16 juin 2009

Sarkozy est social... à l'étranger


Lundi 15 juin, Sarkozy intervenait devant la conférence annuelle de l'organisation internationale du Travail (OIT) qui  à Genève. 

Sarkozy est social à l'étranger
A défaut de les défendre en France, il promet de promouvoir les causes de l'environnement et des travailleurs en Europe. Le lendemain du scrutin européen, le président français avait reçu les syndicats français. Ces derniers lui avaient demandé de défendre devant l'organisation internationale du travail (OIT) le respect de normes sociales internationales. Ils ont été un peu échaudés par l'absence de l'OIT au G20 de Londres, en avril dernier. D'après Bernard Thibault (CGT), Sarkozy aurait "l'intention de défendre une vision que porterait la France du rôle et de la vocation de l'OIT à l'avenir et de la place des normes sociales dans le commerce mondial".
A Genève, Nicolas Sarkozy a remis le couvert habituel sur la moralisation du "capitalisme-financier-qui-détruit-les-emplois" : "on ne règlera rien, si on ne règle pas d'abord la question du capitalisme financier qui impose à l'économie et à la société son propre système et ses propres normes". Il répète qu'il veut revoir : "la surveillance prudentielle des banques, la réglementation des hedges funds, les règles comptables, les modes de rémunération". "La crise nous rend de nouveau libre d'imaginer. C'est le moment d'aller le plus loin possible". Sans rire, le président français a interpellé Barack Obama: "Je veux dire au Président des Etats-Unis que l'Amérique doit être la plus ambitieuse parce que c'est sa vocation (...) Je veux dire à tous les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne que l'Europe doit être exemplaire parce c'est ainsi qu'elle sera la plus fidèle à ses valeurs et qu'elle aura une chance de la faire partager".
A genève, Sarkozy a réitéré son souhait de la création d'une taxe carbone, et, côté social, réclamé que les normes votées par l'OIT deviennent la norme: "Une norme qui n'est pas obligatoire n'est pas une norme, c'est comme une feuille qui s'envole dans le vent." Une déclaration qui n'engage que son auteur, qui, pour mémoire, n'a pas pas placé la politique sociale à l'ordre du jour de la présidence française de l'Union Européenne en 2008, préférant l'immigration et la régulation financière.

Sortie de crise : la France est inquiète
Ces déclarations masquent les inquiétudes françaises :ailleurs, et surtout aux Etats Unis, la relance économique a été plus massive qu'en France. Voici qu'on s'inquiète d'un retard à la sortie de crise. Les ministres des Finances du G8 se réunissaient ce week end en Italie pour discuter de la crise. Les stratégies de rlance sont différentes d'un pays à l'autre, mais; à l'exception notable des Etats Unis où la relance ets manifeste, massive et tous azimuts, les pays occidentaux s'inquiètent de la durée et de l'ampleur de la récession. Après la crise financière, la multiplications des faillistes, l'envolée du chômage, voici que le risque de déflation menace.

La ministre française de l'Economie est toujours aussi prudente et friande de lapalissades: "Il est important d'évoquer les stratégies de sortie de crise, mais il est également important de rester prudent quant à la reprise." Christine Lagarde est surtout inquiète des vélléités de certains (Canada, Allemagne) : les ministres canadien et allemand des finances demandent à ce que les Etats réfléchissent déjà à annuler ou réduire leurs mesures de soutien à l'économie, notamment d'incitation fiscale, en prévision de la sortie de crise. En France, le budget est plombé, le plan de relance de la consommation est quasiment inexistant, mais la récession est bel et bien là. Dans la zone euro, la production industrielle de la zone euro a chuté de 20% sur un an en avril, un record sans précédent. En fait, les signes de reprise sont ailleurs: hausse de la consommation en mai aux Etats-Unis, hausse de la production industrielle et de la confiance des ménages au Japon, accélération de l’activité en Chine. Mais en Europe, ... rien.

Henri Guaino, interrogé dimanche 14 juin, a abondé : "La crise n'est pas finie". "Il n'est absolument pas dans l'esprit du Premier ministre aujourd'hui de penser que la crise est terminée et que tout va recommencer comme avant. Non, la crise n'est pas finie, nul ne sait jusqu'où elle s'aggravera et quand elle se terminera".

Le FMI de Dominique Strauss-Khan est beaucoup plus optimiste : il penche déjà pour une croissance de 2,4% en 2010 pour l'économie mondiale. On se demande ce qui rend le FMI aussi optimiste. La Banque Mondiale suit le chemin inverse, elle préfère souligner la gravité de la situation actuelle. Elle pronostique une récession plus grave que prévue il y a quelques mois cette année : -3% de PIB en 2009. A l'issue du G8, DSK s'est exprimé: "Nous devons rester très prudents, la reprise est faible, de nombreuses actions doivent encore être réalisées, l’impact social va encore durer."

En Italie, Christine Lagarde s'est dit favorable à la publication de "tests de résistance" des banques internationales, histoire de voir qui respecte les règles prudentielles. En fait, sa réponse est plutôt hypocrite, car elle se réfugie derrière le besoin de consensus européen : "pour ce qui concerne leur publication, j'y suis personnellement favorable, mais je crois qu'une approche coordonnée ferait beaucoup de sens".

En France, la casse sociale est là.
La crise a permis d'éviter la mise en oeuvre complète de l'agenda électoral sarkozyen. En février dernier, le chef de l'Etat a dû prendre acte de la gronde sociale, après les manifestations du 29 janvier, et compléter son plan de relance de quelques mesures sociales: attribution exception de CESU pour des ménages modestes, l'élargissement à certains bassins d'emploi des "Contrat de transition professionnel", ou le versement d'une allocation exceptionnelle de 500 euros aux demandeurs d'emploi qui perdent leur emploi après le 1er avril 2009.
Mauvaises surprises, certaines de ces mesures ont des conditions d'éligibilité restreintes : ainsi, les chèques Emploi Service sont réservés "aux personnes ayant à leur charge un ou plusieurs enfants et inscrites sur la liste des demandeurs d’emploi à la date de leur accès à un emploi ou une formation, dès lors qu’elles prennent ou reprennent un emploi en CDI ou en CDD d’une durée minimale d’un mois ou suivent une formation d’une durée au moins égale à 40 heures". En période de destructions massives d'emplois, cette limitation aux chômeurs retrouvant un emploi est draconienne !

Mais la casse est bien là. Le pouvoir a suffisamment dérégulé le marché du travail pour (1) faire baisser les salaires, et (2) assouplir les conditions de travail (horaires, heures supplémentaires, etc).
  • L'offre raisonnable d'emploi, toujours en vigueur, impose à un chômeur de réduire progressivement ses prétentions de salaires et d'éloignement du lieu de travail après 3 (95% du salaire antérieur), 6 mois (85% du salaire antérieur et 60 km aller-retour ou deux heures de transport en commun) ou 12 mois de chômage. Un chômeur refusant deux fois de suite une "offre raisonnable" sera radié pendant deux mois de la liste des demandeurs d'emploi et privé d'allocations chômage pendant cette période. Paradoxe, cette mesure a été publiée au Journal Officiel au plus fort de la crise, le 14 octobre dernier.
  • L'assouplissement des 35 heures, qui frappe même les cadres, mis en place avant l'envolée du chômage. 
  • Facilité accordé au prêt de main d’oeuvre: le projet, adopté en mai, assouplit et précise la situation des groupes d’employeurs, en supprimant notamment la limite de l’appartenance à deux groupements d’employeurs, et ouvre la possibilité aux collectivités territoriales de rejoindre des groupements d’entreprises mixtes. Il permet surtout de contourner les droits des salariés, puisque rien ne garantit que les salariés "prêtés", et, à certaines entreprises, de bénéficier d’exonérations de charges, sur les heures supplémentaires notamment, auxquelles elles n’auraient pas eu droit sinon.
  • Le transfert aux mutuelles et organismes privés l'assurance des maladies longues, que Nicolas Sarkozy aimerait bien "tester". Cinq millions de Français n'ont pas de mutuelles...
  • L'aménagement du travail le dimanche (même si le projet gouvernemental est très deça des promesses sarkozyenne ...)
Dernier exemple en date, la précarisation des seniors. Le 11 juin dernier, Brice Hortefeux a réitéré la volonté présidentielle : "si la proportion des personnes de 55 à 64 ans disposant d’un emploi était la même en France que dans certains pays européens, nous aurions 800 000 personnes en activité de plus." En mai, le gouvernement avait dû renoncer temporairement à l'une des mesures phare du président Sarkozy. Ce dernier avait supprimé l'allocation équivalent retraite, un revenu complémentaire qui permettait à ceux qui ont cotisé suffisamment de partir en retraite dès 55 ans, sans attendre 60 ans. Le 11 juin, Brice Hortefeux a rappelé que cette suppression a été reportée à 2010 "à titre tout à fait exceptionnel". Deuxième axe, la libéralisation du cumul emploi-retraite depuis le 1er janvier dernier. Les plus jeunes apprécieront.

5 commentaires:

  1. Le président français Nicolas Sarkozy a été hué par plusieurs dizaines de Gabonais à son arrivée au palais présidentiel de Libreville pour assister aux obsèques du chef de l'Etat gabonais Omar Bongo Ondimba, a constaté un journaliste de l'AFP.

    Une partie de la foule de quelques centaines de personnes autorisées à entrer dans la cour du palais présidentiel a d'abord timidement applaudi le chef de l'Etat français.

    Mais les huées ont rapidement pris le dessus, et une cinquantaine de personnes ont même pris verbalement à partie Nicolas Sarkozy, lui lançant à distance: "On ne veut plus de vous, partez ! "

    Les responsables de la sécurité ont immédiatement formé un cordon autour du président français, qui est ensuite arrivé sans encombre dans le salon d'attente pour les personnalités invitées aux obsèques.

    http://www.leparisien.fr/flash-actualite-politique/gabon-sarkozy-hue-aux-obseques-d-omar-bongo-16-06-2009-549882.php

    RépondreSupprimer
  2. nos amis suisses ont fait un trés beau reportage sur la relation de sarko avec les medias.
    Comme quooi, maintenant il est nécessaire de s'expatrier pour penser librement

    RépondreSupprimer
  3. Les dépenses de l’Elysée ont explosé en 2008.

    Selon les calculs du député (apparenté PS) René Dosière, qui s’est fait une spécialité de traquer les mécomptes de l’Elysée, le budget du Château - 113 millions d’euros - a grimpé de 18,5 % l’an dernier.

    Les charges de fonctionnement (26 millions d’euros) - réceptions, fournitures, téléphone, téléphone… - ont doublé. "On nous dit que tout est maîtrisé que l’on met en concurrence les fournisseurs, mais la réception du 14 juillet a coûté 475 000 euros l’an dernier, contre 413.000 un an auparavant", note Dosière.

    En fortes expansion, les frais de déplacement (16,3 millions d’euros) - + 26 % par rapport à 2007 - sont laissés à la charge des ministères des affaires étrangères et de l’intérieur. "Et aucune indication n’apparaît concernant le futur avion présidentiel A 330-200 dont l’achat et le réaménagement sont évalués à 180 millions d’euros. Pourtant dès lors qu’il est réservé à son usage personnel, il serait cohérent que son coût figure dans le budget de l’Elysée."

    Comme annoncé dès sa prise de fonction, le traitement du Président (295.000 euros annuels) a augmenté de 125 %.

    Quant aux effectifs (1.031 agents le 31 décembre 2008), ils dépendent à 80 % d’autres ministères qui mettent leurs agents à disposition de la présidence de la République. "Dans ce domaine, la transparence est limitée", déplore Dosière.

    Il est un domaine pourtant où la volonté d’économie affichée par Sarkozy se traduit dans les chiffres : les aides sociales. Cette enveloppe qui sert à donner des coups de pouce aux Français dans le pétrin a bien été diminuée de 22 % en 2008.

    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/politique/20090616.OBS0779/les_depenses_de_lelysee_ont_explose_en_2008.html

    RépondreSupprimer
  4. Comme il est plaisant de faire de beaux discours et que de toute manière, il sera toujours irresponsable de ses actes.
    Triste…
    :-)

    RépondreSupprimer
  5. République bananière, suite.

    Sarkozy nomme son conseiller économique Bernard Delpit directeur financier de La Poste.

    La Poste a confirmé, mardi 16 juin, la nomination de Bernard Delpit, conseiller économique à l'Elysée, comme directeur financier, en remplacement de Nicolas Duhamel, qui a quitté le groupe lundi.

    M. Duhamel a été choisi pour être le directeur financier du groupe bancaire à naître de la fusion entre Banque populaire et Caisse d'épargne.

    Ancien élève de l'ENA, inspecteur des finances, Bernard Delpit, 44 ans, est entré dans le groupe PSA Peugeot Citroën en 2000, où il a occupé notamment le poste de directeur du contrôle de gestion. Il était depuis 2007 conseiller économique du président de la République.

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/06/16/un-conseiller-de-l-elysee-devient-directeur-financier-de-la-poste_1207654_3234.html

    RépondreSupprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.