertrand lui a emboité le pas: "Nous devons sauver notre système de retraite. La question n'est pas de savoir si on doit repousser l'âge de la retraite ou la durée de cotisation, mais de savoir quand on le fera". Le secrétaire général de l'UMP masque le vrai débat : le taux d'activité des seniors est faible faute d'emploi. Et l'allongement de la durée de cotisations porte déjà à 63 ans l'âge de la retraite pour les deux tiers des salariés actuels, qui ont débuté leur vie active à 22 ans ou plus...

De surcroît, l'UMP se garde bien de remettre en cause les exonérations de charges sociales (et donc de cotisations retraites) accordées sur les heures supplémentaires. Ajoutées au ralentissement économique, elles ont contribué à faire plonger dans le rouge la branche vieillesse (-7,7 milliards d'euros prévus à la fin de l'année).

Réforme territoriale... hypocrite ?
Dans une interview au Journal du Dimanche, Xavier Bertrand a également justifié la future réforme des collectivités territoriales et la chasse aux "gaspillages". Il a choisi de défendre les futures économies, et ... de légitimer le cumul des mandats : "La clé, c'est l'invention du conseiller territorial, qui siégera à la fois dans les assemblées régionales et départementales. Cette réforme permettra de diminuer le nombre d'élus. Nous sommes prèts à supprimer entre 30 50% le nombre des conseillers départementaux et régionaux c'est-à-dire 2 à 3000 postes d'élus." La France ne souffre pas tant d'un trop grand nombre d'élus que d'élus cumulards. Aux Etats-Unis, si décriés, un élu à la Chambre des Représentants n'est pas maire. Point barre.

Vendredi, le gouvernement a subi un revers: la commission consultative du redécoupage électoral présidée par Yves Guena a retoqué le projet concocté par Alain Marleix. cet avis n'est que consultatif. L'avis sur cette liste des nouvelles circonscriptions a été publié au Journal Officiel samedi 27 juin. La commission a contesté les propositions gouvernementales concernant «un tiers des départements (35 exactement) fait l’objet d’une proposition complémentaire voire alternative, comme la rive droite de Paris». Le Parti Socialiste a critiqué (évidemment, mais justement) le projet : "demain il faut que la gauche fasse plus de 51% des voix pour avoir une majorité à l'Assemblée, alors qu'avec moins de 49% la droite trouve une majorité."

Emprunt, les Français doutent.
Mais le meilleur de cette fin de semaine concerne l'Emprunt. Lundi 22 juin, Nicolas Sarkozy avait annoncé son projet, lancer un emprunt national et populaire. Pour le moment, cette annonce fait choux blanc. Un récent sondage révèlent que seuls 17% des Français interrogés auraient "l'intention de souscrire à cet emprunt d'Etat". 61% s'y déclarent hostiles. A droite, les interrogations sont également réelles: "Je veux que mes collègues aient bien en tête les données générales de la dette avant de parler grand emprunt. Il ne faudrait pas que cette initiative serve d'anesthésiant." Ainsi s'exprimait Gilles Carrez, le rapporteur général (UMP) de la commission des finances. "Le grand emprunt national ne risque-t-il pas d'être plus coûteux ? Le fait de donner à croire aux Français que l'on peut emprunter ne risque-t-il pas de laisser penser que la dette est finalement tout à fait normale ?" L'Elysée a d'ailleurs freiné les élans (irresponsables ?) du conseiller non élu Henri Guaino. Ce dernier voulait que l'emprunt porte sur 80 à 100 milliards d'euros... Henri Guaino n'y connaît pas grand chose en économie. Fut-il le blamer ? Le conseiller du Président est plus doué pour parler d'Afrique... Droite incompétente ? On peut se poser la question.

Dimanche, le "séminaire" gouvernemental a lancé l'opération et permis quelques photos de ministres au travail. Ces derniers ont planché sur une "grille de critères" pour identifier les projets éligibles du futur emprunt national : dimanche soir, Fillon expliquait à la nation impatiente que ces projets retenus devront être « ciblés, en petit nombre, structurants, avec une rentabilité financière et socio-économique qui soit clairement appréhendable » et « associer le plus possible des co-financeurs externes pour démultiplier les efforts de l'Etat ».  Avec ces précisions, Fillon veut répondre aux critiques : l'emprunt de servira pas à financer un second plan de relance. Fillon essaye de nous faire croire qu'il ne servira pas non plus à financer le déficit croissant des comptes publics, mais bien à financer des projets d'avenir, non lancés à ce jour. Le recours à l'emprunt populaire est avant tout un coup politique, il ne faut pas se louper : en ciblant les projets, le gouvernement cherche des symboles.

Le calendrier est posé: le monarque a prévu ses cérémonies. Le Grenelle de l'Emprunt va démarrer. Les 3 mois de débat réclamés par le Chef de l'Etat débuteront mercredi, quand Nicolas Sarkozy recevra les organisations syndicales. Puis des "séminaires de travail", réunions et débats seront organisés partout en France jusqu'en octobre, avec les ministres concernés, les "acteurs de la sécurité civile" (?), et des parlementaires, sur des thèmes tels que la « croissance verte et le développement durable », « l'université de demain, l'économie de la connaissance et le capital humain » et la «compétitivité de l'économie française ». Enfin, en novembre, les projets retenus et le montant de l'emprunt seront présentés au Parlement.

3 commentaires:

  1. On est soit dans la langue de bois soit dans le mensonge.
    Pour les retraites, allonger l'âge de départ à la retraite ne sert pas à grand chose puisque beaucoup de personnes âgées de 55 ans et plus si elles se retrouvent au chomage n'auront aucune chance ou presque de retrouver du travail, donc autant dire carrément que ce sont les retraites qui vont se réduire comme une peau de chagrin soit sur le plan financier pour les personnes qui n'auront pas eu "la chance" de travailler jusqu'à un âge tardif, soit parce que travaillant jusqu'à un âge avancé, la mort les cueille plus tôt.
    Quant au cumul des mandats, il est plutôt entre maire et conseiller général ou régional, et on ne compte plus les maires députés ou sénateurs. Il me semble qu'il est plutôt à ce niveau le cumul.

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  2. Lu sur un journal en ligne quelconque:
    "
    "Je prendrai les dispositions nécessaires pour que cet emprunt soit affecté exclusivement à ces priorités stratégiques pour l'avenir", a conclu le président, tout en promettant de "porter le fer dans nos dépenses de fonctionnement, quand elles s'avéreront inutiles ou non prioritaires".

    On en trouvera un certain nombre tres éloquent au fil des 112 semaines écoulées, ainsi qu'a l'époque heureuse ou il n'était que ministre des petites économies.

    Petit best-of de ces priorités sur le lien http://sarkonneries.free.fr/

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  3. Dimanche 28 juin, Edouard Balladur est interrogé sur le financement de sa campagne électorale de 1995 et sur l’attentat de Karachi. Cette affaire est abordée à la minute 41 jusqu’à la minute 49 :

    http://www.rtl.fr/fiche/5468221/edouard-balladur-etait-l-invite-du-grand-jury-rtl.html

    Jean-Michel Aphatie : « On évoque le financement de votre campagne électorale de 1995. Etes-vous certain aujourd’hui, Edouard Balladur, êtes-vous certain, le savez-vous, vous êtes vous renseigné, que votre campagne électorale s’est déroulée sur le plan financier de manière régulière ?

    Edouard Balladur répond : « Les comptes de ma campagne ont été établis, déposés, contrôlés, validés par l’organe compétent à cet effet. C’est tout ce que je peux vous dire. »

    Fin de citation.

    Rappel : l’organe compétent était le conseil constitutionnel, dont le président était à l’époque Roland Dumas, un modèle d’honnêteté.

    Edouard Balladur conclut : « Si le juge le décide, je me rendrai devant le juge. Je ne lui en dirai pas beaucoup plus que ce que je viens de vous dire. J’en dirai même pas plus. »

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