4 septembre 2009

Le vrai bilan d'Eric Besson


Jeudi 3 septembre, jour de rentrée des classes, le cas du petit Chama, 5 ans et demi faisait l'objet d'un peu de couverture médiatique. Son père est menacé d'expulsion. Le cas échéant, Chama finira à la DASS. Coïncidence des dates, Eric Besson tenait une conférence de presse sobrement intitulée « 8 mois au service du pacte républicain ». Dans une lettre ouverte au ministre, RESF dénonce "la logique du chiffre et le stakhanovisme de l’expulsion" qui prévalent en Sarkofrance.

La France a mal avec son passé, et le gouvernement Sarkozy n'a pas amélioré les choses.

Bilan en trompe l'oeil
Jeudi 3 septembre, Eric Besson livrait donc ses "résultats" à la presse. Il avait même fait préparer une fiche pour les journalistes présents intitulée "les dîners citoyens - Les Français d'origine sénégalaise à l'honneur". Le ministre a raison: rien n'est trop bon pour l'image. Ce jeudi, donc, le ministre a lancé ses chiffres à la presse:

  • 17 350 "éloignements", mais le ministère ne précise pas combien de rétentions et d'interpellations ont été nécessaires pour parvenir à ce chiffre; ni combien de "nouveaux" Européens (roumains, bulgares, etc) sont concernés (aussitôt expulsés, ils peuvent revenir).
  • 3 043 interpellations de "trafiquants de migrants" (+ 12,7 %), dont 1 104 passeurs, 221 organisateurs de filières, 632 logeurs, 856 employeurs, 173 fournisseurs de moyens illicites et 57 "conjoints de complaisance". Le ministre prend quelques libertés avec la présomption d'innoncence: ses statistiques traitent d'arrestations, pas de condamnations.
  • 52 473 contrats d’accueil et d’intégration signés, dont 22% des titulaires ont suivi une formation linguistiques (+0,1% versus 2008), et 36% "ont bénéficié d’une inscription à une séance de formation aux valeurs républicaines".
  • 5 129 demandes d'asile accordées, sur 18 658 déposées.
  • "Plus de 63 millions d’euros de crédits mobilisés à partir de 2009 pour des actions de développement solidaire" : 63 millions euros, c'est 6 semaines de bouclier fiscal, 9 meetings de Sarkozy tels celui du 14 janvier 2007; 20% du budget de déplacement annuel de Nicolas Sarkozy.
  • La traque aux employeurs de travailleurs clandestins bat de l'aile: à peine 1 500 contrôles ont été effectués.
En 2007, le candidat Sarkozy criait au loup: "Je veux souligner qu’en matière d’immigration les problèmes sont plus devant nous que derrière nous". Reprenant une antienne frontiste, l'immigration clandestine était présentée tel un raz de marée qui allait submerger l'identité nationale.

Le vrai bilan
En remplaçant Brice Hortefeux au ministère de l'Identité Nationale en janvier dernier, Eric Besson avait affiché une intention d'apaisement. On devinait que l'ex-socialiste converti au sarkozysme extrême voulait prouver que ses anciens camarades avaient tort de critiquer la politique migratoire du Président. On ne fera pas l'injure à Eric Besson de lui conseiller l'excellent livre "Cette France là", publié en mai dernier, qui détaille les incohérences et injustices de la première année de politique d'identité nationale du gouvernement Sarkozy: les quotas d'expulsions sont inefficaces, les statistiques faussées, la France perdante et le coût de ces mesures prohibitif. Depuis janvier, Eric Besson n'a fait fait qu'endosser un mauvais costume, le pire de Sarkofrance.

En janvier, Eric Besson assume les chiffres d'expulsions de son prédécesseur: les "prises" semblent belles. plus de 30 000 clandestins auraient été expulsés de France. l'imposture ne dure qu'un temps. Plus de la moitié de ces "éloignés" proviennent de Mayotte ou de pays nouvellement européens. La politique du chiffre est un échec. Les polices de Sarkofrance ne trouvent pas suffisamment d'immigrés clandestins "modèles" à expulser. En 2005 déjà, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, n'avait pas atteint ses propres objectifs: moins de 20 000 expulsions contre 23 000 demandés aux polices de France. Raté ! Sarkozy s'obstine. Lutter contre l'immigration clandestin est un objectif électoral, satisfaire le camp frontiste.

En février, Eric Besson signe un décret encourageant la délation des filières de passeurs, qui promet une régularisation aux sans-papiers qui dénonceront leur propre passeur. 6 mois plus tard, le ministre a quelque peine à citer le moindre résultat: il mentionne le cas des sociétés de gardiennage de la SNCF (cf. ci-dessous), qui n'a rien à voir avec cette décision symbolique.

En mars, Eric Besson fut emporté par ses propres gaffes lors de la sortie du film Welcome, de Philippe Lioret, sur le délit de solidarité. Promoteur involontaire du film (qui a largement dépassé le million d'entrées), Eric Besson a dû justifier que le délit de solidarité n'existait pas. Quand le GISTI publie une liste partielle d'aidants poursuivis judiciairement pour avoir aidé et/ou hébergé des sans-papiers, le ministre rétorque que la liste est fausse, et pointe du doigt, cas après cas, les autres infractions commises par les malheureux condamnés. Eric Besson aime à jouer sur les mots. Il fait semblant d'ignorer deux faits: primo, le harcèlement existe. Les associations de terrain en témoignent. A contre-coeur, Eric Besson a dû faire réquisitionner quelques douches en août dernier, près de Calais, devant l'extension de la gale dans la région. Il fallait pour assurer un minimum d'hygiène aux clandestins du coin. Secundo, le ministre fait semblant d'ignorer que les prétextes juridiques sont nombreux pour décourager les aidants.

En mai et juin, le conflit qui oppose Eric Besson à la Cimade est à son paroxysme. Brice Hortefeux ne voulait plus confier à la seule CIMADE la gestion de l'aide aux sans-papiers dans les Centres de Rétention. L'association dispose d'une vision complète de la situation humanitaire souvent désastreuse des immigrés détenus. Hortefeux en appelle à l'exigence de "concurrence", comme s'il s'agissait d'un marché comme un autre. Il change les règles. La CIMADE porte plainte. Eric Besson dévoile le résultat de l'appel d'offres en avril. Une association, fondée par un responsable UMP, fait partie des 8 heureux bénéficiaires. Les associations retenues ont interdiction d'échanger leurs informations. En juin, le Conseil d'Etat rejette la demande d'annulation du décret gouvernemental. Eric Besson jubile. Qu'importe si la Cour des Comptes explique plus tard que cette division des attributions est économiquement inefficace et coûteuse.

En juillet, Eric Besson a dû (enfin) menacer la SNCF pour l'emploi, par société interposé, de clandestins à la surveillance de ses quais. Libération avait dévoilé l'affaire en ... novembre. En juillet toujours, le ministre reçoit des associations humanitaires. Il tend la main. On en oublierait presque 6 mois de traque et d'image.

En août, nouvelle polémique sur les enfants détenus en centres de rétention. Eric Besson a l'audace de justifier la démarche: il ne faudrait pas séparer les familles. D'après le quotidien La Croix, 242 enfants ont été retenus dans les funestes CRA: "Non, je ne vais pas y mettre fin" explique Besson le 3 septembre.

Le bilan d'Eric Besson est aussi comptable. En ces temps de difficultés budgétaires, le coût de la politique migratoire frise l'absurde. La rétention d'un immigré finalement expulsé coûte 13 550 euros, à en croire la Cour des Comptes. L'expulsion elle-même dépasse 20 000 euros par clandestin.

Le vrai bilan d'Eric Besson est celui que le ministre fera avec sa conscience. Pour si peu d'efficacité, ce jeu de la honte en vaut-il la chandelle ?

Ami sarkozyste, où es-tu ?

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2 commentaires:

  1. Oui, vous avez raison pour Eric Besson : le regard désespéré des enfants derrière une grille est-il moins fort qu'un pouvoir toujours éphémère ???

    Finalement, après le dégoût on ne peut avoir que de la "pitié" pour eric besson.

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  2. Un peu de tolérance, que diable ! Le bilan du dernier ministre de l'Intérieur, sous Chirac, n'est pas veraiment plus glorieux. Et pourtant...

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