16 octobre 2009

Surprises à Gandrange et au Figaro, Papa Sarko est inquiet.



Il était chatouillé, provoqué, bafoué. Nicolas Sarkozy n'en pouvait plus des sarcasmes sur sa promesse non tenue de revenir à Gandrange, ni des remous qui agitent son électorat, de l'affaire Mitterrand à la polémique sur son fils Jean. Il y a encore 4 jours, quand il s'est déplacé en Moselle, les médias et la blogosphère n'ont retenu qu'une chose : il avait soigneusement évité Gandrange. Et la polémique sur la nomination prochaine de son fils à la tête de l'EPAD a occulté tous ses messages de la semaine. Il fallait réagir. Il file à Gandrange, puis, dans les colonnes du Figaro, il tacle son électorat. Sarkozy est inquiet tente de corriger le tir dans la précipitation.

Visite surprise à Gandrange
Le 4 février 2008, le président était venu jouer les fiers-à-bras sur le site d'Arcelor-Mittal menacé de fermeture. Il avait promis que le site survivrait, et qu'il reviendrait sur place. Depuis, le groupe Mittal a annoncé la fermeture, et ... Sarkozy n'était pas revenu. Des stèles en l'honneur de ses promesses non tenues ont été érigées ici ou là par des ouvriers mécontents. Gandrange est devenu l'un des symboles de l'échec sarkozyen vis-à-vis du monde du travail, et des classes populaires en particulier. Jeudi , le président a créé la surprise, en se rendant sur place, sans crier gare ni prévenir les journalistes. L'Elysée a prévenu la presse un quart d'heure avant. C'est un joli coup. Il lui permet de dire désormais qu'il a tenu au moins une promesse, celle d'être revenu. La députée socialiste Aurélie Filipeti, présente, raconte :
«On était au début d'une réunion technique de préfiguration pour ArcelorMittal. Au début de la réunion, le préfet nous dit : "On attendait le conseiller du président de la République (mais) le président avait un trou dans son agenda. Il va venir dans un quart d'heure"».

«C'est quand même d'abord la surprise et c'est un peu de l'improvisation. Il y a des élus et certains syndicalistes qui n'avaient pas été invités la semaine dernière à la table ronde qui sont là aujourd'hui mais d'autres n'ont pu venir car c'était une réunion technique»
Pendant ses quelques minutes sur place, le Monarque annonce la signature d'un contrat de 300 millions d'euros entre Réseau Ferré de France (RFF) et le sidérurgiste anglo-néerlandais Corus pour la construction de rails., ainsi que la venue, à Metz, "d'un régiment de plus" et un investissement de 5 millions d'euros à Gandrange pour un centre d'apprentissage pour former 120 apprentis aux métiers de la métallurgie. Sarkozy distribue quelques millions pour calmer la gronde. Quelqu'un s'est-il demandé l'intérêt de former à la métallurgie sur un site où cette même activité est en voie de disparition ?

La tactique de la "visite surprise" est désormais éprouvée. Mardi dernier, Sarkozy était revenu dans un lycée de Seine et Marne qu'il avait visité en avril dernier. A nouveau, les médias ont été tenus à l'écart. Cette tactique fait ses preuves : la contestation est minimale. Nul besoin de boucler la zone, aucune manifestation n'a le temps de s'organiser. Et les journalistes présents sont rares, souvent de la presse locale. On évite ainsi les critiques. Jeudi, l'agenda présidentiel avait un "trou", comme souvent, même en milieu de semaine.

Bref, Sarkozy a besoin de venir caché et à l'improviste pour se déplacer sur le terrain. C'est la seule leçon de cette histoire...

Interview surprise au Figaro
On a pu mesurer l'inquiétude et l'énervement actuel du président à une seconde "surprise" : une interview organisée à la dernière minute, dans la précipitation, avec le Figaro. La polémique affectant Jean Sarkozy ne faiblit pas. Pourquoi le Figaro ? Parce que les commentaires les plus durs pour la Sarkofrance sont venus des lecteurs du Figaro. Le mythe sarkozyen de la "méritocratie" a vécu. Il sera prochainement enterré à l'EPAD, à la Défense. L'un des coeurs électoraux de Sarkofrance a mal à sa droite. Après la légèreté éthique d'un ministre de la culture, l'accusation de népotisme est une pilule difficile à avaler. Vendredi, Nicolas Sarkozy s'exprime donc dans les colonnes d'un Figaro venu à la rescousse. Ce faisant, le président occulte sa propre visite à Gandrange. On ne retiendra que cette défense hâtive et immodeste dans un journal acquis à sa cause.

Primo, Sarkozy veut rassurer ses troupes en minimisant les troubles qui secoueraient sa majorité et son électorat. Il s'appuie d'abord sur une comparaison historique: tous les présidents ont subi un contre-coup d'affection deux ans après leur élection : "Il n'est pas interdit de prendre un peu de recul. Je suis aujourd'hui à mi-mandat. Je vous invite à comparer la situation politique dans laquelle nous nous trouvons avec celle de mes prédécesseurs au même moment." Sarkozy ment. Il est impopulaire depuis l'automne 2007. Cela fait deux ans que les sondages lui sont défavorables. Les travers "bling bling", les vacances à répétition avec Carla Bruni, les provocations verbales (contre les enseignants, le personnel judiciaire, les retraités, les chômeurs, etc), l'échec de ses réformes économiques ("travailler plus pour ...") ont été autant d'écueils qui ont plombé sa réputation.

Il explique aussi que sa majorité est en forme : "La situation de l'actuelle majorité est bien différente puisqu'elle vient de gagner les élections européennes. Le front social est apaisé malgré une crise économique sans précédent. Quant aux élections partielles qui sont traditionnellement mauvaises pour le gouvernement en place, nous en avons gagné l'immense majorité et notre candidat David Douillet a fait 45 % au premier tour dimanche dernier."

Deuxio, Sarkozy revient sur l'affaire du Prince Jean. Il ressert les arguments passés, concoctés avec ses conseillers et répétés par divers représentants UMP depuis lundi. Pas une virgule n'a changé. Sarkozy ne comprend pas. Il bégaye: pourquoi son fils n'aurait-il pas les mêmes droits que les autres élus ? ("Ils ont tous le droit de postuler à un poste d'administrateur à l'Epad. Sauf un ! Et pourquoi ne peut-il pas ? Parce qu'il est mon fils.") la présidence de l'EPAD est une é-l-e-c-t-i-o-n, pas une nomination ("C'est une élection, il ne s'agit donc pas de népotisme"). Sarkozy joue les persécutés : "A travers cette polémique, qui est visé ? Ce n'est pas mon fils. C'est moi. Ceux qui ne se sont jamais faits à mon élection et qui n'ont rien à dire sur le fond essayent d'attaquer sur tous les sujets avec une mauvaise foi et une méchanceté qui ne trompera pas les Français." Qu'importe si l'AFP ou le Canard Enchaîné ont rappelé ce mercredi quelques faits : depuis plusieurs mois, Nicolas Sarkozy a oeuvré pour préparer la place pour son fils Jean à la tête de l'EPAD: le chef de l'Etat a refusé à Patrick Devedjian, le président sortant de l'EPAD, de rester à son poste. Il aurait fallu un décret, reportant à 70 ans l'âge limite pour diriger un établissement public. Devedjian l'avait demandé. Matignon l'avait préparé. Mais le décret ne fut jamais publié.
Un premier décret prévoyant la fusion de deux établissements publics des Hauts-de-Seine - Epad (Défense) et Epasa (Seine-Arche) -, sorti de Matignon en juillet, incluait une disposition permettant de présider le futur organisme au-delà de 65 ans, selon une source départementale proche du dossier." explique l'AFP qui ajoute "Mais selon la source proche du dossier dans les Hauts-de-Seine, «après être passé à l'Elysée, le projet de décret» sur la fusion ne comportait plus la disposition levant le verrou de l'âge." (Info repérée par Arrêt Sur images)
Enfin, Sarkozy défend son ministre de la culture ("ce n'est pas une bonne administration de la justice que de se prononcer 32 ans après les faits alors que l'intéressé a aujourd'hui 76 ans"; ". Frédéric Mitterrand n'a jamais fait l'apologie du tourisme sexuel et il l'a même condamné en termes très forts.").
Sur le reste, le Monarque ne révèle rien qui ne soit connu : il ne veut pas réduire son mandat à 4 ans (trop court), ni abandonner le droit de dissolution de l'Assemblée Nationale (surpris ?), ni toucher au bouclier fiscal ("Je ne toucherai pas au bouclier fiscal "); il adore travailler avec François Fillon; Eric Besson est un ministre formidable qui a eu raison de raser la "Jungle" de Calais. Et la France serait pour le monde entier un modèle : "Nous avons mis en œuvre un plan bancaire, un plan auto, un plan de relance qui ont été imités dans le monde entier…" La France est la risée du monde et un modèle pour personne. Mais le président lit-il seul la presse étrangère ?
Petits mensonges au passage: la taxe carbone serait remboursée à l'euro près (c'est faux !! Le remboursement sera partiel ET forfaitaire, donc indépendant du surcoût carbone réel). Et la France serait en bonne posture financière par rapport à ses voisins. là encore, c'est faux, elle est au lieux dans la moyenne, une situation inquiétante quand on sait que ses capacités de rebond sont historiquement plus faibles. Enfin, les prêts aux banques auraient été profitables à l'Etat. sarkozy omet de rappeler que l'Etat, en cédant ses actions au prix d'origine, et non à leur valeur de marché, s'est privé de plusieurs milliards d'euros de plus-values.

Tout juste regrette-t-il d'avoir qualifié de "coupables" les prévenus de l'affaire clearstream ("Le mieux à faire est de laisser se dérouler ce procès, de faire confiance à la justice et de s'abstenir de tout commentaire.").

De Gandrange au Figaro, Sarkozy a dû improviser deux sorties. Un signe d'agacement, d'inquiétude, voire de nervosité, tout aussi palpable, mercredi après midi, chez Luc Chatel, le porte-parole du gouvernement. Il avait toujours bien du mal à répondre face aux questions très critiques des journalistes. La sauce ne prend plus.

4 commentaires:

  1. Dans l’hebdomadaire Bakchich, mercredi 7 octobre 2009, page 4, Nicolas Beau écrit :

    « L’affaire qui hante les nuits de Sarko.

    Bakchich a consulté les cahiers de Gérard-Philippe Menayas, ancien directeur financier de la DCNI (Direction des Constructions Navales Internationales). Nous en publions des extraits. Pour l’instant, le Parquet de Paris fait tout pour que ces éléments extrêmement sensibles soient exclus du périmètre de l’information judiciaire.

    Rédigés jusqu’en mars 2008, ces écrits ne constituent que des « allégations non vérifiées », comme le constate une note de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), dont Bakchich a pu prendre connaissance. Reste qu’à l’Elysée, mais aussi chez les socialistes, on suit comme le lait sur le feu l’évolution de ce dossier judiciaire explosif.

    Passionnants à décrypter, les cahiers Menayas comportent de nombreuses initiales : NS pour Nicolas Sarkozy, JPP pour Jean-Paul Perrier, président de Thales International. Des codes apparaissent également : BACCHUS pour Jean-Marie Boivin, grand manitou des commissions ; DD pour Andrew Wang, l’intermédiaire flamboyant qui reçut près d’un demi milliard de dollars pour le contrat des frégates.

    1- Balladur et Guigou mis en cause.

    A propos du contrat des frégates, les cahiers Menayas révèlent que « l’un des principaux bénéficiaires serait Edouard Balladur. L’autre, Elisabeth Guigou, grâce à un système élaboré de prêts adossés. »

    Toujours d’après les cahiers Menayas, « les masses financières dont Andrew Wang assurait la circulation occulte étaient destinées à la France et, pour une part substantielle, à l’Allemagne. Pour notre pays, elles devaient revenir au Parti Socialiste, à des membres du Parti Républicain, et à des balladuriens, via Charles Pasqua. »

    Notons qu’une des rares traces de rétro-commission retrouvée par le juge suisse Paul Perraudin concernait Etienne Leandri qui, jusqu’à son décès en 1995, fut le grand argentier de Charles Pasqua.

    Ailleurs, Gérard Menayas note : « Les rétros JMP / Bravo (nom de code du procès des frégates) ont été rétrocédées à J.Y. Le Drian », ancien maire de Lorient.

    Enfin, « JPP (Jean-Paul Perrier) a utilisé la société Lobbying Transasia Developpement, présidée par Jean-Marie Cambacérès. » Jean-Marie Cambacérès, ancien député socialiste, était un spécialiste de l’Asie.

    2- L’Elysée suit le dossier de près.

    « Les autorités luxembourgeoises auraient découvert que NS aurait été intéressé à SW2 (le contrat de ventes de frégates à l’Arabie Saoudite) avec le concours de Nicolas Bazire, voire de Jean-Luc Lagardère, dont il a fréquenté les haras » note Menayas.

    Le nom de Nicolas Bazire, à l’époque directeur de cabinet d’Edouard Balladur, n’apparaît pas par hasard. Un rapport de la DNIF (Division Nationale des Investigations Financières), daté du 5 mars 2007, et versé au dossier des juges Hullin et Desset, revenait sur la création de Heine, une des officines luxembourgeoises créées par la DCNI : « Une chronologie fait apparaître que la création de la société Heine, au deuxième semestre 1994, s’est faite après accord de Nicolas Bazire et du ministre Nicolas Sarkozy », notait le rapport des flics financiers.

    D’après les cahiers Menayas, Nicolas Sarkozy aurait envoyé deux émissaires rencontrer Bacchus (Jean-Marie Boivin), l’homme-clé des commissions des constructions navales. Cette initiative, pouvons-nous préciser à Bakchich, date de l’époque où Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur. L’enquête préliminaire qui devait aboutir à l’ouverture d’une instruction judiciaire était engagée. Il y avait le feu au lac apparemment.

    Par ailleurs, Bacchus aurait reçu plus tard un courrier à l’en-tête de la présidence de la République, de Claude Guéant, bras droit de Sarkozy, « s’excusant que le numéro 1 n’ait pas le temps de recevoir Bacchus », mais s’engageant « sur un RV avec Hervé Morin », ministre de la Défense.

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  2. 3- Un procureur de Paris prudent.

    Dans un courrier interne daté du 22 novembre 2007 et que le site Bakchich Info avait publié, le procureur Jean-Claude Marin avait effectivement averti sa hiérarchie qu’il allait « circonscrire » l’enquête aux éléments les moins sensibles…

    « JC Marin, petit frère, pilote l’instruction, dont il a sérieusement réduit le périmètre. Il y a malgré cela affecté deux magistrats de premier plan. C’est un opportuniste, balladurien reconverti à NS », note enfin Gérard Menayas.

    Nicolas Beau.

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  3. trés bon billet !

    (chouette cette nouvelle bannière)

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  4. Ce n'est plus lui qui a la main sur le calendrier ! Momentané ?

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