3 juin 2009

Richard Descoings, futur ministre de l'Education Nationale ?

On le disait à gauche, cette gauche moderne qui pratique la discrimination positive jusque dans son école de reproduction sociale ("Sciences Po" à Paris). Le voici qui avait été désigné par Nicolas Sarkozy pour reprendre en main la réforme du lycée. Xavier Darcos, qui souhaitait simplement réduire les cours obligatoires, s'y était cassé les dents. En décembre dernier, effrayé par une flambée de tension dans la jeunesse, il avait reculé. Sarkozy lui avait demandé de remettre sa réforme à plus tard. Richard Descoings fut nommé. Il embaucha Versac, le fameux blogueur, pour couvrir d'un site Web et de videos surprises, la démarche de "terrain" du missionnaire. Depuis, on murmure qu'il pourrait devenir ministre de l'Education Nationale à la faveur du remaniement gouvernemental dans 15 jours. Le missionnaire a démenti.

Mardi 2 juin, Richard Descoing remettra son rapport au Président de la République, le «sujet phare de tous les échanges depuis le début de ma mission», a-t-il expliqué au Figaro.

La réforme avortée... ou suspendue ?
Initialement, Xavier Darcos entendait réduire le volume horaire actuel du tronc commun obligatoire à 21 heures à la rentrée prochaine, contre 25 heures aujourd'hui. Il faut avouer qu'il avait une piètre image du lycée: en janvier dernier, on a cru qu'il s'était "datisé", à force de déclarations provocatrices : "les performances des lycées français, avec un des encadrements qui est un des meilleurs du monde, sont médiocres. Il faut que nous acceptions un peu une fois de nous dire que ce n'est pas que du quantitatif, il faut que nous repensions la manière dont nous préparons nos élèves". Sur le lycée, Xavier Darcos a été contraint de céder en quelques jours, à la mi-décembre. La réforme des classes de seconde consistait à séparer l'année en deux semestres, avec une semaine de battement entre les deux pour "préparer son orientation", et notamment changer le programme scolaire facultatif du semestre suivant. Le volume horaire actuel du tronc commun obligatoire tombait à 21 heures à la rentrée prochaine, contre 25 heures aujourd'hui, en séparant l'année en deux semestres, avec une semaine de battement entre les deux pour "préparer son orientation", et notamment changer le programme scolaire facultatif du semestre suivant. Les cours auraient en effet été organisés en 3 parties :
  • Un tronc commun regroupant les enseignements de seconde avec français, maths, l'histoire, deux langues vivantes et les sciences économiques (21 heures).
  • 6 heures d'enseignements complémentaires proposés sous forme de modules, à choisir dans quatre familles thématiques : : humanités, sciences, sciences de la société, technologies.
  • 3 heures personnalisé d'accompagnement personnalisé.
En héritant du dossier, le Directeur de Sciences Po, avait déclaré: "on redémarre de zéro."

Descoings revient
Richard Descoings avait axé sa réflexion autour de quatre sujets: l’orientation ; "la poursuite de la modernisation de la voie technologique" ; "le rééquilibrage des séries dans la voie générale" ; et "l’apprentissage des langues".  Mardi 2 juin, Richard Descoing rendait donc ses conclusions (disponibles sur son blog "Lycée pour tous") :
  •  Redéfinir le rôle du lycée : Descoings propose de remettre à plat les moyens et leurs affectations; en particulier : (1) favoriser l'autonomie des élèves (en revoyant "les critères de répartition des moyens", en  créant des "pôles de prévention" par chaque bassin scolaire; et en incitant les étudiants à assurer un accompagnement pédagogique de lycéens), (2) favoriser l'équité de l'offre de formation sur le territoire (en créant de nouveaux "internats de l'égalité des chances" ou en optimisant les transports publics); (3) renforcer les moyens des CDI et l'accueil des élèves handicapés.
  • Accompagner l'orientation, le missionnaire propose de mieux intégrer le monde professionnel au sein du système éducatif : création de partenariats entre les établissements d'enseignement supérieur et les lycées pour «parfaire l'information des élèves sur les filières universitaires», intégration de professionnels de l'entreprise dans l'information et l'orientation des lycéens, favoriser la découverte du monde professionnel. Il recommande également de mieux informer sur les filières, celles technologiques étant sous-évaluées, mal connues, mal comprises par rapport aux filières générales, en renforçant l'information (échange de prof, rencontres, parrainages, réorientations en cours d'année, journées d'info pour les parents, bilans de compétences, etc). 
  • Rééquilibrer les filières, en (1) transformant la classe de seconde en véritable classe de détermination, (2) poursuivant "la rénovation des filières technologiques", (3) équilibrant les filières de la voie générale ("revaloriser la voie L", "rééquilibrage par les coefficients des épreuves du bac")
  • "Rénover les enseignements" et les "modes d'évaluation" : autonomie des budgets de fonctionnement des établissements, création de postes d'enseignants "chargés de mission", dialogue sur le contenu des enseignements; mise en place de "critères d’évaluation des programmes transparents et impliquant les enseignants"; développement de nouveaux apprentissages (prise de parole, rédaction de CV, débat, nouvelles techno); renforcer la pratique orale des langues étrangères, l'engagement lycéen ou... les ciné-clubs (entre autres). 
  • "Repenser les emplois du temps et les missions de l’enseignant" : concernant les lycéens, réduction des cours magistraux (avant 15H), renforcement des cours artistiques, sportifs et des pratiques associatives (1/3 du temps scolaire à terme). Concernant les établissements, évaluation de "la qualité de vie". Sur le sujet sensible de la "renégociation du statut de l’enseignant", le rapport est économe, puisqu'il se contente d'une simple petite phrase en tout et pour tout: "Dans une logique autant que possible gagnant-gagnant, il s’agit de prendre en compte les évolutions du métier. "
Descoings recommande
Sur le fonds, l'analyse est touffue, les préconisations également. Mais elles ressemblent davantage à une gigantesque boîte à idées, un catalogue à la Prévert, souvent très juste, mais très éloigné de la réalit gouvernementale. Richard Descoings valide partiellement la réforme initialement envisagée par Nicolas Sarkozy (réduire la "charge de travail", et donc les moyens, par la réduction des cours communs, ou l'allègement du nombre d'heures hebdomadaires en classe). Mais il argumente, en contre-partie, pour davantage d'activités extra-scolaires ou culturelles et sportives, de stages, d'information, de césures, etc. Or il omet bien sagement de parler moyens, alors que des réductions budgétaires, notamment d'effectifs, frappent l'Education Nationale. Qui seront les dindons de la farce ?

La démarche est également apparue plus claire : Descoings a rencontré; puis réfléchi et synthétisé des propositions, qu'il soumet désormais tant au gouvernement qu'aux chefs d'établissement et aux syndicats. Bizarrement, si la démarche peut paraître louable, la réaction présidentielle ne manquera pas de surprendre. Aussitôt le rapport reçu, l'Elysée publiait un communiqué indiquant que "l’objectif est une entrée en vigueur de tout ou partie de ces mesures dès la rentrée 2010".


La concertation est-elle déjà finie ?

Frédéric Lefebvre, l'immuable porte-parole de l'UMP, n'a pas écouté son patron. Il s'en fendu d'un joli communiqué, au nom de l'UMP. Il ne cherchait pas à défendre le rapport Descoings mais à fustiger la réaction négative du parti socialiste. Tout en mesure, le voici qui écrit: "Le PS, dans un réflexe pavlovien qui le caractérise, s'en prend au rapport Descoings pour la seule et unique raison qu'il a été commandé par Nicolas SARKOZY. L'envoi aux chefs d'établissement des préconisations de ce rapport pour débat par Xavier DARCOS est pourtant la bonne démarche que tous les gens qui veulent honnêtement réformer le lycée devraient saluer. "

De son côté, François Fillon a déclaré le jour même,  lors d'un meeting de l'UMP à Clermont-Ferrand, qu'il se sentait "fier" d'avoir résisté au mouvement social : "C'est la première fois en réalité depuis la réforme de l'université de 1984 qu'un gouvernement est capable de résister à un mouvement social comme celui qui a perturbé l'université" . "Nous n'avons pas résisté en faisant la sourde oreille, nous avons écouté, modifié nos textes, renégocié, mais nous avons tenu bon sur l'essentiel"."Ce que nous avons fait sera jugé par l'histoire comme le moment du début de la renaissance de l'université française et je veux vous dire ce soir que je suis fier d'avoir conduit le gouvernement dans ces difficultés".

Concertation, vous avez dit concertation ?




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6 commentaires:

  1. L'ensemble de la carrière de Richard Descoings est orientée vers ce but de devenir ministre, je ne crois pas que ce soit un temps pour nier à présent!
    Je me demande bien ce qu'il vaudra comme ministre, dans le principe sa réforme du lycée n'a pas forcément l'air mauvaise... concrètement je pense qu'on va encore le précariser...

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  2. Pour avoir rencontré Descoings jeudi dernier avec un autre bloggeur, MathieuL., il est clair que son intention n'est pas d'accepter d'être ministre de l'EN, en tout cas, pas sous le gouvernement actuel.

    Je trouve dommage de faire un procès d'intention sous prétexte que c'est un type qui a de l'ambition : faudrait-il que ce soit toujours les neuneux qui soient ovationnés et qu'aucune personne intelligente ne se coltine la réflexion et les préconisations sur le lycée sous prétexte qu'on ne peut pas supporter sarko ?
    Dans ce cas, on prend pour 3 ans de bagne et hop, on est content ?

    Enfin, il faudrait avoir un minimum de cohérence : quand on nous colle de manière autocratique, une réforme à la con (cf Darcos) , tout le monde crie à juste titre mais, quand un homme ouvre le dialogue, écoute, synthétise et à la prudence d'ouvrir des pistes au lieu de nous fourguer une solution clé en main mal ficelée, on lui savonne aussi la planche ? On frise la malhonnêteté intellectuelle et/ou le sectarisme aveugle dans ce cas ...
    Au contraire, emparons-nous du projet, discutons-en, travaillons le, regardons les constats et propositions avec objectivité et sincérité, et on arrivera enfin peut être à faire quelque chose de correct. Et n'oublions pas qu'au delà des querelles politiciennes, il s'agit de l'avenir de nos enfants.

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  3. Rien à dire de plus, Hypos, tu as parfaitement raison...

    Mais il est vrai que je suis un peu juge et partie.

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  4. Hypos, je vais te répondre dans un billet. schématiquement, je suis d'accord... et pas d'accord. Pour avoir soutenu un temps le Grenelle de l'Environnement, je reste excessivement méfiant à l'égard de ces manipulations médiatiques. le point principal de mon billet, mal expliqué, est que Descoings propose beaucoup, alors qu'on sait, sauf miracle, que Sarko retiendra peu.

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  5. Je ne me fais hélas pas plus d'illusions que cela de ce que fera sarkozy du travail de descoings.. C'est pourquoi j'espère que le public saura s'emparer de ce débat (d'ailleurs, ce n'est pas un hasard si descoings était pressé de rendre son rapport : à quelques semaines des vacances, 10 jours de gagnés pour permettre de médiatiser son projet ne sont pas de trop !).
    Si, comme pour le grenelle de l'environnement (ou pire, celui des ondes ) le débat reste confiné dans la sphère politique, nul doute que ce sera enterré !

    Aussi mieux vaut à mon avis faire du bruit autour de ce projet et ne pas tirer sur descoings mais au contraire, tout faire pour que les gens - davantage préoccupés à préparer leurs vacances - se mobilisent et viennent apporter leur avis sur le forum lycée pour tous.

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  6. tu es optimiste, hypos. Mais pourquoi pas !

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