6 juillet 2009

Hénin-Beaumont, la victoire sans gloire contre le Front National

Il y a quelques mois, rares étaient ceux capables de situer la ville d'Hénin-Beaumont sur une carte de France. Depuis, la bourgade de 27 000 habitants, dont 19 000 inscrits, est devenue le centre de la France politico-médiatique. Ce qui s'y passe cumule tous les handicaps démocratiques: un maire socialiste incarcéré pour corruption, une gauche divisée, un Front National historiquement fort, et une crise nationale et locale sans précédent.

Le Front National dans l'impasse
Daniel Duquenne est donc élu. De justesse serait-on tenté d'ajouter. En 2002, Jean-Marie Le Pen avait recueilli 2 900 votes (27%), puis 3 300 au second tour face à Jacques Chirac. En mars 2008, le socialiste Gérard Dalongeville avait été élu avec 52% des suffrages, et 6 500 voix. Steeve Briois réunissait déjà 3 300 suffrages dimanche dernier. Il a amélioré son score de quelques 2 500 voix. 

Pendant toute la semaine, les Frontistes ont fait feu de tout bois. Ils se sont lancés dans un porte-à-porte quasi-systématique, renforcés par des militants de la région et la présence de la souriante Marine Le Pen. Le Journal du Dimanche s'était même fendu d'un portrait des quatre frontistes locaux, "quatre garçons contre le vent", "des potes d'enfance", des "fils d'ouvriers, petits-fils de mineurs", "dynamiques" et "rebelles", qui aiment bien les blagues de Bigard et regrettent à peine le racisme de leur jeunesse. Mais dimanche soir, le constat est simple: le Front National est bel et bien dans l'impasse. La politique n'est qu'une affaire de victoire. Et le Front National est incapable de gagner, faute d'alliances électorales. Le camp républicain est parvenu à ostracisé durablement le FN. Il y a bien quelques récalcitrant(e)s. Interrogée la semaine dernière sur RMC, Valérie Pécresse avoue qu'elle n'irait pas voter à Hénin-Beaumont si elle habitait là-bas. Bel exercice de courage politique. Nombreux ont été ceux, à gauche, qui ont voté Jacques Chirac au second tour de l'élection présidentielle de 2002 face à Jean-Marie Le Pen, même s'ils attendaient avec impatience que l'ancien Maire de Paris passe en justice pour ses emplois fictifs et autres frais de bouche...

La Gauche a perdu
Hénin-Beaumont n'est aucunement un symbole. C'est tout juste un fait divers qui a enfoncé ses habitants dans la tristesse. L'histoire d'un maire corrompu. Le maire socialiste, Gérard Dalongeville, son premier adjoint de 2001 à 2008 Claude Chopin et un homme d'affaires au patronyme prédestiné, Guy Mollet, ont été mis en examen en avril dernier pour détournement de fonds publics, faux en écriture et favoritisme. Il sont accusés d'avoir mis en place un système de fausses factures dont le montant dépasserait les quatre millions d'euros. A gauche, le désarroi était total. Pour le premier tour, la gauche s'est explosée "façon puzzle". La direction du Parti Socialiste n'a rien fait pour nettoyer ses écuries. Au contraire, elle avait investi Pierre Ferrari, l'un des anciens adjoints du maire déchu. Qu'importe si la probité du candidat officiel n'était pas en jeu. Comment les électeurs écoeurés pouvaient-ils s'y retrouver ? Hénin-Beaumont est simplement une preuve supplémentaire d'un certain dilettantisme politique au Parti Socialiste.

Hénin-Beaumont est un signal pour le camp sarkozyste.
Le discours sécuritaire de Nicolas Sarkozy ne porte plus. En mai 2007, Nicolas Sarkozy avait capté 3 500 voix au premier tour (24% des inscrits), puis 6 600 votes au second (46%). La crise a transformé la vulgate présidentielle en bouillie idéologiquement incompréhensible mêlant protection du modèle social français et rupture libérale. A Hénin-Beaumont, on n'y croit plus. Son idéologie de la rupture, y compris en matière de sécurité et d'immigration, a volé en éclat. A Hénin-Beaumont, le candidat UMP a été rapidement marginalisé avec à peine 4% des voix. Que pouvait-il dire ? Il y a un an déjà, l'UMP n'existait plus, avec 705 voix et 5,5% des suffrages exprimés. En deux ans, l'UMP a disparu du paysage politique local.

C'est un non-évènement
Hénin-Beaumont est une éprouvette de laboratoire, une expérience locale portée à bout de bras par des commentateurs qui tentent d'y trouver une distraction politique. Quand le Front National emporta la mairie d'Orange, les belles âmes crièrent leur désespoir. Il suffisait d'attendre. L'extrême droite une fois au pouvoir localement s'auto-détruit. Sa pratique politique, basée sur le ressentiment, le soupçon et la paranoïa systématiques la consume de l'intérieur. Jacques Bompard a terminé au sein du groupuscule de Bruno Mégret, le MNR, avant que l'élection municipale suivante ne l'évacue comme on tire une chasse d'eau.

A Hénin-Beaumont, l'élection municipale fut simplement l'illustration ultra-locale d'un triple constat national: l'échec de la rupture sarkozyenne, le "revival" avorté du Front National, et l'absence politique d'un Parti Socialiste incapable de faire le ménage parmi les siens.

4 commentaires:

  1. clap, clap, clap. Chapeau bas. Rien à redire.


    sinon qu'il reste à inventer une gauche de combat qui s'attaque aux racines du mal et retourne s'expliquer et convaincre les couches populaires... et leur proposer une alternative qui n'est plus.... à construire.

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  2. NS va faire des discours de gauche pour 2012, il a le champ libre maintenant et il n'est plus à cela près, du moment qu'il est en haut de l'affiche...

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  3. En exclusivité pour Mediapart, l’un des hommes-clés de «l’affaire de Karachi» s’exprime pour la première fois. Ancien agent de la DST, Claude Thévenet est l’auteur des fameux rapports «Nautilus» révélant que l’attentat de mai 2002 contre des employés de la Direction des constructions navales (DCN) à Karachi, qui coûta la vie à onze Français, pourrait avoir eu pour cause le blocage de commissions, sur fond de guerre Chirac/Balladur.

    L’interview dévastateur pour le clan Balladur-Sarkozy est lisible sur le site des familles des victimes de l’attentat de Karachi :

    http://www.verite-attentat-karachi.org/?p=169

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  4. C'est curieux comme l'analyse que tu fais ressemble à la mienne. C'est vrai que la gauche n'existe plus dans ce qu'elle fut : un combat contre l'idéologie libérale dite progressiste par ceux qui l'appliquent et qui ne sont même plus crédibles aujourd'hui.

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