14 octobre 2009

Le piston de Jean éclipse la réforme de Nicolas (Sarkozy)


"Faites ce que je dis, pas ce que je fais." Telle semble être la maxime de Nicolas Sarkozy depuis mai 2007 en matière de gouvernance et d'éthique. Mardi 13 octobre, le Monarque a présenté et défendu "sa" réforme du lycée. Où il est question de mettre fin aux privilèges de naissance... Son fils, le Prince Jean, continue de faire la une de l'actualité, grâce à son pistonnage annoncé à la tête de l'aménagement du quartier de la Défense. La Sarkofrance a mal à l'éthique. Les Sarkozy ont-ils perdu la maîtrise de l'agenda politique ?

Au lycée, orientation et... réduction des horaires
En janvier, il avait dû renoncer, effrayé par la mobilisation d’élèves, de parents et d’enseignants. Xavier Darcos, alors ministre de l'Education Nationale, souhaitait avant tout réduire les cours obligatoires. En juin dernier, Richard Descoings, le directeur de Sciences Po, mandaté par Sarkozy pour éteindre l'incendie et engager une "véritable" concertation, avait livré ses conclusions de 4 mois de tournée, site Web à l'appui. Descoings avait donc livré des conclusions plus optimistes et volontaristes, un catalogue à la Prévert, souvent très juste, qui proposait de favoriser l'autonomie des élèves, d'accompagner leur orientation en intégrant davantage le monde professionnel, de rééquilibrer les filières, et de rénover les enseignements en revalorisant notamment les activités extra-scolaires.

Mardi, Nicolas Sarkozy a repris quelques exemples, et confirmé, discrètement, l'essentiel: les profs seront réaffectés, et les heures obligatoires réduites. En Sarkofrance, on n'a pas de moyens supplémentaires pour améliorer l'éducation de nos enfants. Elle coûte bien assez chère, n'est-ce-pas ?

Sans surprise, la presse ne retient les aspects positifs de la réforme : reconnaissance du "droit à l’erreur" (avec changement de filière en cours de cursus), revalorisation des filières technologiques et littéraires, création de deux heures de soutien hebdomadaire pour les élèves en difficultés (tiens, comme en primaire ?), et annonce d'un "plan d’urgence" pour les langues étrangères. Quelques médias ont retenu l'important : la réforme se fera à moyens constants (pas de réduction de postes d’enseignants), mais une réduction du nombre d’heures de cours).

Mardi, Nicolas Sarkozy a tenté de récupérer les belles conclusions de Richard Descoings : « Pourquoi les lycéens n’entendent plus le mot orientation ? » s'est-il exclamé. Dilettante, il a malheureusement mal potassé son sujet. Ainsi explique-t-il trop rapidement que les redoublements au lycée seraient la règle et non l'exception. Pour les éviter, les lycéens pourront prochainement bénéficier de "stages de remise à niveau", voire de changer de filière en cours d'année à la faveur de "stages passerelles", sur décision du conseil de classe. Qui paiera ces stages ? Qui les organisera ? On ne sait pas. Bravache, il clame : "Nous allons casser une bonne fois pour toutes cette hiérarchie implicite des voies et des séries qui mine le lycée républicain". Comment ? En "musclant" la filière technologique afin qu'elle débouche "sur des métiers d'ingénieurs et de techniciens supérieurs". Pour ce, les programmes seront changés, et des places seront "réservées" dans les BTS et IUT et, surtout, les classes préparatoires aux écoles d'ingénieurs. Pour les filières littéraires, Sarkozy propose d'ajouter des cours de langues afin de les transformer en "une véritable série internationale". Lui qui parle à peine l'anglais exige que les élèves deviennent bilingues, voire trilingues: "J'annonce aujourd'hui le lancement d'un plan d'urgence pour les langues vivantes étrangères au lycée". Il faudrait "multiplier les contacts avec des locuteurs natifs, via le développement des visioconférences et l'augmentation du nombre d'assistants de langues" et "fortement encourager les voyages linguistiques".) Volontariste, Sarkozy propose de créer deux heures de soutien scolaires (pour les élèves de seconde dès la rentrée de septembre 2010, pour ceux de première en 2011, pour ceux de terminale en 2012).
Quels seront les moyens dédiés à ces ambitions ? Rien n'est clair, à une exception : tout se fera "à moyens constants". On prendra aux uns pour financer les autres.

Sarkozy a lancé quelques gadgets : "J'ai demandé à France Télévisions de développer une plate-forme internet de vidéo en ligne accessible à tous les établissements le plus rapidement possible". La télévision d'Etat au service de l'Education. Sait-il seulement que France Télévision, via France 5, le fait déjà ?

Finalement, on retiendra surtout que Nicolas Sarkozy, mardi, a fait l’apologie du mérite et « la fin des privilèges de la naissance ». "C’est de l’école dont sortiront les élites, pas de la naissance".
'Désormais ce qui compte en France pour réussir ce n'est plus d'être "bien né", c'est d'avoir travaillé dur et d'avoir fait la preuve, par ses études de la valeur'"
"Principe de justice, mais aussi, en même temps, principe d'efficacité : car quel
meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités"
Evidemment, le Prince Jean, englué dans une belle polémique, n’était pas concerné par les promesses de son papa de président… Mardi, on a surtout parlé de "Jean", et très peu de "Nicolas".

Jean Sarkozy partout
Nicolas Sarkozy est fort marri de la polémique qui a embrasé le Net, puis les politiques et la presse, sur la prochaine nomination de son fils à la tête de l'EPAD. L'Elysée a préparé en urgence un argumentaire de défense, rapidement servi dès lundi soir, puis mardi sur toutes les ondes, par François Fillon (RTL), Luc Chatel (RMC), Henri Guaino (RMC encore), Jean-François Copé (CANAL+ puis Europe 1), Valérie Pécresse (France Info): primo, Jean Sarkozy a été élu; deuxio, il n'a pas moins de droits que quiconque. Le message est martelé, uniforme.

Même à l'UMP, la future nomination fait grincer des dents. Surtout, la défense présidentielle tourne court: Jean Sarkozy a été élu à Neuilly-sur-Seine (1) sans primaire à droite, et (2) dans une circonscription protégée. Il a été élu à la tête de son groupe UMP au Conseil Général des Hauts-de-Seine sans rival, parce que l'Elysée a demandé à chacun de voter. Il sera nommé administrateur de l'EPAD parce que Hervé Marseille, maire (Nouveau Centre) de Meudon, a accepté d'en démissionner en échange d'un poste au Conseil Économique et Social. M. Marseille se justifie: "Il se trouvait que depuis un certain temps, Jean Sarkozy était candidat. Il est élu du périmètre et préside le groupe. On en a parlé entre nous et, en responsabilité, j'ai pensé qu'il me revenait de laisser mon siège pour qu'ils puissent siéger à deux" (...) "L'UMP, majoritaire, a présenté un candidat, Jean Sarkozy. J'ai dit OK. On s'est mis d'accord entre nous sans voter".

"Sans voter".

Même les fidèles soutiens du Président et de son fils commettent d'involontaires et truculents lapsus...

A l'Elysée, on s'inquiète. Nicolas Sarkozy ne maîtrise plus l'agenda politique. Hortefeux, Polanski, Mitterrand et maintenant le Prince Jean, les polémiques se succèdent et éclipsent le programme de communication présidentielle... Selon ses proches, le Monarque «s'estime à nouveau la cible des médias». Pauvre bichou !

Ami Sarkozyste, viens à son aide !

2 commentaires:

  1. Toujours complet et précis, Juan!
    Peut-être qu'à la fin, les Français vont finir par s'écœurer pour de bon de la famille régnante?

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