31 août 2009

Gabon, Guinée, la Françafrique a-t-elle de beaux restes ?


La Françafrique a fait parler d'elle ces derniers jours.

Gabon, l'élection improbable
On attendait avec impatience le scrutin présidentiel gabonais, quelques semaines après le décès du président à vie Omar Bongo. Dimanche 29 août, le vote fut paraît-il massif, malgré des retards à l'ouverture des bureaux de vote constatés sur Radio France International en matinée. "Coup de théâtre", un candidat s'est désisté, sans donné de consigne de vote. Onze autres prétendants s'étaient déjà désistés en faveur d'André Mba Obama. Environ 13.000 électeurs étaient appelés à s’exprimer dans 2.801 bureaux de vote. Ali Bongo, fils aîné du président décédé, soutenu par le parti au pouvoir, est donné favori. Il n'a quitté son poste de ministre de la Défense qu'il y a deux semaines. La France semble le soutenir. Robert Bourgi, un avocat bien introduit en Françafrique et revenu en grâce auprès de Nicolas Sarkozy a dit publiquement soutenir le candidat Ali Bongo. "La France regarde cette élection avec beaucoup d'attention", a déclaré modestement le secrétaire d'Etat à la Coopération Alain Joyandet. Un quotidien burkanibé expliquait récemment que la France "a probablement manœuvré pour qu'Ali mette fin à son entêtement à rester au pouvoir tout en étant candidat à ce grand jamboree électoral. La victoire du dauphin sera ainsi moins entachée de péché. Et cette victoire-là, la France y tient pour une raison évidente : tous les autres candidats représentent un risque pour Paris. Le Gabon de l'après-Bongo père, qui a toujours été le centre névralgique de la Françafrique, doit rester dans l'escarcelle de la France"

Guinée, le ridicule
Alain Joyandet s'est rendu deux fois cette année en Guinée. Un coup d'Etat avait placé une junte militaire au pouvoir le 23 décembre dernier, au lendemain du décès du président Lansana Conté. Son chef, le capitaine Moussa Dadis Camara, avait promis au Français qu'il ne se présenterait pas à l'élection présidentielle d'ici la fin de l'année. Les Etats-Unis dénoncent le putsch et suspendent leurs aides hors humanitaires : « Nous réitérons notre appel pour un retour à un règne civil et l’organisation, dès que possible, d’élections libres, équitables et transparentes ». La France suit, mais envoit son secrétaire à la Coopération sur place. Joyandet se rend en Guinée dès le 3 janvier. Le secrétaire d'Etat promet 3 millions d'euros pour organiser des élections rapidement. Lors de cette première visite, la junte militaire avait rassuré Joyandet : « J’ai pu obtenir des nouvelles autorités guinéennes que la période de transition sera la plus courte possible, que les militaires et le gouvernement provisoire de transition ne se présenteront pas à ces élections, et qu’ils s’en iront dès la fin de la transition ».

Début août, Alain Joyandet retourne en Guinée. Son voyage fait quelques bruits en métropole. Pourquoi tant de sollicitude pour ce régime militaire ? Joyandet a rappelé le message: des élections rapides, et pas de candidature militaire... Joyandet ne s'inquiète pas, publiquement, d'un éventuel changement de cap au sein du pouvoir guinéen. Aujourd'hui, le masque est tombé. Les Etats Unis dénoncent les déclarations de la junte militaire. Alain Joyandet (encore lui) est fort marri. Moussa Dadis Camara lui aurait menti. Sur RFI, le secrétaire d'Etat s'est gentiment énervé, déclarant qu'il restait persuadé que le chef de la junte tiendrait ses promesses.
"Le capitaine Camara a toujours dit qu'il ne se présenterait pas, et il l'a répété. Alors, qu’il ait besoin éventuellement peut-être de maintenir une certaine autorité jusqu'à cette élection, pourquoi pas. Mais le 3 janvier, en ma présence, il a indiqué qu'il ne se présenterait pas, il l'a réitéré lors de mon deuxième voyage, puisque j’étais allé exprès, en quelque sorte, pour réaffirmer, en plein mois d’août, la volonté de la communauté internationale de le voir respecter ses engagements. Donc, je considère que ces engagements étant pris, il devra les respecter."
Source
Il y a fort à croire qu'Alain Joyandet et Nicolas Sarkozy se fichent un peu de savoir si Camara se présente ou pas aux prochaines élections présidentielles. En Mauritanie, où un putsch a également renversé le régime, puis des élections, contestées, ont été tenues en juillet dernier, la France n'a pas eu les mêmes scrupules. Mais en Guinée, la France a besoin de consolider sa position, comme ailleurs.

Les ressources naturelles n'attendent pas.

Emploi: les réponses du gouvernement

La semaine dernière, le gouvernement a fait des annonces en cascade sur le front de l'emploi. "Tout est fait pour financer des mesures amortissant le choc de la crise à une condition : qu'elles soient 'débranchables' quand la reprise sera là." a expliqué Laurent Wauquiez. Voici la liste de ces outils "débranchables".

1. Chômage partiel
Laurent Wauquiez a promis de relever à 1000 heures par an le plafond d'heures en chômage partiel autorisé dans les entreprises, dès le mois de septembre. Cette mesure est de bon sens : elle évite le licenciement. Elle permet surtout d'éviter d'engorger le pôle emploi de nouveaux chômeurs. Cacher l'inactivité dans les comptes des entreprises est habile. Comme le note l'AFP, "Sur la base d'un temps de travail annuel de quelque 1.680 heures, constaté en moyenne par l'Insee dans les entreprises en 2007 pour les salariés à temps complet, ce relèvement conduit à accorder la possibilité de faire plus de la moitié de l'année en chômage partiel à tous les secteurs d'activité."

2. Allègements de charges
Le secrétaire d'Etat à l'Emploi a également annoncé vouloir "réfléchir" à la prolongation des exonérations de charges sociales pour les très petites entreprises en 2010: "Je souhaite que l'on étudie la prolongation de l'exonération totale de charges sur les embauches dans les entreprises de moins de 10 salariés en 2010." Depuis janvier, cette mesure a concerné 380 000 embauches.

3. Conventions de reclassement
Wauquiez a promis d'étendre à 4 bassins d'emplois supplémentaires (soit 25 au total) le bénéfice des conventions de reclassement personnalisés. Un dispositif coûteux mais, paraît-il, efficace: "Le taux de reconversion réussie, à savoir obtenir une solution durable (au moins six mois), se maintient entre 6 et 7 sur 10 pour les bénéficiaires d'un CTP" explique-t-il. Ce dispositif est coûteux et non reproductibles. Wauquiez confirme qu'un conseiller emploi n'y traite que 50 chômeurs, alors que ce taux dépasse la centaine habituellement.

4. L'apprentissage
Le secrétaire d'Etat attend aussi 5000 contrats d'apprentissage dans la restauration. Comparé au 2,6 milliards d'euros que représente le manque à gagner fiscal de la baisse de la TVA dans le secteur, la "recette" est plutôt mince: "Je n'ai pas la TVA à 5,5 % honteuse. Nous percevons déjà une modification des comportements. Les intentions d'embauche des professionnels sont en hausse de 40 % et nous attendons 5 000 contrats d'apprentissage supplémentaires dès la fin de l'année sur les 20 000 promis". Les professionnels du secteur avaient également promis 20 000 emplois pérennes. Au moins, l'UMP a récolté quelques centaines d'adhésions parmi certains restaurateurs...

Au total, Laurent Wauquiez a promis qu'il disposerait de 1,6 milliards d'euros supplémentaires en 2010, sans préciser son allocation.

30 août 2009

Sale dimanche en Sarkofrance

Mauvais dimanche en Sarkofrance. Un sondage a pourri les quelques jours de vacances prolongées de Nicolas Sarkozy: en 2012, il pourrait être battu, d'après une enquête réalisée par l'institut CSA paru samedi dans Le Parisien.

Retournement politique?
On ne s'attardera pas davantage que cela sur la valeur de ce sondage. Nous avons pris la détestable habitude de critiquer cette boulimie sondagière aggravée en Sarkofrance. Mais ce sondage-là pourrait faire date.
"Selon l'étude réalisée sur un échantillon représentatif de 1006 personnes âgées de plus de 18 ans, 50% des Français pensent qu'un candidat de l'opposition pourrait l'emporter face à Nicolas Sarkozy si ce dernier se représentait à la prochaine élection présidentielle en 2012.
A l'inverse, seuls 36% des sondés imaginent l'actuel Chef de l'Etat enchaîner sur un deuxième mandat.
" (source)
Dans le détail, les sondés proches de la gauche, du Modem et des Verts semblent particulièrement requinqués. De quoi inquiéter Sarko, si habile à manipuler le débat politique.

Il est également trop tôt pour dire si l'espoir s'est véritablement levé parmi les opposants à la politique du gouvernement. Néanmoins, le spectacle donné par l'opposition ces deux dernières semaines avait quelque chose de réjouissant. Il était facile de critiquer les bisbilles personnelles des socialistes, les difficultés du Modem. Le succès d'Europe Ecologie aux élections européennes a été un premier signe. Cet été, la perspective de primaires, élargies ou pas, a fait taire les rivalités au PS.

Le président se rassurera en lisant les colonnes du Journal du Dimanche. Son ministre du Budget monte au front.

Eric Woerth s'agace
Le ministre du Budget a cru bon de réagir dans la presse. Les petites mesures de régulation annoncées par Sarkozy contre les bonus bancaires n'ont pas eu l'effet escompté. Et il se murmure depuis des semaines que le guichet d'accueil mis en place pour les évadés fiscaux n'a pas le succès escompté: à peine 200 dossiers étudiés et 20 régularisations au bout de 4 mois de travail... Dans la lutte contre les excès de la finance mondiale, il faut des signes d'avancement ! Eric Woerth, donc, a demandé aux fraudeurs... de se dénoncer volontairement. Il explique qu'il a obtenu une liste de quelques 3000 noms, pour 3 milliards d'actifs, de la part des banques suisses. Combien d'anciens clients de l'avocat Sarkozy ? On se rappellera également que l'épouse du ministre est ... gestionnaire de fortunes privées.
"Nous avons récupéré les noms de 3000 contribuables détenteurs de comptes dans les banques suisses dont une partie correspond très probablement à de l'évasion fiscale. Ces comptes sont ouverts dans trois banques et représentent des avoirs à hauteur de 3 milliards d'euros."
Contrairement aux affirmations passées du ministre, la collaboration avec la Suisse est difficile. l'Etat helvétique compte 327 établissements bancaires. La menace du jour d'Eric Woerth n'en concerne que 3, dont deux ont "spontanément" fourni "un certain nombre de noms de leurs clients qui ont ouvert des comptes (en Suisse) sans que l'administration fiscale en soit informée", a précisé Woerth. Et la Suisse a depuis confirmé qu'il n'y avait aucun lien entre cette liste et la signature jeudi de l'accord avec la France. Ce dernier n'entrera en vigueur qu'au 1er janvier 2010, et seulement s'il est validé par le parlement helvétique.

Le ministre du budget voulait faire croire à une victoire de la nouvelle régulation. Son coup de gueule feutré ressemble surtout à une manifestation d'agacement mal maitrisé.

Frédéric Lefebvre, victime d'un bug 2.0

Le Web n'en finit pas d'être malicieux avec l'ancien député des Hauts-de-Seine. Frédéric Lefebvre, qui a rendu son mandat au titulaire André Santini fin juin, espérait une promotion compensatoire au gouvernement cette semaine. Une employée de Matignon a fait une erreur de manipulation informatique, vendredi 28 août. Pendant quelques instants, le nom de Frédéric Lefebvre, comme ceux d'Axel Poniatowski et Paul Giacobbi, figurait parmi les membres du gouvernement sur le site de Matignon. "Il s'agit d'un bug malencontreux" a-t-on expliqué dans les services du Premier Ministre. "Une collaboratrice de la rédaction prenait des notes perso de choses lues dans la presse et a publié malencontreusement ces noms sur le plan du site." Ce n'est pas le plus grave. Selon le Post, Nicolas Sarkozy aurait décidé de reporter à mars ou avril prochain ce mini-remaniement....

Argh ! Fausse joie.

celui qui est encore l'un des portes-paroles de l'UMP avait profité de la semaine pour fustiger le parti socialiste. Ecoutez-le expliquer que les dirigeants socialistes ne pensent à "leur avenir personnel" à l'occasion de leur université d'été à La Rochelle. Et Nicolas Sarkozy, ne pense-t-il pas à sa réélection et au prochain scrutin régional ?

Le débat politique est bas à l'UMP.

Très bas.

Trop bas

29 août 2009

121ème semaine de Sarkofrance: Sarko n'a pas changé


Le président était de retour, cette semaine, pour deux petits jours de travail et de discours. Jeudi, il était déjà reparti au Cap Nègre pour 4 jours de week-end supplémentaire.

Lors du premier conseil des ministres de cette rentrée, mardi matin, Nicolas Sarkozy a demandé à ses ministres d'afficher leur détermination. Lutte contre la crise et poursuite des "réformes" sont les deux mots d'ordre du moment. Face à la crise, Sarkozy ne lutte pas, il communique. Quant aux réformes, elles sont motivées par l'intérêt particulier du Monarque: sa réélection de 2012. Sarkozy est à mi-mandat. L'échéance s'approche. Et le spectacle, imprévu, d'une opposition partiellement requinquée au sortir de l'été, démontre que rien n'est gagné d'avance.

L'imposture bancaire
Premier acte, tacler les banques. On en viendrait à plaindre les dirigeants de BNP-Paribas. Héros involontaires de l'actualité estivale, ils ont repris leurs habits de bouc-émissaires pour une séance de sermons à l'Elysée mardi. Depuis un an, la Sarkofrance a choisi cette diversion. Depuis un an, les progrès ont été maigres, et toujours obtenus sous la contrainte d'une polémique passagère. Cette fois-ci, Sarkozy crie victoire, négligeant de préciser qu'il a pompé ses idées sur les recommandations de l'autorité boursière britannique publiées voici 15 jours : étalement du versement des bonus sur 3 ans, annulation des bonus en cas de pertes ultérieures dans la période, contrôle des 100 plus fortes rémunérations par un mandataire (en l'occurence, Michel Camdessus, ancien patron du FMI). Au G20, Sarkozy promet même de parler taxation internationale et plafonnement. Un vrai toilettage qui peut même s'avérer dangereux: : les traders resteront motivés à prendre des risques de plus en plus grands pour assurer le versement complet du solde de bonus de l'année précédente. Les banques s'en tirent bien.
L'imposture médiatico-bancaire continue. Sarkozy, comme les dirigeants du G20, est pris en tenaille entre deux impératifs contradictoires: faire patienter son opinion publique, outrée par les excès de quelques-uns, et préserver la "compétitivité" de notre place boursière. Le Monarque est contraint de sur-jouer sa détermination et les progrès accomplis plutôt que d'avouer son impuissance évidente. Il aurait pu saisir son docile gouvernement, faire voter une loi par le Parlement contre cette insécurité boursière persistante... Que nenni !

Grand Emprunt, fausse démocratie
Mercredi, Nicolas Sarkozy installait la fameuse commission chargée de définir, en deux mois, aux priorités du futur "Grand Emprunt". Cette affaire est un déni de démocratie. Une commission d'experts, sans aucun élu à l'exception des deux coprésidents Rocard et Juppé, va réfléchir et proposer d'engager l'argent des contribuables sur des sommes qu'on imagine faramineuses, puis le Monarque disposera. Quelle est la perméabilité aux lobbies de ces 20 experts ? Les finances publiques vont mal. Curieusement, Nicolas Sarkozy ne fixe aucune limite au montant de l'emprunt national: il "dépendra des besoins que vous allez identifier et de la capacité d'endettement que nous aurons". La commission Juppé-Rocard a deux mois pour livrer ses conclusions, deux mois pour établir la plus belle liste de Noël que la France ait connu depuis la Libération ! Cette démarche fusille deux ans de communication gouvernementale sur la réduction des dépenses publiques, déjà mise à mal par le "plan de relance" de novembre 2008.
L'obstination sarkozyenne à maintenir en l'état ses cadeaux fiscaux de l'été 2007, comme la défiscalisation des heures supplémentaires, l'abaissement du bouclier fiscal, ou les larges exonérations de droits de succession, et la crise ont eu raison des ambitions de rigueur budgétaire. En 2009, la dette publique française devrait dépasser les 1 400 milliards, et le déficit budgétaire les 130 milliards, un triplement en l'espace de 12 mois.
Mais ne changeons rien ! Jeudi, le quotidien La Tribune révélait que la droite avait renoncé à toiletter les niches fiscales cette année. Cet été, deux députés UMP, Pierre Méhaignerie et Gilles Carrez avaient avancé l'idée de remettre à plat les niches fiscales. L'annonce était opportunément tombée en pleine polémique sur les bonus provisionnés de BNP Paribas et l'annonce du triplement du déficit budgétaire. L'habile contre-feu a donc rapidement fait long feu. "Avec le débat sur la taxe carbone, il fallait éviter de prêter le flanc à la critique d'une droite alourdissant la fiscalité" a justifié Pierre Méhaignerie... La fiscalité risque effectivement de s'alourdir pour les ménages français. Christine Lagarde a recommandé de fixer à 15 euros la tonne le montant de la taxe carbone, soit une petite augmentation de 4 centimes par litre d'essence. Une décision qui ne sert à rien la cause environnementale et pèsera quand même sur le budget des ménages...

Plus tristement, le chômage est reparti à la hausse en juillet. Le nombre total de demandeurs d'emplois s'élève à 3.668.100, en progression de 25% sur un an, et de 33 000 sur le seul mois de juillet. Christine Lagarde promet la publication de treize fiches pratiques pour aider les chômeurs dans leurs démarches. Et Laurent Wauquiez, son secrétaire d'Etat à l'Emploi, sort 1,6 milliards d'euros de budget supplémentaire pour financer de nouvelles exonérations de charges sociales (pour les TPE), et d'autres autres mesures d'aide. Il a promis également de relever à 1000 heures par an le plafond autorisé de chômage partiel dès septembre. Laisser l'inactivité dans les entreprises est la nouvelle recette du gouvernement. Les agents du pôle emploi redoutent l'engorgement. Moins de 2000 renforts arrivent dans leurs agences, quand les nouveaux recalés de l'emploi se chiffrent en centaines de milliers. La fusion ANPE-ASSEDIC, très certainement une bonne mesure en soi, a été réalisée dans la précipitation en janvier dernier.

Le discours aux ambassadeurs
Mercredi après midi, avant de repartir en week-end, Nicolas Sarkozy recevait les ambassadeurs français, pour son traditionnel discours de politique étrangère: Iran, crise mondiale, réchauffement climatique, les grands sujets du moments ont tous été évoqués. Sarkozy a surtout donné des leçons de moralité et de responsabilité tous azimuts. A ses homologues du G20, il pose un ultimatum: reprenant à nouveau à son compte, sans le dire, les propositions anglaises d'étalement des bonus sur trois ans, il toilette un système vicié et crie à l'exemplarité française. Plus tard, il traite les dirigeants iraniens de menteurs, quelques jours après avoir évité une catastrophe humanitaire avec la détention de Clotilde Reiss. La violence de certains mots frise l'irresponsabilité diplomatique. Barack Obama a choisit de prendre à revers le régime iranien, en lui tendant la main. Sarkozy n'a rien compris, et joue au taurillon. Qui a oublié ses embrassades à répétition avec tous les dictateurs "utiles" de la planète ? La "real-politik" est un fait. Il n'est pas question de se fâcher avec tout le monde, juste de tenir un peu son rang et la crédibilité française sur la scène internationale. Quelle légitimité Sarkozy a-t-il encore à fustiger l'Iran, à crier à la guerre contre "la barbarie" en Afghanistan quand il embrasse aussi facilement la Chine ou la Syrie ?

Comble du narcissisme, il réécrit aussi complètement l'histoire et s'érige en sauveur du monde: la crise aurait démarré à cause des excès de la finance mondiale ? C'est faux; en France, comme ailleurs, la situation de l'emploi a commencé à se dégrader dès avril 2008, avec la chute du marché de l'intérim et l'envolée des prix de l'énergie depuis 2001 devait bloquer tout ou tard la croissance mondiale. Grâce à Sarkozy, les dirigeants du monde se seraient concertés, les paradis fiscaux auraient disparu, la catastrophe aurait été évité: "dès le 23 septembre 2008, à la tribune des Nations Unies, au nom de l’Europe, j’ai proposé la tenue d’un sommet des principaux dirigeants mondiaux. Cinq semaines plus tard, c’était le sommet de Washington ; cinq mois plus tard, c’était le sommet de Londres ; et fin septembre, ce sera Pittsburgh." Pourtant, qui a oublié l'attentisme français des premières semaines ? Le 15 septembre, Sarkozy est resté tétanisé, paralysé tel un lapin les yeux pris dans les phares d'une voiture en pleine nuit. Qui a oublié son visage crispé au lendemain de la faillite de Lehman Brothers, quand, pressé par des journalistes de réagir à l'effondrement en cascade des bourses du monde, il prétextait "une petite nuit", tout occupé qu'il était à "faire libérer" deux otages français pour pouvoir répondre ? Dix longs jours plus tard, la première réaction sarkozyenne ne fut pas un appel à la concertation. A Toulon, Sarkozy imita simplement ses collègues étrangers en promettant la garantie de l'Etat aux banques et épargnants français.

Mercredi devant les ambassadeurs, Sarkozy a donc fait son one-man-show où il a pu réécrire l'histoire, exagérer son importance, mettre en scène sa détermination.

La veille, Ted Kennedy est mort. L'Elysée n'a publié aucun communiqué. En revanche, Kadhafi aura l'honneur d'une représentation française pour le 40ème anniversaire de sa dictature en Libye. Les symboles ont la vie dure en Sarkofrance.

Rien n'a changé, tout continue.

Ami Sarkozyste, où es-tu ?

28 août 2009

Sarkozy donne des leçons au monde

Mercredi 26 août, Nicolas Sarkozy a livré son discours de politique étrangère aux ambassadeurs de France réunis à l'Elysée. Il avait placé sa rentrée sous le signe de la détermination. Mercredi, le Monarque français a joué les donneurs de leçon tous azimuts, sans modestie ni diplomatie. Une tonalité curieuse pour celui qui est devenu, en un temps record après son élection, l'ami des dictateurs "utiles" de la planète.

Sarkozy accuse l'Amérique
Dès la première phrase de son discours, le ton est donné. Sarkozy flingue son ami Bush: "Le 15 septembre 2008, un an après le début de la crise des « subprimes », le monde entier a été projeté au bord du précipice par la décision des autorités américaines de laisser tomber la banque Lehman Brothers. Une décision, je le rappelle, prise alors sans aucune concertation avec les principaux partenaires des Etats-Unis." Le président français accuse les Etats Unis d'alors d'avoir précipité le monde dans la crise, sans régulation ni prévention. On se rappelle l'éloge des "subprimes à la Française" que le même Sarkozy avait dressé il y a à peine 2 ans.

Pourtant, le même Sarkozy justifie, une nouvelle fois, l'intégration de la France au sein du commandement militaire de l'OTAN: "Et qui peut penser qu’une France en dehors aurait plus d’influence qu’une France à l’intérieur ?" Il argumente également en faveur de l'intervention militaire en Afghanistan, se félicitant de la tenue des élections ("la campagne électorale s’est bien déroulée, en dépit des pires menaces. En votant, les Afghans ont dit non à la barbarie et au terrorisme"). Lui a-t-on dit que 7 Afghans sur 10 ne sont pas allés votés ?

Sarkozy abuse de l'autosatisfaction.
Le "Je" domine comme souvent dans son discours: A l'écouter, c'est grâce à lui si le monde a évité la catastrophe, en organisant des rencontyres internationales, jusqu'au G20 de Pittsburgh à la fin du mois de septembre: "dès le 23 septembre 2008, à la tribune des Nations Unies, au nom de l’Europe, j’ai proposé la tenue d’un sommet des principaux dirigeants mondiaux. Cinq semaines plus tard, c’était le sommet de Washington ; cinq mois plus tard, c’était le sommet de Londres ; et fin septembre, ce sera Pittsburgh." Sans rire, Sarkozy oublie combien il est resté tétanisé dix longs jours de septembre, après la faillite de la banque Lehman Brothers le 15 septembre. Rappelez vous sa réaction forcée, mardi 16 septembre, le lendemain du premier krach: pressé par un journaliste de réagir au krach de la veille, il prétexta "une petite nuit", occupé qu'il était à "faire libérer" deux otages français en Somaie dans la nuit de lundi à mardi. "J'aurais l'occasion de m'exprimer sur le sujet dans les jours et les semaines qui viennent". La semaine suivante, à New York, il se contente de fustiger les excès de la finance mondiale, sans proposer de concertation internationale particulière, puis, à Toulon, il promet la garantie de l'Etat aux banques et épargnants français. Près d'un an plus tard, le Monarque français n'a donc ni gêne, ni mémoire pour se présenter, sans rire, comme le sauveur de l'économie mondiale. Ainsi sur les paradis fiscaux, "A Washington, la France avait été absolument la seule à se battre sur ce sujet". On objectera que, primo, les paradis fiscaux n'ont rien perdu de leur avantage fiscal (seuls des engagements de transparence des placements privés ont été obtenus), et, deuxio, la Sarkofrance a joué la carte du bouc-émissaire pour éviter de parler relance économique, toute épuisée financièrement qu'elle était par des cadeaux fiscaux à répétition.

Sarkozy réécrit l'histoire à son compte
Le ralentissement économique n'est pas né le 15 septembre 2008 avec la faillite de Lehman Brothers. En France, comme ailleurs, la situation de l'emploi a commencé à se dégrader dès avril 2008, avec la chute du marché de l'intérim, signe annonciateur, et l'envolée des prix de l'énergie depuis 2001 et jusqu'à l'été 2008.

Ce discours fut tel une pièce de théatre, un one-man-show où Sarkozy a pu réécrire l'histoire, exagérer son importance, mettre en scène sa détermination. Il use et abuse de termes durs, parfois violents (scandale, tribunal, tabou).
Sur l'Iran ou les bonus, le rôle de la France ou le réchauffement climatique, Sarkozy théatralise au maximum ses propos: "la France sera intraitable" ou : "Je n’oublierai jamais les nuits blanches où l’on devait trouver, avant l’ouverture des marchés, des dizaines de milliards pour sauver telle banque ou tel pays de l’effondrement. Les choses sont parfaitement claires dans mon esprit." Ou encore: "Si un partenaire est en désaccord avec nous, qu’il le dise devant le tribunal de l’opinion publique internationale et devant le tribunal de sa propre opinion." Son auto-mise en scène de président "en charge" se loge dans chaque paragraphe de son discours: "A chaque instant, au moment de prendre chaque décision, je me pose la même question : le choix que je suis en train de proposer aidera-t-il la France et les Français à sortir de la crise plus forts ?" Si l'Europe a "bien" réagi à la crise, c'est grâce à "l’amitié qui me lie à Angela Merkel", explique encore Sarkozy. Ou écoutez donc ce modèle du genre narcissique: "Moi, j’étais fier de l’Europe lorsque, à notre initiative, à Genève, l’Europe a quitté la salle lorsque le Président AHMEDINEDJAD a prononcé un discours inacceptable."

Moi, moi, moi.

Sarkozy pose un ultimatum au G20
"Je n’accepterai pas que ceux qui nous ont plongés dans la crise la plus grave depuis 1930 soient autorisés à recommencer comme avant. La France ne l’acceptera pas. Chacun devra prendre ses responsabilités et mettre ses actes en accord avec ses propos." Les propos se font plus clairs,, quand il évoque "le scandale des bonus". Il ne ment pas quand il promet que "la France appliquera sans attendre les règles les plus strictes qui existent sur le domaine international en matière de bonus, sans attendre que les autres les appliquent."Mais on pourrait pleurer quand on étudie ces fameuses règles "strictes": maintien du bouclier fiscal, absence de plafonnement, poursuite des pratiques de bonus. Sarkozy toilette un système vicié et crie à l'exemplarité de sa démarche... A Pittsburgh, Sarkozy souhaite que le G20 adopte les nouvelles règles françaises (i.e. l'étalement du versement des bonus sur 3 ans), qui sont largement inspirées des mesures proposées par la FSA britannique pour la City de Londres il y a 15 jours déjà, et s'engage sur de nouvelles règles comptables et "la prévention par le FMI des risques systémiques" (comme l'endettement de certains pays). Il promet qu'il ira"même poser la question de la limitation du montant des bonus". Incroyable ! Cela fait un an qu'on en parle et qu'en en souffre !

Sarkozy et sa diplomatie nucléaire
Le monde est politiquement instable. C'est évidence depuis la fin de la guerre froide. Mais Sarkozy n'est pas inquiet par la prolifération du nucléaire civil. Il n'y voit qu'une alternative indispensable à l'épuisement programmé des énergies fossiles: "Répondre au défi énergétique mondial, c’est aussi favoriser l’accès au nucléaire civil, ce n’est pas un sujet tabou. Il n’y aura pas de solution aux problèmes énergétiques mondiaux sans un juste partage du nucléaire civil." Il se félicite même qu'une soixantaine de pays aient manifesté leur intérêt pour cette "voie d'avenir". Compte-t-il l'Iran, la Corée du Nord, et la Libye dans ces nouveaux convaincus ? En matière d'écologie, le président français plaide pour l'invention d'une "nouvelle croissance, dé-carbonée". Exit toute réflexion sur la décroissance et notre modèle de consommation. la Sarkofrance cherche à changer de combustible, pas de modèle.

Sarkozy récidive avec l'Iran
Alors que Clotilde Reiss, la jeune Française accusée par l'Iran d'avoir participé au mouvement de contestation de l'élection présidentielle de juillet dernier, le président français traite les dirigeants iraniens de menteurs : "Ce sont les mêmes dirigeants, en Iran, qui nous disent que le programme nucléaire est pacifique et que les élections ont été honnêtes. Qui peut bien les croire ?" Dans le même discours, Sarkozy félicite la Chine, pour sa réponse à la crise ("La Chine, et il convient de lui rendre hommage, a su réagir vite et fort en allumant un nouveau moteur de sa croissance"), et la Syrie, pour la "relation constructive" nouée avec la France. La Chine et la Syrie sont des dictatures utiles en Sarkofrance.

Péremptoire, narcissique et violent, Sarkozy n'a pas changé.

Ami Sarkozyste, où es-tu ?

27 août 2009

Bonus ou grand emprunt : l'échec démocratique

Qu'il s'agisse des bonus bancaires ou du Grand Emprunt, il y a un perdant: la politique s'est couchée, une fois de plus, devant l'économie.

Bonus persistants
Mardi, Nicolas Sarkozy avait annoncé de "nouvelles règles du jeu" en matière de bonus aux traders. Il est vrai que les représentants du secteur bancaire ont accepté, sous la pression, de mettre davantage de discipline dans leurs pratiques. Mais l'imposture demeure: les bonus, qui rémunèrent le résultat et donc la prise de risque en bourse, ne sont ni plafonnés ni surtaxés, concurrence internationale oblige. Nicolas Sarkozy a sur-joué tant sa détermination que les maigres résultats qu'il a obtenus. La profession bancaire s'en est très bien tirée. Le bouclier fiscal jouera toujours à plein pour les traders comme pour les autres. Sarkozy a renvoyé au G20 d'éventuelles décisions. Cela fait un an que les grands de ce monde discutent de régulation, un an pour peu de résultats. Même la presse favorable au pouvoir n'est pas dupe. «Sous la pression d'opinions publiques exaspérées, beaucoup de déclarations de bonnes intentions ont été entendues à Londres et à Washington depuis le dernier G20. Il serait temps que ces belles paroles se traduisent en actesécrivait Gaëtan de Capèle dans le Figaro.
Lundi, Nicolas Sarkozy se rendra à Berlin, pour préparer la prochaine réunion du G20 à Pittsburgh (USA) fin septembre. Chose incroyable, le ministre allemand des Finances a expliqué mercredi qu'il était d'accord pour appuyer la demande française de mettre les bonus à l'ordre du jour de ce G20. Faut-il comprendre qu'il ne se serait rien passé sans les polémiques médiatiques de ces derniers mois ? Depuis le début de l'année, le "retour des bonus" fait régulièrement la Une des médias, en Europe comme en France. Mais rien n'avance. Les dirigeants du G20 sont pris en tenaille, dans leur schizophrénie habituelle, entre deux impératifs contradictoires: faire patienter leurs opinions publiques, outrées par les excès de quelques-uns, et préserver la "compétitivité" de leurs propres places boursières. Alors même qu'ils ont largement accru leur pouvoir d'influence (sauf en France) sur leurs principales banques nationales du fait des aides publiques et autres nationalisations, les dirigeants du G20 ont visiblement choisi leur camp: le statu quo. En France, Sarkozy choisit le sur-jeu de la détermination plutôt que d'avouer son impuissance évidente. Il aurait pu saisir son docile gouvernement, faire voter une loi par le Parlement. L'insécurité boursière mérite-t-elle davantage d'égard que l'insécurité tout court ?

Grand Emprunt, Grand Déficit
Mercredi, le président français "installait" sa commission de réflexion sur les priorités du "Grand Emprunt", présidée par Michel Rocard et Alain Juppé. Ce "GE" est une opération de communication. Sarkozy comme Fillon ne s'en sont jamais cachés. L'Etat emprunte chaque jour des milliards d'euros sur les places financières et/ou auprès d'institutions, afin de couvrir ses déficits. A ce titre, le budget de l'Etat sera déséquilibré comme jamais cette année 130 milliards d'euros de trou ! Mercredi, Sarkozy a fixé un curieux cadre à cette commission "d'experts" :
Primo, il a expliqué qu'on pouvait continuer de creuser le trou, du moment que cela serait utile au pays: "Il s'agit de définir des priorités stratégiques. Je dis bien des priorités stratégiques car nous ne pouvons tout faire et plus que tout autre j'ai conscience que notre dette ne peut s'alourdir qu'au profit de ce qui est vraiment essentiel pour l'avenir de notre pays". La dette publique devrait dépasser les 1 400 milliards à la fin de l'année.
Secundo, il n'a fixé aucune limite budgétaire: "Je ne bornerai pas la liberté de votre réflexion à un cadre budgétaire précis. Le montant de l'emprunt national dépendra des besoins que vous allez identifier, et de la capacité d'endettement que nous aurons". Faut-il 50 milliards ? 100 milliards ? 200 milliards ? La commission Juppé-Rocard a deux mois pour livrer ses conclusions, deux mois pour établir la plus belle liste de Noël que la France ait connu depuis la Libération ! cette démarche fusille deux ans de communication sarkozyenne sur la réduction des dépenses publiques, déjà mise à mal par le "plan de relance" de novembre 2008. Ce dernier intégrait, sous le prétexte de la relance, des dépenses structurelles comme la rénovation sanitaire d'établissements scolaires ou la mise aux normes de sécurité de certaines prisons. Certes, les chantiers concernés ont créé de l'activité, mais fallait-il comprendre que sans crise, les écoles et les prisons seraient restées délabrées encore quelques années ? Inquiet, Fillon avait déjà cadré un peu le débat en juin dernier en indiquant que les investissements financés par le Grand Emprunt devraient être sélectifs et rentables. Mercredi, Sarkozy a précisé que "le montant de l'emprunt national dépendra des besoins que vous allez identifier et de la capacité d'endettement que nous aurons". Avec une telle recommandation, Juppé et Rocard n'iront pas bien loin...
Tertio, Sarkozy a fixé 4 grands objectifs dont la commission devra tenir compte dans ses travaux: "l'économie de la connaissance", la "compétitivité des entreprises", les "équipements industriels innovants" et "la lutte contre le déclassement". Mince, il a oublié la lutte contre le réchauffement climatique et la paix dans le monde ! Comment mesurera-t-on la rentabilité d'un investissement censé lutter contre le déclassement social qui frappe les classes moyennes ?

Alain Juppé a joué la prudence, préconisant que le montant de l'emprunt ne soit pas géré par les ministères mais localisé dans des fonds identifiés et traçables. on n'est jamais trop prudent.

Abandon démocratique
Le plus frappant dans cette histoire d'emprunt médiatique est surtout l'abandon démocratique que la démarche suppose: habituellement, les députés et sénateurs, c'est-à-dire les représentants du peuple, votent le budget de l'État. Ces dernières années, les ministres du budget se sont d'ailleurs exercés à clarifier le chiffrage et la mesure de performance des fonds publics décidés par la représentation nationale. Sans surestimer le caractère démocratique du processus parlementaire, on peut dire que les apparences étaient sauves. Pour le Grand Emprunt, rien de tout cela. Une commission de 20 personnes va réfléchir et proposer d'engager l'argent des citoyens-contribuables sur des sommes qu'on imagine faramineuses, puis le Monarque disposera. Quelle est la perméabilité aux lobbies de ces 20 experts ? On sait ainsi déjà que le Commissariat à l'Energie Atomique à transmis à Bercy la liste de ses priorités : le nucléaire « durable », la voiture électrique, les technologies de la santé, les nanotechnologies. Éventuellement, le Parlement votera. S'il refuse le projet, c'est l'échec du Grand Emprunt. S'il le valide, il abdique son indépendance et reconnaît son inutilité en Sarkofrance.

A l'exception des deux coprésidents, aucun élu du peuple n'est membre de la commission. Michel Rocard a même excusé sa participation en expliquant qu'il s'y voyait comme un "serviteur de l'Etat", un simple "fonctionnaire". Bref, le politique a disparu. Et personne, ou presque, ne s'en inquiète. Sarkozy s'est même payé le luxe de débaucher Olivier Ferrand, le fondateur de Terra Nova, cette fondation classée à gauche. Une ouverture de plus pour masquer l'absence d'un débat démocratique digne de ce nom.
Liste des membres de la Commission :
- M. Édouard BARD, Professeur au Collège de France
- M. Christian de BOISSIEU, Président du Conseil d’Analyse Économique
- Mme Monique CANTO-SPERBER, Directrice de l’École Normale Supérieure
- Mme Catherine CESARSKY, Haut Commissaire au Commissariat à l’Énergie Atomique
- M. Philippe DESSERTINE, Professeur Finances à l’Université Paris Ouest Nanterre la Défense
- M. Jean de KERVASDOUE, Professeur au CNAM
- Mme Marion GUILLOU, Présidente du Conseil d’Administration de l’École Polytechnique- M. Alain GRANDJEAN, Fondation Hulot
- Mme Bettina LAVILLE, associé de cabinet d’avocats Landwell Landwell et associés Crystall Park
- Mme Fatine LAYT, Présidente d’Oddo Corporate Finance
- Mme Élisabeth LULIN, Directeur Général de Paradigmes et caetera
- M. Claude MANDIL, ancien Président de l’AIE
- Mme Véronique MORALI, Président de FIMALAC DEVELOPPEMENT ou TERRA FEMINA
- Mme Nicole NOTAT, Présidente de VIGEO
- M. Erik ORSENNA, Membre de l’Académie française
- M. Édouard PHILIPPE, Directeur des Affaires Publiques chez AREVA
- M. Denis RANQUE, Président du Cercle de l'Industrie
- Mme Laurence TUBIANA, Directrice de la Chaire de Développement Durable Sciences PO

Rapporteurs de la commission :
- M. Philippe BOUYOUX, Inspecteur général des Finances, rapporteur général de la commission
- Mme Geneviève LE BIGOT, Conseiller spécial du Maire de Bordeaux, rapporteur général de la commission
- M. Olivier FERRAND, rapporteur général adjoint de la commission
- M. Jack AZOULAY, Inspecteur des Finances, rapporteur de la commission
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26 août 2009

Les vrais chantiers de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy a donc repris le chemin de l'Elysée. Mardi 25 août, après un mois de vacances, il a tenu son premier conseil des ministres de la rentrée. A en croire la presse, le Monarque a de nombreux chantiers en tête. Difficile de les passer tous en revue. On croirait un almanach de la contre-réforme. En fait, il s'agit souvent surtout d'un affichage. Voici donc les vrais chantiers de rentrée de Nicolas Sarkozy.

1. Favoriser sa réélection de 2012.

Nicolas Sarkozy y pense depuis longtemps. Avec près de 125 semaines de présence à l'Elysée, le président français entame la seconde partie de son mandat. Sa réélection passe d'abord par le scrutin régional de mars 2010. Après avoir limité la casse lors des élections européennes, il ne peut pas rater cette échéance. Cette préoccupation présidentielle de 2012 explique 3 sous-chantiers, simples artefacts de communication. Primo, la mise en oeuvre rapide d'une taxe carbone. Telle que présentée en juillet dernier par le "fonctionnaire" Rocard, la taxe carbone est une nouvelle TVA verte. Elle vise à séduire l'électorat écologiste. La visite surprise de Fillon sur les plages de Bretagne polluées par des algues toxiques, des semaines après la catastrophe, ne vise à rien d'autre. Secundo, la réforme des collectivités locales: le redécoupage des circonscriptions législatives suit son bon chemin, le projet étant prévu d'être présenté au parlement en octobre. La "simplification" des régions et départements suit : «Nous ne nous déroberons pas devant la réduction du nombre des élus.» avait promis Sarkozy en juin dernier. Il cache son dessein: il a explicitement demandé à ce que les scrutins soient uninominaux, et majoritaires dans les zones urbaines. A un tour, même avec une dose de proportionnel, la première liste emporte la majorité. Du surmesure pour un parti "majoritaire" étriquée mais en tête avec ses 28 à 30% du corps électoral. Rappelons aussi que les régions et départements sont majoritairement à gauche. Tertio, la déstabilisation permanente de l'opposition. Entamée avec l'ouverture, elle se poursuivra avec le débauchage cette semaine d'un radical de gauche corse. Les "prises" sarkozyennes sont de plus en plus maigres, mais elles font jolies sur la photo.

2. Profiter du prétexte grippal

La grippe A H1N1 est certainement la pire et la meilleure nouvelle du moment. L'attitude française a été étonnante face à la maladie: d'un côté, le gouvernement a rapidement communiquer sur ses commandes de millions de masques de protection et de Tamiflu. De l'autre, la communication sur l'extension de la maladie et ses conséquences fut rare. Au début, le mal n'était que mexicain. Aux premiers cas en France, on nous a parlé de cas isolés et très spécifiques. Quand es colonies de vacances entières se révélèrent contaminées, le gouvernement ne dit mot. Le virus ne tuait que rarement des personnes déjà fragiles. Lundi, deux personnes jeunes et sans fragilité particulière sont décédées en Nouvelle Calédonie, où l'on compte déjà 35 000 contaminés. Quelle est la suite ? Roseline Bachelot vient enfin de se décider à venir à la Réunion.
Le virus A H1N1 est bien parti pour pourrir l'automne 2009. Avec les conséquences économiques qui s'en suivent. Le gouvernement n'y peut pas grand chose. Cela lui fournit même un alibi supplémentaire pour éviter le jugement de son action. Après la grande crise financière de septembre 2008 (une imposture de nombreuses fois dénoncées), voici la grippe AH1N1 ! L'ennemi extérieur est bienvenu pour masquer l'échec sarkozyen.

3. Maitriser la casse sociale
Le gouvernement reste prudent sur les chiffres du chômage. Les destructions d'emploi s'étaient ralenties au second trimestre. Mais les plans sociaux du même trimestre devraient avoir leur plein effet à l'automne. Et l'entrée sur le marché du travail des jeunes diplômés (ou pas) n'arrangera rien. Les agences du pôle emploi sont toujours débordées. Seul facteur favorable, la mise en retraite massive des babyboomers se poursuit, n'en déplaise au slogan sarkozyen du travailler plus. Pour contenir la gronde, il faut des boucs-émissaires ou des pare-feux. Les banquiers se sont visiblement dévoués pour reprendre le rôle difficile. Il a fallu d'une annonce de provisions de bonus dans une banque française (BNP Paribas) pour que l'on s'enflamme. Lundi 24, les . Dans un mois, les 24 et 25 septembre, Nicolas Sarkozy promet de pousser une gueulante sévère lors du G20 de Pittsburgh (Etats-Unis). Dans un mois, cela fera un an quasiment jour pour jour depuis le krach boursier. Côté pare-feux, la montée en charge du RSA fera oublier la précarisation générale du travail.

4. Masquer la faillite des finances publiques
Mercredi, Nicolas Sarkozy "installera" officiellement la commission chargée de réfléchir aux priorités du futur "Grand Emprunt" et présidée par Michel Rocard et Alain Juppé. Les deux anciens Premiers ministres ne devront pas chômer, eux, puisque leurs conclusions sont attendues pour le ... 1er novembre. Sarkozy est pressé. Les déficits se creusent. Eric Woerth nous promet un trou budgétaire de 130 milliards d'euros à la fin de l'année. Les recettes fondent: la seule diminution du résultat des entreprises expliquait déjà 17 milliards d'euros de pertes fiscales pour le budget de l'Etat à fin juin... Et le gouvernement refuse de suspendre (a minima) certaines dispositions de sa loi TEPA, votée il y a deux ans, comme l'abaissement du bouclier fiscal, l'exonération des droits de succession ou la défiscalisation (anachronique) des heures supplémentaires.


5. Améliorer la lutte contre l'insécurité

Sarkozy souffre. La lutte contre l'insécurité est son "ADN" politique. Et elle patine. En fait, le moment du bilan est enfin arrivé, sept ans après 2002. Heureusement pour Sarkozy, ce sont ses successeurs qui assument l'échec. Les atteintes aux biens régressent ou stagnent. mais les violences aux personnes ne cessent de croître depuis 2002. Hortefeux, le titulaire, doit masquer son manque de moyens et ne pas remettre en cause la politique de son prédécesseur le plus illustre, son actuel patron. Rude épreuve ! Belle diversion, la "loi Loppsi II", qui développe les outils de cybersurveillance à disposition des pouvoirs publics, servira à montrer que le gouvernement agit face aux menaces de demain.

Réélection, grippe, chômage, déficit budgétaire, insécurité, c'est un beau programme !

Ami Sarkozyste, où es-tu ?

Banques : la grande imposture continue


Incroyable Nicolas Sarkozy. A peine rentré de vacances, il a déjà changé "les règles du jeu" (Le Figaro) et "obtenu plus des banques" (L'Express). Que s'est-il passé mardi au sein du palais présidentiel ? Pourquoi donc cette 7ème rencontre avec des représentants du secteur bancaire aurait-elle été plus efficace ?

Le service de communication a rapidement mis en ligne le discours introductif adressé par Nicolas Sarkozy aux banquiers. Il ne mentionne aucune des mesures concrètes dont le chef de l'Etat s'est réclamé ensuite. Après sa rencontre, le chef de l'Etat livre un monologue habituel aux journalistes présents dans la salle. Il démarre fort, mais classique :
"Il y a un an, nous entrions dans l'une des pires crises financières de notre histoire. la France a réagi avec détermination. la France a mieux résisté que ses partenaires. la France est néanmoins confronté cette année à la récession et aux chômage qui résultent de cette crise internationale." "Les choses ne peuvent pas, ne doivent pas recommencer comme avant. C'est un engagement que j'ai pris devant les Français. C'est un engagement qui sera tenu. "
Les "annonces" viennent ensuite. Sarkozy a demandé aux banques d'augmenter leurs crédits au logement d'ici la fin de la hausse. Les banques ont "toutes" accepté de souscrire à un fonds doté de 210 millions d'euros pour financer les fonds propres des PME. Une goutte d'eau dans le vase, mais le sujet le plus attendu concerne les bonus.

Sarkozy fait fort. Pour faire taire les critiques, il prévient : "Aucun Etat n'a adopté des règles aussi précises et aussi contraignantes". Les banquiers ont donc accepté de "durcir" leur politique de bonus aux traders :
  1. Entre 50% et 65% des bonus annuels seront versés sur trois ans.
  2. Ce solde différé pourra être annulé si le trader réalise une mauvaise son activité enregistre des pertes ("Pas de bonus sans malus, ce n'est pas à tous les coups on gagne").
  3. Entre 16% et 22% du bonus devra être payé en titre de l'entreprise.
  4. L'Etat nommera un "tsar des bonus", en l'occurrence l'ancien directeur du FMI Michel Camdessus. Ce contrôleur vérifiera que les engagements précédents sont bien tenus... pour les 100 plus importantes rémunérations du secteur.
  5. Les sanctions restent limitées. Elles sont de bon sens: l'État n'accordera plus «aucun mandat» pour monter des opérations financières (comme par exemple le financement du prochain Grand Emprunt), aux banques qui n'appliqueraient pas ces nouvelles règles.
Sarkozy conserve le meilleur pour la fin : la France proposera au G20 de Pittsburg dans un mois l'instauration d'une «taxe assise sur les bonus distribués dont le produit alimenterait les systèmes de garantie des dépôts» «une limitation globale des bonus distribués en pourcentage des revenus des banques», et «une limitation des bonus les plus élevés» . En attendant, on ne fait rien, on attend que le G20 adopte des règles similaires. Sinon, les salles de marché s'exileront. Le chantage à la délocalisation perdure. Nous sommes prévenus.

Au final, il a fallu 7 réunions, et plusieurs scandales prévisibles, pour que Sarkozy accepte enfin un contrôle minimum sur les banques aidées. Mais les bonus ne sont ni plafonnés, ni surtaxés, ni découragés. Le système continue comme avant. Pire, la proposition sarkozyenne sonne comme une catastrophe pour la stabilité du système, une aggravation des déséquilibres qui ont failli nous mener à la perte : les traders resteront motivés à prendre des risques de plus en plus grands, ne serait-ce que pour assurer le versement du solde de bonus de l'année précédente.

Pompier pyromane ?

25 août 2009

L'impasse afghane que Sarkozy aimerait cacher

Les Afghans votaient jeudi 20, pour élire leur président parmi 35 candidats. Les tensions ont atteint un nouveau maximum. Les Talibans ont menacé de couper le doigt encré (pour prouver son vote) de chaque Afghan ayant participé au suffrage. Mardi, un nouvel attentat tuait 2 employés de l'ONU, 7 civils et plusieurs soldats de l'OTAN.

Nicolas Sarkozy se fait discret. C'est curieux, ou pas.

Sans le soutien militaire et financier occidental - et essentiellement américain - l'Afghanistan n'aurait jamais pu tenir un tel scrutin. Son coût a été estimé à 250 millions de dollars, un quart du budget du pays. La sécurisation du pays, même relative, était indispensable à l'élection. Faut-il se réjouir de cet exercice démocratique, symbole de l'acharnement occidental sur place ?

Un peu de démocratie
La veille du scrutin présidentiel, Nicolas Sarkozy adressait au président Karzaï ses "voeux de stabilité et de prospérité pour la jeune démocratie afghane". Il prenait des accents bushiens pour clamer ses encouragements: "La France est aujourd'hui plus que jamais aux côtés du peuple afghan pour gagner ce combat pour la liberté, pour la démocratie, pour la paix et la sécurité. Elle le restera aussi longtemps que nécessaire".
Du point des Afghans, la tenue d'un tel scrutin semble assurément constituer un progrès par rapport à la situation talibane. Les fanatiques de la burqa ne laissaient aucune illusion aux partisan(e)s de la démocratie. L'expression de voix dissonantes et le plein exercice de leurs droits par les femmes étaient deux concepts trop matérialistes pour ces "étudiants en théologie".
Cependant, le scrutin lui-même fut particulier : si le premier tour s'est tenu, coûte que coûte, jeudi 20 août, il faudra attendre plusieurs mois avant l'organisation du second tour, ramadan oblige (à partir du 21 août). Curieuse conception de la démocratie... Le président Karzaï s'était-il donc donné tous les moyens pour être élu au premier tour ? Son opposant "principal" a dénoncé samedi des «irrégularités, fraudes et tentatives de trucages massives». Des centaines de plaintes ont été signalées. Vendredi, deux candidats réclamaient leur victoire dès le premier tour. L'Union européenne a déclaré son "inquiétude". La participation a finalement été médiocre.

Et en France ? On se cache. On ne dit rien. L'Elysée reste discret. Echec démocratique, l'Afghanistan est aussi un bourbier militaire que les Français font semblant d'ignorer.

Le bourbier
"L'Afghanistan n'est pas un bourbier". Ainsi parlait Thierry Mariani, député UMP du Var et représentant spécial de la France pour l'Afghanistan il y a une dizaine de jours. Les Français sont les seuls à penser ça. Il y a un mois, la Une de Courrier International illustrait parfaitement la situation occidentale en Afghanistan. On y voyait Barack Obama en GI. Initialement prévue pour débusquer Ossama Ben Laden et rétablir la démocratie, l’intervention occidentale de novembre 2001 n’a que trop durer. Les Talibans ont repris le contrôle d’une partie du pays. Doit-on assumer des années de guerre et un pourrissement militaire généralisé ? Assumant l'engagement antérieur, Barack Obama a plaidé la patience mardi dernier: "L'insurrection en Afghanistan n'a pas commencé du jour au lendemain. Nous ne pourrons pas la vaincre du jour au lendemain. Ce ne sera pas rapide. Ce ne sera pas facile". L'intervention en Afghanistan n'a jamais reçu le même traitement des opinions occidentales traumatisées par le 11 septembre 2001. On a oublié, même en France, qu'on était là-bas. Il a fallu que Nicolas Sarkozy décide de rompre sa promesse de campagne, en renforçant le contingent français, puis de réintégrer le commandement militaire intégré de l'OTAN, pour que certains se préoccupent de ce nouvel Irak.

L’Afghanistan est en passe de devenir un nouvel Irak. Dimanche 16 août, les Britanniques ont franchi un triste cap : 200 soldats tués sur place. Lundi 17 août, le Daily Telegraph a publié la photo des 204 morts. La semaine dernière, le commandant des forces américaines en Afghanistan a reconnu que « les Talibans ont pris le dessus ». Dimanche 23 août, un autre militaire américain (et pas des moindres puisqu'il s'agit du chef d'état-major interarmes américain, l'amiral Mike Mullen) a déclaré sur CNN: "Je pense que (la situation) est sérieuse et se détériore. Je le dis depuis deux ans, je dis que les insurgés taliban ont adopté de meilleures tactiques de combat, plus perfectionnées". En arrivant à la Maison Blanche, Barack Obama a assumé l'une de ses promesses de campagne: il jugeait que l'Afghanistan avait été un terrain négligé par l'administration Bush, après le déclenchement de la guerre en Irak, d'où l'échec actuel.

L’unique argument occidental pour poursuivre les combats est la lutte contre le terrorisme. Y-a-t-il moins d’attentats dans le monde depuis 2001 ? Au contraire, les Occidentaux semblent être tombés dans le piège : l’Afghanistan est un terrain d’affrontement symbolique pour toutes les succursales d’Al Qaida.

24 août 2009

Frédéric Lefebvre devrait repartir en vacances

Lundi 24 août, le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a taclé le parti socialiste et le Modem. A propos de Martine Aubry, il déclare: «Si elle n’est pas encore rentrée de vacances, elle devrait peut-être reprendre une semaine de plus.» S'est-il senti menacé ? La perspective, encore lointaine, d'une alliance de l'opposition, du Modem aux communistes, agace nécessairement en Sarkofrance. La photo de Marielle de Sarnez, Vincent Peillon, Dany Cohn-Bendit, Robert Hue, et Christiane Taubira au sortir des Ateliers d'été de l'Espoir à Gauche..

Frédéric Lefebvre est rentré trop tôt. Ephémère député, il a perdu son siège, dans la discrétion, quand André Santini, évincé du gouvernement, l'a récupéré. C'est une disposition de la réforme constitutionnelle de juillet 2008. Concernant Lefebvre, la petite astuce fut d'attendre le délai légal de 30 jours pour faire connaître le choix d'André Santini. Si Lefebvre avait lâché son siège plus tôt, une élection législative partielle aurait dû être organisée.

Frédéric Lefebvre est rentré trop tôt. Il n'a pas encore de strapontin au gouvernement. Un temps annoncé pour seconder Frédéric Mitterrand à la Culture, il a été rejeté par quasiment tous les ministres, aux dires du Canard Enchaîné. Las, Lefebvre est parti en vacances sans savoir où il tomberait. Pas député, et toujours pas ministre. En cette fin du mois d'août, il se murmure que sa promotion est pour bientôt. Il deviendrait secrétaire d'Etat à la Consommation. Un rôle sur-mesure pour celui qui a servi de lobby à quelques grands groupes de biens de grande consommation... A-t-il peaufiné d'éventuelles questions sur le sujet ?

Décidemment, Frédéric Lefebvre est rentré trop tôt.

Sarko revient mais était-il parti ?

On le dit reposé, satisfait, regonflé par des sondages (soit-disant) favorables. Nicolas Sarkozy est de retour. Durant ses vingt-cinq jours de vacances, il a pris soin de faire parler de lui. En permanence.

Sarkozy était parti se reposer
Le malaise cardiaque, dimanche 26 juillet, avait précipitamment accéléré la mise au repos du président français. Examens médicaux le lundi, repos intégral le mardi, timide apparition le mercredi matin pour le Conseil des ministres, puis départ pour le Cap Nègre. Sur Elysée.fr, la web-TV du Président a vite rediffusé " les Grands Moments" de l'année écoulée: G20 à Londres, 65ème anniversaire du débarquement du 6 juin, G20 à l'Aquila. On s'inquiétait sans doute d'une absence d'actualité prolongé. Il n'a pas fallu attendre quelques heures pour que les premiers clichés d'un Sarkozy amaigri mais gonflant le torse n'apparaissent sur tous les sites de presse people. La sécurité présidentielle laissaient les "indiscrets" paparazzi mouiller leur bateau à proximité de la plage. Jeudi 5 août, évènement: Nicolas Sarkozy sort à vélo de la résidence princière. Il va chercher 4 ou 5 pizzas au Lanvandou tout proche. Près d'une heure trente de bicyclette relayée par la soixantaine de photographes et journalistes présents.

Le 7 août, la confusion des genres est manifeste: le service de presse de l'Elysée annonce une dotation personnelle de 50 000 euros de Carla Bruni à un établissement médical de l'Aquila, la ville italienne dévastée par un tremblement de terre au début de l'année.

La semaine suivante, Sarkozy s'impatiente. Il change de registre. L'Elysée se met à publier un ou deux communiqués quotidiens pour montrer que "même en vacances, le chef travaille". On lâche aussi des fuites people. Ainsi Carla et Nicolas envisageraient de faire un bébé dans ... deux ans, la veille de l'élection présidentielle de 2012. Le summum arrive lundi 10 août. La Présidence de la République prévient quelques journalistes que le Monarque "multiplie les interventions auprès de tous ceux qui peuvent exercer une influence en vue d'un règlement rapide et de sa libération".. Une semaine plus tard, le pire est évité. La jeune Française quitte sa geôle, mais reste confinée à attendre le résultat de son jugement. L'affaire Clotilde Reiss tourne court. Sarkozy et Kouchner l'ont échappé bel.

Sarkozy est partout, Sarkozy pense à tout
Le suivi de cette "activisme" estival du président est instructif et fascinant: un rien génère un communiqué de presse, une dépêche pour journalistes affamés. Quand il reçoit à dîner, "à titre privé", le Roi et la Reine de Jordanie, hop ! Un communiqué ! Il fallait informer les Français que "S’agissant du conflit israélo-palestinien, le président de la République a une nouvelle fois souligné la nécessité d’une relance urgente et d’un aboutissement rapide d’un processus de règlement". Où est l'information nouvelle ? Nulle part. Le communiqué de presse EST l'information.

Cet été, Sarkozy était partout. Il a su être triste ou indigné, par communiqués parisiens interposés, quand Adrien Zeller est décédé samedi 22, quand un attentat suicide frappa l'ambassade française en Mauritanie le 10, ou quand un soldat français fut tué en Afghanistan le 1er août dernier.

Le 19, il félicite le président afghan pour la tenue des élections présidentielles le lendemain. Le pays est sous embargo médiatique pour cause de menaces talibanes. Le 21 août, le président "se réjouit et exprime son vif soulagement après l’annonce de la libération de l’otage français" détenu au Pakistan. La dépêche était identique, le 11 août, pour la libération des 4 otages français détenus en Somalie.
Le 23, on nous rappelle que le Monarque recevra deux jours plus tard des représentants du secteur bancaire pour parler bonus et émoluments variables. Quelques journalistes avaient peut-être oublié l'information, déjà donnée par l'Elysée le 7 août dernier. Publier des communiqués pour annoncer un évènement est une autre des grandes modes sarkozyennes depuis mai 2007. Le 23 encore, Sarkozy "interpelle" Netanyahou pour qu'il s'active sur le processus de paix au Proche-Orient. Il faut dire que le 18 août précédent, la Présidence

Sarkozy était également sur le dos de ses ministres, et il le fait savoir: Bruno Le Maire a eu droit à son coup de fil après qu'il ait annoncé vouloir récupérer 500 millions d'euros de subventions européennes passées auprès des producteurs français de fruits et légumes. Le 13 août, il a demandé à Christian Estrosi de nommer un médiateur dans l'affaire Molex.
D'après le Canard Enchaîné, il aurait aussi sermonné Eric Woerth et Christine Lagarde qui ne récupéraient pas assez rapidement à leur compte le regain de croissance économique au second trimestre. Prévenu par sa mère Dadu que des voyous écumait Royan où elle séjourne, il a passé un savon téléphonique à son ami de trente(cinq) ans, Brice Hortefeux.

Le voici donc de retour. Vraiment ? Son agenda reste désespéremment vide, à l'exception de mardi 25, où il assurera consécutivement un conseil des ministres de rentrée, une cérémonie pour la Libération de Paris de 1944, et une rencontre avec des banquiers.

Puis, plus rien. Agenda vide.

Il repart au Cap Nègre, ou bien.

23 août 2009

Allègre flingue la taxe carbone pour exister

Claude Allègre, éphémère ministre du gouvernement Jospin rallié au sarkozysme depuis 2007, flingue la taxe carbone. Il faut avouer que l'entrée de Claude Allègre au gouvernement Fillon a été elle-même tuée dans l'oeuf par le succès d'Europe Ecologie lors des dernières élections européennes.

Dans un entretien au Parisien dimanche 23 août, Allègre explique que la taxe carbone est une "une initiative catastrophique pour notre pays".
"Elle serait inutile climatiquement, injuste socialement, nuisible économiquement".
"Parler d'une taxe carbone pour l'ensemble Europe-Amérique du Nord, qui représente presque 50% des émissions de CO2, peut être un sujet de débat, mais l'instaurer au seul niveau français est ridicule".
"Prélever neuf milliards par le biais de cette taxe sur notre système économique serait suicidaire. Ce serait affaiblir la consommation et pénaliser nos entreprises".

1. Claude Allègre nie depuis longtemps, envers et contre tout, l'existence même du réchauffement climatique. Cette fois-ci, c'est l'une des premières critiques fortes d'Allègre contre son nouvel ami Sarkozy. Il faut dire que ce dernier, avec ce projet carbone, tentait de s'allier les faveurs écolos en vue des prochains scrutins. Or Claude Allègre déteste le camp écolo.

2. Allègre défend également aussi l'idée suivant laquelle les efforts français de lutte contre la pollution et le réchauffement de la planète sont vains à cause de la taille du pays. La belle affaire !
"La France émet à peu près les cinq millièmes des émissions mondiales de CO2. Cela veut dire que l'arrêt total de toute émission de CO2 par la France modifierait la température moyenne du globe d'un centième de degré dans 100 ans"
3. Allègre propose 3 idées: "accorder l'électricité gratuite pendant cinq ans aux acheteurs de voitures électriques, imposer aux compagnies pétrolières de consacrer 10% de leurs profits à la séquestration de CO2 et développer le nucléaire de quatrième génération."

Politiquement marginalisé, l'ancien socialiste tente de rebondir.

A plat.

SarkoTube dans les magasins : six jours après.

Suite de l'opération "sticker SarkoTube" dans les magasins. Six jours plus tard, l'aimable équipe est retourné vérifier si les stickers placés sur les écrans de télévision d'une grande chaîne de distribution étaient toujours présents...

SarkoTube - Part. 2 [6 jours plus tard] from F!L___ on Vimeo.

22 août 2009

120ème semaine de Sarkofrance: gouverner, c'est escamoter

Si l'on tente de résumer le déroulement de cette 120ème semaine de Sarkofrance, on est frappé par un décalage: le pouvoir en France n'agit plus, il réagit. Il ne réfléchit plus, il masque. Il ne décide plus, il escamote. Même la libération conditionnelle et contrainte de Clotilde Reiss dimanche dernier a escamoté quelques instants l'échec de la politique étrangère. Les ministres se sont succédés dans les médias, figés et maladroits dans des exercices de communication à répétition.

Sarkozy se réjouit à tort
Dimanche 16 août, à une heure malheureusement trop tardive pour les journaux télévisés, la Présidence de la République pouvait enfin communiquer une bonne nouvelle: Clotilde Reiss avait quitté sa cellule iranienne et rejoint l'ambassade de France. Même si le sort définitif de la jeune Française n'est pas réglé, Nicolas Sarkozy ne pouvait attendre. Il fallait crier victoire, remercier la Syrie, montrer au monde - et aux Français - que "Speedy Sarko" est de retour : "Dès la sortie de prison de Clotilde Reiss, le Président de la République s’est entretenu avec elle. Il lui a exprimé sa joie et son plein soutien ainsi que celui de tous les Français, qui ont suivi avec inquiétude son arrestation et la procédure judiciaire à laquelle elle est soumise." On ne répétera jamais assez combien Nicolas Sarkozy a adopté la mauvaise attitude vis-à-vis de l'Iran. Alors qu'il est toujours si prompt à accueillir bras ouverts tous les dictateurs du monde, Sarkozy a usé et abusé de déclarations peu diplomatiques contre l'Iran, tout en lui promettant le nucléaire civil en cas de renconcement à la bombe atomique. Pour Sarkozy, il y a deux types de dictatures dans le monde: les utiles et les autres. Les premières méritent tous les honneurs, tapis rouge, photos officielles, réceptions et bises de Carla. Les secondes sont traitées avec mépris et dureté. La Sarkofrance pardonne aux unes leurs crimes et délits, et donne des leçons de morale aux autres. Où est la crédibilité ? Ces dernières semaines, l'Iran a rappelé à Nicolas Sarkozy qu'elle savait se rendre incontournable.

En Afghanistan, l'échec est tout aussi évident. La France joue les caniches de l'OTAN. Là-bas, le scrutin présidentiel a eu lieu jeudi comme prévu. Comment ne pas se réjouir d'une élection dans un pays qui en a rarement connu ? Malheureusement, elle ressemble surtout à une opération de communication, parfois incompréhensible: un coût faramineux (250 millions de dollars financés principalement par les Etats-Unis), des menaces et des attentats qui ont nuit à la participation finalement médiocre (entre 40 et 50%), une profusion de candidats (41 ramenés à 35 la veille du vote), un scrutin calé la veille du ramadan (ce qui repousse le second tour en ... octobre !), et pour finir, deux candidats qui se réclament victorieux dès le premier tour. Bienvenue à la démocratie ! Aux Etats-Unis, Barack Obama a prévenu que la pacification du pays serait d'autant plus longue et difficile que les Talibans ont pris le dessus. En France, Nicolas Sarkozy et ses proches préfèrent un vocabulaire bushien pour justifier le renforcement de l'intervention Française; ils refusent de parler de bourbier. Ils aboient des intentions droits-de-lhommistes qu'ils ne respectent nulle part ailleurs.

Aucun discours de vérité n'est-il donc possible en Sarkofrance ?

Inventer la droite "plurielle"
C'est le concept imprévu de l'été. Le ralliement de Philippe de Villiers et des chasseurs de CPNT au "comité de liaison" de la "majorité présidentielle" n'en finit pas de faire jaser. Quelques (rares) dents grincent à droite, telle Christine Boutin. Jean-Marie Bockel, transfuge socialiste de mai 2007, s'est déclaré gêné par ce durcissement à droite. Peut-être croyait-il participer à un gouvernement de centre-gauche ? La presse présente l'initiative comme un nouveau succès de Nicolas Sarkozy. Ce serait la preuve que le Monarque réussit là où la gauche échoue, le rassemblement de son propre camp. D'ailleurs, les sondages sont paraît-il bons: "Du soleil pour Sarkozy" titre le JDD.fr, qui publie une enquête IFOP soit-disant favorable au chef de l'Etat. Lisons donc: 54% de mécontents, dont 20% de très mécontents; contre 45% de satisfaits, dont un ridicule 7% de "très satisfaits". Voici le fan-club sarkozyen: 7% des Français interrogés.
Si l'opposition n'est pas très bien lotie, l'ouverture à droite ressemble davantage à une belle tartufferie. Agréger deux mouvements qui collectivement pèsent moins de 3% des voix n'est pas franchement un rassemblement.
Eric Besson, lui, a avalé la pilule avec la gourmandise des nouveaux convertis: il n'a pas d'états d'âme. A peine rentré de vacances, il a filé rendre une visite de bon militant à la caravane de l'UMP, échouée à Marseille. Sur place, il a expliqué qu'il a trouvé trouvé "plus intéressant, plus subtil et plus complexe" qu'il ne l'imaginait.

Formidable Eric Besson. Nicolas lui a donné la foi.

Grippe et autres complications
Dimanche, Luc Chatel s'exprimait sur la grippe A H1N1. Il a prévu de faire fermer les établissements affectés par trois cas de grippe A consécutifs ou simultanés la même semaine. Pour rattraper les cours en cas de pandémie trop massive, les élèves seront invités à regarder France 5. Et concernant les dispositifs de garde des enfants malades, Luc Chatel renvoie vers "la solidarité familiale" ou "de voisinage". Pour le ministre d'un président qui a fait campagne sur le thème du service minimum garanti dans les transports et les écoles, le paradoxe ferait sourire si la situation n'était grave. Lundi, accompagné de nombreux journalistes, il visitait un magasin Intermarché à Villeneuve-Le-Roi (Val-de-Marne), à l'occasion de début de l'opération "LES ESSENTIELS DE LA RENTRÉE", une sélection de produits scolaires à bas prix. L'opération de com' a échoué. On a retenu qu'Intermarché avait bourré les allées de ses salariés, et que les rares mères de familles présentes étaient des militantes UMP. Les familles pensent à la grippe A. Douze établissements scolaires et 61 classes ont été fermés à Tahiti. En Polynésie française, la grippe est sévère. Les autorités dénombrent trois décès (deux femmes et un nourrisson) et "plus de 10.000" personnes infectées.

Lundi 17 août, Christine Lagarde a une fois de plus joué l'autruche. Interrogée sur la régulation des rémunérations variables dans les banques, la ministre des Finances a repris à son compte les timides recommandations de l'autorité de régulation britannique, la FSA, publiées la semaine dernière: Lagarde refuse donc de taxer très fortement les bonus importants tant que les places financières étrangères telles Singapour, Londres ou Luxembourg ne suivaient pas l'exemple. La ministre encourage les banques françaises à s'accorder entre elles pour appliquer de bonnes pratiques et éviter de se faire la "guerre des bonus" pour "attirer les meilleurs talents". Il n'a donc pas fallu attendre longtemps, à peine 8 mois depuis le crac financier de l'automne 2008, pour que Lagarde oublie que ces "meilleurs talents" n'étaient autres que ces traders qui ont planté le système.

Masquer l'échec sécuritaire
Lundi, Brice Hortefeux s'est énervé contre sa propre administration. Une démarche peu élégante, mais très empruntée à son patron de président quand il était lui-même à l'Intérieur: désavouer ses collaborateurs subalternes plutôt que d'assumer ses difficultés n'est sans doute pas très digne. Qu'importe pour le ministre. Il fallait corriger le tir. Les "Cadets de la République", louable mais symbolique invention sarkozyenne de 2003, n'auraient pas accès aux rangs de la police cette année, faute de budget. Il est vrai que Nicolas Sarkozy a prévu de supprimer 8 000 postes au sein des effectifs de police cette année. Le sang du ministre n'a fait qu'un tour. Grosse colère dans le Figaro. Mercredi, le Canard Enchaîné révélait qu'Hortefeux était parfaitement au courant du problème: tous les recrutements de la police nationale sont gelés, pour cause de rigueur budgétaire. Vendredi, le ministre réajustait le tir, en confirmant le recrutement en 2009 de 900 cadets de la république, 900 gardiens de la paix et 600 adjoints de sécurité
Second coup dur, les dernières statistiques de la délinquance en France ont été publiées cette semaine par l'Observatoire National de la Délinquance (OND). Les résultats des 12 derniers mois sont très mauvais: les violences physiques (coups et blessures, menaces, atteintes aux mœurs, actes contre la famille et l’enfant, etc) progressent de 4,3%, et en particulier les violences gratuites (+5,4%), et les menaces et chantage (+2,9%). Les taux d'élucidation baissent encore, qu'il s'agissent des atteintes aux biens ou aux personnes. Brice Hortefeux "riposte". Il cible ses commentaires sur les cambriolages (+12% sur 12 mois pour les cambriolages de locaux d’habitations principales), et désigne "l'ennemi". Ce sont des "jeunes", très organisés en "bandes" qui cambriolent nos campagnes et nos pavillons... Evidemment ! "L'ami de trente ans" du Président prend des mesures immédiates : il avance ses réunions de rentrée avec les directeurs départementaux de la sécurité publique, les commandants de groupement de la gendarmerie», et les préfets. Et il promet de porter à 60 000 le nombre de caméras de surveillance d'ici 2011. Sarkozy avait fait la même promesse ... en 2007 pour 2009.
Depuis 2002, Nicolas Sarkozy est parvenu à subtilement masquer son échec en matière de lutte contre l'insécurité. L'ancien maire de Neuilly a bousculé le parlement avec des lois à répétition. Cette incontinence législative a diverti l'attention publique. Puisqu'on légifère, c'est qu'on agit. Sept ans après, le bilan est mince : la délinquance globale diminue car le nombre d'atteintes aux biens recensés diminuent. Le taux d'élucidation de ces actes-là est ridiculement faible (13%) depuis 2003. Les violences aux personnes, elles, ne cessent de progresser depuis que Nicolas Sarkozy a pris le sujet de l'insécurité à bras le corps: moins de 350 000 actes en juillet 2003, 454 318 en juillet 2009. Bravo patron !

Pour Michèle Alliot-Marie également, les vacances sont terminées par anticipation. Une nouveau suicide de détenu en prison, et la situation carcérale devient le sujet du jour : la garde des Sceaux sort un rapport de son chapeau, réalisé 6 mois plus tôt, dont elle demande l'application "immédiate" des recommandations. Fallait-il un suicide pour qu'elle bouge ? On retiendra notamment que les détenus "fragiles" seront donc prochainement dotés d'un kit "anti-suicide": des draps et couvertures qui ne se déchirent pas et de pyjamas jetables en papier, et que tous les "points permettant un arrimage facile d’un lien" doivent être éliminées de leur cellule. La situation carcérale est un sujet méprisé par le Monarque. Ministre, puis président, Nicolas Sarkozy a toujours exclusivement concentrer son discours sur les victimes. Les détenus n'ont pas leur place dans son discours sécuritaire traditionnel. Depuis 2007, la surpopulation des prisons a été aggravée par une politique répressive inefficace, à base de peines planchers et de mesures antirécidive. A peine arrivée à la Justice, Michèle Alliot-Marie ne change rien. Plutôt que de travailler la réinsertion des détenus et l'amélioration des conditions sanitaires, la ministre appelle à repérer et empêcher les comportements suicidaires.

Une réponse attentiste, et inefficace, qui témoigne d'un mépris persistant.

Une France décrédibilisée et menacée à l'étranger, des ministres en défense, une rentrée qui s'annonce grippée... Il est temps que les vacances se terminent.

Ami Sarkozyste, où es-tu ?