31 octobre 2009

130ème semaine de Sarkofrance : Sarkozy ne maîtrise plus son agenda


Des semaines de réflexion et de sondages pour en arriver là. Mais cette fois-ci, la ficelle fut trop grosse. Rares ont été ceux qui ont pris au sérieux la dernière tactique présidentielle. Nicolas Sarkozy a donc lancé toutes les forces de Sarkofrance sur un nouvel objet de vacarme : l'identité nationale française. Il n'y a pas que sur les blogs que le projet fut raillé.

Eric Besson, et son identité sarkozyenne
Fidèle à son "Sarko-mimétisme" devenu légendaire, le ministre de l'immigration a sonné la charge le premier. Invité de RTL dimanche soir, Eric Besson annonça l’ouverture d'une sorte de Grenelle de l'identité nationale, un "grand débat" en deux volets "identité nationale" et "apport de l'immigration à l'identité nationale", dès le 2 novembre et jusqu'en février 2010, dans les préfectures et sous-préfectures, avec les "forces vives" du pays. Personne ne fut dupe. La presse, puis l'opposition et même une partie de la droite ont critiqué ce projet bassement électoraliste. Sur le Net, les blogs s'en donnent à coeur joie. L'électoralisme de cette initiative est tellement visible que la plupart des commentateurs rigolent, raillent et moquent.

Mardi, il y avait pourtant un vrai sujet : les chiffres du chômage sont tombés. Encore 45 000 chômeurs de plus en septembre, soit 3,475 millions de personnes inscrites à pôle emploi, sans compter les chômeurs partiels et autres placardisés en stages de reconversion. Au total, on frôle les 5 millions d'exclus du travail.

On pourrait aussi parler du bilan de la politique migratoire du gouvernement. La Cimade vient de publier son dernier rapport : elle rappelle qu'expulser coûte un prix déraisonnable (environ 27 000 euros par sans-papier "éloigné"). La Cimade souligne aussi que 230 enfants ont été emprisonnés en 2008, au prix de troubles et traumatismes divers. On pourrait aussi rappeler que les polices de Sarkofrance ne trouvent pas suffisamment d'immigrés clandestins "modèles" à expulser: plus de la moitié des expulsés proviennent de Mayotte ou de pays nouvellement européens.

Eric Besson préfère s'acharner sur des familles, des touristes, des précaires en tous genres, pour atteindre coûte que coûte son quota d'expulsions. Mais il reste bien timide contre les employeurs de travail clandestin: à peine 15 000 contrôles sur les 8 premiers de l'année. On pourrait aussi souligner que ses appels à la délation des passeurs de février dernier ont fait choux blanc.
Pour desserrer l'étau des critiques, la Sarkofrance tente d'institutionnaliser ses pratiques au niveau européen, avec le soutien de la Grande-Bretagne et de l'Italie : elle vient de demander à l'Union Européenne de financer des vols charters pour l'expulsion des migrants en situation irrégulière. La Commission européenne et certains pays trainent la patte.

La terre et les mots
Mardi, Nicolas Sarkozy visite une ferme dans le Jura, le sourire coincé, encadré par quelques milliers de policiers et gendarmes qui quadrillent le coin. Puis, devant une assistance silencieuse dans une salle des sports voisine, il enfonce le clou. Sous prétexte de quelques annonces en faveur du monde agricole, il s'écrie: "La France a un lien charnel avec son agriculture, j’ose le mot : avec sa terre. Le mot "terre" a une signification française et j'ai été élu pour défendre l'identité nationale française." Il était difficile de ne pas ressentir quelques relents pétainistes volontairement provocateurs dans ces déclarations. Sarkozy voulait replacer le débat sur un terrain clivant qu'il affectionne, et rassurer un électorat âgé et droitiste. Le soufflet est, malheureusement pour lui, très vite retombé. Les propositions du Monarque étaient maigres, malgré ses grands cris volontaristes habituels ("je ne cèderai pas !"): un milliard d'euros de prêts bonifiés à une profession déjà surendettée; des subventions pour compenser partiellement les franchises médicales et la taxe sur le Foncier non bâti; un remboursement partiel de la taxe intérieure de consommation sur les produits pétroliers, de la taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel et de la future taxe carbone. Au total, voici 650 millions d'euros d'allègement de charges sur deux ans.

On attendait des idées précises sur la position française vis-à-vis de la politique agricole commune, que l'Europe doit redéfinir. Rien. On attendait aussi, puisque Nicolas 1er l'avait annoncé, des propositions en matières de régulations des cours de matières premières (sait-on jamais ?), ou de rééquilibrage de la valeur entre producteurs et distributeurs. Rien non plus.

On retiendra surtout que des paragraphes entiers de son discours ont été en fait copiés-collés, à la virgule près, sur un précédent discours vieux de 10 mois. Même sa bafouille sur l'identité nationale française était pompée sur le même texte. Pourtant, Sarkozy avait prévenu, le doigt en l'air, le ton ferme: "je ne suis pas venu vous tenir un discours que vous avez déjà entendu". Bien sûr. Sarkozy dérape. L'histoire se répète. Il y a 15 jours déjà, le même Monarque déclamait que le lycée était synonyme de méritocratie, le jour même où la polémique sur le "placement" du fiston à la tête de l'EPAD explosait. Triste sort pour un triste Sire...

Gabegie financière
Les vieilles recettes ne fonctionnent plus. Il y a deux ans, il suffisait que Sarkozy lance une idée, guidée par l'émotion ou le calcul, contre les cheminots qui chôment, les chômeurs qui fraudent, ou les fous qui assassinent, et le pays tout entier applaudissait ou criait au scandale. Depuis la rentrée, Sarkozy pédale à vide. L'agenda politique lui échappe. Chaque déclaration se transforme au mieux en bourde, au pire en railleries.

Son discours agricole est tombé à plat. Et une autre polémique, internationale encore une fois, déborde les conseillers du président : un rapport de la Cour des Comptes, réalisé à la demande d'un impétueux Sénat, révèle l'ampleur des dépenses élyséennes pendant la présidence française de l'Union Européenne fin 2008. On y retrouve, comme lors du précédent rapport de la dite Cour sur les frais de fonctionnement de l'Elysée, de croustillants détails sur la mauvais gestion des deniers publics par le Monarque. Servez-vous, il y en a pour tous les goûts : 16,6 millions d'euros pour 4 heures de sommet de l'Union pour la Méditerranée, 1 million d'euros par jour pendant 6 mois de présidence; des frais engagés sans appel d'offres, ni planning, pour le plus grand bénéfice de quelques fournisseurs; des installations, comme cette zone de bureaux au Grand Palais, dont quelques douches haut-de-gamme, 245 000 euros au total, aussitôt montées, aussitôt détruites. Nicolas Sarkozy ne sait pas gérer son propre budget.

La Cour des Comptes devrait aussi s'intéresser au Plan Espoir Banlieue de Fadela Amara: la secrétaire d'Etat a engagé 34 millions d'euros, à 70% auprès d'entreprises privées, voici un an pour placer en formation ou trouver un emploi pour 45 000 jeunes. Un an plus tard, le bilan est maigre : 1160 jeunes ont été casés.

Confusion des genres
Mercredi, Henri Proglio, président de Veolia, passait son examen de passage vers la présidence d'EDF devant quelques parlementaires, à huit-clos. On ne sait jamais. La situation est inédite, pour une entreprise publique de cette taille. Elle trouble, tant le conflit d'intérêt est manifeste : le talentueux Henri Proglio va diriger les deux entreprises, l'une publique, l'autre privée. La confusion des genres n'est pas une découverte en Sarkofrance. Stéphane Richard, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde, avait en main d'épineux dossiers de concurrence relatifs à France Télécom. Il y a quelques mois, il a franchi le Rubicon sans problème ni contestation. Sa promotion chez France Télécom a été accélérée ces derniers jours; il est devenu directeur général adjoint France, à la faveur de la vague de suicides qui frappe l'entreprise.
Au mépris des règles élémentaires d'éthique, Nicolas Sarkozy a ainsi placé des proches à la tête du premier groupe d'énergie (Proglio chez EDF), du premier opérateur télécom (Stéphane Richard, chez France Télécom), de la seconde banque française (François Pérol, BPCE), et du troisième constructeur d'armement (Luc Vigneron, Thalès).

La presse en veut, paraît-il, au Président. Mais ce dernier n'est pas rancunier. Il a fait adopter en Conseil des Ministres un nouveau plan d'aide à la presse : l'Etat va offrir un abonnement d'un an à tous les jeunes de 18 à 24 ans. Les patrons de presse sont ravis. Quelle est la contre-partie à cette généreuse subvention ?

Un parquet dépendant
En matière de justice, les décisions se suivent et se ressemblent. Angolagate, Chirac ou Françafrique, voici trois cas où le ministère de la justice a recommandé le classement sans suite. Il a eu gain de cause, mercredi auprès de la Cour d'appel de Paris, dans l'affaire des détournement de fonds publics par divers chefs d'Etat africains: la plainte d'une ONG a été jugée irrecevable. La Françafrique se porte bien. On ne touche pas aux fidèles soutiens, fussent-ils soupçonnés de corruption. Le patrimoine immobilier des 3 chefs d'Etat incriminés s'élèverait à quelques 160 millions d'euros. Deux autres juges ont au contraire joué l'indépendance : Charles Pasqua est sorti de son procès sur l'Angolagate avec une peine d'un de prison ferme. Le vieux routier des Hauts-de-Seine et de la droite chiraquo-sarkozyenne n'entend pas se laisser faire. Il a demandé la levée du secret-défense, puisque l'instruction n'a pas eu accès à tous les dossiers. Il a aussi mouillé tout le monde: Chirac, Balladur, Villepin, Juppé auraient été au courant de rétro-commissions en faveur de politiques français.
Un autre juge a renvoyé Jacques Chirac devant un tribunal correctionnel dans l’affaire des emplois présumés fictifs de la ville de Paris. Là encore, le parquet avait demandé le classement sans suite. Nicolas Sarkozy, capable de proclamer publiquement et par avance la culpabilité de son rival Dominique de Villepin lors du procès Clearstream, est resté cette fois-ci bien discret : il s'est rappelé qu'il "existe un principe qui est celui de la séparation des pouvoirs".

Nicolas Sarkozy croyait tenir le bon bout. C'est raté.

Ami Sarkozyte, où es-tu ? De quoi discutes-tu ?



Sarkozy et l'identité nationale... en septembre 2007

Après le Petit Journal de Yann Barthès, sur Canal+ mercredi dernier, voici que notre talentueux video-vigilant et confrère Politistution de La Rage au Ventre nous rappelle que Sarkozy, déjà en septembre 2007, usait des mêmes termes et de la même emphase pour parler de l'identité nationale française et la terre agricole...

Décidément, Sarkozy radote, et cela se voit drôlement sur le Web 2.0...





30 octobre 2009

Petits services entre amis : comment Sarkozy récompense ses proches.

Certaines nominations, comme celle de Jean Sarkozy au conseil d'administration de l'EPAD, ont suscité de larges polémiques. Depuis 2 ans et demi, l'Elysée a placé ses hommes, récompensé ses proches, solidifié ses soutiens dans nombre de grandes entreprises clés. Voici une revue, non exhaustive, de ces amis désormais bien placés.

Henri Proglio (EDF, Véolia)
Président de VEOLIA, il va prendre les rennes d’EDF... sans abandonner celles du groupe privé. Son passage, sans conséquence, devant une commission parlementaire mardi dernier, n'a pas posé de problème. Après une discrète campagne, Henri Proglio avait été sollicité par l’Elysée cet été pour succéder à Pierre Gadonneix à EDF. Qu’il conserve également la tutelle de VEOLIA lui permet d’envisager quelques rapprochements. Longtemps chiraquien, le président de l’ancienne Générale des Eaux a rejoint le clan sarkozyen en 2006. Le soir du 6 mai 2007, il était au Fouquet’s. Henri Proglio a été l’un des parrains de Rachida Dati dans les milieux d’affaires. Cette dernière l’a introduit auprès de l’actuel président de la République. Il se murmurait qu’on lui avait promis un poste à Bercy, finalement attribué à Christine Lagarde. Pour Sarkozy, Proglio était une belle prise. Veolia faisait partie des soutiens financiers du RPR, puis du clan chiraquien, ce qu’on a pu vérifié lors du procès des HLM de Paris.

En partant à EDF, Proglio emporterait un proche conseiller de Nicolas Sarkozy: Cédric Goubet, actuel chef de cabinet du Président de la République. On ne change pas une formule qui sert.

Stéphane Richard (France Télécom)
Ancien directeur de la division transport de Veolia, Stéphane Richard a rejoint le cabinet de Christine Lagarde en mai 2007. Le ministère de l’Economie et des Finances est notamment l’autorité de tutelle de la DGCCRF. France Télécom est souvent scrutée par les autorités de concurrence. La DGCCRF a pris partie en faveur des positions de France Télécom dans diverses affaires de concurrence au cours de l’année 2008. Au printemps 2009, Stéphane Richard a rejoint France Télécom.

Dans le passé, Stéphane Richard a dirigé la filiale immobilière de la Générale des Eaux, puis Veolia Environnement et Veolia Transport. Détail "amusant", Stéphane Richard a subi un redressement fiscal de 660 000 euros en octobre 2007. La même année, il était décoré de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy.

Le 5 octobre dernier, il est devenu directeur général adjoint de France Télécom, en charge des activités France.

François Pérol (Caisses d'Epargne et Banques Populaires)
De 2005 à 2007, François Pérol était associé-gérant de la banque Rothschild & Cie. Il a notamment conseillé les Banques populaires et les Caisses d'Epargne dans la création de leur filiale commune, Natixis, dont les difficultés financières en 2008 ont failli coulé ses deux parents. En mai 2007, il retrouve Sarkozy en tant conseiller économique de Nicolas Sarkozy jusqu’en novembre 2008. A ce titre, il a supervisé le sauvetage de plusieurs banques, pour le compte de l’Elysée, et notamment travaillé sur le rapprochement entre les Banques Populaires et les Caisses d’Epargne. En novembre dernier, ô surprise, François Pérol est nommé président de ces deux établissements. En janvier, les deux banques sont fusionnées pour donner naissance à la BPCE. La Commission de déontologie n’est même pas saisi. Le conflit d’intérêt est manifeste.

Aux Caisses d'Epargne, François Pérol a retrouvé Thierry Gaubert, un ancien collaborateur "multi-cartes" de Nicolas Sarkozy dans les Hauts de Seine. En février 2008, Thierry Gaubert a été mis en examen pour abus de biens sociaux et escroquerie dans la collecte et l'utilisation des fonds du 1% logement dans le département. Thierry Gaubert s'occupait par ailleurs de la communication du futur président, et de ses relations avec les médias.

Pierre Mariani (Dexia)
En septembre 2008, la banque franco-belge Dexia manque de disparaître. De mauvais placements ont eu raison de sa solidité. L’Etat français intervient en un week-end, et place Pierre Mariani en tant qu’administrateur délégué et président du comité de direction. Ce dernier a été directeur de cabinet du ministre du Budget de 1993 à 1995, quand Sarkozy était le fidèle second d'Edouard Balladur. Puis, il a dirigé la Société Française d’investissements immobiliers et de gestion (SEFIMEG), de 1995 à 1997, une société gestionnaire d'un parc immobilier, notamment en Ile-de-France. Cette société a été rachetée par le groupe Pinault en 1999. A partir de 1998, Pierre Mariani travaillait à la BNP. Le patron de la BNP, Michel Pébereau, est l'un des conseillers de l'ombre de Nicolas Sarkozy en matière bancaire.

François Pérol et Pierre Mariani sont deux des soutiens du président français dans le milieu bancaire. Depuis septembre 2008, malgré des déclarations officielles fermes, le gouvernement français a résisté plus que ses voisins à encadrer le secteur bancaire (pas de plafonnement des bonus bancaires; pas de surtaxation des profits des banques; revente à "prix coûtant" des actions rachetées pendant le krash, etc).

Armand Laferrère (Areva)
Président d’Areva Canada, Armand Laferrère est un ancien conseiller de Sarkozy, entre 2002 et 2004, quand celui-ci dirigeait le ministère de l’Intérieur. Depuis, il « pantoufle » au Canada. Au printemps 2004, il publiait un « Plaidoyer pour George Bush ».

Bernard Delpit (La Poste)
Conseiller économique du président depuis 2007, Bernard Delpit a été nommé directeur financier de la Poste en juin 2009. Rien de mieux pour bien préparer le changement de statut de la Poste, contesté par une votation citoyenne en septembre dernier.

Luc Vigneron (Thalès)
En mai dernier, Dassault est entré au capital de Thalès (avec 26%). L’Etat, aidé par ce nouvel actionnaire et propriétaire de 27% de Thalès, a fait nommer Luc Vigneron à la tête de Thalès, contre l’avis du comité de sélection des administrateurs et des rémunérations (Csar) de l’entreprise. Depuis des mois, Nicolas Sarkozy a bloqué EADS, qui cherchait à mettre la main sur Thalès, au profit du plus fidèle Serge Dassault. Rappelons que Thalès, et sa filiale DCNS, est régulièrement cité, et pour cause, dans l’affaire du Karachigate. « Autre souci, moins avouable, les dirigeants de Thalès et de la DCNS connaissent tous les petits secrets des marchés des années 1994 et 1995, lorsque Balladur était Premier ministre et Sarko le patron du Budget. » notait le site Bakchich en décembre dernier.

Jean-Philippe Cotis (INSEE)
Il a cotoyé Nicolas Sarkozy en 1993-1994. En octobre 2007, Sarkozy le nomme à la tête de l’INSEE. En mai 2009, il remet au présisent un opportun rapport sur le « Partage de la valeur ajoutée, partage des profits et écarts de rémunérations en France», un contre-feu allumé par l’Elysée en pleine contestation sociale en février dernier. Alimenter l'agenda public avec des rapports d'experts que l'on a soi-même choisi est une ficelle toujours efficace...

Les secrets de la Cour de Sarkofrance

L'Express se lâche, ce jeudi. La une est sans équivoque: "Les secrets de la Cour", photos de Nicolas et Jean Sarkozy à l'appui. L'affaire du népotisme présidentiel à l'EPAD a laissé des traces. La veille, sur France Inter, le conseiller spécial Henri Guaino, avait reconnu l'évidence: quel pouvoir ne suscite pas de phénomène de cour ? Il y a 15 jours déjà, le très conservateur Times de Londres écrivait: " Le président de la Ve République est victime du ­phénomène de cour, un sentiment d'omnipotence qui vient de l'isolement du poste de dirigeant le plus puissant du monde démocratique."

Dans une cour, le monarque est seul, personne n'ose le critiquer, il préfère les conseils de son épouse à ceux de ses conseillers. Il protège ses proche et place sa famille, aux détriments de l'intérêt national.

Toute ressemblance avec des personnages réels n'est pas fortuite.

Extraits.

"Personne ne bronche. Depuis que la controverse a éclaté, douze jours plus tôt, chacun est tétanisé et tout le monde se tait."

"un ami du chef de l'Etat dresse le bilan: "Je pensais que le côté informel de ce président si atypique empêcherait ces phénomènes de cour. Il n'en est rien. Et il est devenu le roi.""

L' "affaire Jean" restera comme un cas d'école. "Il y a deux sujets qu'on s'interdit d'évoquer avec lui: la famille et les Hauts-de-Seine, relève un proche du chef de l'Etat. Alors, là, vous imaginez!"

"Qui dit silence au château dit mutisme au gouvernement. Beaucoup de ministres ­jugeaient pourtant l'attitude du fils et du père "indéfendables". Mais aucun n'a osé déplaire."

"Les ministres ne sont que des marionnettes", pointe le
député (UMP) de l'Aube, François Baroin."

"Ils se rêvent tous en saint Jean et se demandent en permanence : "Suis-je le ministre le plus aimé du Seigneur ?'' ", confie un conseiller élyséen"

"Nicolas Sarkozy n'accepte pas la critique sur quelques moments héroïques, ceux qu'il considère comme des faits d'armes établis de son épopée, par exemple la Géorgie", nuance un autre. "Je choisis les sujets en fonction de son humeur", complète un troisième."

Au sein de la majorité, une question fait florès: Nicolas Sarkozy est-il trop sous l'emprise de Carla Bruni? "Est-ce à cause de son épouse? Toujours est-il qu'il n'aime plus ses électeurs", regrette un dirigeant du parti majoritaire. "C'est vrai qu'elle lui a fait découvrir que l'on s'amuse plus avec un intellectuel de gauche qu'avec un élu UMP!", sourit un ami du président.
Au final, on tire tout de même deux enseignements de cet intéressant dossier :
1. Sarkozy a été atteint par l'affaire du Prince Jean.
2. Il est isolé dans sa bulle et ne fait confiance qu'à lui-même.

A bon entendeur...

29 octobre 2009

La terre ne ment pas ? La réalité non plus.

Depuis mardi, on a beaucoup parlé du discours "agricole" de Nicolas Sarkozy, prononcé dans le Jura. Le Monarque l'avait clos par quelques phrases aux accents pétainistes sur la "réalité" de la "terre" et son apport à l'identité française: "La France a un lien charnel avec son agriculture, j’ose le mot : avec sa terre. Le mot "terre" a une signification française et j'ai été élu pour défendre l'identité nationale française. Ces mots ne me font pas peur, je les revendique. La France a une identité particulière qui n’est pas au-dessus des autres mais qui est la sienne et je ne comprends pas qu’on puisse hésiter à prononcer ces mots « identité nationale française ".

Un vacarme électoraliste pour masquer une réalité têtue et défavorable.

Aux agriculteurs, Sarkozy bégaye un discours vieux de 10 mois
Le 27 octobre, Sarkozy a eu de curieux élans: "Eh bien, la terre fait partie de cette identité nationale française. Et cette identité nationale française est constituée notamment par le rapport singulier des Français avec la terre." En juin 1940, le Maréchal Pétain expliquait déjà: « La terre, elle, ne ment pas. Elle demeure votre recours. Elle est la patrie elle-même. Un champ qui tombe en friche, c’est une portion de France qui meurt. ». Le rapprochement est facile. Il est normal et nécessaire. C'est exactement ce que Sarkozy souhaitait. Rassurer un électorat âgé et droitiste. Mais le cocasse est ailleurs. Nicolas Sarkozy a copié-collé l'essentiel de ce discours, d'un de ses précédents discours, déclamé voici 10 mois, en février dernier, quasiment mot pour mot. Le petit Journal de Canal+ a révélé l'astuce.

Une douche et 16 autres millions d'euros pour une réunion
245.572 euros, c'est le chiffre, peu commenté dans les "grands médias" avant mercredi, de la zone bureau, avec sa douche dernier cri, que Nicolas Sarkozy s'est ainsi fait installer, pour 4 heures de réunion sur l'Union méditerranéenne en juillet 2008 au Grand Palais. Cette douche, comme le bureau, n'a jamais servi. L'ensemble est parti à la benne. Globalement, la réunion de quelques heures au Grand Palais, avec une quarantaine de chefs d'Etat étranger, a coûté 16 millions d'euros d'installations, dont 5 millions d'euros pour le seul repas. Un hebdomadaire people ose comparer Carla Bruni à Marie-Antoinette. La Sarkofrance prend effectivement tous les traits d'une monarchie vieillissante déconnectée de la réalité du plus grand nombre.

5 millions de chômeurs
Mardi, il fallait surtout éviter parler chômage. La veille, le ministère du Travail avait livré les derniers chiffres : à fin septembre, 3,475 millions de personnes sont inscrites à pôle emploi, soit 45 000 de plus qu'en août, et+ 20% sur un an. "Tant que nous n'avons pas retrouvé une croissance supérieure à 2%, entre 2 et 2,5%, il est très difficile de reconstruire de l'emploi" a expliqué François Fillon. Analysées par catégorie, les statistiques sont mauvaises
  • Catégorie A (sans emploi): + 25% sur un an
  • Catégorie B (moins de 78 heures travaillées par mois): + 11,6%
  • Catégorie C (plus de 78 heures travaillées par mois): + 12,6%
Si l'on ajoute les salariés en chômage technique (exclus de ce comptage) et les bénéficiaires de traitements sociaux (contrat d'apprentissage, formations diverses), on parvient aisément à près de 4,5 millions de vrais chômeurs. Qui dit mieux ?

4000 travailleurs sans-papiers en grève
Le 23 octobre dernier, le Conseil d'Etat a annulé un circulaire signée en janvier 2008 par Brice Hortefeux. Les services d'Eric Besson n'avaient pas le droit d'exiger une promesse d'embauche dans l'un des 30 métiers "réservés" aux étrangers non-européens comme préalable à l'examen d'une demande de titre de séjour: «le pouvoir réglementaire ne pouvait, sans méconnaître la loi, restreindre les conditions de délivrance de [la] carte de séjour temporaire en subordonnant la recevabilité des demandes de délivrance de cette carte à la présentation, par l'étranger, d'une promesse d'embauche dans l'un des métiers prévus par cette liste». Le ministère doit clarifier ses propres règles. Depuis le 12 octobre 2009, près de 4000 travailleurs sans-papiers sont en grève en Ile-de-France, avec le soutien de la CGT.

Jean Sarkozy, des sondages et un retour
La semaine dernière, Nicolas et Jean ont dû plié. Une mauvaise polémique, d'après les zélotes du Monarque, les ont empêché de placer le Prince Jean à la présidence de l'EPAD. Pourtant, les 4 élus UMP et Nouveau Centre, tout comme les 9 fonctionnaires membres du conseil d'administration de l'établissement étaient prêts à l'élire. Les accusations de népotisme, dans la presse mondiale, ont eu raison du projet. L'Elysée avait payé et commandé des sondages, tous catastrophiques pour l'image du chef de l'Etat et cette nomination. Des sondages payés avec l'argent des contribuables pour tester l'impact de la nomination du fils du président à la tête d'un établissement public ? Est-ce bien normal ? Qu'à cela ne tienne ! Jean Sarkozy, fils de Nicolas, est désormais pressenti pour prendre la présidence du Conseil Général des Hauts de Seine. Là encore, il sera élu par ses collègues UMP, tous aux ordres de l'Elysée.

A l'étranger, cette confusion entre vie publique et vie privée ne cesse d'alimenter les critiques. Même le conservateur Financial Times, repris par Courrier International, se fend d'un article très critique pour le Monarque français : " il semble aussi qu'il souffre d'une faiblesse dangereuse qui menace d'écorner son image politique : il est incapable de poser une frontière nette entre vie privée et vie publique."

Le Plan Espoir Banlieue de Fadela : ruineux et inefficace.

34 millions d'euros ont été dépensés pour créer ... 1160 emplois en banlieue. Voici le premier bilan du plan Espoir Banlieue, comme le rappelait Politique.net il y a quelques jours, relayant une information du Canard Enchaîné. Sur les 45 000 contrats d'autonomie prévus dans le plan d'ici 2012, à peine 13000 ont été signés, mais seulement 1160 ont débouché sur une réelle formation ou un emploi. Pire, les travaux de coaching et d'insertion, habituellement confiés aux missions locales de l'emploi, ont été attribuées, à 70%, à des agences privées, d'intérim et de placement. Et le contrat est bénéfique pour ces entreprises: "pour chaque jeune coaché, l'Etat verse à ces boîtes de placement 7 500 euros : 3 000 euros sont versés dès la signature du contrat d'insertion, et 4 500 euros sont versés une fois que le jeune a décroché un emploi ou une formation." En un an, quelques 34 millions d'euros ont ainsi été engagés pour un maigre résultat : 1160 jeunes placés.



Frédéric Lefebvre : le complot médiatique

Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, le confirme... involontairement. Le vendredi, il accepte une invitation de Jean-Michel Apathie sur RTL le lundi suivant. Dès le lendemain, il file à l'Elysée pour une réunion de travail.

Lundi, au micro de RTL, Lefebvre lançait sa charge contre les médias. Les mêmes "éléments de langage" se retrouvèrent toute la semaine dans la bouche des représentants de l'UMP.

Coïncidence sans doute.





28 octobre 2009

Sarkozy aux agriculteurs: décryptage d'une manoeuvre


Mardi, Nicolas Sarkozy s'est exprimé sur l'agriculture ce mardi. Il était brièvement revenu du Cap Nègre, où il se repose pour 15 jours... Parler aux agriculteurs fait partie du plan électoral mis en place ses derniers jours par l'Elysée. Les sondages sont mauvais: les récentes polémiques ont mis à mal une popularité chancelante : une enquête de BVA pour l'Express chiffre à 54% la proportion de Français mécontents du Monarque, dont le bilan à mi-mandat est jugé négatif par une majorité également.

Voici donc le temps de consoler les agriculteurs, de leur expliquer qu'ils sont les plus malheureux du monde, et qu'heureusement Nicolas Sarkozy est là.

Fillon chauffe la salle

François Fillon avait préparé le terrain, en annonçant, vendredi dernier, qu'"un plan massif" allait être confirmé par le Monarque: "le président de la République, le Gouvernement et moi-même, sommes absolument conscients de la gravité de la crise que rencontre aujourd’hui l’agriculture" avait-il déclaré. L'été dernier, les producteurs de fruits et légumes avaient été choqués par les déclarations de leur ministre. Bruno Le Maire avait prévenu qu'il leur faudrait prochainement rembourser environ 500 millions d'euros de subventions européennes reçues il y a 10 ans. La chute du cours des matières agricoles, et les abus de la distribution, ont eu raison de la patience des agriculteurs... Premier souci, la production laitière. La Commission européenne a annoncé lundi dernier quelques 280 millions d'euros d'aides supplémentaires pour la filière laitière en 2010, dont 50 millions pour la France.

Vendredi dernier, avant de partir en vacances, on apprenait que Nicolas Sarkozy avait "arbitré" les grandes lignes de son plan d'aides à l'agriculture. La FNSEA réclamait 1,4 milliards d'euros...

A Poligny, protégé par la police
Nicolas Sarkozy voulait que sa visite soit discrète. Une fuite a contrarié ses plans. Le chef de l'Etat s'est rendu dans une ferme, puis, à coup d'hélicoptère, il a filé à Poligny (Jura), où 800 militaires avaient été déployés. Devant 1000 invités choisis qui l'attendaient dans la salle des sports de Pligny, le voici qui présente son plan, rapidement publié sur le site de l'Elysée.

Sarkozy s'élance. Il veut "témoigner de la solidarité française" à l'égard des agriculteurs: "La crise que traverse l’ensemble du secteur agricole est une crise absolument exceptionnelle car toutes les filières agricoles sont aujourd’hui touchées par une baisse de revenu. Dans cette belle région de Poligny, les exploitations de polyculture et d’élevage connaissent pour la première fois une crise qui concerne toutes leurs productions."

Le Monarque joue d'abord la compassion: pas de salaire décent pour les producteurs de lait pas de crédit pour les primeurs, pas de perspectives pour l'ensemble. Sarkozy se permet de rappeler que l'agro-industrie pèse davantage que l'automobile, un secteur qu'il a pourtant lui-même soutenu dès l'automne, oubliant les autres. Il parvient même à glisser un bout d'identité nationale, affirmant que l'agriculture défends des valeurs françaises essentielles, "celle du travail, et celle de la récompense."

Sarko prête un milliard
Des mesures d'urgence ? "Parce que la crise est sans précédent, notre réponse doit préparer un changement lui aussi sans précédent." Bizarrement, Sarkozy attaque un défaut de régulation mondiale et européenne, puis un défaut de partage de la valeur au sein de la filière: "Entre le mois de septembre 2008 et le mois de septembre 2009 l’indice des prix à la production des produits agricoles a baissé de 20%. Sur la même période, les prix à la consommation des produits alimentaires ont baissé de 1%. Cet écart est sans précédent. Cet écart est inacceptable ! Il révèle une répartition inéquitable de la valeur ajoutée au sein des filières. Cet écart met notre production alimentaire en danger."

Fidèle à son habitude, Nicolas Sarkozy crie fort que (1) le danger est grave mais (2) qu'il ne sera pas démagogue, et (3) fait l'inverse. La démonstration est aisée : Sarkozy annonce d'abord qu'il se refuse à des subventions qu'il faudra rembourser ("Je ne suis pas venu vous annoncer un plan de subventions contraire aux règles européennes, qu’il conviendra de rembourser dans dix ans"), tout comme il refuse tout "système de prix pour la viande ou pour le lait, qui conduirait ensuite certains syndicats, dans dix ans, à payer la facture de la démagogie, parce que le réveil sera alors brutal". Les mesures d'urgence qu'il annonce ensuite sont, pour l'essentiel, exactement ce qu'il fustige.

1. Sa première mesure d'urgence, "sans précédent", est un ...prêt : "un milliard d’euros de prêts de trésorerie, de consolidation ou de restructuration d’encours pour permettre à chaque agriculteur en difficulté de pouvoir assainir sa situation de trésorerie de 2009 et engager immédiatement les dépenses d’investissement pour les prochaines campagnes". Un prêt, ça se rembourse, non ?
Sur ce milliard d'euros, l'effort de l'Etat sera de ... 60 millions d'euros, sous forme de bonification des taux d'intérêts... Bel effort !
2. Seconde annonce, Sarkozy annonce... 200 millions d'euros de subventions: "une enveloppe de 200 millions d’euros pour alléger les charges d’intérêts d’emprunts de 2009 et 2010 dues par certains agriculteurs en difficulté et, d’autre part, accompagner les restructurations des exploitations."
3. Autre subvention, l'Etat financera 50 millions d'euros de cotisations à la Mutualité Sociale Agricole. Sarkozy ne rend même pas d'une main ce qu'il a pris d'une autre : dans les comptes de la Mutualité Sociale Agricole à fin septembre 2009, les franchises médicales représentaient 67 millions d'euros à fin septembre à la charge des agriculteurs malades.
4. L'Etat paiera également 50 millions d'euros de Taxes sur le Foncier Non Bâti.
5. En 2010, l'Etat remboursera 170 millions d’euros de taxe intérieure de consommation sur les produits pétroliers et de taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel.
6. Autre promesse similaire, l'Etat remboursera 75% de la future taxe carbone, soit 120 millions d'euros.
Italique
Sarko parle, mais ne régule rien
Du côté des promesses de régulation, le monarque reprend ses formules d'il y a un an, au plus fort de la crise financière: "L’économie de marché ce n’est pas la primauté donnée au spéculateur. C’est la primauté donnée à l’entrepreneur, et l’agriculteur est un entrepreneur, c'est la récompense du travail, de l’effort et de l’initiative." Les annonces sont rarement concrètes : ill exorte d'abord l'Europe à prendre des mesures contre la spéculation boursière sur les marchés de matières premières. On croit rêver. Que peut donc l'Europe contre cela ?
Sarkozy explique ensuite les objectifs qu'il fixe à la nouvelle Politique Agricole Commune, après 2013: respect d'une "préférence communautaire renouvelée" (sans indiquer ce qui changerait par rapport à la situation actuelle), création de "véritables outils de gestion des marchés" (lesquels ?), subventions à la production "dans les territoires fragiles, en particulier dans
les zones herbagères et de montagnes", et soutien à la filière bio.

La chose fut incroyable, comme souvent : Sarkozy assène sa détermination sans jamais préciser à propos de quoi, si ce n'est de vagues objectifs. Dans l'assistance, personne ne moufte. On retient la forme, jamais le fonds.
"C’est clair, pas de ligne Maginot, pas de retour en arrière catastrophique et démagogique. On sait où on veut aller et on ira ensemble : agriculteurs, entrepreneurs, producteurs, travailleurs. C’est cela la nouvelle régulation que nous allons porter."
Sarko confond loi et action
Troisième volet (après les mesures d'urgence, et les grands objectifs de la future régulation), les "réformes" nationales à travers une "loi de modernisation de l'agriculture". Faute d'agir, on communique et on légifère:
1. Sarkozy propose ainsi de définir le métier d'agriculteur (sic !): "Il nous faut donc une définition rénovée du métier d’agriculteur en tant qu’entrepreneur responsable, et cette définition du métier d’agriculteur sera au cœur de la loi de modernisation de notre agriculture". Tout ça pour définir des "contrats de filières", par accords interprofessionnels ou décrets, pour contractualiser la relation entre les agriculteurs et leurs clients.
2. Autre effet de communication, sur l'un des sujets les plus chauds du moment: la transparence des prix, du producteur au consommateur final. Le monde agricole attend une intervention de l'Etat. Ce dernier se défausse. Et Sarkozy aussi: il ne promet aucun mécanisme de régulation, sur un sujet pourtant à portée de main. Simplement, "Nous allons donc renforcer considérablement l’observatoire des prix et des marges dans le secteur agricole par la loi de modernisation de notre agriculture".
3. Sarkoz promet aussi une simplification et une mise en cohérence des "règles existantes en matière environnementale et sanitaire aux niveaux national et européen" ; ça ne mancge pas de pain, et ça fait plaisir.

De cette dernière partie, les employeurs agricoles ne retiendront qu'une chose : ils seront exonérés de charges patronales pour l'embauche de travailleurs saisonniers (coût 170 millions d'euros par an).
La France a un lien charnel avec son agriculture, j’ose le mot : avec sa terre. Le mot "terre" a une signification française et j'ai été élu pour défendre l'identité nationale française.
Ces quelques mots de conclusions révèlent la farce.

Une manoeuvre électorale, comme hier avec Eric Besson et son débat sur l'identité française.

Grand emprunt: le doute s'installe




27 octobre 2009

Peut-on débattre de l'échec d'Eric Besson ?


Dimanche soir sur RTL, Eric Besson a lancé son idée du jour : organiser un débat sur l'identité nationale française d'ici quelques jours. Un vacarme opportun repris par Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, qui, lui aussi, pense que l'UMP doit débattre sur le sujet dans les prochaines semaines. A l'approche des élections régionales, la droite au pouvoir cherche à solidifier une partie de son électorat.

La peur au ventre
En défendant précipitamment le cinéaste Roman Polanski à son arrestation en Suisse, Frédéric Mitterrand causé du tort au discours sarkozyen de fermeté en faveur des "victimes". L'affaire "Mitterrand" qui s'en suivit, à propos de certains écrits sur des expériences de prostitution en Thaïlande, a soulevé l'indignation. La nomination-élection, finalement avortée, du fils Jean Sarkozy à la tête de l'EPAD, ont achevé de les repères moraux voire politiques à droite. Les élus locaux pouvaient témoigner de la rage de leur électorat. Le Figaro, LE quotidien de Sarkofrance par excellence, a été pris en défaut par ses lecteurs dans des courriers et des commentaires outrés sur son site Web. En quelques semaines, Nicolas Sarkozy a été pris en défaut sur ses promesses d'ordre moral et de méritocratie.

Il fallait réagir.

Les faux débats d'Eric Besson
Vendredi dernier, Nicolas Sarkozy avait profité d'un déplacement dans le Val d'Oise pour apporter son commentaire personnel à l'expulsion de 3 Afghans par charter trois jours auparavant: "L'Etat n'a pas à s'excuser, l'Etat n'a pas à se culpabiliser parce qu'il fait respecter la loi, y compris les arrêtés de reconduite à la frontière. Nous ne changerons pas de cap car il n'y a pas d'intégration réussie sans immigration choisie."
Dimanche soir, Eric Besson avait les honneurs d'une émission sur RTL pour lancer son idée de débat: "il faut réaffirmer les valeurs de l'identité nationale et la fierté d'être français". Le ministre annonça alors l’ouverture d'une sorte de Grenelle de l'identité nationale, un "grand débat", dès le 2 novembre et jusqu'en février 2010, dans les préfectures et sous-préfectures, avec les "forces vives" du pays ("mouvements associatifs, enseignants, élèves et parents d’élèves de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur, organisations syndicales, représentants des chefs d’entreprises, élus locaux, représentants des anciens combattants et des associations patriotiques" aux dires du ministre). Ce débat devrait être structuré en deux parties: "identité nationale" et "apport de l'immigration à l'identité nationale". Un débat similaire était déjà prévu, avec l'Institut Montaigne, le 4 décembre prochain. François Rachline, son directeur, se réjouit de poursuivre l'exercice : "Le débat en lui-même est plus important que la réponse qu'on va y apporter. Les enjeux de cette concertation sont primordiaux: elle doit permettre de mieux comprendre l'autre et donc d'accepter la diversité, les spécificités de chacun. A terme, elle a pour objectif de faire baisser l'exclusion, d'améliorer l'égalité des chances et plus généralement le vivre-ensemble".

La "ficelle" est évidemment grosse. Nicolas Sarkozy avait déjà usé de cette tactique en 2007 en annonçant son projet de créer un ministère de l'identité nationale en cas d'élection, l'une des rares promesses tenues par l'ancien candidat parvenu au pouvoir. 30 mois plus tard, ce ministère existe pour ses rafles et ses expulsions.

Les priorités de Nicolas Sarkozy
Ce vacarme a succédé à une lettre commune de Nicolas Sarkozy et de Silvio Berlusconi contre l'immigration clandestine en Méditerranée. Les deux chefs d'Etat en appelaient à l'Europe pour définir des actions concrètes contre cette "pression sans précédant sur les frontières extérieures de l'Europe". Dans ce courrier, les deux présidents annoncent la couleur : il faut définir une position commune d'interception maritime, développer les vols groupés d'éloignement, et même créer un programme "Erasmus" pour les gardes-frontières.

Nicolas Sarkozy a ainsi défini ses trois priorités, pour reconquérir l'électorat à droite: immigration, sécurité, ruralité. Michèle Alliot-Marie profite du procès du pédophile Evrard pour relancer le sujet de la castration chimique. Eric Besson lance son débat sur l'identité française. Et Sarkozy parlera aux agriculteurs mardi.

Franck Louvrier, le conseiller en communication du président, confirme: "il y a une volonté du gouvernement d'appuyer l'action sur des sujets sur lesquels on sent qu'il peut y avoir une sorte de relâchement. Il faut que la bride soit tirée."

Débattre de l'échec de Besson ?
L'opposition pourrait préparer la riposte: la politique d'immigration du gouvernement est, suivant ses propres critères, un échec.
  • La politique du chiffre est un échec. Plus de la moitié des expulsés proviennent de Mayotte ou de pays nouvellement européens. Les polices de Sarkofrance ne trouvent pas suffisamment d'immigrés clandestins "modèles" à expulser. Eric Besson est obligé de racler les fonds de tiroir pour trouver des expulsables et de subventionner leurs retours à coups de millions d'euros: ainsi, les 3 Afghans renvoyés dans leur pays en guerre ont touché chacun 2000 euros d'aide au retour (alors qu'ils n'étaient pas volontaires), aux s'ajoutent les 2253 euros d'avions et 15 jours de nuités d'hôtels.
  • L'expulsion d'un clandestin coûte environ 33 000 euros : 13 000 euros pour le retenir dans un centre (à en croire la Cour des Comptes), et 20 000 euros pour l'expulsion elle-même.
  • La lutte contre les employeurs de travail clandestin est ridicule : de l'aveu même du ministère, 1500 contrôles seulement ont été effectués sur les 8 premiers mois de l'année.
  • Depuis février, et la publication d'un décret encourageant la délation des filières de passeurs, qui promet une régularisation aux sans-papiers qui dénonceront leur propre passeur, les résultats sont si maigres que le ministre ne les communiquent toujours pas.
  • La France est devenue un repoussoir pour les élites étrangères.
  • La politique de développement se résume à vendre quelques centrales à des dictateurs africains.
En matière d'insécurité, autre épouvantail électoral traditionnel, le bilan n'est pas non plus fameux. Sarkozy a masqué son échec par une boulimie législative. Mais l'opposition aurait tort de céder à cette tentation. Les vrais sujets ne manquent pas : les finances publiques sont désastreuses, le système fiscal est à bout de souffle d'injustices et aux autres niches, la solidarité nationale est en danger. La précarité progresse partout.

Nicolas Sarkozy veut maîtriser l'agenda pour masquer ses échecs.

Quand le Karachigate s'invite à l'Assemblée Nationale



Michèle Alliot-Marie répond aux questions d'un député socialiste : une enquête préliminaire a été ouverte, et "toutes les hypothèses sont ouvertes."

26 octobre 2009

Jean sarkozy, retour sur une affaire mal gérée.

En quelques jours, l'affaire fut pliée. La dernière tentative d'éteindre la polémique avait échoué. Frédéric lefebvre, fidèle à sa réputation de porte-flingue, s'était lâché au micro de RTL contre les médias et le Net. Ce fut insuffisant. Les sondages ont inquiété le Monarque et ses proches. Mercredi, la décision était prise. Jean Sarkozy ne briguera pas la présidence de l'EPAD. Jeudi soir, il l'annonce au journal de France 2, avec des termes prémachés par les communicants de l'Elysée.

Papa Sarkozy félicite son fiston. Humilié.
Nicolas Sarkozy a félicité son fils, vendredi, sur Facebook. Une sorte de réponse, par réseau social interposé, à cette déclaration filiale: «Est-ce que j'en ai parlé au Président? Non. Est-ce que j'en ai parlé à mon père? Oui.»

Papa Sarkozy a donc répondu au fiston : "Jean a fait preuve cette semaine de grandes qualités face à un choix difficile, dans un contexte qui dépassait largement sa seule personne. Il a pris une décision sage et courageuse. Je suis fier de lui. Il sait maintenant le travail qu’il lui reste... à accomplir. Je vous remercie pour votre soutien et vos commentaires éclairants."

En quelques heures, les ministres-courtisans étaient assommés, ridiculisés, éteints. Depuis 10 jours, ils répétaient, à l'exception de Rama Yade, les "éléments de langage", ces réponses de défense toutes prêtes concoctées par les communiquants de l'Elysée, avec l'aide de Christophe Lambert, le conseiller pubard du fiston Jean.

Vendredi matin, Jean-François Copé a concédé cet aveu, devant l'insistance des journalistes de France Inter : "oui, il y a eu des éléments de langage, parce que les phrases étaient un petit peu stéréotypées, ... oui... il faut comprendre... c'est le fils du président".



Jean Sarkozy sera président... de l'EPAD.
Le scenario élyséen a donc échoué... temporairement. Patrick Devedjan ne peut plus être président. L'Elysée avait enterré le projet de décret l'été dernier qui lui aurait permis de passer outre l'âge limite de 65 ans. Un haut fonctionnaire assurera l'intérim. Et dans 6 mois, Jean Sarkozy refera acte de candidature. On prend les paris ?




Nicolas Sarkozy se la coule douce

Le président travaille peu. On le sait depuis longtemps, à force de traquer la réalité de son agenda. Vendredi, il est rapidement parti au Cap Nègre, pour un week-end de repos. Quelle curiosité ! Le chantre du travailler plus a des horaires d'un salarié aux trente-cinq heures !
"Le président de la République et son épouse sont arrivés vendredi en début de soirée au Cap Nègre, près du Lavandou dans le V ar, pour y passer les vacances scolaires de la Toussaint. Le Falcone de la présidence qui les y a conduits a atterri sur la piste de l'aéroport de Hyéres -Toulon. Puis ils ont gagné par la route la propriété de la famille Bruni-Tadeschi où le couple présidentiel a pris l'habitude de s'installer pour les vacances. La voiture présidentielle suivie de son escorte de sécurité a franchi les grilles aux alentours de 20 h 30." (source: La Dépêche)
L'entourage du président a expliqué que le chef de l'Etat ferait des allers-retours depuis le Cap Nègre pendant les 15 jours qui viennent. Triste Sarkofrance ! Ces allers-retours seront financés par l'argent du contribuable. On imagine l'avion présidentiel, et les forces de sécurité mobilisées pour l'occasion. A peine rentré de 5 semaines de vacances estivales, Nicolas Sarkozy éprouve déjà le besoin de repartir, comme un petit écolier, pendant les vacances de la Toussaint. Juste avant de partir, le président français a, comme à son habitude avant chaque éclipse vacancière, fait publier une cascade de communiqués por divertir la presse: un message sur Facebook à propos de son fils; un communiqué pour révéler qu'il avait parlé avec Barack Obama et qu'ils avaient tous deux convenus de se rappeler (??), et un hommage à un historien disparu...

Dimanche, Mediapart révélait qu'un rapport de la Cour des Comptes épinglait le coût des 6 mois de Présidence française de l'Union Européenne. Du 1er juillet au 31 décembre 2008, Nicolas Sarkozy a fait dépenser quelques 171 millions d'euros au titre de ses déplacements et cérémonies européennes... Cela fait un million d'euros par jour. Que recouvrent ces sommes faramineuses ?
La Cour pointe ainsi une «programmation excessivement touffue» (489 manifestations, dont 9 sommets internationaux, 25 réunions interministérielles, 328 séminaires, des symposiums, etc.), «la multiplication et le coût parfois élevé des opérations», le caractère «parfois dérogatoire, voire irrégulier, des procédures suivies» pour distribuer les crédits, et «l'utilité publique variable» de toute cette machinerie.
La Cour relève que Chirac, en son temps, avait claqué 117 millions d'euros aux frais de l'Etat, et qu'Angela Merkel, pendant sa présidence européenne, a dépensé autant. La faute à la crise ? Pas sûr. La Cour des Comptes cite le sommet de l'Union pour la Méditerranée, les 13 et 14 juillet 2008, où 43 chefs d'Etat furent invités aux frais de la princesse républicaine : 16,6 millions d'euros pour cette seule manifestation, dont un million d'euros pour le dîner officiel («Il faut souligner que tous les aménagements en question ont été démontés dès le lendemain du sommet et n'ont pas été repris ou réutilisés par l'administration». «Cet exemple illustre le fait que les coûts importants générés par la présidence française l'auront été sans aucun retour sur investissement, s'agissant d'équipements publics»). Autre exemple, relevé par Mediapart, la participation imprévue aux Assises européennes de l'innovation présidée par Claude Allègre, en décembre 2008. Coût: plus de 700 000 euros. Sarkozy s'est même payé le luxe de commander un "logo" pour illustrer sa présidence française de l'Union Européenne, pour 60 000 euros, avec appel d'offres à la clé. Le narcissisme est coûteux en Sarkofrance.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

25 octobre 2009

La castration idéologique de la droite sarkozyenne


En quelques semaines, la droite sarkozyenne a été castrée. Il serait erronée de penser qu'elle a perdu tout espoir de gagner en 2012. Mais, sauf rebond, elle a perdu ses repères.

Trois principes déchus
Nicolas Sarkozy avait décomplexé son camp en mettant l'accent sur 3 principes : la sécurité, le travail, la morale. Sur ces trois principes, la droite a mal. La lutte contre l'insécurité bat de l'aile. L'électorat s'est rendu compte, faits divers et statistiques nationales à l'appui, que le bilan de Nicolas Sarkozy n'était finalement pas si bon que cela. Bien au contraire. Les violences physiques progressent quasiment sans interruption depuis 2002. Il a fallu attendre 2008 pour réaliser cette évidence. L'incontinence législative de Nicolas Sarkozy en la matière ne convainc plus. Côté travail, la crise a eu raison du mythe du "travailler plus pour gagner plus". La défiscalisation des heures supplémentaires n'a rien donné. Christine Lagarde a dû reconnaître que les défiscalisations étaient finalement modestes, lors de la présentation du budget 2010. Et la confiscation du pouvoir au profit d'un homme et de quelques uns, comme le rappelle l'un des directeurs de Marianne (ci-dessous) fut le coup de grâce. Elle met à mal les grandes déclarations sarkozyenne sur le mérite et l'effort. En matière de morale, l'affaire Mitterrand comme celle de Jean Sarkozy ont cassé l'espoir.

Xavier Bertrand, lundi dernier, s'est inquiété des états d'âmes de sa majorité. Il a raison.




La droite complexée.

En deux ans, et très rapidement, Nicolas Sarkozy a donc ruiné 5 ans de travail idéologique. Que reste-t-il ? Le soutien d'un homme, une forme d'idôlatrie d'un autre siècle, un croisement entre une vénération de type nord-coréenne (rappelez-vous les déclarations de Christian Estrosi sur la visite de Sarkozy à Gandrange) et une application scolaire à répéter les messages écrits dans les bureau de l'Elysée. L'effet amplificateur des médias et du Web rend ridicules ces démarches de fan-clubs. A droite, il n'y a pas d'autres relais. Les constructions idéologiques d'un Guaino ne portent plus, tant elles sont démenties, les unes après les autres, par les faits ou les actes.

Idéologiquement, la droite française est castrée.



Gandrange, ou comment tourner la page



24 octobre 2009

129ème semaine de Sarkofrance : les vraies polémiques


Cette semaine, la 129ème depuis l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, les supporteurs du Président ont lancé une charge facile contre les médias et le Net. Il paraît qu'on ne parle pas des vrais sujets.

Immigration
Eric Besson pensait avoir trouvé la formule gagnante : jouer au naïf. Élève appliqué de son maître Nicolas, le traître-transfuge de Sarkofrance a expliqué dans les colonnes de Libération qu'il fait la même politique que Jean-Pierre Chévènement et Daniel Vaillant en leurs temps. Mais son "Sarko-mimétisme" est en train de le perdre. Peu apprécié à droite, détesté à gauche, Eric Besson souffre. Mardi, en catimini, à minuit à Roissy, 3 Afghans clandestins ont été expulsés par avion vers leur pays d'origine. Expulser des sans-papiers vers un pays en guerre ne pose aucun souci éthique à Eric Besson. Le Nord du pays est occupé, tant bien que mal, par une coalition internationale conduite par les Etats Unis, et le Sud est à feu et à sang. Mais Eric Besson a eu des "garanties". En fait, cette expulsion est également inefficace : ces 3 Afghans reviendront dès qu'ils le pourront. S'ils ne sont pas tués avant. Eric Besson a eu l'audace d'expliquer que ces Afghans étaient reconduits vers des zones "sécurisées" d'Afghanistan. Le pauvre ministre n'a même pas pris la peine de lire les consignes du Quai d'Orsay à l'égard des touristes français : "La rébellion a étendu ses actions en province dans de nombreux districts du sud et de l’est du pays ainsi que dans ceux limitrophes de Kaboul." Un scandale n'arrivant jamais seul, une autre affaire éclabousse le ministre : mercredi, une jeune Congolaise de 19 ans n'est jamais arrivée à son lycée technique : elle a été arrêtée et renvoyée directement au Congo. La Préfecture de Police de Paris explique qu'elle était "volontaire". Sa maman ne le savait pas, et n'a pas été prévenue. La jeune fille s'est précipitée au Consulat de France à Brazzaville pour demander son rapatriement.
Ces expulsions sont à la mesure de la politique d'immigration de Sarkofrance : indignes et inefficaces. Eric Besson a toutes les peines du monde à trouver suffisamment d'immigrés clandestins à expulser. Et le traitement de ces "éloignements" atteint un coût prohibitif. Qui peut raisonnablement croire qu'une demi-douzaine de milliers de sans-papiers pose problème à la cohésion nationale ?

Insécurité
Le bilan de Nicolas Sarkozy en matière de lutte contre l'insécurité est mauvais. Et ce depuis 2002. Il a fallu attendre quelques mois après l'élection de 2007 pour que la vérité éclate. Sarkozy, ministre de l'intérieur, peut remercier les constructeurs d'alarme car seules les atteintes aux bien diminuent réellement. Les violences aux personnes ne cessent d'augmenter, malgré la boulimie législative du ministre devenu président. Brice Hortefeux, aux manettes des polices du pays depuis peu, tente de faire son trou, mais il a dû reconnaître des "failles", jeudi soir sur France 2. L'ami de 30 ans du Président tente de répondre à chaque fait divers par un nouveau gadget. Il s'est ainsi saisi du prétexte de dérapages violents de quelques marginaux lors d'une manifestation contre un transfert de prisonniers il y a 10 jours à Poitiers pour faire publier deux décrets, dimanche dernier. Deux fichiers issus du controversé "Edvige" furent ainsi créés un dimanche d'octobre, sans débat ni explication. Certains députés, y compris à droite, sont furieux. La Commission des Lois de l'Assemblée venait d'adopter un texte à l'unanimité prévoyant que les fichiers de police ne pourraient être créés "que par la loi". Hortefeux leur grille la politesse.
Mercredi, le ministre s'est aussi permis de porter plainte contre un avocat, pour "injure envers la police". L'avocat ne nie pas sa déclaration, mais rappelle qu'elle n'était qu'une "boutade" prononcée dans un cercle privé. Qu'un ministre responsable, il y a un mois, d'une plaisanterie publique jugée raciste s'attaque à ainsi à la blague douteuse d'un avocat a quelque chose de tristement cocasse.

Fiscalité
Jeudi, le gouvernement et les députés UMP sont parvenus à un accord sur la taxe professionnelle. Le gouvernement a dû lâcher de belles concessions au Medef: l'UMP a accepté d'exonérer les entreprises réalisant moins de 500.000 euros de chiffre d'affaires des "contributions" de remplacement.
Les discussions furent houleuses, et ce n'est pas fini. La politique fiscale du gouvernement fait débat. Plus nombreux sont les parlementaires de droite à fustiger les choix inconséquents du gouvernement. Sarkozy s'accorche à son symbole, le bouclier fiscal. Tels des lapins Duracel, ses proches répètent à l'envie qu'on ne devrait pas être taxé pour plus de 50% de ses revenus du travail. Sauf que l'argument est faux. Le taux marginal de l'impôt sur les revenus du travail n'excède pas 40%. Le bouclier fiscal n'est là que pour protéger les rentiers. Autre sujet, la commission des finances de l'Assemblée a proposé une surtaxation des profits bancaires de 10%. La mesure rapporterait 2 milliards d'euros. Vendredi, l'amendement a été adopté... par erreur. Le gouvernement est contre, mais un député-godillot, Jean-François Lamour, s'est trompé de bouton pour voter ! Savez vous seulement quel est le taux réel d'imposition des grandes banques françaises ? Autour de 15%... bien loin des 33% du taux normal de l'impôt sur les sociétés, grâce à tous ces paradis et autres niches fiscales qui allègent la facture de solidarité.

Plus discrètes ont été les tentatives de Christine Lagarde pour faire adapter la réglementation française à la finance islamique. L'argent n'a pas d'odeur, ni de voile.

Justice
Le procès Clearstream est terminé. Comme l'a constaté Dominique de Villepin, il a bel et bien été "accroché à un croc de boucher", comme l'avait promis Nicolas Sarkozy dès 2004. Mardi, le parquet, c'est-à-dire le ministère public, a requis 18 mois de prison avec sursis contre l'ancien premier ministre, pour "silence coupable". Un motif que la (rare) jurisprudence retient habituellement pour des troubles de voisinage... L'un des avocats de Villepin a expliqué mercredi que, pour Sarkozy, "le mobile suffit en soi, c'est la preuve de la culpabilité. C'est un dossier qu'on a construit à rebours, en partant du mobile." Un mois d'audiences a certainement montré que Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy savaient que les listings étaient trafiqués. On a même eu la confirmation que des proches de Sarkozy ont approché Imad Lahoud, aujourd'hui accusé d'avoir trafiquer les listings.
Deux poids, deux mesures : l'affaire du Karachigate ne suscite bizarrement pas le même emballement médiatique. Le pouvoir tente de contenir l'affaire. Il a fallu trois mois pour lever le secret défense, et découvrir, par l'intermédiaire des juges, que les deux pistes évoquées au printemps dernier n'étaient pas si grotesques que cela : l'attentat qui a coûté la vie à 11 ingénieurs français en mai 2002 pourrait avoir été organisé par des militaires pakistanais, mécontents de n'avoir pas touché l'intégralité de leurs commissions corruptives versées en marge de l'achat de 3 sous-marins Français au gouvernement Balladur. Et le soupçon de rétrocommissions en faveurs de politiques français fait à nouveau surface.

Éthique
Lundi, Frédéric Lefebvre a sonné la charge contre les médias. Sans complexe, le porte-flingue de Sarkofrance a fustigé une pseudo-tentative collective de déstabilisation contre le chef de l'Etat. C'était le dernier contre-feu trouvé par les communicants de l'Elysée pour éteindre la polémique née de la nomination annoncée du Prince Jean à la tête de l'EPAD. Depuis 10 jours, trois conseillers du Président, Patrick Buisson, Christophe Lambert et Franck Louvrier, préparent les "éléments de langage" que les ministres de Sarkofrance et les responsables de l'UMP doivent régurgiter en public pour défendre le Prince Jean. Ces gars ne mesurent pas le ridicule de leur situation. Grâce au Net, et quelques médias encore indépendants, ces arguments pré-mâchés sont repris, compilés, et raillés en boucle. Bertrand, Copé, Lagarde, Lefebvre, Darcos, Kouchner et consorts paraissent tels des clones mimétiques de la parole du Monarque élyséen. La Présidence n'a pas mesuré combien cette minable affaire de népotisme allait faire des dégâts jusque dans les rangs de l'électorat UMPiste. Frédéric Lefebvre aurait dû critiquer les milliers de sympathisants de droite et/ou lecteurs du Figaro qui se sont lâchés contre l'affaire. Lefebvre aurait également dû critiquer la presse internationale. Si, à l'instar de son monarque, il ne sait pas lire l'anglais, qu'il feuillette Courrier International : "Avec Sarkozy, tout est vraiment possible" raille un quotidien canadien. Un journaliste colombien compare Sarkozy au président Uribe. Le Corriere della Sera compare Jean Sarkozy à Karim Wade, le fils du président sénégalais, Ali Bongo, le fiston du dictateur gabonais Omar, et Joseph Kabila, fils de Laurent Désiré au Congo. A l'étranger, on parle ploutocratie, dynastie, népotisme, et "prince sans rire".
Mercredi, Papa Nicolas et Fiston Jean se sont retrouvés à l'Elysée. Le monarque s'inquiète. Buisson lui explique que les intentions de vote en faveur du Front National remontent. Jeudi soir, le fiston annonce sur France 2 qu'il abandonne. Il se prend presque pour Guy Mocquet. Ce n'est que partie remise. Papa Nicolas le félicite dès le lendemain sur sa page Facebook. L'affaire est-elle close ?

Bouclier électoral
Le gouvernement est resté discret : l’un des progrès démocratiques de la réforme constitutionnelle de juillet 2008 ne verra pas le jour pour le moment. Mardi 20 octobre, 259 députés UMP et Nouveau Centre ont rejeté une proposition socialiste qui déclarait urgente « la mise en œuvre de la réforme de l’article 11 de la Constitution par l’adoption des dispositions organiques sans lesquelles cette réforme resterait sans objet. » Dans le camp sarkozyen, l’intervention du président devant le parlement réunie en Congrès, une autre des modifications constitutionnelles adoptées en juillet 2008, était urgente. L’organisation de référendum sous la double initiative parlementaire et populaire ne l’est pas. Deux poids, deux mesures.

Mardi 20 octobre, l’Assemblée a également examiné le projet de redécoupage des circonscriptions électorales, concocté par Alain Marleix ; et Nicolas Sarkozy a présenté sa réforme des collectivités territoriales. Deux projets qui consolident le parti majoritaire. Le premier, on l’a déjà écrit et commenté, se fait principalement aux détriments de circonscriptions aujourd’hui à gauche. Bizarrement, le critère démographique semble oublié, puisque, « sur l’ensemble du territoire métropolitain, les moyennes départementales varient du simple au double » comme le rappelait le député communiste Jean-Paul Lecoq. Même à droite, certains grincent, comme le député Nouveau Centre Yvan Lachaud, qui regrette que « le Gouvernement a donc ponctuellement fait le choix de s’écarter des propositions de la commission Guéna ».

Le second projet remet en cause une partie de la décentralisation, sous prétexte d’une simplification des structures qui reste somme toute marginale. La réforme comporte trois points : les régions et les départements demeurent, mais le cumul des mandats est institutionnalisé. Un même conseiller, dénommé « territorial » siègera aux deux niveaux. Le mode de scrutin retenu, uninominal à un tour (sauf pour 20% des sièges, calculés à l’échelon national), garantira au parti parvenu en tête de rafler la mise. Du jamais vu dans notre démocratie depuis plus de 30 ans.

Immigration, fiscalité, démocratie, insécurité ou justice, les vrais sujets ne manquent pas.

Ami Sarkozyste, où es-tu ?


Qui expulsera Eric Besson ?


Le ministre de l'identité Nationale n'avait pas besoin de cela. Il cherchait la lumière, il récolte quelques flashes de paparazzi et deux scandales.

Nous laisserons aux lecteurs de Voici le (dé)déplaisir de contempler quelques trash-photos volées d'un ministre de l'identité nationale et sa nouvelle compagne de 29 ans sa cadette. Qu'importe pour le débat politique. Les deux véritables polémiques sont ailleurs. Eric Besson s'est planté, cette semaine, en justifiant la sécurité des 3 Afghans expulsés par avion vers leur pays en guerre. Besson n'a pas vérifier les consignes de sécurité aux voyageurs français prodiguées par le ministère des affaires étrangères. Le ridicule ne tuant plus, il fallait également rester sérieux en lisant la description de l'accueil sur place réservée aux expulsés : emmenés en voiture de l'ambassade de France, ils furent emmenés dans un hôtel. Il seront logés 15 jours à Kaboul au frais de l'Etat. Après les 2253 euros de voyage par personne, voici les nuités à l'hotel. Eric Besson s'est transformé en tour-opérateur !! Le ministre a même pris soin, pour éteindre un peu plus les critiques, de verser les 2000 euros d'aide au retour volontaire, alors que ces trois expulsés ne sont pas ... volontaires !

Mais ce n'est pas tout. On apprenait vendredi qu'une lycéenne de 19 ans, Congolaise et sans-papier, fut expulsée, cartable au dos, entre son domicile et son établissement scolaire situé dans le 10ème arrondissement de Paris.

La préfecture explique qu'elle était volontaire: "Elle avait fait un dossier de demande d'asile. Elle avait un rendez-vous le 9 octobre qu'elle n'a pas honoré. Parallèlement, elle a fait des démarches auprès de l'Office français de l'intégration et de l'immigration pour bénéficier du dispositif d'aide au retour volontaire et donc, de son propre chef, elle a pris un avion le 21 octobre".

La jeune fille, à peine arrivée au Congo, est allé au Consulat pour demander son rapatriement.

Sa mère n'a pas été prévenue.

Qui expulsera Eric Besson des bancs de la représentation nationale ?

23 octobre 2009

Banques et fiscalité : on ne change rien, ou si peu

En France comme ailleurs, les banques vont mieux, beaucoup mieux. Certains s'inquiètent de l'absence de régulation profonde du secteur, malgré les affres qu'a subi la finance mondiale il y a à peine un an. Et bizarrement, le gouvernement français apparaît sacrément en retrait.

Pas de surtaxation des banques
Lundi 19 octobre, Christine Lagarde a expliqué qu'elle souhaitait que les banques françaises financent leur régulation. La ministre, comme le gouvernement Sarkozy, refuse de surtaxer les profits bancaires: "Il n'est pas question de prendre une mesure à caractère national qui plomberait le système bancaire français" a répondu la ministre. Pourtant, sa propre majorité y est favorable. Un amendement a été voté par la commission des Finances la semaine dernière, qui relève de 10 % l'imposition des bénéfices des banques. Cette proposition a même reçu le soutien de 5 députés de la majorité : Chantal Brunel (Seine-et-Marne), Camille de Roca Serra (Corse du Sud), Jean-François Lamour (Paris), Jean-Yves Cousin (Calvados) et Philippe Viguier (Nouveau centre).

Cette taxe pourrait rapporter un à deux milliards d’euros. Pour expliquer son refus, le gouvernement justifie que le nombre de banques bénéficiaires serait faible (« ce sera le cas de peu de banques en 2009 » a déclaré Hervé Novelli mardi 20 octobre), et que, de surcroît, il propose déjà une autre taxation nouvelle des banques, destinée à financer l’autorité de contrôle du secteur bancaire.

Au Royaume Uni comme en Belgique, une telle surtaxation est proposée par les gouvernements en place. Aux Etats Unis, les principales banques du pays devraient afficher quelques 437 milliards de dollars de profits cette année. En farnce, BNP Paribas a déjà dégagé 2 milliards d'euros de bénéfices au premier semestre (contre 3 sur l'ensemble de l'année 2008). Partout dans le monde, les établissement sfinanciers profitent de l'envolée des dettes publiques et privées, sur lesquelles elles touchent commissions et agios. Les analystes estiment ainsi, selon le Canard Enchaîné du 21 octobre, que la BNP devrait généré 18 milliards d'euros de marge sur prêts en 2009 (contre 13 milliards en 2008), et la Société Générale 12 milliards d'euros (contre 8 l'an passé). Le monde (capitaliste) est ainsi fait. Les Etats et les ménages s'endettent, les banques prêtent, les contribuables remboursent. Pire, ces grandes banques ne payent même pas l'impôt sur les sociétés à 33%, grâce à leurs stratégies d'optimisation fiscale. Ainsi, en 2008, la BNP n'a réglé que 14% d'impôt sur ses bénéfices.

La fenêtre de la régulation est-elle en passe de se refermer ? Les filiales exotiques de nos banques nationales font débat. Ces dernières se sont engagées à les fermer. mais l'opacité reste de mise. Un député européen d'Europe Ecologie a proposé que les banques françaises acceptent au moins d'établir un reporting de leur activité pays par pays : chiffre d'affaires, employés, bénéfices, et ... impôts payés sur place. Une mesure qui ne coûte rien et qui permettra de juger.

Bouclier fiscal... bientôt percé ?
La politique fiscale du gouvernement suscite quelques remous dans les rangs de la droite. Le bouclier fiscal pourrait finir percer. Sarkozy, lors de son déplacement mardi à Saint-Dizier, a rappelé avec force que c’était pour lui un « principe » duquel il ne saurait déroger. Xavier Bertrand avait renchérit le même jour qu’on ne pouvait exiger d’un Français que plus de 50% des revenus de son travail soient taxés. M. Bertrand ment, et il le sait. Mardi 20 octobre à l’Assemblée Nationale, le socialiste Michel Sapin a rappelé quelques évidences niées par le discours sarkozyste : « Tous les Français doivent savoir ce qu’est le bouclier fiscal. Ce n’est pas un outil qui protégerait les revenus du travail : il n’y a pas de revenus du travail qui puisse être imposé à plus de 40 %. Ce n’est pas non plus un outil qui protège les revenus des épargnants puisque, comme tout revenu, ceux-ci ne peuvent pas être imposés à plus de 40 %. » (...) « Pire encore, le bouclier fiscal concerne la CRDS et la CSG, c’est-à-dire les cotisations de solidarité payées par tous, sauf par les plus fortunés des Français ». Le bouclier fiscal protège en fait les revenus du patrimoine, on est bien loin de l’image d’Epinal véhiculée par les ministres de Nicolas Sarkozy.


Sarkozy, les fonctionnaires et les charges...
par politistution