1 octobre 2009

Juges indépendants, vous avez dit indépendants ?


Mercredi, Dominique de Villepin était interrogé au tribunal. Depuis le début du procès de l'affaire Clearstream, il est enfin parvenu à présenter cette instruction comme une vengeance politique. Et Sarkozy est tombé dans le panneau. Depuis, les proches du président n'ont d'autre solution que de s'arrimer à l'indépendance de la justice pour plaider "l'innocence" de leur Monarque... ironie de l'histoire. La situation est cocasse. A quelques mois de la suppression annoncée du juge d'instruction, voici donc la Sarkofrance toute entière accrochée à l'indépendance des juges.

Clearstream, et ses obscurs rebondissements
Le feuilleton continue, pour le plus grand plaisir des chroniqueurs judiciaires et politiques. Le faux lapsus présidentiel, mercredi 23 septembre, où Sarkozy qualifiait de "coupables" tous les prévenus de l'affaire, avait secoué jusqu'aux rangs du camp UMP. Vendredi, Dominique de Villepin a assigné Nicolas Sarkozy pour violation de la présomption d'innocence. Un huissier s'est donc présenté lundi à l'Elysée, pour y délivrer à "Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, président de la République, demeurant Palais de l'Elysée, 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008 Paris" une assignation à comparaître devant le tribunal de grande instance de Paris. Le Monarque ne pouvant être jugé tant il est président, cette plainte l'attendra sagement jusqu'à la fin de son mandat.

L'affaire se retourne
Plus le procès avance, plus le public en apprend de belles... Ainsi, la semaine dernière, Imad Lahoud a réaffirmé qu'il connaissait Dominique de Villepin. Il l'avait déjà dit dans le passé. Villepin nie toujours. Le lien entre les deux hommes est ténu: Lahoud était voisin et proche de la belle-soeur de Dominique de Villepin. "J’ai connu Dominique de Villepin par l’intermédiaire de sa belle-soeur Delphine et son beau-frère Michel" a-t-il admis à la barre. Lundi, Edwy Plenel, qui est également partie civile, a donné son interprétation de l'affaire: s'il ne sait pas pourquoi son nom s'est retrouvé dans ces listings truqués, il est convaincu que Dominique de Villepin n'est pour rien dans l'affaire. Mercredi 30 septembre, ce fut au tour de l'ancien premier ministre d'être écouté à l'audience: "A aucun moment le nom de Nicolas Sarkozy ou un de ses patronymes n'a été évoqué". Il dégage aussi la responsabilité de Jacques Chirac. Et affirme que "L'affaire aurait pu s'arrêter le 25 mars, elle aurait dû s'arrêter le 25 mars", date à laquelle Imad Lahoud a été (malheureusement ?) libéré d'une garde à vue. Il avait réussi à faire croire qu'il savait comment trouver Ossama Ben Laden. A trop vivre dans le secret, certains barbouzes en deviennent pitoyables de crédulité.

Parallèlement, il est acquis qu'Imad Lahoud a fréquenté des proches de ... Nicolas Sarkozy. L'informaticien était visiblement bien introduit. Le JDD a révélé qu'un rapport policier faisait état de rencontres en 2004 et 2005 entre Imad Lahoud et François Pérol (ancien conseiller économique du président, et à l'époque directeur-adjoint du cabinet du ministre de l'Economie... Nicolas Sarkozy). "François est un excellent ami" a déclaré Lahoud à l'audience. Les deux hommes ont déjeuné 14 fois ensemble entre 2004 et 2005. Nathalie Kosciusko-Morizet a également rencontré avec Lahoud, par l'intermédiaire de son mari qui travaillait chez EADS. Et l'épouse de Lahoud était, en 2005, la chef de cabinet d'Eric Woerth, l'actuel ministre du budget...

Mercredi, Dominique de Villepin a contesté, point par point, toutes les accusations portées contre lui, et attaqué à nouveau Sarkozy : "Il a mis en cause le président Chirac et moi-même auprès de nombreux journalistes, très précisément. Il a menacé des hauts fonctionnaires, comme Yves Bertrand et Philippe Massoni. Ce dossier a été construit de manière unilatérale, pour les intérêts d'une seule partie civile, qui veut se faire justice elle-même. L'instruction a été faussée. Cette confiscation n'a été possible que parce qu'il y a eu un gel du dossier : personne ne voulait s'en mêler. L'Intérieur s'est retrouvé seul avec la DST, j'ai pris le risque de mener l'enquête à son terme. Mes gardes des Sceaux successifs m'ont parlé de harcèlement à leur égard. Quand Nicolas Sarkozy prononce le mot “Clearstream”, sa physionomie change. Il y a de sa part un acharnement à détruire un adversaire politique".

Et le Karachigate ?
Que font les juges ? Il y a 4 mois, Hervé Morin promettait la levée du secret défense d'ici septembre pour permettre aux deux magistrats en charge de l'instruction de vérifier quels ont été les éventuels bénéficiaires de commissions occultes lors de la vente de 3 sous-marins français au Pakistan en 1994, quand Edouard Balladur était premier ministre et Nicolas Sarkozy son ministre du budget. Nous sommes le 29 septembre. Les services de la Défense ont eu 3 mois pour faire le ménage. Les services de la Défense ont eu trois mois pour faire le ménage... Les juges indépendants peuvent travailler.

Les juges sont "i-n-d-é-p-e-n-d-a-n-t-s". Avez vous bien compris ?


2 commentaires:

  1. Juan,

    Comme d'habitude, bravo à toi de ne pas lâcher le morceau.

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  2. J'ajouterai à : "L'épouse d'Imad Lahoud était, en 2005,le chef de cabinet d'Eric Woerth, l'actuel ministre du budget."
    et que son beau-père, François HEILBRONNER a été chef de cabinet de Jacques Chirac.
    En 1997, F. HEILBRONNER et son gendre Imad LAHOUD ont créé, ensemble, un fond spéculatif.
    Quant à "la droite qui nous serine, à l'envi" l'expression juges indépendants, c'est un pléonasme. Le juge est indépendant.

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