26 août 2009

Banques : la grande imposture continue


Incroyable Nicolas Sarkozy. A peine rentré de vacances, il a déjà changé "les règles du jeu" (Le Figaro) et "obtenu plus des banques" (L'Express). Que s'est-il passé mardi au sein du palais présidentiel ? Pourquoi donc cette 7ème rencontre avec des représentants du secteur bancaire aurait-elle été plus efficace ?

Le service de communication a rapidement mis en ligne le discours introductif adressé par Nicolas Sarkozy aux banquiers. Il ne mentionne aucune des mesures concrètes dont le chef de l'Etat s'est réclamé ensuite. Après sa rencontre, le chef de l'Etat livre un monologue habituel aux journalistes présents dans la salle. Il démarre fort, mais classique :
"Il y a un an, nous entrions dans l'une des pires crises financières de notre histoire. la France a réagi avec détermination. la France a mieux résisté que ses partenaires. la France est néanmoins confronté cette année à la récession et aux chômage qui résultent de cette crise internationale." "Les choses ne peuvent pas, ne doivent pas recommencer comme avant. C'est un engagement que j'ai pris devant les Français. C'est un engagement qui sera tenu. "
Les "annonces" viennent ensuite. Sarkozy a demandé aux banques d'augmenter leurs crédits au logement d'ici la fin de la hausse. Les banques ont "toutes" accepté de souscrire à un fonds doté de 210 millions d'euros pour financer les fonds propres des PME. Une goutte d'eau dans le vase, mais le sujet le plus attendu concerne les bonus.

Sarkozy fait fort. Pour faire taire les critiques, il prévient : "Aucun Etat n'a adopté des règles aussi précises et aussi contraignantes". Les banquiers ont donc accepté de "durcir" leur politique de bonus aux traders :
  1. Entre 50% et 65% des bonus annuels seront versés sur trois ans.
  2. Ce solde différé pourra être annulé si le trader réalise une mauvaise son activité enregistre des pertes ("Pas de bonus sans malus, ce n'est pas à tous les coups on gagne").
  3. Entre 16% et 22% du bonus devra être payé en titre de l'entreprise.
  4. L'Etat nommera un "tsar des bonus", en l'occurrence l'ancien directeur du FMI Michel Camdessus. Ce contrôleur vérifiera que les engagements précédents sont bien tenus... pour les 100 plus importantes rémunérations du secteur.
  5. Les sanctions restent limitées. Elles sont de bon sens: l'État n'accordera plus «aucun mandat» pour monter des opérations financières (comme par exemple le financement du prochain Grand Emprunt), aux banques qui n'appliqueraient pas ces nouvelles règles.
Sarkozy conserve le meilleur pour la fin : la France proposera au G20 de Pittsburg dans un mois l'instauration d'une «taxe assise sur les bonus distribués dont le produit alimenterait les systèmes de garantie des dépôts» «une limitation globale des bonus distribués en pourcentage des revenus des banques», et «une limitation des bonus les plus élevés» . En attendant, on ne fait rien, on attend que le G20 adopte des règles similaires. Sinon, les salles de marché s'exileront. Le chantage à la délocalisation perdure. Nous sommes prévenus.

Au final, il a fallu 7 réunions, et plusieurs scandales prévisibles, pour que Sarkozy accepte enfin un contrôle minimum sur les banques aidées. Mais les bonus ne sont ni plafonnés, ni surtaxés, ni découragés. Le système continue comme avant. Pire, la proposition sarkozyenne sonne comme une catastrophe pour la stabilité du système, une aggravation des déséquilibres qui ont failli nous mener à la perte : les traders resteront motivés à prendre des risques de plus en plus grands, ne serait-ce que pour assurer le versement du solde de bonus de l'année précédente.

Pompier pyromane ?

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