31 juillet 2009

Sondages occultes: Opinion Way répond... à côté.

Il y a 15 jours, la Cour des Comptes révélait dans un rapport sur les dépenses de l'Elysée qu'un cabinet de conseil (depuis identifié comme étant Publifact, créé et géré par Patrick Buisson), avait déboursé pour le compte de la Présidence de la République 392 000 euros au titre des baromètres mensuels "Politoscope" réalisés par OpinionWay.

Les dirigeants d'OpinionWay ont cru bon de se défendre dans une tribune publiée par ... Le Monde. Pourquoi donc Le Monde, et non pas le Figaro, leur client habituel ? Curieuse manière de répondre dans un autre journal que celui habituellement friand et client des sondages de l'institut. Les lecteurs du Figaro ne méritent-ils pas d'informés ?

Qu'écrivent donc Hugues Cazenave et Denis Pingaud, respectivement président et vice-président d’Opinion Way ? Ils menacent les critiques de procès en diffamation. Ils expliquent également que (1) l'Elysée ne représente que 3% du chiffre d'affaires de leur entreprise, (2) leurs sondages ne sont pas trafiqués, (3) ils font des jaloux dans la profession comme tout nouvel entrant qui bouscule le marché.

Bref, Opinion Way répond... à côté.

1. L'Elysée finance des sondages de manière occulte.
Ces sondages sont achetés et publiés par le Figaro, sans qu'il soit fait mention du financement élyséen. La somme déboursée par le Figaro est ridiculement faible par rapport au financement de l'Elysée, 50 000 euros pour 30 sondages en 2008. Ce qui fait dire à certains que la Présidence de la République est le commanditaire principal de ces sondages. N'aurait-il pas été plus transparent et "moral" d'afficher clairement ce financement présidentiel ?

2. En période électorale, ce financement occulte est illégal.
Quand un sondage a un lien direct ou indirect avec une élection, la loi impose de publier tous ses commanditaires. Or certains baromètres du "Politoscope", mentionnés par la Cour des Comptes, publiés avant les élections (municipales ou européennes) tombent sous le coup de cette obligation légale de transparence. Les deux dirigeants ne répondent pas sur ce problème.

3. Grâce à la publication de sondages qu'elle finance, l'Elysée manipule le débat public.
On aurait aimé connaître l'avis de ces deux experts sur la profusion de sondages publics ainsi financés par l'Elysée. Il ne se passe pas une semaine sans qu'un sondage déboule dans les colonnes d'un journal ou les ondes d'une radio. Tout est sondé, et tout le temps. Par leurs questions/réponses, les sondages orientent le débat politique. Quand on apprend, grâce à la Cour des Comptes, que l'Elysée en finance une soixantaine par an, on mesure combien l'entreprise de manipulation est importante. Si les sondages d'OpinionWay ne sont pas trafiqués, le débat politique en sarkofrance l'est assurément.

4. OpinionWay confirme que Publifact émarge à 50%
Les deux dirigeants démentent avoir perçu l'intégralité des 392 000 euros facturés par Buisson à l'Elysée au titre de leurs propres sondages: "OpinionWay a facturé, en 2008, au cabinet-conseil moins de la moitié de la somme évoqué par la Cour - 392 000 euros - comme étant la facturation de ce même cabinet à l'Elysée." Publifact émarge donc à 50% sur une prestation de service d'une simplicité troublante.

5. Opinion Way n'exagère-t-il pas son travail spécifique pour l'Elysée ?
Les deux dirigeants expliquent leur prestation élyséenne recouvrait en fait "trois prestations distinctes : un baromètre d'image du président de la République ; des études confidentielles ad hoc sur des sujets d'actualité ; les analyses détaillées, enfin, du fameux Politoscope, c'est-à-dire les tris par catégories de population - ce qui représente des centaines de pages de compte rendu". Visiblement, Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée et plus proche collaborateur du Président, ne voit pas vraiment la différence avec ce que le Figaro publie, lorsqu'il déclare il y a 15 jours au micro d'Europe1: "On commande des sondages, si des journaux veulent acheter les mêmes, nous on n'y peut rien."

6. OpinionWay menace.
L'article se clot sur une menace de procès. Pourtant, Hugues Cazenave et Denis Pingaud accusent leurs confrères de financement passé par les fonds secrets de la Présidence de la République. Diffamation contre diffamation ?

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