30 novembre 2009

Les statistiques "canailles" du chômage

Vendredi 27 novembre, Benoit Hamon a frappé fort, en traitant le directeur de Pôle Emploi de "canaille". Les chiffres mensuels venaient de tomber, et l'attention médiatique fut concentrée sur des résultats bien parcellaires : un cinquantaine de milliers de chômeurs de plus en octobre, pour un nombre total annoncé à 2,6 millions de sans-emploi.

Sur le fonds, le porte-parole du parti socialiste a eu tort et raison à la fois. Christian Charpy, "victime" de cette vindicte médiatique, a bien publié tous ses chiffres. Mais Benoit Hamon a eu le mérite d'attirer brutalement l'attention sur la réalité de ces derniers. "Chômeurs", "sans-emploi", "demandeurs d'emploi", les termes semblent interchangeables.

1. La France compte 4,629 millions de demandeurs d'emploi inscrits à pôle emploi. En octobre, ce nombre a progressé de 111 000. Sur un an, l'augmentation est de 20%. La catégorie A (sans-emploi) représente 2,627 millions de personnes (+2% en un mois, +25% sur 12 mois). Ma catégorie B (activité réduite et courte, soit moins de 78 heures dans le mois) regroupe 503 000 personnes (-2,6% sur un mois; +7,8% sur un an). La catégorie C (activité réduite mais supérieure à 78 heures dans le mois) atteint 657 000 personnes (+1% sur un mois; +13,5% sur un an). Les catégories D (demandeurs non tenus de faire des actes positifs de recherche, pour cause de formation, maladie, convention de reclassement) et E (demandeurs mais en emploi) ajoutent 500 000 personnes aux statistiques globales (+ 26% sur un an).

2. En octobre, pôle emploi n'a collecté que 273 300 offres d'emplois, un chiffre en baisse de trente mille par rapport à septembre (annexe 8 du rapport). 107 000 de ces offres étaient de courte durée, pour des emplois temporaires de 1 à 6 mois. 41 000 s'apparentaient à de l'intérim (moins d'un mois).

3. Les offres d'emploi satisfaites en octobre, se sont élevées à 226 000.

4. Le volume de licenciements économiques est stable depuis 3 ans. L'envolée du chômage vient d'une progression des "autres licenciements" (à l'amiable ou pour faute), des fins de missions d'intérim (dès avril 2008), des fins de CDD (depuis janvier 2009; 124 000 sur le seul mois d'octobre) et des "autres cas" (inscriptions des jeunes diplômés, etc). En octobre, les "premières entrées" à pôle emploi ont cru de +10% pour atteindre 34 000 (elles étaient 30 000 en septembre, et 29 000 en août).

5. Les "sorties" des statistiques de pôle emploi proviennent d'abord des "cessations d'inscriptions pour défaut d'actualisation" (196 000 sur 486 000 sorties), auxquels on peut ajouter les 40 000 radiations administratives (+5%). Les reprises d'emplois représentent 101 000 personnes, mais elles progressent peu: + 2% en octobre, +6% sur un an. Les entrées en stage ont cru de +8% (28 800 en octobre).

6. L'analyse géographique des statistiques pourrait être utile pour les prochaines élections régionales : les plus fortes hausses dun nombre d'inscrits à pôle emploi depuis un an se situent en Alsace (+30%), en Franche-Comté (+28%), en Lorraine (+27%), dans les Pays de la Loire (+27%) et en Rhône Alpes (+26%).

7. La part des demandeurs d'emploi indemnisés s'élève à 60%, dont 328 000 dispensés de recherche d'emploi (i.e. les pré-retraités). Ce taux est en légère baisse depuis un an (-0,6 point).

8. Les demandeurs d'emploi inscrits depuis plus d'un an s'élèvent à 1,3 millions. L'ancienneté moyenne d'inscription à pôle emploi est de 397 jours. Les moins de 25 ans quittent pôle emploi après 119 jours d'inscription en moyenne, contre 316 jours pour les plus de 50 ans.

9. Au sein des 2,6 millions de chômeurs "purs" (catégorie A), les hommes sont légèrement plus nombreux (1,39 millions) que les femmes (1,23 millions).

10. Pôle emploi est également attaqué pour les sous-traitances de la gestion de certains chômeurs à des sociétés privées, plus coûteuses mais pas plus efficaces. Pour les deux prochaines années, ces dernières se sont vues confier l'accompagnement de 320 000 personnes.

11. Le nombre de demandeurs d'emploi suivi par conseiller reste très élevé (94 chômeurs par conseiller), alors que la fusion ANPE-ASSEDIC devait faciliter la gestion des demandeurs.



Sarkozy et la videosurveillance



29 novembre 2009

Grippe A: Sarkozy ne comprend pas.


Samedi 28 novembre, Nicolas Sarkozy s'est inquiété des ratés de la vaccination "populaire" contre la grippe A. Il a raison. L'affaire démarre mal.

1. Les Français sont inquiets
La situation est paradoxale. Les Français ont-ils changé d'avis ? Hier réticents, ils semblent aujourd'hui submerger les centres de vaccination contre la grippe A. Chaque jour, les médias maintiennent la pression: la pandémie progresse, les morts "inexpliquées" se multiplient (22 la semaine dernière), tout est fait, dit et répété pour inquiéter l'opinion. Le nombre de décès, en fin de semaine dernière, s'élevait à 76, pour quelques 2,8 millions de malades.

Soixante-seize.

A l'étranger, la pandémie inquiète les gazettes, mais pas les foules. Les premiers décès ont été signalés en Russie. Les pèlerinages vers la Mecque débutent, mais certains prennent des dispositions drastiques : la Tunisie a ainsi interdit à ses ressortissants d'y aller. Comme le rappelle Courrier International, environ 9 000 cas de grippe A ont été détectés en Arabie Saoudite.

2. Le vaccin n'inspire pas confiance.
Pour ceux, parents, qui ont reçu la convocation scolaire pour la vaccination de leurs enfants collégiens, le formulaire peut inquiéter: on demande aux parents de collégiens de signer une décharge de responsabilité, par laquelle ils s'engagent à s'abtenir de toute poursuite contre l'Etat ou les laboratoires pharmaceutiques en cas de problème ultérieur avec le vaccin. Mercredi dernier, premier jour de vaccination dans les collèges de France, les jeunes ne se précipitaient pas à la piqûre...

Une rumeur déboule sur le Web : certains médecins déconseille la vaccination car le vaccin aurait été surchargé en mercure. 80% des infirmiers et infirmières auraient refusé de se faire piquer. Où est la vérité ?

Deux cas mortels de mutation du virus de la grippe A (H1N1), similaire à celle survenue en Norvège, ont été signalés vendredi en France. L'information n'est rendue publique que maintenant, mais les deux cas sont intervenus en septembre et en octobre. Le vaccin serait toujours efficace. "Il est trop tôt pour s'inquiéter", a déclaré Jean-Michel Molina, chef du département des maladies infectieuses de l'hôpital Saint-Louis à Paris. Ce médecin ne sait même pas si cette mutation est à l'origine des décès.

3. Les données fiables font défaut.
Personne ne connaît vraiment le nombre de malades de la grippe A. Les médecins n'envoient pas systématiquement leurs patients faire les tests nécessaires. Le réseau "Sentinelle" recense les déclarations d'un échantillon de médecins sur les cas "suspectés" d'être de la grippe A H1N1, qu'ils aient été testés ou pas.

4. Les Français n'ont pas confiance
Roselyne Bachelot, Martin Hirsch, Nicolas Sarkozy, des médecins et des politiques multiplient leurs interventions pour encourager les incrédules à aller se faire vacciner. Comment les croire ? Les manipulations médiatiques sont légions, et sur tous les sujets. On ne croit plus le pouvoir en Sarkofrance.

Le gouvernement a trois craintes, que tout le monde connaît : il ne veut être soupçonné d'avoir négligé la pandémie. Il a commandé 94 millions de doses (pour plus d'un milliards d'euros), qu'il va bien falloir écouler. Et il craint une paralysie partielle de l'économie à cause de la contagion de la grippe A.

Nicolas Sarkozy est entré dans l'arène. Le Monarque ne comprend pas. Vendredi, il a appelé à "prendre au sérieux cette épidémie de grippe". "Gouvernement comme médias, on doit garder notre sang-froid, faire en sorte de ne pas surréagir en permanence en disant un jour blanc, l'autre noir". Sa ministre de la Santé a confirmé avoir doublé le nombre de centres de vaccination ouverts dans la semaine (de 600 à 1200).

Qui peut encore prendre Sarkozy au sérieux ?

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28 novembre 2009

134ème semaine de Sarkofrance: la présidence anecdotique


Ecoutez les discours, les interviews. L'argument se répète. Mois après mois, les représentants de Sarkofrance adoptent tous les mêmes tics de langage, la même technique d'argumentation. Chaque nouvelle "réflexion" d'un ministre, ou de leur Monarque, repose sur quelques cas isolés. Pour contrer les critiques et masquer la réalité, chacun se réfugie dans l'anecdote, et évite soigneusement de confronter ses idées, propositions et annonces à la réalité statistique du pays.

La politique de l'anecdote
Brice Hortefeux a fourni un bel exemple. Mardi, à l'Assemblée Nationale, le ministre de l'intérieur a expliqué aux députés qu'il "réfléchissait" avec Roselyne Bachelot à faire payer aux clubs sportifs le coût réel des déploiements de forces de l'ordre dans et aux abords des stades de football. Le président des Girondins de Bordeaux lui a répondu, sur France Info le lendemain : les clubs payent déjà le "dispositif standard", et seule une poignée de matches particulièrement chaud nécessitent chaque saison un renfort inhabituel. Une fois de plus, Hortefeux a perdu une occasion de se taire.

Mardi, Nicolas Sarkozy s'est "lourdement" déplacé en banlieue parisienne. Après les bandes, les récidivistes, les mineurs délinquants, les enfants violents en maternelle, les racailles "cagoulées", les délinquants sexuels qu'il faudrait castrer, les fous qu'il faut enfermer, le couvre-feu pour les mineurs, Nicolas Sarkozy a trouvé une nouvelle anecdote pour servir son propos : les caïds qu'il attaquera par le fisc. Plus personne n'oublie désormais que Nicolas Sarkozy est en charge de la sécurité des Français depuis ... 2002. Sept ans d'échec ? Les violences aux personnes ne cessent de progresser depuis que Nicolas Sarkozy a pris le sujet de l'insécurité à bras le corps: moins de 350 000 actes en juillet 2003, 454 318 en juillet 2009. Pire, le budget du ministère de l'intérieur pour 2010 prévoit une baisse de 2 744 postes "équivalents temps plein" parmi les forces de police et de gendarmerie. Celui de la justice diminuera de 911 millions d'euros, principalement sur l'administration pénitentiaire. Qui a dit que la sécurité était une priorité ?

Xénophobie d'Etat
Contesté comme jamais, Eric Besson s'est également réfugié dans l'anecdote : il a voulu susciter une polémique sur les "mariages gris", ces unions où l'un des mariés (souvent un homme d'après le ministre) abuse de son conjoint(e). Interrogé avec insistance par les journalistes de France Inter mercredi matin sur le nombre de cas concernés, le ministre finissait par répondre qu'il ne sait pas. Cette affaire n'est qu'un symptôme du fantasme sécuritaire d’un ministre qui veut débusquer le clandestin sournois jusque dans l'intimité conjugale...

Mercredi soir, Eric Besson a tenu sa première réunion publique sur l’identité nationale. Un rassemblement d’élus, militants et sympathisants pour la plupart UMP, dans le Loiret. 250 rencontres sont prévues d’ici janvier. Le ministre se félicite que, sur 25 millions de ménages français, 35 000 contributions sur l'identité nationale aient été "postées" sur le site créé à cet effet. Les sondages révèlent que les Français n'expriment aucun doute sur leur sentiment patriotique. Les réticences naissent quand l'Etat déstabilise les convictions de chacun, à force de bavures policières, d'insécurité sociale et d'erreurs judiciaires. Quand 5 400 immigrés sans papier se mettent en grève, soutenus par la totalité des syndicats, Eric Besson explique qu'il fera fermer les employeurs concernés (une mesure impraticable), et il publie une circulaire de régularisation taillée sur mesure pour en exclure le plus grand nombre : il faudra justifier de 5 ans de travail en France, d'une ancienneté d'au moins 12 mois dans l'entreprise, et d'une promesse d'embauche supérieure à 12 mois d'emploi pour bénéficier de la clémence soudaine et contrainte des services de l'identité nationale. 5 400 sans-papier menacent-ils l'emploi des Français ? Eric Besson est coincé dans une posture idéologique stupide dont il ne sait se sortir. En quelques mois, il est devenu le symbole de la droite recomplexée.


Les canailles de la République

Les ficelle de l'argumentation sarkozyenne sont donc bien grosses. En vue des élections régionalies, Sarkozy joue de trois sujets totalement idéologiques - fiscalité, insécurité, et immigration – pour solidifier son électorat en vue du prochain scrutin. L’effort est vain, tant la réalité s’obstine à se rappeler au bon souvenir des Français. Lundi, Nicolas Sarkozy recevait ainsi 1 700 cadres de pôle emploi. Loin de reconnaître que la fusion des ASSEDIC et de l'ANPE est un échec, le Monarque a exprimé sa reconnaissance à l'assistance, fustigé les critiques, et moqué les "créatifs" publicitaires qui lui proposaient des dénominations farfelues pour pôle emploi. Une nouvelle anecdote pour masquer la réalité. On se souvient que le logo de pôle emploi a quand même coûté 500 000 euros... La réalité est têtue. Pôle emploi est engorgé, et le chômage s'envole. En une grosse heure de discours, Nicolas Sarkozy n'a rien proposé. La semaine passée, Laurent Wauquiez, le secrétaire d’Etat fanfaronnait la semaine passée sur l’excellence de ses résultats : « grâce à lui », la France serait à côté de la catastrophe, plus de 1,5 millions personnes seraient « concernées » par les mesures gouvernementales de soutien aux chômeurs, etc etc. Il devrait bien vite déchanter.

Le porte-parole du Parti Socialiste en a choqué quelques-uns en traitant Christian Charpy, le directeur de pôle emploi, de "canaille". Ce dernier publiait son traditionnel communiqué des chiffres mensuels du chômage. "La France compte 2,6 millions de chômeurs" commentaient allègrement et sans discernement la plupart des médias français. Benoit Hamon tient un argument: les statistiques commentées sont truffées de retraitements divers. La réalité est bien différente : 2,6 millions n'est que le nombre de sans-emplois absolus, la fameuse "catégorie A". En fait, pôle emploi recense 4,629 millions d'inscrits. Et on pourrait s'attarder sur d'autres statistiques : en octobre, pôle emploi a collecté 30 000 offres d'emploi de moins qu'en septembre, soit 273 000. Un chiffre ridiculement faible par rapport au nombre de demandeurs. Sans compter que près de la moitié de ces offres sont des emplois temporaires de 1 à 6 mois.

Vendredi, on pouvait aussi s'inquiéter des dérives fiscales et sociales de ... l'UMP: dans les Hauts-de-Seine, les cantines scolaires devraient augmenter leurs tarifs de 13% cette année. D'autres pointent le niveau d'endettement record de municipalités gérées depuis des lustres par l'UMP : les trois villes les plus endettées, par habitant, de France sont toutes les trois à droite : Levallois-Perret (9 030 euros par habitant), Cannes (4 618 euros) et Fréjus (2 866 euros). La campagne des élections régionales commence mal.

Président insécuritaire
L’Elysée a surtout quelques scandales à se faire pardonner. L’affaire de Tarnac rebondit, avec de nouvelles révélations sur des manipulations policières : un témoignage a été obtenu sous la contrainte, d’après l’intéressé, et puis antidaté. Depuis un an déjà, la Sarkofrance tente de divertir l'opinion avec un soit-disant complot terroriste de l'ultra-gauche dont le sabotage de caténaires sur une ligne TGV en octobre 2008 serait la plus forte illustration. Depuis, les avocats des mis en examen ont repris du poil de la bête, et dénoncé les incohérences des constatations policières.

Autre scandale d’Etat, la commission des lois de l’Assemblée nationale a refusé la tenue d’enquête parlementaire sur les sondages de l’Elysée. La présidence a financé, pour quelques 3 millions d’euros en 2008, 190 sondages dont la plupart ont été ensuite publiés par la presse sans que l’identité du commanditaire initial, Nicolas Sarkozy, fut portée à la connaissance de leurs lecteurs. Pire, le Canard Enchaîné a rappelé cette semaine que certains sondages auraient dû être réglés par l’UMP et non le contribuable. La commission des lois, à majorité UMP, a jugé que le parlement ne pouvait enquêter sur les pratiques du pouvoir exécutif. Qu’à cela ne tienne, le groupe socialiste revient à la charge, en demandant une enquête sur l’ensemble des frais d’enquêtes d’opinions du gouvernement et de la présidence de la République. Cette fois-ci, les proches du président auront du mal à faire valoir une atteinte au principe de séparation des pouvoirs.

On pourrait enfin s'arrêter sur ce surprenant revirement de certains députés UMP: alors qu'un consensus s'était formé, de gauche à droite, pour instaurer un contrôle parlementaire sur la création de tout fichier relatif à la sécurité publique, le gouvernement avait décidé de jouer solo, en octobre, en créant un dimanche deux nouveaux fichiers de police. Et mardi dernier, la commission des lois de l'Assemblée Nationale a décidé de faciliter encore un peu plus la création de fichiers gouvernementaux quels qu'ils soient. On entend déjà Nicolas Sarkozy nous expliquer que le travailliste Gordon Brown fait bien pire au Royaume Uni, où la police est désormais suspectée de placer en garde à vue pour la seule fin de compléter ses fichiers ADN.

Les anecdotes s'oublient, la réalité demeure.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

A vot' santé !



27 novembre 2009

Nous cache-t-on des scandales d'Etat en Sarkofrance ?


Une enquête manipulée, des sondages qui resteront occultes, la création de fichiers "simplifiée", les affaires reprennent. La Présidence envoie ses soutiers, tantôt des députés-godillots, tantôt des porte-paroles porte-flingues. Les scandales d'Etat se cachent mal en Sarkofrance.

Sondages occultes
Il n’y aura pas d’enquête parlementaire sur les sondages de l’Elysée. Le président de l’Assemblée Nationale l’a confirmé jeudi 26 novembre. Depuis la publication d’un rapport de la Cour des Comptes sur les dépenses de l’Elysée en 2008, les parlementaires – et les citoyens – ont appris que Nicolas Sarkozy usait et abusait de sondages et enquêtes d’opinion sur tous les sujets, des résultats ensuite publiés par certains médias sans que l’Elysée n’apparaisse comme le commanditaire initial. Le soupçon de manipulation de l’opinion est réel. L’an passé, ce sont quelques 190 sondages qui ont été ainsi commandés – près d’un tous les deux jours. Le chef de cabinet de Nicolas Sarkozy a depuis expliqué avoir fait le « ménage » dans ces dépenses : le contrat du conseiller Patrick Buisson, via Publifact, aurait été sérieusement revu à la baisse, et le budget global (de 3,28 millions d’euros) a été divisé de moitié : 1,9 millions d’euros en 2009 puis 1,24 millions d’euros pour 2010. On sait cependant que le Service d’Information du Gouvernement, géré par Thierry Saussez, a aussitôt commandé des prestations similaires aux 7 instituts régulièrement sollicités par l’Elysée. Pour 2009, le SIG a en effet vu son enveloppe budgétaire dédiée aux enquêtes d’opinion multiplier par 4 par rapport à l’année passée. En 2010, le budget sera constant, soit de 3,9 millions d’euros. Le gouvernement a également décidé d’augmenter les crédits dévolus aux sondages dans certains de ses ministères (Agriculture +39% ; Education Nationale +60% ; etc). Bizarrement, explique le Canard Enchaîné, aucune évaluation globale des dépenses de communication des différents ministères n’a été fournie aux parlementaires lors de l’examen du budget 2010.

Quand les députés de l’opposition ont demandé une enquête parlementaire, la Garde des Sceaux s’est immiscée dans le débat, affirmant que cela serait contraire au principe de séparation des pouvoirs. Bernard Accoyer a peu apprécié la démarche de Michèle Alliot-Marie, et s’est réfugié derrière la Commission des Lois de l’Assemblée, qui a donc enterré le projet ce jeudi.

Maintenant que l’affaire est « sortie », que craint donc l’Elysée ? D’après le Canard Enchaîné, la Présidence a peur que des parlementaires trop curieux révèlent la seconde face du sondage : nombre de sondages commandés aux frais du contribuable auraient dû être réglés par l’UMP. L’hebdomadaire cite quelques exemples, comme ce sondage sur Roger Karoutchi et Valérie Pécresse pour la tête de liste UMP aux élections régionales en Ile de France, ou cette mesure de popularité des principaux candidats de l’UMP pour les élections européennes.

Justice bafouée ?
Dans le journal Libération du 25 novembre, le journaliste Karl Laske a livré une belle information, l'une de celles qui nous approchent des scandales d'Etat : l’un des témoignages à charge contre le « groupe de Tarnac », du nom de 9 prévenus soupçonnés d’avoir saboté une ligne TGV et arrêtés en novembre 2009, aurait été truqué par la police : le témoin a expliqué avoir signé sa déposition sous la contrainte, et sa déposition a été ensuite antidatée. Cette révélation coïncide avec l’interpellation d’une personne à Tarnac, mardi 24 par la sous-direction anti-terroriste de la police judiciaire. A force de recoupements, les avocats de la défense affirment que Jean-Hugues Bourgeois, témoin identifié et le témoin anonyme « n°42 » ne font qu’un. Ils constatent également que M. Bourgeois n’a pu tenir son témoignage le 13 novembre, comme indiqué sur le procès-verbal. "On est au-delà du fiasco judiciaire, on est dans le scandale d'Etat", a critiqué l’un des avocats, M° William Bourdon : "On est dans la présomption très sérieuse de falsification de preuves".
Selon «les dires du témoin anonyme», «l’ensemble de son témoignage, recueilli le 14 novembre 2008 à 9 heures, ne refléterait pas ses déclarations», relèvent les avocats de la défense dans un courrier au juge Thierry Fragnoli. Le témoin sous X, «maintenant identifié», a indiqué «avoir signé sa déposition sans la lire» et s’être «associé à cette supercherie sous la pression des policiers», résument-ils.
Ces informations font désordre pour la thèse défendue par le gouvernement. Depuis le début de l’affaire, les accusations de terrorisme, rapidement lancées par les autorités dès l’arrestation des neuf de Tarnac, n’ont pu être étayées publiquement. Après des mois de détention, Julien Coupat, le « leader » de la bande, a été libéré en mai dernier. En septembre, les avocats de la Défense remettaient de nouvelles observations sur les incohérences des thèses policières.

Fichiers incontrôlés
Mercredi sur France Inter, Eric Besson justifiait son absence de statistiques (notamment sur les régularisations « humanitaires » de sans-papiers ou sur les « mariages gris ») par l’extrême rigueur du processus d’autorisation de tels fichiers par la CNIL. Il paraît donc qu'en Sarkofrance, il reste difficile de créer des fichiers. Vraiment ? A l’Assemblée Nationale, l’UMP va faciliter la tâche du ministre, comme de ces collègues. Le gouvernement sera prochainement en mesure de créer des fichiers, par simple arrêté, pour toutes sortes de finalités aux contours mal précisées.

Les députés Delphine Batho (socialiste) et Jacques-Alain Bénisti (UMP) avaient proposé un projet de loi, adopté à l’unanimité le 16 juin dernier par la commission des lois de l’Assemblée, qui imposait de passer par la loi pour autoriser la création de tout fichier relatif à la sécurité publique, la prévention, la recherche, la constatation ou la poursuite des infractions. Il s’agissait d’éviter de nouveaux EDVIGE. Patatras ! Un dimanche d’octobre dernier, le gouvernement publie deux décrets créant deux nouveaux fichiers sécuritaires, sans crier gare. Les députés UMP se couchent. Jeudi 19 novembre, la proposition de loi Batho/Bénisti est rejetée à l’Assemblée. Pire, le même Bénisti fait adopter mardi 24, en commission des lois, des amendements à une proposition de loi dite "de simplification et d'amélioration de la qualité du droit" qui sera votée mardi 1er décembre, et qui libèrera le gouvernement de tout passage législatif pour la création

Ami Sarkozyste, où es-tu ?




Pôle Emploi et son logo à 500 000 euros

Lundi, Nicolas Sarkozy a eu quelques mots ironiques contre les "créatifs" de la publicité qui ne savent plus quoi inventer. Au moins, la nouvelle dénomination "pôle emploi" est "concrète". Le Monarque se moquait même des "logos" auquel on aurait échapper...

Le logo de pôle emploi a coûté 500 000 euros aux contribuables.

C'est concret.



26 novembre 2009

Eric Besson, symbole de la droite recomplexée

Mardi, l'humoriste Stéphane Guillon a tourné en ridicule, avec une violence et une efficacité rares, le ministre de l'immigration. Eric Besson était, quelques instants plus tard, l'invité de Nicolas Demorand. En quelques semaines de surexposition médiatique, Eric Besson est devenu un épouvantail que l'on n'écoute plus, le symbole d'une droite recomplexée.

Eric BESSON est maltraité. Lundi, l’UMP est venue à sa défense, en la personne de Xavier Bertrand, son secrétaire général, qui a fustigé les « insultes » soit-disantes proférées par des responsables socialistes à son égard.

La guerre verbale entre l’UMP et le Parti Socialiste sur le sort à réserver aux travailleurs sans-papiers en grève est tristement cocasse. Nicolas Sarkozy a crié mardi son hostilité contre toute « régularisation globale ceux qui n'ont pas de papiers», une proposition qu’il est seul à avoir entendu. Eric Besson, mercredi sur France Inter, a dénoncé le comportement «irresponsable » de Martine Aubry qui, la veille, avait demandé une régularisation « large » des sans-papier. Mais la première secrétaire avait assorti sa position d’une réserve : les régularisations devraient se faire au cas par cas, sur dossier. Des deux côtés, l’hypocrisie est manifeste. On s’insulte et s’insurge, alors que les positions ne sont pas, sur ce sujet précis, si éloignées que cela.

Mercredi, Eric Besson a été violemment interpelé, d’abord avec humour par Stéphane Guillon, puis avec gravité par le journaliste Bernard Guetta, sur ses récentes prises de positions contre les « mariages gris ». Le ministre avait sorti ce nouveau gadget il y a quelques jours, ces «escroquerie sentimentale à but migratoire» selon ses termes: des hommes immigrés sans papier séduisent de jeunes françaises (« les femmes en sont souvent les victimes » expliquait Eric Besson). Bernard Guetta lui a posé l’une des seules questions qui vaillent : « comment un gouvernement peut-il juger de la sincérité d’un mariage ? » Nicolas Demorand a renchérit : avez-vous des chiffres ? Non. Aucun. Pure fantasme sécuritaire d’un ministre qui veut débusquer le clandestin sournois jusque dans les lits… Le Syndicat de la Magisture avait déjà dénoncé ces déclarations du sinistre Besson « laissant entendre que l’échec du couple repose nécessairement sur l’intention malveillante du conjoint étranger».

Eric Besson voulair aussi se féliciter du "succès" du débat sur l'identité nationale: pensez-vous, sur 25 millions de ménages français, 35 000 contributions ont été "postées" sur le site créé à cet effet. Pour atteindre ce chiffre, il a fallu mobiliser jusqu'au président lui-même. Et, à chaque interview politique de n'importe quel responsable UMP, la même question revient: "mais pourquoi donc en parler maintenant si ce n'est à cause de la proximité des élections régionales ?". Eric Besson ne se sort pas de ce "débat sur le débat". Un sondage révèle l'absence de clivage sur l'identité nationale: liberté, égalité, fraternité, laïcité, langue française, les Français interrogés répondent massivement par des évidences qui ne suscitent aucun débat, aucun questionnement. Pire, les questions suggérées par Eric Besson aux préfets et sous-préfets, qui organisent à compter de cette semaine les premières réunions "locales" avec les "forces vives" de la nation, suscitent la polémique, tant les fantasmes du ministre surgissent ça et là.

Quelques 5 400 travailleurs clandestins sont en grève, selon la CGT. Le 1er mars prochain, se profile une « journée sans immigré », où un collectif appelle les immigrés en France, légaux ou pas, à cesser toute activité (travail et consommation). Mercredi, Besson a annoncé la publication d’une circulaire à destination des préfets qui définit les critères pour « exceptionnellement » régulariser le séjour des salariés étrangers. Sur 5 400 grévistes, seuls un millier environ seraient régularisables selon les services du ministère de l’identité nationale : «l'estimation de mes services - elle est aléatoire car, par définition, c'est du cas par cas - c'est que cela pourrait être un millier de personnes». Effectivement, on pourrait croire que le ministre a défini ces critères, non pas en fonction de leur justesse intrinsèque, mais en fonction de l’affichage final escompté par le ministre – pas plus d’un millier d’admissions : «Les critères précis peuvent être l'ancienneté du séjour en France, qui doit être au moins égale à cinq ans, il faut exercer un métier dit en tension, soit dans le métier, soit dans la zone géographique (...) l'ancienneté dans l'entreprise qui doit être égale ou supérieur à 12 mois, la nature de la promesse d'embauche qui doit être supérieure à 12 mois, l'intégration du demandeur». En d’autres termes, un clandestin qui accumule depuis des années des petits boulots précaires, même déclarés et soumis à cotisations et impôts, sera donc exclu de ces mesures de « clémence ». Un responsable CGT a justement fait remarquer que «cela signifie que le gouvernement a pris l'option de maintenir des travailleurs sans droit pendant cinq ans et qu'il accepte que les patrons, comme Bouygues, Veolia, les restaurants Costes, KFC, Suez, il faudrait les citer tous, puissent par le jeu de la sous-traitance et de l'intérim, avoir des salaries sans droit pendant cinq ans». Eric Besson parle d'approche "humanitaire". Vraiment ?

Un Arménien, papa de deux enfants mais clandestin, a été expulsé manu militari, bâillonné et menotté, mercredi 18 novembre au matin, rapportait RESF hier. Un égyptien, clandestin également, vivant en France depuis 1998, avec femme et enfants (âgés de 2, 4 et 5 ans), a été interpellé et mis en rétention le 13 novembre dernier. Cet égyptien est devenu clandestin, quand le renouvellement de ses papiers lui a été refusé. Son expulsion est prévue dimanche 29 novembre.

Coïncidence des dates, le film WELCOME de Philippe Lioret, qui avait alimenté la polémique, en février dernier, sur le délit de solidarité, a été récompensé du prix LUX du Parlement européen mercredi 25 novembre. Il va bénéficier d’une bourse de 87 000 euros afin d’être sous-titrer dans les 23 langues officielles de l’Union Européenne. Une façon de montrer dans l’Europe entière les ravages de la politique du chiffre en vigueur en Sarkofrance.

Depuis des mois, la droite est recomplexée en Sarkofrance: l'emploi s'effondre, la gestion budgétaire est désastreuse, les polémiques éthiques ruinent son crédit, les annonces multiples mais sans lendemain impatientent l'électorat. Mercredi, le Canard Enchaîné révélait ainsi qu'une mésanventure du fiston d'Eric Woerth avait coûté sa carrière à un douanier en faction. ce dernier, absent de son poste quand le fils du ministre revenait de soirée, a été sanctionné pour "atteinte à la réputation de la fonction publique". Lundi puis mardi, Nicolas Sarkozy parlait dans le vide, avare de propositions faute d'idées et de résultats, devant les cadres d'un pôle emploi engorgé puis en banlieue, sur le thème de l'insécurité.

Confondre l'annonce avec l'action, l'anecdote avec la réalité, voici deux travers de Sarkofrance que Eric Besson peine à dépasser. Sarko-mimétique, le ministre est devenu un symbole, celui de l'échec au pouvoir.


SKF ou le nouveau gachis humain ?



25 novembre 2009

Sarkozy, président insécuritaire


«J'ai bien l'intention de continuer à appeler un voyou, un voyou, une racaille, une racaille. Ce n'est pas un mot qui est insultant, ce qui est insultant c'est de se comporter comme un voyou.» Nicolas Sarkozy, 14 avril 2007.

Deux ans et demi plus tard, le président peine à cacher que la délinquance violente croît depuis 2002, et que son plan de réduction de la Fonction Publique va supprimer des postes de policiers.

Hier, Nicolas Sarkozy s'est ainsi déplacé à Epinay-sur-Seine, Bobigny puis Perreux-sur-Marne, en banlieue parisienne, pour "agir-pour-la-securité-des-Français". Hier, nous étions en 2009, pas en 2002, mais seul Nicolas Sarkozy semblait l'ignorer. Il travaille, ou plutôt communique depuis sept ans sur le sujet. Il paraît même que la lutte contre la délinquance fait partie de son "ADN politique".

Fadela l'inutile
Dimanche, la pauvre Fadela Amara était l'invitée de Dimanche+. Anne-Sophie Lapix lui demande, arguments à l'appui, si elle digère bien l'échec de son plan banlieue. Piteuse, Fadela Amara reconnaît un temps les difficultés, puis met en avant les "549" quartiers qui font l'objet d'une rénovation urbaine. "549 quartiers" ? De quoi parle-t-on ? "Plan anti-glandouille", selon les propres termes de la secrétaire d'Etat en août 2007, ou Plan Marshall pour les banlieues, selon le candidat Sarkozy pendant la campagne, les mesures en faveur des banlieues sont restées coûteuses et ridicules.

En avril 2007, Nicolas Sarkozy, candidat à la présidentielle, avait promis un "Plan Marshall 2" pour les banlieues, qui devait offrir «une formation, un emploi, une rémunération, un travail» à 250.000 jeunes des quartiers. Deux ans et demi plus tard, on sait grâce à la cour des comptes que la secrétaire d'Etat à la Ville a engagé 34 millions d'euros, à 70% auprès d'entreprises privées, voici un an, pour placer en formation ou trouver un emploi pour 45 000 jeunes. Un an plus tard, le bilan reste maigre : 1160 jeunes ont été casés.

Fadela Amara, mardi, s'est sentie obligée de réagir aux révélations du quotidien Libération, sur les violences policières subies par un étudiant d'origine maghrébine après le match Algérie-Egypte il y a une semaine. C'est sans doute le seul rôle qui lui reste. Le témoignage.

Sarko l'inefficace
Mardi, Sarkozy s'est donc "saisi" lui-même des problèmes d'insécurité. C'est normal. Les élections approchent. Et son ministre de l'intérieur est ... nul. Sur place, Nicolas Sarkozy a évoqué, évidemment, l'identité nationale française. Il n'a pas osé poser l'une des questions phares et fétiches du guide adressé par Eric Besson aux préfets et sous-préfets pour organiser les débats: « Comment éviter l’arrivée sur notre territoire d’étrangers en situation irrégulière, aux conditions de vie précaires génératrices de désordres divers (travail clandestin, délinquance) et entretenant, dans une partie de la population, des suspicions vis-à-vis de l’ensemble des étrangers ? ».

Mais il a eu d'autres formules. Il est arrivé dans des quartiers bouclés par des forces de sécurité dignes d'un mauvais film d'anticipation sécuritaire. Il a parlé, puis est reparti. Sarkozy sur le terrain parle mais n'écoute pas. L'espace de quelques visites, le Monarque a grondé, tonné, crié ses intentions. Problème d'année, problème d'époque, Nicolas Sarkozy n'est plus candidat, mais président, et même ministre de la Sécurité Publique depuis 2002. Le discours n'est plus crédible. La délinquance n'évolue que dans les discours du président. Les proches du président répètent à l'envie les arguments concoctés par la cellule de l'Elysée, sondages à l'appui: il faut s'afficher ferme, trouver quelques nouvelles mesures à chaque mauvaise nouvelle. La boulimie législative est manifeste, ... et manifestement inefficace: peines planchers, abaissement de l'âge pénal, loi anti-bandes, mesure anti-cagoule, création de la DCRI, castration chimique, videosurveillance, peines de sûreté, extension du TASER aux polices municipales, détection des comportements délinquants à l'école maternelle, couvre-feu pour les mineurs, ... Quelle sera la prochaine invention sarkozyenne ? Le marquage électronique des délinquants condamnés, un GPS incrusté dans l'épaule ? Les parquer dans des banlieues-guettos ? Sarkozy prépare-t-il un scenario à la Banlieue 13 ? Les classes populaires devraient penser à autre chose: a-t-on connu un président aussi actif et aussi inefficace ?

Les statistiques de la délinquance sont la preuve récurrente de l'échec sarkozyen. Les violences aux personnes ne cessent de progresser depuis que Nicolas Sarkozy a pris le sujet de l'insécurité à bras le corps: moins de 350 000 actes en juillet 2003, 454 318 en juillet 2009. En octobre dernier, les attaques contre les personnes ont encore augmenté (+3,75% par rapport à l'année précédente). Mais le Monarque a choisi ses quatre thèmes de prédilection pour les prochaines campagnes : immigration et identité nationale, insécurité et fiscalité.

Mardi, Nicolas Sarkozy a joué de sa grosse voix qui fait désormais sourire ou pleurer. Sans surprise, il a fait coup double : il est parvenu à glisser l'immigration dans un déplacement sur le thème de l'insécurité. Bravo l'artiste ! ««Je ne veux pas faire d'amalgame odieux entre immigration et sécurité. Mais tant que je serai Président, il n'y aura pas de régularisation globale des sans-papiers (...), je ne l’accepterai jamais parce que c’est contraire à l’idée que je me fais des valeurs de la République». Le député socialiste Bruno Le Roux, de Seine-Saint-Denis,a rappelé au monarque, par médias interposés, que «personne ne demande de régularisation massive».

Le voici aussi qui fustige les opposants aux caméras de surveillance, haussements d'épaules et sourcil relevé comme à son habitude : «Que ceux qui sont contre la vidéo protection le disent! Qu'ils disent qu'ils enlèveront les caméras de leurs régions s'ils sont élus...». Curieusement, Sarkozy répète qu'il souhaite faire porter à 60 000 le nombre de caméras d'ici 2011. En 2007, il faisait la même promesse, mais pour 2009. Surtout, personne ne connaît actuellement le nombre de caméras, légales ou pas, installées en Sarkofrance.

Il a enfin expliqué qu'il attaquerait la délinquance sur le terrain fiscal: "Je suis venu pour vous dire que nous allons prendre toutes les mesures nécessaires, tous ces messieurs qui ne travaillent pas et qui ont de belles voitures devront s'expliquer". "Tous ceux qu'on prendra pas sur le fait, on les prendra par les éléments de train de vie, les voitures, les montres..." Qu'attendait-il pour cela ? On ne sait pas. Sans doute l'approche d'une élection. Nicolas Sarkozy est ainsi: on pouvait croire que ses mesures seraient efficaces, elles ne le furent pas. Et si elle l'étaient, on se demande pourquoi il les distille au compte-goutte depuis 2002 autrement que pour faciliter ses réélections.

A l'Assemblée Nationale et ailleurs, certains députés têtus se demandent pour le gouvernement réduit encore les effectifs de police, comme ceux, par exemple, de la protection judiciaire de la jeunesse.


La couardise à l'Elysée

Vendredi dernier, Nicolas Sarkozy s'est exprimé devant quelques centaines de maires. Il s'était dérobé à l'"épreuve du Congrès" devant 12 000 maires...



24 novembre 2009

Chômage, sans-papier, santé, Sarkozy est-il débordé ?


Personne n'en parle, ou si peu. Le chef de l'Etat a choisi de porter le fer sur des sujets connexes, clivants et symboliques, comme l'identité nationale. Une façon d'éviter les vrais sujets. Lundi, l'UMP s'était donnée le mot pour fustiger les "insultes" du Parti Socialiste contre Eric Besson.

Pôle Emploi est débordé
Dimanche, Hervé Novelli, le secrétaire d'Etat aux PME, a dû reconnaître que nombre d'autoentrepreneurs ne travaillent pas. Depuis le lancement du dispositif, le gouvernement feint de confondre le nombre d'auto-entrepreneurs déclarés avec des créations d'emplois. On compte 242 000 inscrits, mais seuls 40% des concernés déclarent une activité réelle. Hervé Novelli a indiqué que le chiffre d'affaires moyen déclaré, pour ceux-là, atteint "autour de 4.000 euros par trimestre", soit "autour de 1.400 euros par mois".

Lundi, Nicolas Sarkozy s'est exprimé devant 1 700 cadres de pôle emploi, en compagnie de Xavier Darcos et de Laurent Wauquiez. Le président français a donc exprimé sa «reconnaissance » et son « admiration » pour le travail accompli. Ceux qui attendaient des annonces, notamment en termes de moyens, en sont pour leur frais. Pas un mot non plus sur le récent rapport qui souligne combien la sous-traitance de la gestion de certains chômeurs à des entreprises privées est coûteuse et inefficace. Lundi, Sarkozy ne venait qu'avec de belles paroles dans sa besace : «Vous êtes en première ligne» ; «je veux vous dire ma reconnaissance, et même mon admiration» ; «vous êtes au coeur de la stratégie» ; «merci pour le travail qui est le vôtre». Le Monarque a répété son hostilité contre le « partage du travail » (une façon d'occulter tout débat sur la défiscalisation des heures supplémentaires qui décourage les rares recrutements) et les pré-retraites. En janvier dernier, il avait dû battre en retraite sur le sujet, en annulant la suppression de la dispense de recherche d'emploi pour les préretraités de 58 ans. Sarkozy s'est aussi félicité de l'efficacité de son gouvernement, avec ses « 650 000 » personnes ayant bénéficié de l'exonération totale de charges sociales cette année.

Aucune autocritique à l'horizon. La fusion de l'ANPE et des ASSEDIC, décidée quand la crise démarre, en septembre 2008, devait faciliter le traitement des demandeurs d'emplois, et favoriser la constitution de guichets uniques. Faute de moyens et à cause de l'envolée du chômage, le système est engorgé. Actuellement, chaque conseiller suit en moyenne plus de 94 chômeurs, alors que le gouvernement tablait sur une fourchette comprise entre 30 et 60. Un conseiller de Pôle Emploi sur cinq s'occupe de plus de 130 demandeurs d'emploi. Qui a dit que pôle emploi n'était pas engorgé.

Si prompt à promettre, le président est resté cette fois-ci avare de toute annonce concrète : il est "prêt" à discuter de moyens supplémentaires... Cela fait près d'un an que les salariés de pôle emploi sont prêts...

Les sans-papiers sont exploités
Dimanche dernier, Xavier Darcos, ministre du travail, puis Eric Besson, ministre de l'identité nationale, ont lancé une charge contre le travail illégal. Besson a promis une nouvelle loi. Les deux ministres sont en fait bousculés sur le sujet depuis des lustres. Des sans-papiers manifestent régulièrement contre leurs conditions de travail. Près de 1500 d'entre eux sont en grève depuis 5 mois dans 1 800 entreprises. Des cas honteux, chez des prestataires de la RATP, de la SNCF, dans des restaurants luxueux, voire sur un chantier présidentiel, en 2008, à la résidence de La Lanterne, ou à Paris, au centre Kléber, ont été régulièrement mis à jour. Des syndicats CGT, CFDT, SUD et FSU soutiennent leurs demandes de régularisation.

Xavier Darcos, de son côté, botte en touche. Dimanche, il a refusé de se prononcer sur ces demandes : « Ma mission n'est pas d'intervenir dans la question de la régularisation, mais de combattre le travail illégal sous toutes ses formes. » le ministre a également répliqué, dimanche, qu'il lançerait un plan d'ensemble contre le travail au noir. Le dispositif prévoira la possibilité de fermeture administrative des établissements employant des étrangers en situation irrégulière, une décision attribuée aux préfets ; la suspension des exonérations de charges sociales chez les « donneurs d'ordre ». A lire les déclarations du ministre, on sent poindre la tartufferie. Xavier Darcos a pris soin de préciser dans quel cas il voyait normal de fermer l'établissement d'un employeur de sans-papiers : «S'il est avéré que l'activité de l'entreprise est construite autour du travail illégal ou de l'emploi de travailleurs étrangers sans titre de travail, on pourra fermer administrativement cette entreprise ».

Eric Besson est également régulièrement pris en défaut sur sa timidité à agir contre les employeurs de sans-papier. Depuis sa création, le ministère de l'immigration est plus actif contre les sans-papiers que leurs employeurs. En 8 mois de présence à son ministère de l'immigration, Besson n'a pu relever que 1 500 contrôles d'entreprise. Dimanche, le ministre a lui aussi annoncé de prochaines mesures sur le sujet, sous la forme d'un projet de loi de "lutte contre les abus". Aux deux sanctions proposées par son collègue Darcos, il ajoute «l'inéligibilité à tout appel d'offres public ou privé de toute entreprise qui aurait employé» des sans-papiers, une majoration des amendes à l'égard des entreprises fautives et le «remboursement des aides publiques ». Ni Darcos ni Besson n'acceptent donc la régularisation des travailleurs sans-papiers.

A gauche, on critique l'absurdité de la proposition gouvernementale. Martine Aubry et Vincent Peillon se sont déclarés favorables à la régularisation. Olivier Besancenot a eu les mots justes : "Il faut être un peu sérieux : on va fermer quoi ? Bouygues, la RATP ? C'est une blague !", a-t-il déclaré sur i-Télé lundi 23 novembre. "La seule solution c'est la régularisation des sans-papiers". La CGT critique cet artifice législatif : "ça (ne) sert à rien » a expliqué sur France 2 Francine Blanche, secrétaire confédérale de la CGT. "On ne peut pas mettre dans le même sac un grand donneur d'ordre et des petits employeurs qui sont les boucs émissaires de cette affaire, et faire peur à des employeurs individuels qui ont besoin de nounous pour leurs enfants". Il est une déclaration qui a été peu relayée : Christian Charpy, le directeur de pôle emploi, a rappelé que ses services étaient en mesure d'indiquer aux entreprises qui en feraient la demande si un employé immigré avait ses papiers en règle ou pas. Pôle emploi, annexe du ministre de l'immigration ?

Un collectif propose le boycott économique du pays, l'espace d'une journée. Une "journée sans immigré, 24 heures sans nous", fixée le 1er mars prochain, pour rappeler à chacun les apports essentiels de l'immigration. La démarche, qui rencontre un franc succès sur internet, percute le débat faussement identitaire lancé par le ministre Besson.
Le 1er mars 2005 est entré en vigueur le «code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile» (CESEDA), plus communément appelé le code des étrangers. Cette loi symbolise une conception utilitariste de l’immigration, en d’autres termes, une immigration choisie sur critères économiques. Nous ne pouvions trouver de meilleur jour pour appeler à « une journée sans immigrés ». Nous, immigrés, descendants d’immigrés, citoyens conscients de l’apport de l’immigration à notre pays, sommes tous des consommateurs et nous participons quotidiennement à la croissance de notre pays.

Notre action citoyenne a pour objectif la mise en valeur de l’apport de chacun d’entre nous à la prospérité générale. Nous avons tous le pouvoir d’agir sur notre avenir alors, prenons-le !

Le 1er mars 2010 : Agissons en cessant de consommer et/ou de travailler.

Durant 24 heures, participons à la non-activité économique dans les entreprises, dans les associations, dans la fonction publique, dans les écoles et les lycées, dans les universités, dans les hôpitaux, dans les associations, dans les commerces, dans l’industrie, dans le bâtiment, dans l’agriculture, dans les services, dans les médias, dans la politique…

Pour la première fois en France, nous décidons de ne pas participer à la vie de la Cité. Par cette absence, nous voulons marquer la nécessité de notre présence.
Les paradis fiscaux changent de nom
Dans son combat symbolique contre les paradis fiscaux, le gouvernement tente de faire bonne figure : il a introduit quelques nouvelles mesures dans son « collectif budgétaire » examiné ces derniers jours pour l'année 2009. Exercice de sémantique, un paradis fiscal est désormais un Etat ou un territoire non membre de l'Union européenne qui n'a pas signé avec la France une convention d'assistance administrative avant le 1er janvier 2010. Ainsi, le Luxembourg, membre de l'UE, n'est pas visé par ces nouvelles dispositions.

Parmi ces mesurettes, le taux de retenue à la source sur les dividendes, intérêts et redevances versés à des bénéficiaires établis hors de France est porté à 50% quand ces bénéficiaires habitent dans des pays "non coopératifs" . Ce taux varie de 12% à 33% actuellement.

Autre nouveauté, les charges d'intérêts, redevances, ou rémunérations de services payées ou dues par un résident français à un opérateur situé hors de France ne seront plus déductibles des impôts si leur bénéficiaire bénéficie d'une « fiscalité privilégiée ». Le gouvernement est cependant prudent : cette disposition n'entrera en vigueur que... le 1er janvier 2011. Le régime «mère-fille», qui permet à une société mère de défiscaliser ces profits par le versement de dividendes de ses filiales à son profit, sera exclu si la filiale est établie dans un paradis fiscal.

Le gouvernement a dû également faire un petit pas vers les recommandations de la Cour de justice européenne. Cette dernière exigeait que les groupes français incluent dans leur résultat imposable ceux de leurs filiales détenues à 95% mais indirectement par l'intermédiaire de sociétés établies hors de l'UE. Le régime français limitait l'intégration fiscale, sous certaines conditions, aux seules sociétés établies en France. Désormais, le régime va autoriser l'interposition entre une société mère et ses filiales d'une société située dans un autre Etat de l'UE.

La santé coûte plus cher
Une étude intitulée " Dépense de santé et budget des ménages : évolution depuis 2001 " sera dévoilée le 25 novembre prochain. Les Echos en publié quelques extraits il y a quelques jours. Roselyne Bachelot, tout occupé à vendre les 94 millions de doses qu'elle a commandé cet été contre la grippe A, aura sans doute quelques mots de commentaires. Malgré l'absence de réforme majeure (exception faite des déremboursements récurrents comme les nouvelles franchises médicales mises en place par Nicolas Sarkozy en janvier 2008), à cause d'une inflation du coût des soins et des médicaments, les Français ont subi de plein fouet une augmentation régulière et douloureuse des frais des santé restant à leur charge: +50% depuis 2001 ! "Cette augmentation est généralisée, quel que soit le mode de couverture (individuel ou collectif), le profil de l'assuré (jeune, famille, senior), le niveau de revenu ou la localisation", note Les Echos. "On observe un creusement très net des inégalités : entre individuel et collectif ; entre actifs et seniors ".

Bref, la santé pèse plus cher, et les ménages modestes sont les premiers touchés. Pourtant, en Sarkofrance, on parle "déficit" et "déremboursements", jamais remise à plat de la solidarité sanitaire.

Santé, chômage, ou sans-papiers, la Sarkofrance choisit ses sujets et élude les autres.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

La solution de Sarkozy contre les délocalisations



23 novembre 2009

Où va la justice en Sarkofrance ?


Il y a quelques jours, un classement plaçait la France en 24ème position des pays les moins corrompus, en chute de 7 places en l'espace de 2 ans. Les constats d'inquiétude se multiplient sur la situation de la justice française.

La corruption française
L'association Transparency International considère que la France est un pays plus corrompu que les Barades, Sainte Lucie ou le Quatar. Nous sommes à peine mieux loti que le Chili et l'Uruguay. Belle performance. Notés sur 10, les pays les plus vertueux sont la Nouvelle-Zélande (9,4), le Danemark (9,3) et Singapour (9,2). La France obtient un pénible 6,9/10. Cet indice "évalue la perception, par les milieux d'affaires internationaux, du niveau de corruption affectant les administrations publiques et la classe politique de 180 pays", explique l'ONG.

La même association avait été déboutée de sa plainte contre les détournements de fonds de chefs d'Etat africains en France il y a quelques semaines. L'un des accusés, le défunt président Omar Bongo a été remplacé par son fils Ali, lors d'une élection contestée. Ali Bongo a été reçu en grandes pompes par Nicolas Sarkozy vendredi dernier.

Les réformes judiciaires encouragent-elles la corruption ? C'est l'avis de Corine Lepage. On peut effectivement citer, pêle-mêle, la future suppression du juge d'instruction; la suppression des chambres régionales des comptes (qui auditaient, en proximité, la tenue des comptes publics des collectivités locales); la remontée des seuils des marchés publics pour les appels à la concurrence, sous prétexte de relance économique ; et la faiblesse des moyens de l'institution judiciaire, engorgée par un boulimie législative à laquelle Nicolas Sarkozy a largement contribué depuis 2002.

Le récent examen du budget 2010 ne rassurera personne. La justice disposera, en 2010, d'un budget de 6, 859 milliards d'euros. La Garde des Sceaux se félicite d'une hausse de ... 3,42% de ses moyens l'an prochain, et du recrutement de 1 030 agents supplémentaires. Ces chiffres ne changent pas le constat: La France reste l'un des pays qui consacre la plus faible part de son budget à la justice, soit 53 euros par habitant (données 2006), à comparer aux 99 euros des Pays Bas, aux 109 euros des Allemands, ou aux 58 euros espagnols... La France se situe dans les derniers rangs européens sur la plupart des critères : l'aide judiciaire légale se chiffre en moyenne à 335 euros (contre plus de 1100 euros au Royaume Uni); elle ne dispose que 12 juges professionnels pour 100 000 habitants (contre près de 25 en Allemagne).

L'appel des juges européens
La suppression du juge d'instruction inquiète. D'après les dernières informations, rapportées par la presse, sur les réflexions en cours au sein de l'exécutif, le futur "juge de l’enquête et des libertés" (JEL) devra “garantir le déroulement contradictoire de la procédure et la manifestation de la vérité par des investigations effectuées à charge et à décharge, en statuant sur les demandes formées par les parties qui n’ont pas été acceptées par le procureur de la République”. Il pourra être saisi par la défense du mis en cause ou par les parties civiles. Et si le parquet a refusé des actes d’investigation, "le JEL pourra ordonner à celui-ci de s’exécuter", rapportait Le Monde il y a quelques jours.

Les débats se portent jusqu'au sein du gouvernement: à l'étroit dans son placard gouvernemental, l'ancien socialiste Jean-Marie Bockel, devenu secrétaire d'Etat à la Justice en juin dernier, a été recadré par sa ministre de tutelle. Bockel avait expliqué qu'il souhaitait la création d'un "juge de l'instruction". Un exercice de sémantique qui n'a pas plu à Michèle Alliot-Marie : il "se pliera aux arbitrages", a-t-elle répliqué le 15 novembre dernier. A propos des inquiétudes sur l'indépendance des instructions, la ministre fait l'autiste, et rabache l'argument sarkozen: "Le remplacement du juge d'instruction par un juge de l'enquête et des libertés, qui est aussi un juge du siège ayant les mêmes garanties d'indépendance et plus de pouvoir que le juge d'instruction, doit être vu globalement".

Les conseils des juges et procureurs des 47 pays du Conseil de l'Europe ont rendu public, vendredi 20 novembre, un avis commun sur l'indépendance des procureurs, à quelques mois de la suppression du juge d'instruction en France. L'avis est une sévère mise en garde contre la réforme sarkozyenne. Il est sans appel: "Les procureurs doivent être indépendants et autonomes dans leurs prises de décision et doivent exercer leurs fonctions de manière équitable, objective et impartiale."

Les signataires ont pris la peine de préciser ce que devait signifier, dans les textes et dans la pratique, l'indépendance des procureurs. On est loin des belles déclarations d'intention du pouvoir français: "Le statut des procureurs doit être garanti par la loi, au plus haut niveau, à l'instar de celui des juges. (...) Ils ne doivent pas être soumis dans l'exercice de leurs fonctions à des influences ou à des pressions de toute origine extérieure au ministère public." (...) "Leur recrutement, leur carrière, leur sécurité de fonction, y compris le déplacement de fonction qui ne peut être effectué que conformément à la loi ou soumis à leur consentement, ainsi que leur rémunération doivent être protégés par la loi"

Lire aussi:

Xavier Bertrand aime bien les communistes chinois.


Dimanche 22 novembre 2009, le secrétaire général de l'UMP était l'invité d'Anne Sophie Lapix, sur CANAL+. L'occasion pour l'obstinée journaliste de questionner Xavier Bertrand sur son rapprochement avec le parti communiste chinois, et d'un échange surréaliste.

Anne-Sophie Lapix : "Est-ce qu'on viole les droits de l'homme en Chine ?"
Xavier Bertrand, sourire coincé, répond : "
C'est à dire ?"
La journaliste répète: "
Est-ce qu'on viole les droits de l'homme en Chine ?"
Xavier Bertrand insiste: "
C'est à dire ?"

Un protocole d'accord a été signé entre l'UMP et le Parti Communiste Chinois en octobre dernier. Un rapprochement dénoncé par certains comme Lionel Luca. Bertrand avait répliqué: "Rien ni personne ne m'enlèveront ma liberté de parole et de ton, comme je l'ai fait notamment à Pékin avec les dirigeants du parti communiste pour parler de liberté religieuse ou d'accès à internet". Rien sur la peine de mort, les tortures, les massacres au Tibet.... ?

«Ce protocole veut dire une meilleure compréhension, une meilleure connaissance et beaucoup plus d'échanges entre le parti communiste au pouvoir en Chine et le parti de droite au pouvoir en France», a expliqué Xavier Bertrand..
Concrètement cela veut dire « multiplier les échanges entre dirigeants mais aussi entre cadres et élus du parti sur de nombreux sujets comme l'environnement ou l'avenir de l'Europe ».

A travers ce protocole, UMP et PCC ont décidé que chaque année « un événement donnerait un relief particulier à ce protocole », une année en Chine une année en France,

« Ce que l'on veut dans cette nouvelle étape du dialogue stratégique » entre la France et la Chine, « c'est que les partis puissent se rapprocher, puissent se parler", a encore précisé Xavier Bertrand.

Source: UMP




22 novembre 2009

Eric Besson, cet incompris

Son débat sur l'identité nationale l'occupe. Eric Besson est ravi. 32 000 contributions ont été postées et validées, après le filtre nécessaire, sur son site internet dédié au "grand débat". Eric Besson donne une longue interview au Journal du Dimanche ce week end. On sent que le ministre souffre d'être comparé aux convertis à la France de Pétain, lui qui se pensait "socialiste" il y a encore peu.

Les propos d'Eric Besson importe paradoxalement peu. Seuls les actes comptes. Samedi, le ministre a énoncé quelques idées :

1. Les élites intellectuelles nient la réalité. C'est un argument traditionnel de l'extrême droite française: "Il y a dans l’intelligentsia éclairée des rémanences bolchéviques... " ou encore: "dans une partie de l’intelligentsia française, la négation des réalités semble être une constante". Les mots sont lâchés. Eric Besson réutilise un vocabulaire des belles années de l'anticommunisme primaire.

2. La France n'a pas besoin d'immigrés, réguliers ou pas. A minima, Eric Besson veut bien importer quelques élites locales. Il oublie de rappeler que les quotas ethniques, par métiers, mis en place par son prédécesseur Brice Hortefeux ont restreint l'immigration régulière à des métiers plutôt manuels et peu qualifiés. "Intérêt au brassage et à l’ouverture, oui. Droit au regroupement familial, oui. Besoin démographique, non. La France n’a pas de raison quantitative d’encourager l’immigration. Mais par exemple en accueillant des étudiants, nous décidons de contribuer à l’éclosion d’élites mondiales, et à notre propre rayonnement. Je tiens à l’immigration légale."

3. Il faut lutter contre la mixité : après les mariages "blancs", Eric Besson, ministre récemment divorcé, tente de promouvoir une nouvelle rumeur, celle des mariages gris : des étrangers séduisent nos jeunes Françaises pour se marier, puis les abandonnent à leur triste sort. Qu'elle est belle la Sarkofrance. "Je défends les mariages mixtes." mais : "’Dans ce qu’on appelle un "mariage gri', un des deux conjoints est sincère, mais l’autre le trompe: il se marie pour entrer obtenir un titre de séjour, pour devenir Français. Son partenaire l’ignore, est utilisé puis abandonné." Le ministre dispose-t-il de statistiques ? Non. Mais la charge est lancée.

4. Les immigrés qui veulent s'intégrer doivent être encore plus Français que les Français: maîtriser la langue, chanter la Marseillaise, etc...

5. Eric Besson ne parle jamais d'un fondement de l'identité française : est Français celui qui paye ses impôts en France. Quand Nicolas Sarkozy a renforcé le bouclier fiscal (en l'abaissant de 60 à 50% des revenus en août 2007), jamais il n'a questionné la nationalité française des évadés fiscaux qu'il entendait faire revenir. Une mesure pourtant simple et très certainement efficace aurait pu être proposée, au lieu de cet inique bouclier fiscal : la déchéance de nationalité française pour tous les évadés fiscaux. Imaginez tous ces apatrides de la fiscalité contraints de demander la nationalité suisse ou luxembourgeoise !



Le Sarkoshow devant les maires de France...



21 novembre 2009

133ème semaine de Sarkofrance : Sarkozy, un boulet à l’Elysée


"J'ai été élu pour affronter les problèmes et tenter de les résoudre, c'est pour ça que j'ai été, et j'irai absolument jusqu'au bout". Ainsi s'exprimait Nicolas Sarkozy, le 20 novembre 2009, calfeutré dans son palais de l’Elysée. En mai 2007, le Monarque se voulait énergique, déterminé et proche du terrain. 133 semaines après son élection à la Présidence de la République, il apparaît hypocrite, répétitif, couard et mal entouré. Nicolas Sarkozy serait-il devenu un boulet pour la France ?

Hypocrite pour l'Europe
La misère institutionnelle de l’Europe s’est rappelée à chacun jeudi dernier. En juillet 2007, Nicolas Sarkozy était grandiloquent sur les ambitions du Traité de Lisbonne : « Grâce au président stable du Conseil européen, élu pour un mandat de 2 ans ½ renouvelable une fois, l'Union aura un visage, l'Union aura une volonté propre. Grâce à un Haut représentant, l'Europe pourra enfin parler d'une même voix face aux grandes puissances mondiales.» L'Europe, enfin, allait parler d'une seule voix. Finies les hésitations, le leadership amoindri par des présidences tournantes toutes les 6 mois. l'Europe allait se doter d'un exécutif fort et stable. On allait voir ce qu'on allait voir. Deux ans plus tard, le Président de l’Union Européenne a été choisi en catimini, entre chefs d’Etat, sans débat ni campagne publics. Et l’heureux "désigné" n’était même pas candidat ! Le gagnant de ce concours électoral sans candidat est donc l’actuel premier ministre belge, un illustre inconnu dénommé Herman Van Rompuy, chrétien-démocrate et consensuel car discret, qui surprendra peut être son monde à en croire la presse... belge. Comme le rappelait Le Soir, cité par Courrier International, il est « tactique, discret, malin et philosophe ». Pour l’instant, il donne surtout l’impression d’avoir été retenu pour éviter de faire de l’ombre aux chefs locaux. L'éditorialiste fédéraliste Alain Duhamel ne s'est pas trompé en qualifiant, vendredi, cette nomination de "bonne nouvelle... pour le couple franco-allemand". Pire, on soupçonne déjà Van Rompuy d’islamophobie.

Et que dire du Haut Représentant aux affaires Etrangères, Catherine Ashton, une travailliste britannique souriante, mais sans expérience ministérielle ni diplomatique ? La déception se lisait partout. Jeudi, Nicolas Sarkozy a dû faire preuve de contorsions sémantiques pour convaincre que ces deux nominations étaient une bonne chose pour la construction européenne: "J'ai toujours pensé qu'il fallait un président fort". Herman Van Rompuy n’est "pas du tout un choix par défaut, ce n'est pas du tout ça". On a bien compris.

L'Europe restera un nain politique pour des années encore.

Couard face aux maires
Mardi, Nicolas Sarkozy s’est dérobé. Comment qualifier autrement son voyage semi-privé en Arabie Saoudite, et son retour, dès le lendemain soir, pour assister au match de l’Equipe de France de football contre l’Irlande au Stade de France, à Saint-Denis ? Le monarque s’est défilé, il n’a pas eu le courage d’affronter les probables sifflets de l’assemblée des maires de France, réuni en Congrès à quelques lieues de son palais élyséen. François Fillon a enfin joué son rôle de premier ministre, avec un mélange de panache et de résignation : celui d’un fusible.

Vendredi, Sarkozy a reçu au calme un échantillon de maires UMP, sagement assis dans un grand salon de l’Elysée. Le Monarque n’était pas content du boycott socialiste : "Quand je vois qu'un parti qui se dit démocratique et républicain boycotte une réunion avec le président de la République (...) comment peut-on travailler ?". Mais quand on voit qu'un président qui se dit réformateur et courageux boycotte une réunion avec les maires de la République, ... comment peut-on travailler ? Sarkozy s’excusa, sur le mode « j’pouvais-pas-j’avais-piscine » ("Je voulais vous présenter mes excuses parce que mardi et mercredi j'étais en Arabie saoudite et au Qatar. Je n'ai donc pas pu, contrairement à mes habitudes, venir à votre congrès"), et il réaffirma qu’il … irait « jusqu’au bout » dans ses réformes des collectivités locales et de la taxe professionnelle. Les élus peuvent toujours causer. Le Monarque « écoute, mais ne tient pas compte » : "On est prêts à discuter avec vous, mais on ne remettra pas en cause les grandes lignes de notre projet."

Le Monarque promit enfin une "conférence nationale pour parler du déficit de la France réunissant l'Etat, la sécurité sociale et les collectivités". S’agirait-il (enfin) de remettre à plat les recettes (i.e. la fiscalité) et les dépenses ? Bien sûr que non. Sarkozy pré-cadre le débat : il fustige les dérives des collectivités locales (majoritairement à gauche). Fidèle à sa vulgate schizophrène, Sarkozy critique l'envolée des dépenses des collectivités locales (de gauche), alors qu'il est le premier à les utiliser pour "magnifier" ses efforts de relance et d'investissement.

On parlera donc dépenses, mais pas des siennes. Faudrait-il encore rappeler que Nicolas Sarkozy a flingué les finances publiques avant même que la crise ne se déclare ? Les comptes même de l'Elysée sont désormais scrutés avec attention, de son avion à 185 millions d'euros - un caprice de Monarque qui se veut planétaire - aux sondages à 3 millions d'euros par an. Ironie du sort, la veille, le Monarque se félicitait de la remise du rapport Juppé/Rocard sur le Grand Emprunt. Jeudi, Juppé et Rocard ont en effet rendu leur copie sur le Grand Emprunt promis par Nicolas Sarkozy en juin dernier : ce dernier sera de 35 milliards d'euros, financés auprès des marchés et non des particuliers (c'eut été trop coûteux). L'emprunt devra servir sept domaines prioritaires: l'enseignement supérieur et la recherche, les PME innovantes, les sciences du vivant, les énergies décarbonisées et la gestion des ressources, la ville de demain, la mobilité du futur, et la société numérique. Fallait-il 5 mois de réflexion médiatisée pour parvenir à des constats aussi triviaux ? En octobre, Sarkozy avait déjà coupé court à une polémique qui agitait son propre camp: le grand emprunt ne sera "que" de 35 milliards maximum, et non de 50 à 100 milliards comme l'espérait Henri Guaino. Mais l'emprunt devient anachronique : l'Assemblée débat depuis des semaines du projet de budget de l'Etat pour 2010 (adopté mardi), qui prévoit déjà quelques 212 milliards de besoin de financement supplémentaire pour l'an prochain !

Sarkozy voulait un discours sans encombre ni sifflet. Il l’a eu. On n’a rien appris. Il ne répond pas aux critiques : pas un mot sur le mode de scrutin retenu – uninominal à un tour pour 80% des futurs 3 000 conseillers territoriaux. Ce dernier favorisera le parti arrivé en tête, et menace la parité. Tout juste lâche-t-il (enfin) un accord de principe, mais sans précision, sur une garantie de péréquation inter-territoires.

Mal entouré
Brice Hortefeux a les honneurs de l'hebdomadaire Marianne. Il est simplement nul. Il peine à masquer qu'il doit réduire les effectifs de police. La semaine dernière, sa célébration des résultats de lutte contre la délinquance a tourné court quand une journaliste lui a souligné que ses services avaient retiré une journée au mois d’ octobre 2009 pour mieux le comparer au mois d’octobre 2008. On s’amuse aussi des plaintes à répétition que Brice Hortefeux porte sans maîtrise. Il va finir par engorger les tribunaux : cette semaine, il a porté plainte contre une fausse lettre selon laquelle le ministre souhaiterait faire retirer les panneaux avertissant de la présence de radars fixes. Il a aussi « déposé plainte au pénal » contre la société qui a organisé une distribution de billets pour se faire de la pub. On s’étonne de son absence de commentaire sur la garde à vue de l’un de ses collègues de l’UMP, Basile Boli. L’ancien footballeur, secrétaire nationale de l’UMP en charge du « développement solidaire », est soupçonné d’avoir chargé les comptes d’une association qu’il préside. Basile Boli était l'un des alibis humanitaires de Brice Hortefeux quand il était ministre de l'identité nationale. Vous voyez qu'il croit au développement solidaire ! On voit, on voit...

Laurent Wauquiez, son collègue à l’emploi, n’est pas en reste. Depuis des semaines, il tente de prouver qu'il sert à quelque chose. Emporté dans son élan, il lâche des chiffres invérifiables et souvent faux, mélange les dispositifs et embrouille les opinions. Mardi, il fanfaronnait ainsi sur l'efficacité de ses mesures contre le chômage : "nous avons déjoué toutes les prévisions !" Il y a à peine un an, ce secrétaire d'Etat était le promoteur du dispositif d'offre raisonnable d'emploi, entré en vigueur au plus fort de la crise, en octobre 2008; en février, il défendait la distribution de chèques emploi services aux ménages modestes décidée par Nicolas Sarkozy après les manifestations monstres de janvier, un dispositif que le gouvernement limita finalement à une poignée de chômeurs; en mai dernier il soutient l'assouplissement des règles de prêts de salariés, ce qui permet de contourner les droits des salariés; en juillet dernier, il a faisait financer par le pôle emploi le permis de conduire de 0,006% des chômeurs; mardi, il a été contraint d'avouer que le nouveau dispositif gouvernemental d'activité partielle de longue durée qui augmente l'indemnisation des salariés en chômage partiel ne concerne que 15% des 319 000 salariés affectés.

Luc Chatel a aussi raté une occasion de se taire. Le week-end dernier, la sexualité des jeunes filles s’est invitée dans le débat politique. Luc Chatel a bloqué la distribution du Pass Contraception proposé par Ségolène Royal en Poitou-Charente, au motif que seul le Planning familial serait autorisé à délivrer de la contraception. Non seulement le Planning Familial soutient la démarche de Ségolène Royal, mais en plus le ministre a raconté n'importe quoi pour justifier sa position réactionnaire. Il n’y a rien d’illégal. Il aurait dû s’attacher à potasser un peu mieux sa réforme du lycée, un projet qu’il a présenté à la presse vendredi 20 novembre. Une réformette plutôt qu’une réforme : deux heures d’«accompagnement individualisé» par semaine, faculté de changer de série en cours de première (grâce à des stages passerelles pendant les vacances scolaires), une classe de seconde moins spécialisée, et, pour remuscler la filière littéraire comme promis par Nicolas Sarkozy… l’enseignement de littérature étrangères lors des cours de langues… Quelle réforme d’envergure ! On est bien loin des grandes déclarations de Nicolas Sarkozy, en octobre dernier. Et Richard Descoing, qui a mené 4 mois de débats et rencontres pour accoucher d'une centaine de propositions doit se mordre les doigts d'avoir participé à une telle tartufferie.

Valérie Pécresse, sans doute trop occupée à préparer sa campagne des élections régionales, a également déçu, lors de l'examen de son budget 2010: Sarkozy avait ainsi promis que les étudiants bénéficieraient d'un dizième mois de bourse. Pécresse a défendu un budget qui restreint la promesse à quelques catégories (BTS, IUT, première année de licence et classes préparatoires), au motif que les autres étudiants - l'immense majorité - ne travaillent que 8 mois et demi en moyenne. Sarkozy aurait-il menti ? Autre déconvenue, la fameuse "autonomie des universités" mise en place depuis début 2009 a retiré ... l'autonomie budgétaire aux directeurs des IUT, au profit des présidents de leur faculté de rattachement. Double discours... comme toujours.

Roselyne Bachelot, ministre de la santé, n'en peut plus d'être une VRP des labos pharmaceutiques. Elle s'est faite filmée en train d'être vaccinée contre la grippe AH1N1. Les Français, et même le personnel médical, hésitent. Le gouvernement a commandé 94 millions de doses pour plus d'un milliards d'euros. Il faut assurer le service après-vente. Mercredi, les collégiens ont reçu à leur tour leur convocation à la vaccination. Combien accepteront la piqûre dans leurs établissements ?

Sarkozy a terminé la semaine par appeler Albert Camus à son secours et accueillir le président Bongo-fils à l'Elysée pour la première visite européenne de ce dernier. Deux symboles pour un seul échec. Le Monarque est-il schizophrène ? Célébrer Albert Camus, l'une de nos références intellectuelles éthiques et embrasser le président d'un régime autoritaire de Françafrique à 24 heures d'intervalle, on appelle cela un grand écart politique.

Ami sarkozyste, où es-tu ?