31 août 2009

Gabon, Guinée, la Françafrique a-t-elle de beaux restes ?


La Françafrique a fait parler d'elle ces derniers jours.

Gabon, l'élection improbable
On attendait avec impatience le scrutin présidentiel gabonais, quelques semaines après le décès du président à vie Omar Bongo. Dimanche 29 août, le vote fut paraît-il massif, malgré des retards à l'ouverture des bureaux de vote constatés sur Radio France International en matinée. "Coup de théâtre", un candidat s'est désisté, sans donné de consigne de vote. Onze autres prétendants s'étaient déjà désistés en faveur d'André Mba Obama. Environ 13.000 électeurs étaient appelés à s’exprimer dans 2.801 bureaux de vote. Ali Bongo, fils aîné du président décédé, soutenu par le parti au pouvoir, est donné favori. Il n'a quitté son poste de ministre de la Défense qu'il y a deux semaines. La France semble le soutenir. Robert Bourgi, un avocat bien introduit en Françafrique et revenu en grâce auprès de Nicolas Sarkozy a dit publiquement soutenir le candidat Ali Bongo. "La France regarde cette élection avec beaucoup d'attention", a déclaré modestement le secrétaire d'Etat à la Coopération Alain Joyandet. Un quotidien burkanibé expliquait récemment que la France "a probablement manœuvré pour qu'Ali mette fin à son entêtement à rester au pouvoir tout en étant candidat à ce grand jamboree électoral. La victoire du dauphin sera ainsi moins entachée de péché. Et cette victoire-là, la France y tient pour une raison évidente : tous les autres candidats représentent un risque pour Paris. Le Gabon de l'après-Bongo père, qui a toujours été le centre névralgique de la Françafrique, doit rester dans l'escarcelle de la France"

Guinée, le ridicule
Alain Joyandet s'est rendu deux fois cette année en Guinée. Un coup d'Etat avait placé une junte militaire au pouvoir le 23 décembre dernier, au lendemain du décès du président Lansana Conté. Son chef, le capitaine Moussa Dadis Camara, avait promis au Français qu'il ne se présenterait pas à l'élection présidentielle d'ici la fin de l'année. Les Etats-Unis dénoncent le putsch et suspendent leurs aides hors humanitaires : « Nous réitérons notre appel pour un retour à un règne civil et l’organisation, dès que possible, d’élections libres, équitables et transparentes ». La France suit, mais envoit son secrétaire à la Coopération sur place. Joyandet se rend en Guinée dès le 3 janvier. Le secrétaire d'Etat promet 3 millions d'euros pour organiser des élections rapidement. Lors de cette première visite, la junte militaire avait rassuré Joyandet : « J’ai pu obtenir des nouvelles autorités guinéennes que la période de transition sera la plus courte possible, que les militaires et le gouvernement provisoire de transition ne se présenteront pas à ces élections, et qu’ils s’en iront dès la fin de la transition ».

Début août, Alain Joyandet retourne en Guinée. Son voyage fait quelques bruits en métropole. Pourquoi tant de sollicitude pour ce régime militaire ? Joyandet a rappelé le message: des élections rapides, et pas de candidature militaire... Joyandet ne s'inquiète pas, publiquement, d'un éventuel changement de cap au sein du pouvoir guinéen. Aujourd'hui, le masque est tombé. Les Etats Unis dénoncent les déclarations de la junte militaire. Alain Joyandet (encore lui) est fort marri. Moussa Dadis Camara lui aurait menti. Sur RFI, le secrétaire d'Etat s'est gentiment énervé, déclarant qu'il restait persuadé que le chef de la junte tiendrait ses promesses.
"Le capitaine Camara a toujours dit qu'il ne se présenterait pas, et il l'a répété. Alors, qu’il ait besoin éventuellement peut-être de maintenir une certaine autorité jusqu'à cette élection, pourquoi pas. Mais le 3 janvier, en ma présence, il a indiqué qu'il ne se présenterait pas, il l'a réitéré lors de mon deuxième voyage, puisque j’étais allé exprès, en quelque sorte, pour réaffirmer, en plein mois d’août, la volonté de la communauté internationale de le voir respecter ses engagements. Donc, je considère que ces engagements étant pris, il devra les respecter."
Source
Il y a fort à croire qu'Alain Joyandet et Nicolas Sarkozy se fichent un peu de savoir si Camara se présente ou pas aux prochaines élections présidentielles. En Mauritanie, où un putsch a également renversé le régime, puis des élections, contestées, ont été tenues en juillet dernier, la France n'a pas eu les mêmes scrupules. Mais en Guinée, la France a besoin de consolider sa position, comme ailleurs.

Les ressources naturelles n'attendent pas.

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