29 juillet 2009

Mascarades électorales en cascade en Françafrique

Le 13 juillet dernier, France 5 diffusait un portrait complaisant de l'action du président français. Henri Guaino, le conseiller "spécial" du Monarque y était notamment interrogé à propos de la "real-politik" étrangère menée par Sarkozy: "il n'y a rien de pire que la politique de la bonne conscience". Tout est dit. Et effectivement, "la Françafrique survivra" à la mort d'Omar Bongo. Les appuis français sont trop importants.

Mauritanie: la France aime les putchistes
Le 18 juillet dernier, un "serial-putchiste" a remporté l'élection présidentielle mauritanienne dès le premier tour, avec un score de 52,58 % des suffrages. Lisez donc ce commentaire d'un journaliste sénégalais: "le nouveau président mauritanien est un putschiste impénitent. Déjà en 2005, il avait aidé son cousin Ely Ould Vall, candidat malheureux à l’élection présidentielle, à renverser le régime autoritaire du colonel Maaouiya Ould Taya dont le règne avait été marqué par de sanglants pogroms à l’endroit de la communauté négro-africaine, longtemps ostracisée en Mauritanie. En 2008, Abdel Aziz, alors patron de la garde présidentielle, avait mis une deuxième fois le pays entier en émoi, en renversant Sidi Ould Cheikh Abdallahi, premier président démocratiquement élu en Mauritanie." En mars dernier, Nicolas Sarkozy avait surpris tout le monde, en affichant une grande clémence à l'égard des putchistes. Depuis, son secrétaire général, Claude Guéant, a rapidement fait taire les critiques françaises et découragé les soutiens aux opposants. Le chef des putchistes est reçu à l'Elysée. Contrairement aux Etats Unis, la France a profité de sa présidence européenne pour empêcher l'Union Européenne de promulguer des sanctions à l’encontre des putschistes et de leurs soutiens en août dernier. Le 23 juillet, la réaction française officielle est bien tendre à l'égard de l'élection mauritanienne: "Le scrutin s'est déroulé dans le calme. Il était suivi par quelque 320 observateurs internationaux appartenant à l'Union Africaine, à l'Organisation internationale de la francophonie, à la Ligue arabe, à l'Organisation de la conférence islamique, à l'Union du Maghreb arabe et à la Communauté des Etats sahélo-sahariens. Ces missions d'observateurs se sont exprimées et ont souligné le climat de sérénité et de responsabilité qui a prévalu lors de cette élection. Elles ont fait état d'un déroulement globalement satisfaisant des opérations électorales, du bon fonctionnement des bureaux de vote et d'un dépouillement rigoureux et transparent. "

Congo: la curieuse délégation française
Au Congo, la situation n'est pas meilleure. Les opposants au président Sassou Ngesso avaient boycotté le dernier scrutin présidentiel. La (Sarko)France "cautionne régulièrement les mascarades électorales organisées par Sassou Nguesso, qui gère le Congo comme sa propriété personnelle". Dernier exemple en date, en mars dernier, AREVA avait signé un accord portant sur la recherche et l'exploitation de futures mines d'uranium sur tout le territoire. Une ONG a encore dénoncé les conditions d'exploitation de ces mines, comme celle de Shinkolobwe au Katanga (sud-est), illégalement exploitée depuis 2004. Aucune trace de commentaire français officiel sur le sujet.

L'Elysée a envoyé une délégation "observer" le déroulement de l'élection présidentielle congolaise. Sa composition laisse peu d'espoir aux opposants: le chiraquien Jacques Toubon est accompagné d'un ancien directeur de cabinet de Charles Pasqua, Patrick Gaubert, de l'avocat Emmanuel Caulier, de Jean-François Mancel et Jean-Michel Fourgous, deux députés UMP notoirement supporteurs du président congolais. Patrick Gaubert a été soupçonné par la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) d'avoir fait pression sur les familles de victimes dans une affaire de disparitions d'opposants politiques au Président Denis Sassou en 1999. Cette petite troupe a donc qualifié de "libres" les élections congolaises. Tout va bien...

Gabon: sauver l'héritage de Bongo
Au Gabon, la mort d'Omar Bongo a déclenché la tenue d'une élection présidentielle. Le fils et ministre de la Défense du président défunt est soutenu par la France et donné favori. Un éditorialiste africain ne se faisait aucune illusion : "La solide implantation de la France au Gabon par le biais de sa base militaire et l’exploitation de son pétrole par Elf puis par Total est une preuve supplémentaire de la solide amitié entre l’Elysée et celui qui était le doyen des chefs d’Etat africains." Un blogueur de Mediapart détaille les l'implication de la famille de l'ancien président est très présente aux conseils d'administration des filiales locales d'entreprises françaises.

En Côte d'Ivoire, la France énerve
En Côte d'Ivoire également, les prises de positions françaises sont publiquement dénoncées par des proches du président sortant Laurent Gbagbo. Ces journaux fustigent les déclarations de Nicolas Sarkozy sur l'enlèvement et la disparition du journaliste Philippe Kieffer. Pour le coup, notre président semble tenir rôle. Lors de sa visite à Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU, il aurait déclaré Laurent Gbagbo n'est "pas digne de confiance". "La France continue de se couvrir de ridicule" pouvait-on lire dans le quotidien Notre Voie. Le 22 juillet dernier, le témoignage d'un officier ivoirien a impliqué l'entourage de la femme de Laurent Gbagbo. Les journaux proches du pouvoir se sont depuis déchaîné contre le témoin.

2010, année de la Françafrique
En juin dernier, Jacques Toubon a été missionné pour préparer un curieux anniversaire: en 2010, la France veut célébrer l'Afrique, une année qui coïncide avec le cinquantième anniversaire de l'accession à l'indépendance de quatorze pays d'Afrique francophone. Sarkozy cherche à faire oublier son discours de Dakar comme sa politique d'immigration. Avec l'Afrique, le malaise est grandissant depuis mai 2007.

Outre 'la célébration de notre histoire commune, en particulier la contribution de l'Afrique à la libération de la France et la marche vers les indépendances', Toubon devait réfléchir à 'l'achèvement de la réforme des principaux instruments de notre relation tant sur le plan économique que politique, déjà amorcée par la renégociation des accords de défense' mais aussi 'la valorisation de la dimension humaine de cette histoire commune à travers la place de l'Afrique en France et le rôle des Français d'origine africaine dans la République'.

Tout un programme !

1 commentaire:

  1. C'est bien beau de se préoccuper de la FrançAfrique et de s'accommoder de ce qui se passe en Sarkoland!
    Actuellement, c'est ce qui se passe en Afrique qui se passe en France; La France n'a rien à envier au Congo, au Gabon , etc...
    Tripatouillages de la Constitution, comme en Afrique, verrouillage des Médias, comme en Afrique, flicage de nos vies privées(HadopiII, écoutes téléphoniques, surveillance des sms, fichages des gens dès l'âge de 3 ans..)Découpages électoraux immoraux pour arranger le parti au pouvoir, Le Fils de 22 ans qui prend la place de tout le monde en Ile de France et qui succèdera peut-être à son père en 2022: que demander de plus au bon Dieu pour égaler l'Afrique?
    La FrançAfrique, c'est le Club des Dictateurs pilleurs des richesses des peuples de part et d'autre de la Méditerranée.
    Seule une vraie Révolution peut rétablir la vraie Démocratie en France!

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