7 juillet 2009

Rocard va à la soupe, la crise s'aggrave, Sarkozy plane

Nicolas Sarkozy nomme Rocard et Juppé pour animer le spectacle du moment: réfléchir aux priorités du futur emprunt national, le nouveau gadget sarkozyen. le monarque était aussi à Evian, avec Gordon Brown, pour une rafale de communiqués préparés par des dizaines de conseillers. Pas très loin de là, à Aix-en-Provence, quelques 150 économistes s'étaient retrouvés du 4 au 6 juillet. Leurs constats sur la crise mondiale sont plutôt sombres, bien loin des chimères gouvermentales...

Rocard va à la soupe
Il ne fait aucun doute pour personne que l'emprunt populaire annoncé par Nicolas Sarkozy est avant tout une affaire de communication. Le président français l'a présenté comme cela à son propre conseiller économique : il s'agit d'alimenter le débat sur les priorités du pays. La démarche est curieuse. Nicolas Sarkozy est-il à ce point en panne d'idées qu'il fait appelle au "débat" public pour savoir comment relancer notre machine économique ? Le Monarque cherche plutôt à occuper le terrain médiatique et politique. Il a trouvé cette belle idée, chipée à quelques sociaux-démocrates en mal de projet. La semaine dernière, Nicolas Sarkozy a lancé cette nouvelle séquence, en recevant des organisations syndicales peu dupes de ce nouveau manège. On attendait la nomination de la fameuse commission qui se chargera d'animer le débat. Ce fut chose faite lundi 6 juillet au matin. L'Elysée a annoncé nommer Michel Rocard et Alain Juppé de "présider une commission chargée de réfléchir aux priorités justifiant un effort exceptionnel d’investissement, afin de préparer l’avenir de la France." Rocard était content: "Tout n'est pas objet de conflit", a-t-il expliqué en sortant de son entretien avec Sarkozy. "Je suis sûr que nous atterrirons sur des propositions communes parce que nous nous connaissons, nous avons déjà travaillé ensemble. Nous incarnons chacun une tradition politique, celle du parti socialiste pour Michel Rocard, celle des gaullistes de l'UMP pour ce qui me concerne" a ajouté Alain Juppé.


Samedi dernier, nous rappelions cette sage maxime : "Quand le sage désigne la lune, l'idiot regarde le doigt". Michel Rocard et Alain Juppé sont les "doigts" de l'imposture sarkozyenne. Le cas de Rocard est problématique. On attend du Parti Socialiste qu'il l'expulse comme on fourgue un sans-papier dans un charter en Sarkofrance. Il n'en fut rien. Le PS est indulgent. Sarkozy, lui, est ravi: «C'est très important de mobiliser un pays au-delà du sectarisme dans un esprit de tolérance, en se tournant vers l'avenir (...) La crise est suffisament grave et suffisamment forte pour que chacun sache se hisser au-dessus d'intérêts partisans»

Sarkozy plane
Lundi, le Monarque participait à un mini-sommet franco-britannique, avec son homologue Gordon Brown à Evian. L'occasion d'une rafale de communiqués officiels, dont la quantité et la longueur frisent le ridicule tant ce micro-sommet fut de courte durée...
  • Ainsi à 17h30, les deux chefs d'Etat parlaient protection de l'environnement, se prononçant pour "un objectif de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre de 80 % d’ici à 2050 par rapport à 1990".
  • Six minutes plus tard, second communiqué sur l'énergie nucléaire, à 17h36: "La France et le Royaume-Uni reconnaissent que l’énergie nucléaire a un rôle important à jouer pour répondre aux défis énergétiques de notre temps. Le recours à l’énergie nucléaire, source sobre en carbone, permet de réduire largement la production de gaz à effet de serre."  
  • Vers 17h43, les deux compères européens publiaient une déclaration commune sur le développement et la régulation mondiale (... roulement de tambour.... ) : "Le Royaume-Uni et la France entendent coopérer étroitement pour faire face aux problèmes politiques, économiques et de sécurité du XXIème siècle." Concrètement, les deux pays aimeraient que le Conseil de Sécurité élargisse ses membres permanents à des représentants de l’Allemagne, du Brésil, de l’Inde et du Japon, ainsi qu'à l'Afrique; se félicitent des mesures du G20... de Londres en avril dernier (ouf !), et souhaitent poursuivent leurs actions communes en faveur de l’amélioration de la situation sanitaire.
  • A 17h46, Sarkozy et Brown communiquaient sur l'immigration, annonçant qu'ils voulaient accélérer les "retours forcés" de clandestins de part et d'autre de la Manche, de multiplier les "actions conjointes" (diplomatie, échanges d'information, encouragements aux retours volontaires), renforcer la sécurité aux frontières communes. 
  • A 17h51, nous apprenions que les deux chefs d'Etat se prononçaient "en faveur d'une ambition industrielle européenne". lisez plutôt: "L’innovation industrielle a besoin de s’inscrire dans une stratégie et une vision de long terme clairement définies, et demande un appui des pouvoirs publics." Ou encore : "La France et le Royaume-Uni s'emploient ainsi tous deux à mener une stratégie industrielle qui soutienne des entreprises et des emplois viables dans cette période de conjoncture difficile tout en contribuant à la modernisation et à l’adaptation de notre tissu industriel, en particulier le développement et la croissance des PME européennes les plus prometteuses." Mieux : "La France et le Royaume-Uni demandent à la BEI de mettre à la disposition des entreprises et des projets d'infrastructures critiques des ressources supplémentaires au cours des deux prochaines années."
Imaginez Brown et Sarkozy expliquer qu'ils sont favorables à une désindustrialisation massive des économies de l'Union...

Aucune de ces annonces en cascade n'apporte quoique ce soit de nouveau. Au mieux, il s'agit de lapalissades. Au pire d'un effet d'affichage inutile et ridicule.

La crise ne fait que débuter
 L'emprunt national sera donc notre nouvelle réponse à la crise. L'autre action défendue par la monocratie sarkozyenne est la régulation de la finance mondiale. Certains se félicitent que la crise seraient bientôt derrière nous, que les banques privées commencent déjà à rembourser leurs aides publiques de l'automne dernier. Dimanche soir, Henri Guaino expliquait encore que les paradis fiscaux était l'une des causes de la crise. Le conseiller spécial du président aurait dû aller à Aix-en-provence. Là-bas, du 4 au 6 juillet, des experts discutaient de la crise lors des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, organisées par le Cercle des économistes. Les constats ne sont guère réjouissants: la crise ne fait que débuter.  D'avril 2008 à avril 2009, le chômage a augmenté de 40 % dans les pays les plus riches. On attend 26 millions de chômeurs en plus d'ici 2010. Florilège de citations.
  • Patrick Artus (banque Natixis) : "les emplois perdus le sont de façon irréversible". "On fabriquera moins de voitures et moins de biens durables. Où seront créés les emplois de demain? On ne sait pas"
  • Jean-Claude Trichet (BCE): "Nous avons créé une entité nouvelle, l'économie mondialisée, dont nous découvrons la fragilité" 
  • Denis Kessler (MEDEF): "les troisièmes années de crise se caractérisent souvent par du populisme, du protectionnisme et du patriotisme"
  • Martine Durand (OCDE) : « Le plus gros de la crise de l'emploi est à venir »
Ami sarkozyste, où es-tu ?

3 commentaires:

  1. Pour rappel : video du mois de janvier 2009
    Rocard, le nouvel ami de Sarkozy ?

    http://www.dailymotion.com/video/k6UXzTviYAcQ0fUakO

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  2. Pour Rocard, c'est triste. On dit souvent que "la vieillesse est un naufrage"...Que va-t'il faire dans cette galère ?

    Que Juppé réponde à l'appel du Monarque républicain pour revenir dans le jeu politique national, je comprends, mais Michel Rocard, pourquoi ? Pour le prestige, la fausse impression de faire encore partie des personnes influentes à 79 ans ??

    En fait, peu importe les motivations de Michel Rocard, le résultat est le même : participer de près ou de loin à un gouvernement à l'antithèse de ce pourquoi il est censé avoir œuvré toute sa vie, c'est pitoyable.

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  3. L'attitude de Rocard est d'autant plus condamnable, qu'il a publié hier, le jour de sa nomination, un article où il constate que les peuples européens ont renforcé la droite, laquelle est non seulement responsable de la crise, mais veillera en plus à ce que rien ne change en profondeur.

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