21 septembre 2009

Sarkozy prépare l'opinion à l'échec du G20

Fidèle à son habitude, Nicolas Sarkozy a terminé son voyage à Bruxelles par une déclaration à la presse. Jeudi, il rencontrait ses homologues européens pour caler le discours de l'Union lors du prochain sommet du G20 à Pittsburgh: "C'est une Union européenne unie avec un message assez clair, assez fort, qui se présentera à Pittsburgh et à New York".

Avec Gordon Brown mardi dernier, Sarkozy avait "clarifié" ses attentes pour le sommet du G20: des engagements concrets, des "chiffres", un "calendrier". Jeudi soir, les dirigeants européens se sont félicités d’être parvenus « à l’unanimité » à une position commune. Avec Gordon Brown, Sarkozy se veut éloquent: "vous ne nous avez pas pris au sérieux".

Le texte, informel comme ce sommet, appelle le G20 « à adopter des règles contraignantes » sur les bonus bancaires. Un cri de victoire largement injustifié. En effet, les 27 n’ont pas affirmé leur volonté ferme de plafonner les bonus, mais simplement d’« étudier les moyens de limiter la rémunération variable, soit par rapport à la rémunération fixe, soit par rapport aux revenus et/ou aux profits de la banque ». Autre élément de la position commune, la « menace de sanctions au niveau national » à l’égard des établissements qui les enfreindraient. La nature de ces dernières reste imprécise, chaque Etat étant libre de décider celles qu’il juge les plus adéquates.

En sortant de sa réunion européenne, Sarkozy surjoue l'unité : "L'Europe est unie sur un message fort : nous ne voulons pas que cela recommence, que le scandale des bonus se poursuive". Au final, Nicolas Sarkozy semble préparer les esprits à un accord purement formel : il a défini lui-même aux journalistes présents ce qu’il considèrerait comme un succès à Pittsburgh. Incroyable Président ! Juge et partie, il définit l’objectif et à la hauteur de ce qu’il pense obtenir… Comme « la limitation globale du montant des bonus » fait débat, le Monarque a en effet expliqué que « si nous obtenons un engagement sur tout le reste, c'est-à-dire sur les bonus-malus, le fait que le paiement de ces bonus soit étalé dans le temps, et sur les exigences en matière de fonds propres des banques, on peut dire que nous aurons trouvé un accord acceptable. »… Sarkozy prépare le compromis : l'Europe n'est pas unie pour demander un plafonnement des bonus bancaires ou a trop peur d'un échec du G20 aux conséquences désastreuses sur les opinions publiques nationales.

Et certains journaux « achètent » sans broncher ni critiquer cette version sarkozyenne de ce que serait un succès du G20. Les Echos parlent de « déclaration musclée de Bruxelles ». Le Figaro, ose écrire que l'Europe demande un "plafonnement des bonus", ce qui est faux. Le Monde est isolé dans sa lucidité en titrant "Les Vingt-Sept contre les bonus mais sans illusions". Le Nouvel Obs parle d'une "Europe unie". Unie pour quoi faire ? Pour "étudier". Bravo !

2 commentaires:

  1. Ce point presse en vidéo avec Gordon Brown résume à merveille la mégalomanie du président français. Extraits : « (...) c’est une très bonne nouvelle que face à la crise on s’ rassemble, au-delà des vieux clivages… pour IMAGINER LE NOUVEAU MONDE. C’est un VÉRITABLE PROJET DE CIVILISATION qu’on met en œuvre (...)Depuis ce fameux voyage où nous avons été, Carla et moi, à Londres… (...) C’que nous avons fait depuis qu’nous avons été, Carla et moi, à Windsor, à l’invitation de la Reine, et puis le discours qu’j’ai pu prononcer, devant les parlementaires… (...) Ben nous ON A DÉCIDÉ D'ÉCRIRE UNE NOUVELLE HISTOIRE, celle de deux pays voisins qui essayent de travailler main dans la main pour obtenir des résultats, parce que le peuple britannique i’ souffre, le peuple français aussi, LES PEUPLES DU MONDE DE LA CRISE… et on n’est pas trop d’être plusieurs pour trouver les voies et les moyens pour en sortir… »

    Quand on constate le vide intersidéral des propositions et la manière dont en effet le discours est accepté par une si large partie de la population, on a des raisons de craindre que cette nouvelle histoire ne concerne qu'une minorité... qui n'est que trop visible... celle du G20 ?...

    BaRT

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  2. Lundi 21 septembre, Jacques Attali écrit une chronique remarquable :

    « Le G vain. »

    Comme à Londres, on prendra mille et une photos, on se congratulera, on se quittera. Puis les dettes publiques continueront d’augmenter, les institutions financières seront de plus en plus instables, le chômage augmentera. Et un jour, sans doute, devant un nouveau désastre, il faudra agir. On se retournera alors vers les gouvernements : exsangues, ils ne répondront plus. Il n’y aura plus, alors, de G 20.

    http://blogs.lexpress.fr/attali/2009/09/le-g-vain.php

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