8 octobre 2009

Mensonges en Sarkofrance

Ce jeudi, Nicolas Sarkozy se rend en Lorraine. Il ne s'arrêtera pas à Gandrange , effrayé qu'il est des manifestations d'hostilité qu'une telle visite pourrait susciter dans une région où ses promesses de sauvegarde de l'usine d'Arcelor-Mittal et de revenir en personne sur le site n'ont pas été tenues. Côté mensonges et manipulations, la journée d'hier a d'ailleurs été riche en révélations.

Karachigate, Sarkozy impliqué ? Ben oui !
Qui en doutait ? Bakchich, dans sa version papier publiée mercredi, publie quelques extraits des cahiers de Gérard-Philippe Menayas, l'ancien directeur financier de la Direction des Constructions Navales Internationales (DCNI). La DCNI était le fabriquant des frégates de Taïwan et autres sous-marins vendus au Pakistan. Dans les cahiers de cet observateur de l'intérieur, on peut lire plusieurs points troublants. Bakchich prend soin de préciser que ces notes sont contestées par la Direction Centrale de la Police Judiciaire. Elles ont été saisies par les deux juges en charge d'une instruction sur la DCN . Il y a un an déjà, Mediapart avait pu consulter ces notes, et révélait que les deux juges disposaient d'informations émanant de Menayas qui impliquaient Nicolas Sarkozy (et pas que lui) :

"Le document le plus explosif entre les mains des deux magistrats parisiens est un mémorandum du 29 avril 2008 signé de l'ancien directeur financier et administratif de la DCN, Gérard-Philippe Menayas. Ce haut fonctionnaire, passé par la direction du Trésor et le groupe Renault dans les années 1970 et 1980, y met à nu la corruption d'Etat organisée, validée et assumée par la France à la faveur de ses principaux contrats de vente d'armes à l'étranger. Le document, dont Mediapart a pu prendre connaissance dans son intégralité, est long de dix-sept pages. Il est conforté – notamment – par une série de notes, saisies par les enquêteurs, émanant des sociétés Heine et Eurolux qui avaient été mandatées par la DCN pour effectuer des «missions» de renseignement parfaitement illégales (surveillance de magistrats, entrisme dans les ministères sensibles, achat d'informations confidentielles, etc.), dont certaines ont été évoquées par Le Monde.fr le 10 septembre."

Cette fois-ci, Bakchich publie plusieurs informations, qui précisent les soupçons :

1. Différents responsables de droite (Edouard Balladur, Charles Pasqua) comme de gauche (Elizabeth Guiguou, Jean-Yves Le Drian) auraient bénéficié de rétro-commissions dans l'affaire des frégates. Selon Bakchich, Menayas révèle aussi que Sarkozy serait impliqué. Ainsi, Menayas écrit que "les autorités luxembourgeoises auraient découvert que NS (Nicolas Sarkozy) aurait été intéressé à SW2 (le contrat de vente de frégates à l'Arabie Saoudite) avec le concours de Nicolas Bazire, voire de JL Lagardère, dont il a fréquenté les haras..."

2. Ensuite, la création de HEINE, l'une des deux sociétés qui devaient servir à payer les commissions occultes versées en complément de la vente des frégates à Taïwan et des sous-marins au Pakistan, au second semestre 1994, a été faite après accord de Sarkozy, alors ministre du Budget. Cette information était connue depuis plusieurs mois.

3. Enfin, des proches de Nicolas Sarkozy se sont inquiétés à plusieurs reprises de ces cahiers de notes. Quand Sarkozy était ministre de l'intérieur, deux émissaires du ministre auraient rencontré un intermédiaire surnommé Bacchus. Après mai 2007, le même Bacchus reçut un courrier officiel "à len-tête de la présidence de la République", signé Claude Guéant, "s'excusant que le numéro 1 n'ait pas le tems de recevoir Bacchus", mais proposant un "RV avec Hervé Morin".

On nage en plein roman d'espionnage.

Les pirates au coeur de l'Elysée
L'affaire est économiquement sans grand intérêt, mais symboliquement désagréable pour la Présidence : l'Elysée a piraté une émission de France 5. Tout fier à l'idée de transmettre un portrait complaisant du Monarque en place, diffusé par France 5 en juillet dernier, le service audiovisuel de la présidence de la République a copié sans autorisation quelques 400 DVD de l'émission "A visage découvert" pour les donner aux diplomates français invités à la dernière conférence des ambassadeurs. Contrairement aux affirmations de Franck Louvrier, aucune autorisation écrite n'a été donnée, d'après la société de production. Pire, les crédits légitimes ne figurent pas sur la jaquette du DVD. A croire que le "documentaire" était une production élyséenne... Libération rappelait à juste titre les propos de Frankc Louvrier, l'été dernier, sur la nécéssaire protection des oeuvres: « Reconnaître le caractère inaliénable d’un témoignage personnel, tel est le sens profond de la réflexion en cours dans Hadopi, qui rayonne bien au-delà de l’industrie du disque, jusqu’au sens de notre vie en commun dans une démocratie »,

L'agenda fabriqué de Sarkozy
Jolie révélation de Marianne2: on savait que chacun des déplacements du président français était préparé, scénarisé, filmé avec soin. Il faut donner l'image d'un Monarque sur le terrain. On apprend maintenant que les conseillers du président fabriquent de toutes pièces des "manifestations". Lundi dernier, Sarkozy prononçait un discours "à l’occasion du forum des chefs d'entreprises organisé au Palais des Congrès de Paris sur le thème "agir pour le développement des entreprises", comme on pouvait le lire dans l'agenda officiel du président. ... Mais ce "Forum" est une pure invention élyséenne. L'Elysée a organisé ce "forum" pour permettre au Monarque de délivrer ses opportunes mesures de soutien aux PME: quel est le prix de cette opération ? Environ 80 000 euros (dont la moitié pour réserver le Palais des Congrès à paris). Côté Elysée, l'organisation a été confiée à "une obscure boite à 65 000 euros de chiffre d’affaires annuel, et dont l’objet social est « le négoce de tous produis dans les domaines de l’impression », note Marianne2. Et quel est le contact ? Un proche du chef de cabinet adjoint de l'Elysée... la boucle est bouclée.

Eric Besson corrige son mensonge.

Le ministre de l'Identité Nationale ne s'était rien épargné pour défendre la destruction des campements sauvages de sans-papiers aux abords de Calais il y a 3 semaines. Les migrants sont depuis revenus, comme en témoignent les associations humanitaires locales. Lundi, certaines d'entre elles, dont la CIMADE, se sont inquiétées d'un projet de retour groupé d'Afghans, par avion, vers Kaboul. Le soir, le ministère de l'Identité Nationale démentait rapidement l'information. Mais mardi, ô surprise, Eric Besson contredit ses collaborateurs, et confirme la nouvelle: "Si on n'a pas le statut de réfugié, si on n'accepte pas le retour volontaire, et pour envoyer un message de fermeté aux passeurs, oui, je vous confirme que la France reconduira à la frontière pour les 12 nationalités qui sont représentées dans le Calaisis". Le dernier "Charter" vers l'Afghanistan date de 2005.

France Terre d'Asile et le Conseil Européen pour les Réfugiés ont demandé au ministre de renoncer à ses funestes plans: "La situation de chaos généralisé a provoqué une augmentation des demandes d'asile afghanes dans toute l'Europe alors qu'il s'agit déjà de la première communauté de réfugiés dans le monde avec plus de 2,7 millions de personnes". Le gouvernement français explique que l'Afghanistan est un pays en guerre "contre la barbarie". Eric Besson n'en a cure. 45 Afghans sont en rétention à Coquelles (dans le Pas-de-Calais), Lille, Rouen, Nice, Paris-Vincennes, et Palaiseau

2 commentaires:

  1. Affaire Mitterrand : Cohn-Bendit demande la démission de... Benoît Hamon.

    Daniel Cohn-Bendit a demandé jeudi 7 octobre la démission de Benoît Hamon, jugeant "minables" les propos du porte-parole du Parti socialiste, qui s'était dit "choqué" par le contenu du livre du ministre de la Culture, "La mauvaise vie", évoquant le tourisme sexuel en Thaïlande.

    "Je trouve absolument minable l'attaque de Hamon contre Mitterrand. D'ailleurs, je demande la démission de Hamon et qu'il se taise pendant deux mois", a grondé le député vert européen au micro d'i>télé.

    http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/politique/20091008.FAP7227/politique/

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  2. Hum... de la part de Cohn Bendit, c'est hasardeux. Même si l'affaire est inexacte, les on-dits à son encontre sur la façon dont il aborderait les très jeunes devraient lui enjoindre d'inciter quelqu'un d'autre que lui à ouvrir son clapet.

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